MARSHALL MC LUHAN « LA MARIÉE MÉCANIQUE, FOLKLORE DE L'HOMME INDUSTRIEL »


Enregistrement : 16/12/2013

Dix extraits de La Mariée mécanique, folklore de l'homme industriel, ouvrage au travers duquel McLuhan s’appuie sur les Unes des journaux, les publicités, les bandes dessinées populaires, pour passer aux rayons X tous les aspects de la société américaine ; du cinéma hollywoodien comme machine à broyer les consciences en passant par l’automobile comme affirmation d’une identité sexuelle aux contours flous, jusqu’à la figure de l’intellectuel comme bouc émissaire de la consommation.

LA MARIÉE MÉCANIQUE
Folklore de l’homme industriel


Ce livre grand format comprenant 65 illustrations d’origine, est inédit en français. Dans un style littéraire et inventif, Marshall McLuhan analyse la culture de masse de l’homme moderne des années 50 à travers 59 textes.


À propos de Marshall McLuhan :

Né au Canada en 1911, Herbert Marshall McLuhan est un philosophe, sociologue et théoricien atypique de la communication qu’il a enseignée de nombreuses années à l’université de Toronto. Il est principalement connu pour sa phrase-clé : « Le medium est le message », qui démontre que l’important n’est pas tant le contenu du message que la façon dont il est transmis. Ses thèses ont aussi préfiguré le « village global » que représentent aujourd’hui les nouvelles technologies. Marshall McLuhan est l’auteur de nombreux livres, dont Comprendre les médias, La Galaxie Gutenberg et Guerre et paix dans le village planétaire. Il est décédé en 1980 des suites de plusieurs accidents vasculo-cérébraux.


Galerie d'images suivie par une interview d'Éric Arlix, fondateur des éditions èRe et éditeur pour la France de La Mariée mécanique, folklore de l'homme industriel de Marshall Mc Luhan.

Propos recueillis par Laurent Courau.





INTERVIEW D'ÉRIC ARLIX DES ÉDITIONS èRe

La Spirale avait déjà croisé la route des éditions èRe à l'occasion de la sortie de l'ouvrage collectif JG Ballard, hautes altitudes. On peut dire que vous avez une politique éditoriale à la fois exigeante, passionnante et multiple, entre Hakim Bey, Marshall Mc Luhan, un essai sur le cinéaste italien Dario Argento, une réédition de Proudhon sur la Bourse ou les Rites sanglants de la bourgeoisie de Stewart Home. Qu'est-ce qui vous a donné l'envie de vous lancer dans cette aventure, au milieu des années 2000 ?


Un catalogue exigeant, atypique, généraliste et critique, je n’en connaissais pas. Ça, c’était le premier constat, la première motivation. Et puis les grosses maisons ont commencé à ne plus avoir aucun scrupule, à refuser des textes magnifiques et importants, mais qui ne pouvaient dépasser les mille ou deux-mille ventes. Désormais, les grosses têtes de gondoles ne finançaient plus les « vrais » livres et chaque livre, quel qu’il soit, devait avoir son propre potentiel de vente.

Le livre numérique est à la mode et vous lui consacrez d'ailleurs une plate-forme spécifique. Qu'est-ce qui vous pousse encore à produire des ouvrages sur papier, avec l'investissement et les difficultés (notamment de diffusion et de distribution) que cela implique ?

Nous avons produits vingt livres numériques, des livres que nous ne pouvons pas faire en papier (trop courts ou trop compliqué ou déjà édité en papier ―par d’autres― et épuisés). Le papier est techniquement toujours plus fort : rapidité d’ouverture, transmission et partage avec un tiers et pérennité de l’objet (le livre reste, les fichiers numériques sont sans cesse perdus ou soumis à des nouveaux formats, impossible de garder vraiment ses fichiers sur le temps). Le papier reste au top.

Étiez-vous impliqués dans d'autres projets similaires avant de lancer les  éditions èRe ?

Non pas d’édition avant èRe, j’avais juste publié trois livres en tant qu’auteur, donc j’avais des amis dans l’édition.

Parmi les auteurs et les ouvrages que vous défendez, je vous ai vu déployer une énergie toute particulière à vanter les mérites de La Mariée mécanique de Marshall Mc Luhan. Est-ce qu'il vous serait possible de revenir sur cette publication et l'importance qu'elle revêt à vos yeux ? Notamment dans ce que ce livre pouvait annoncer de notre époque et du concept de « village global » ?

Marshall McLuhan est un critique des médias visionnaire, oublié par la France et par Gallimard et le Seuil depuis trop longtemps. Un des plus grand livre du XXe siècle, La Galaxie Gutenberg est épuisé depuis dix ans chez Gallimard. Seul Pour comprendre les médias est disponible en poche au Seuil, soit un livre sur toute son œuvre. La Mariée mécanique est le premier livre de McLuhan, mais surtout un livre grand format aux nombreuses illustrations, il aurait dû être traduit dans les années 1980. Dans ce livre, il dissèque comment les médias créent leurs propres contenus, mais là aussi la mise à disposition des cerveaux par le marketing et les médias, la marchandisation de la culture, l’American Way of Life...

Que ce soit au travers de Mc Luhan ou d'autres titres, on sent une part importante d'engagement au travers de votre politique éditoriale. Quels sont les thèmes qui vous donnent aujourd'hui envie de réagir et par conséquent d'éditer ?

Il n’y a pas de thématiques principales, ni au début ni aujourd’hui. Il n’y a pas de « pool » auteurs. Il y a des rencontres, des manques, des oublis, des opportunités et des désirs, c’est déjà énorme.

Vous publiez en janvier 2014 la première édition française de Black Fez Manifesto, ouvrage poétique de Hakim Bey. Un événement en soi. Comment avez-vous réussi à entrer en contact avec cet écrivain, réputé discret sinon injoignable ?

Nous avons contacté son éditeur Américain, Autonomedia, c’est le processus pour éditer un livre étranger. Puis nous avons demandé une mise en contact avec l’auteur. No way.

De fait, vous confirmez donc la légende selon laquelle Hakim Bey limite au maximum ses contacts avec le monde extérieur ? Peut-on espérer le croiser à l'occasion de la soirée qui lui sera consacrée au mois de janvier à la librairie Charybde ?

Nous avons fait le forcing auprès de l’éditeur américain pour qu’Hakim Bey soit au courant de la sortie du BFM mais pas de retours pour l’instant. En tout cas, il est au courant.

Qu'est-ce qui vous a donné envie de traduire et de publier le Black Fez Manifesto ?

Hakim Bey est une star, le Black Fez Manifesto est suffisamment fou et génial sur seulement quelques pages pour que je ne lise même pas les autres. Il y a bien sûr, encore pas mal de ses textes qui ne sont pas traduits en français ou épuisés, il y a tout un travail à faire sur Hakim Bey en France (travail largement commencé par les Éditions de l’Éclat, puis plus récemment par le Mot et le Reste).

Les difficultés financières des éditions èRe ne sont malheureusement plus un secret. L'information a été largement relayée sur les réseaux sociaux et nous ne saurions trop enjoindre nos lecteurs à investir dans votre catalogue, à la fois pour leur plaisir et vous soutenir. Pourriez-vous nous en toucher quelques mots et nous éclairer sur l'actuel caractère d'urgence ?

Nous avons quelques dettes difficiles à éponger (5000 euros) et une année 2013 très noires à cause de retour-librairie de La Mariée mécanique (environ 500 ex.) et seulement 3 sorties dans l’année et une manque de trésorerie pour financer des nouveaux livres en amont (traductions, achats de droits). Bref c’est noir.

Dans un court texte relayé sur la page Facebook des éditions èRe, vous vous opposez aux « machines pop » et aux « publications divertissantes ». Mais est-ce qu'il n'y aurait pas là une hybridation éditoriale à réinventer, à la fois porteuse de sens, pop et divertissante ? Je pense par exemple au travail réalisé par les éditions RE/Search en Californie dans les années 80, avec des ouvrages à la fois accessibles et défricheurs.

Le pop, ce sont les gens hyper talentueux qui n’ont rien à dire. Ils n’ont pas d’avis, mais des idées. Cela ne m’excite pas plus que cela. Pour le divertissement, aucun problème. J’en absorbe aussi énormément. Il ne faut pas en faire un culte, c’est tout. Pour RE/search, archi oui. Je voulais en faire trois numéros, j’adore. Mais ce genre de publication en France, c’est très très compliqué. Beaucoup (trop) de lecteurs potentiels de ce genre d’ouvrages ont déjà la version américaine. Et puis aussi des problèmes de droits sur certains des auteurs (J.G. Ballard notamment).


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