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LA SPIRALE
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Libération, Technikart, Coda, Science & Vie, Must Be Mad, Transfert, Les Inrockuptibles, Graphiland, Adobe.com, Computer Arts, Cyberzone... Les médias hexagonaux se sont penchés à plusieurs reprises sur les cas critiques de l'ezine des Mutants Digitaux et de son initiateur.

Libération - Technikart - Coda - Science & Vie - Transfert - Graphiland - Les Inrockuptibles - Computer Arts - Adobe.fr - Cyberzone

LIBERATION - Mai 2001


LA SPIRALE A LA MARGE

En dessous, en marge, contre... La position de la Spirale, «e-zine for the digital mutants», est «ailleurs», hors média, hors culture. La Spirale ne s'intéresse qu'à l'underground, la contre-culture, à «tous ces allumés qui annoncent le monde de demain», à «ces expériences marginales qui vont pénétrer la culture grand public, même édulcorées, de la même manière que la cyberculture a été vaporisée en cinq ans dans la société», dit Laurent Courau, webmestre. En ligne depuis 1995, le webzine a conservé l'esprit de la presse alternative. Sur la forme, avec son esthétique «noir c'est noir», sur le fond, avec ses interviews de cyberpunks, body-artistes, hip-hoppeurs, graffeurs, fétichistes, loin du ton militant ou commentateur des autres webzines.

Miroir français de la cyberculture, la Spirale a su parler avant tout le monde de Stellarc et ses extensions technologiques, de Gibson, Sterling, Spinrad ou Dantec. Très branché Internet quand le réseau n'était que confidentiel, il a élargi son spectre à toutes les nouvelles technologies «potentiellement dangereuses». Chaque jour, 100 à 800 internautes vont jeter un œil aux délires digitaux de la Spirale et son éclectisme pas toc.

Annick Rivoire

TECHNIKART - Mars 2001


DANS LE MONDE INTERLOPE DU WEB ALTERNATIF, IL Y A UN SALUT.

Satanisme, conspirations, art numérique, hacking, sado-masochisme, musiques électroniques et activisme digital ! Depuis six ans, La Spirale passe au mixer toutes les contre-cultures contemporaines. Avec ses images déviantes et ses interviews exclusives de déjantés, ce web magazine devrait électriser vos paupières alourdies par l'insipide ronronnement du mercantilisme en vogue sur le web francophone. Normal : on y trouve les témoignages les plus hallucinants du web.

Quelques mois avant sa mort, Timothy Leary confie d'ultimes pensées délirantes. Marilyn Manson lache de fausses provocations. Cindy Plenum, reine du X, défend les bienfaits de la zoophilie. Les Volontaires pour l'Extinction de l'Humanité prônent l'interdiction du coït à visée reproductive. Le savant Kevin Warwick justifie son dangereux projet de greffe neuronale. Les media-terroristes militent pour le Guerilla Art et la très fétichiste " Poupée Mécanique " râle son plaisir dans le latex. Sous-titré "An e-zine for the Digital Mutants", la Spirale V 4.0 donne rendez-vous aux activistes et aux timbrés de toute la planète. Le pire, c'est que ce maelstrom baroque est pratiquement le fait d'une seule personne ! Entouré de quelques ami(e)s, Laurent Courau, 32 ans, anime ce fanzine par pur plaisir pervers et goguenard : la culture alternative, c'est son joujou. Alors il joue avec et au besoin il casse.

"Ma mère était baba cool. Du coup, je suis devenu punk, grogne-t-il. Elle m'a emmené au Maroc, en Inde et même dans les Cévennes avec les chèvres ! A 13 ans, adorateur de Sid Vicious, j'ai voulu me couper les cheveux et avoir une guitare électrique. Elle m'a tout interdit ". Trop énervé ! A 15 ans, frustré de musique violente, Laurent Courau fait des fanzines. Quand déferle la vague hardcore, il monte au créneau : avec l'association " Elastic crew enterprize ", il organise une quarantaine de concerts (Fugazi, Nomeansno, Godflesh) tout en bidouillant des flyers sur Amiga. Quand la techno-indus débarque, il se forme tout seul à la palette graphique et aux régies vidéo. Vidéo-clips pour le groupe Spina, première pub de Beck, dessins animés… Le voilà graphiste 3D, journaliste pour Arte et Le Monde Interactif, agitateur online et… gourou despotique de La Spirale. Son plus beau fait de guerre : une interview de La Milice du Montana, un groupuscule paramilitaire qui fabrique des armes pour lutter contre les extra-terrestres ! Autre action d'éclat : une mega-enquête sur la cryogénie. Laurent Courau parvient à rencontrer les directeurs des trois principales sociétés qui congèlent des humains, la tête en bas, "pour qu'en cas de fuite du container seuls les pieds soient dégelés" !

Distant, ironique, Laurent Courau s'intéresse à tous les fous sans jamais adhérer à leur trip. La cyberculture ? "C'est l'underground californien des années 80 récupéré par des suiveurs et de futurs start-uppers sans ambition". Les activistes de tous bords ? "Des dingues égocentriques et mégalos, mais sympathiques : leur dinguerie participe à la richesse de l'époque". Le bon goût ? "L'ennemi de la créativité". Laurent Courau - électron libre - préfère discuter avec les pires timbrés que regarder la TV. C'est plus drôle d'échanger des mails avec une body-buildeuse blonde qui veut devenir immortelle ! "Il y a un côté voyeur dans La Spirale : j'observe des fous divers et variés, j'expose des images bizarres, j'analyse des mouvances de cul à la jonction des modifications corporelles et des nouvelles technologies… Tout ce qui est marginal et barré, dans le côté obscur de la culture actuelle m'intéresse". Parce que c'est là que ça se passe.

Agnès Giard

CODa N°21 - Février 2001


SPIRALE TRIBE

Ils sont peux nombreux les sites francophones à aborder en profondeur et sans partis pris, les contre-cultures qui sévissent joyeusement sur notre belle planète. " Joyeusement ", car c'est avec une jubilation toute perverse que Laurent Courau, le webmaster de La Spirale s'amuse à nous déstabiliser et à chambouler les idées reçues. Interview d'un garçon à la curiosité obsessionnelle.

En deux ans, le site " La Spirale " est devenu un incontournable du Net pour tous ceux qui s'intéressent un tant soit peu aux cultures déviantes, décalées, voire carrément barjos ou tout simplement pour ceux qui recherchent un certain dépaysement intellectuel. Refondu il y a un an, le site est passé du statut de homepage délirante, mais déjà pléthorique, à celui de véritable portail des contre-cultures ! Des articles de fond copieusement documentés, des interviews de porno-stars, de gourous de la cyberculture, d'écrivains schizophrènes, d'artistes numériques loufoques, de body-artistes de tous poils, d'extrémistes politiques, La Spirale est un des rares sites à but non-lucratif assez ambitieux pour gérer son contenu comme un véritable magazine (updates régulières, mailing liste...). Pourtant, La Spirale n'a rien à vendre, son but avoué est de diffuser les concepts les plus délirants possibles à travers la planète entière. Ce portail unique est le bébé mutant de Laurent Courau, un allumé de tout ce que la planète compte de marginaux et d'indépendants. Spécialiste de la désinformation, il déstabilise son lectorat en proposant tour à tour de très sérieux documents scientifiques, immédiatement suivis de l'interview d'une nymphomane mousticophile ! ! Tant par le style que par le contenu, La Spirale n'a rien à envier à son grand frère américain, Disinformation (|d|i|s|i|n|f|o|r|m|a|t|i|o|n|, http://www.disinfo.com), le célèbre cyber-canard contreculturel de Richard Metzger. Interview.

CODa : Question bateau : Comment a débuté l'aventure de La Spirale ?

Laurent Courau : La découverte de la mouvance cyberpunk californienne du début des années 90 qui associait déjà les technologies de pointe aux contre-cultures les plus déjantées, de fanzines comme Mondo 2000, Boing Boing ou Future Sex, et de la vague techno-industrielle avec des groupes tels que KMFDM, Peace Love & Pitbulls ou les Revolting Cocks, m'avait inspiré la création d'une lettre d'information tirée à 3000 exemplaires et distribuée gratuitement. Sa transposition sur le web s'est faite naturellement lorsque j'ai disposé de ma première connexion en 1995. Le site n 'a depuis cessé de croître pour réunir aujourd'hui plusieurs centaines de pages consacrées à tout ce qui s'agite du côté obscur de la culture populaire contemporaine, depuis l'hacktivisme médiatique et les modifications corporelles jusqu'à la création numérique, le nouveau cinéma indépendant ou les dernières mutations des musiques électroniques urbaines.

CODa : Tu es seul ou vous formez une véritable équipe rédactionnelle ?

L.C. : Je suis à l'origine de la majeure partie du contenu de La Spirale mais bénéficie heureusement de coups de mains réguliers d'un petit réseau de freaks qui partagent la même passion pour les sous-cultures et la création numérique : Maxence Grugier, Frédéric Audran, Lucas Zpira, Aurélien Police, Yann Minh, Fred Romano…

CODa : Et pour le développement proprement dit, la partie technique ?

L.C. : Jean-Guillaume Birot, un ancien punk toulousain reconverti dans le consulting informatique et le transformisme noctambule parisien s'est occupé de la partie dynamique et de l'interfaçage de la base de données - Gloire à son nom ! - et je me charge du graphisme et du hmtl.

CODa : D'où vient, chez toi, cette passion pour tout ce qui est décalé, hors-normes ?

L.C. : Je ne suis pas convaincu que les sujets abordés dans La Spirale soient encore décalés ou hors normes. Il me semble que c'est plutôt l'image que nous renvoient les médias " traditionnels " du monde dans lequel nous vivons qui est obsolète et décalée. Tout va trop vite. Ils ont du mal à suivre les mutations en cours dans nos sociétés. Les soirées mondaines parisiennes doivent les épuiser… Ils devraient prendre encore plus de coke !

Pour en revenir à ta question, j'ai toujours senti que les trucs importants se passaient dans les marges, du côté de ce qui secoue la sieste ronronnante des milieux culturels installés dont je parlais à l'instant. Je crois vraiment que les excentriques d'aujourd'hui annoncent le monde de demain. Et justement l'époque actuelle est formidable, d'une richesse incroyable en matière de créativité déviante. On ne peut même plus définir une tendance majoritaire tellement ça explose dans tous les sens.

CODa : La Spirale est un site non-commercial, il ne te rapporte rien… De quoi vis-tu ?

L.C. : Je subsiste grâce à de fréquentes collaborations avec ces infâmes représentants du grand capital que sont les maisons de disques et les médias de masse. Je sais, je devrais avoir honte mais c'est justement ce qui me permet de poursuivre mes activités plus… hum… alternatives.

CODa : Je me suis laissé dire que tu avais des occupations artistiques et professionnelles en plus de tout ce travail ?

L.C. : J'ai plusieurs casquettes. Illustrateur, graphiste, réalisateur ou journaliste. Globalement, ça va d'articles et d'illustrations pour la presse à des clips vidéo, des pochettes de disques ou des conceptions de sites web. L'éventail est assez large.

CODa : Et des projets, tu en as encore beaucoup comme ça ?

L.C. : Les projets ne manquent pas… Nous préparons actuellement avec quelques amis le lancement de Brainsushi.com, une agence de contenu en ligne. Nous y proposerons les services de journalistes, d'illustrateurs et de réalisateurs dont nous nous sentons proches. Ca risque pour le coup d'être franchement décalé et délirant. Je travaille aussi sur plusieurs projets de films d'animation et d'expositions d'images numériques. La prochaine expo, " Lick My Body Pop ", devrait avoir lieu au printemps à la nouvelle Weird Factory de Lucas Zpira et de la tribu de Body Art à Avignon. Ca sera sympathique, il y aura plein de filles nues dans des positions bizarres.

CODa : Un mot pour finir ? Une pensée profonde sur Internet, son univers impitoyable, tout ça ?

L.C. : Richard Metzger de Disinformation.com, la bible des agités du web, avait très justement déclaré dans une interview : " Ne vous plaignez pas des médias, devenez les médias ! ". J'adhère complètement à cette vision des choses et j'applaudis à nouveau lorsque Gareth Branwyn dit dans l'introduction de " Jamming the Media ", son encyclopédie de l'auto-production, qu'il n'y a jamais eu de meilleure époque pour avoir quelque chose à dire puisque les outils de création sont enfin à la portée du plus grand nombre. Il ne nous reste donc plus qu'à retrousser nos manches et nous mettre au travail. Et c'est quand même plus marrant que de végéter sur nos canapés en nous plaignant des inepties que diffusent nos postes de télévision !

Max Renn

SCIENCE & VIE - Hors-série Spécial Internet - Décembre 2000


ARTISTES NUMERIQUES & CYBERPUNKS

Vous vous croyiez en sûreté, installé devant votre écran, bercé par le ronronnement des publicités et les couleurs avenantes du commerce électronique. Or soudain, tout bascule. Quelques clics de souris ont suffi à vous projeter dans un monde interlope et fascinant, où se croisent pirates et oiseaux de nuit, graphistes et écrivains de l'ère numérique, militants des réseaux et adeptes du techno-chamanisme. La Spirale vous entraîne au coeur de la cyberculture orginelle, née des romans cyberpunks de William Gibson et nourrie par les écrits du "poête terroriste" Hakim Bey. Un graphiste, un informaticien, une traductrice et des journalistes animent cet "e-zine" français, créé en 1995. On y trouve des interviews de Maurice Dantec, Serge Humpich ou Marylin Manson, des articles, critiques et nouvelles de science-fiction. On admire le savoir-faire de ces artistes du présent, virtuoses des processeurs, qui font vivre les contre-cultures et rendent accessibles à tous leurs rêves inquiétants et beaux.

Matthieu Crocq

TRANSFERT N°10 - Décembre 2000


COURAU DIMENSIONS MULTIPLES

Laurent Courau, 31 ans, cumule les casquettes. Rédacteur en chef et fondateur de laspirale.org (e-zine consacré aux contre-cultures), il est aussi directeur artistique chez Trimaran (une boîte d'images de synthèse et de webdesign) et électron libre de la création numérique. Cet "artisan de l'image numérique" a fait ses premiers pas dans les années 80 en bidouillant sur un Amiga 2000. Depuis, Laurent enchaîne des créations pour les plus grands labels. L'image présentée ci-dessous (voir dans le magazine Transfert) marie habilement 3D (le ciel et la forme au-dessus des buildings), images en 2D et photo - la petite fille et les immeubles. En février 2001, une galerie new-yorkaise de Soho consacrera une exposition à ce touche-à-tout.

E.M.

GRAPHILAND.FR - Mars 2000 - Rubrique Portraits


"Artisan du numérique", Laurent Courau trafique les techniques traditionnelles de création pour donner forme numérique à un imaginaire satirique, un regard sur l'art en marge de la pensée unique.

Graphiland.fr : Bonjour. Pouvez-nous commencer par nous dire quelle est votre formation ?

Laurent Courau : Bien qu'étant passé par plusieurs écoles d'art et d'architecture qui m'ont donné de bonnes bases techniques traditionnelles, je reste autodidacte pour tout ce qui touche aux technologies numériques. Mon apprentissage des différentes techniques que j'utilise aujourd'hui - infographie 2D et 3D, dessin animé, effets spéciaux et autres - s'est fait au travers de projets personnels ou à l'occasion de commandes de clients. Cela m'a d'ailleurs valu pas mal de crises d'angoisse ainsi que de nombreuses nuits blanches…

Graphiland.fr : Comment êtes-vous venu à l'illustration et au multimédia ?

L.C. : Venant du dessin et de la vidéo, c'est d'abord l'animation qui m'a attiré vers les ordinateurs et les images numériques. J'ai commencé en réalisant pour mon plaisir des petits dessins animés avec le logiciel Deluxe Paint sur un Amiga 2000. Voir ses dessins s'animer et prendre vie a vraiment quelque chose de magique.

J'ai pendant quelque temps réalisé des clips et des pochettes de disques pour des groupes autoproduits avant de me dire que le capitalisme avait peut-être du bon et que ce serait bien de pouvoir payer mon loyer. La suite est une histoire de rencontres. Dans un premier temps, celle de Sandy Scott qui dirigeait le label de disques Geffen Records chez Universal et qui m'a donné ma chance en me commandant la réalisation de campagnes de publicités Tv pour Beck, Weezer ou Nirvana. Puis ma rencontre avec Olivier Saint-Léger, alors rédacteur en chef de Webmaster, qui m'a proposé de réaliser les illustrations de couverture de son magazine. J'ai depuis arrêté de travailler pour l'industrie du disque, qui concentre en France un pourcentage d'imbéciles et d'incapables tout à fait ahurissant, pour me concentrer sur l'illustration de presse. Je fais régulièrement des images pour Le Monde, Cyberzone, Coda, Computer Arts ou .Netpro…

Quant au multimédia, mon intérêt est né de la découverte du web en 1995. J'ai immédiatement été séduit par ce média et n'ai pas attendu longtemps pour mettre en ligne ce qui était à l'époque une lettre d'information photocopiée et est devenu la Spirale, un magazine bilingue consacré à tout ce qui se passe de nouveau, de bizarre et d'intéressant sur la planète.

Graphiland.fr : Vos domaines d'activités sont variés, entre le graphisme et l'illustration, les applications web et multimédias, la réalisation vidéo, la mise en scène, le journalisme. Pourquoi cette diversité ?

L.C. : Tout simplement la curiosité… Et puis face aux possibilités que nous offrent les nouvelles technologies, je suis comme un gamin dans un magasin de jouet : j'ai envie de tout voir et de tout essayer ! Ces activités sont d'ailleurs complémentaires car elles s'enrichissent mutuellement. C'est même valable dans le cas du journalisme, car il me donne l'occasion de voir une foule de trucs géniaux que j'aurais sans doute raté autrement. Je me vois assez mal passer ma vie à concevoir des sites web ou réaliser des illustrations pour la presse par exemple. Il ne faut jamais hésiter à bouger et à aller voir ce qui se passe ailleurs. C'est au contact des autres qu'on progresse, pas en restant confortablement enfermé dans sa petite chapelle.

Graphiland.fr : Quelles sont vos sources d'inspiration ?

L.C. : À la base, tout ce qui secoue la sieste ronronnante des milieux culturels installés… les comics underground, les collages des pochettes de disque punk, l'art brut, l'imagerie numérique associée aux musiques électroniques, la photographie érotique, les films et la littérature de science-fiction, le fantastique, les ezines…

Comme disait Picasso, le plus grand ennemi de la créativité est le bon goût. J'essaie dans la mesure du possible de me tenir au courant de tout ce qui se produit de nouveau et d'intéressant que ce soit en images, en cinéma, en littérature ou en musique. Ce n'est pas toujours évident, mais nous avons la chance aujourd'hui d'avoir Internet, et pour ceux qui vivent à Paris, une librairie aussi géniale que Le Regard Moderne dans le Quartier Latin.

Graphiland.fr : Comment vous définissez-vous ?

L.C. : Comme un bidouilleur touche-à-tout, comme un artisan de l'image numérique... En tous les cas, certainement pas comme un artiste. Je prends beaucoup de plaisir à créer des images et j'ai la chance qu'on me paie pour ça. C'est déjà pas mal…

Graphiland.fr : Pensez-vous ériger la contre-culture en art de vivre ?

L.C. : Je crois que la contre-culture s'érige d'elle-même en art de vivre. Ce qui est aujourd'hui considéré comme marginal sera récupéré et édulcoré demain par la culture majoritaire. Et pendant ce temps-là de nouvelles marges apparaîtront en réaction. C'est un cycle permanent.

Maintenant, si on parle de la facette la plus rebelle des contre-cultures, je pense que toutes les conditions sont réunies pour que nous assistions dans les mois et dans les années à venir à une vague de contestation sans précédent. Tout le délire spéculatif actuel autour des nouvelles technologies de l'information et du commerce électronique va finir par en agacer plus d'un et les manifestations de Seattle risquent fort de n'avoir été que le prélude d'un mouvement beaucoup plus important. Bien que je ne sois pas naïf au point de croire que ça va réellement changer le fond du problème, il me semble plutôt sain qu'il y ait un peu de réaction à la répugnante euphorie des milieux financiers et des technico-commerciaux des réseaux informatiques. Ce n'est pas tant l'argent qui me dérange que la médiocrité des gens à qui il profite.

Graphiland.fr : Quels sont vos projets ?

L.C. : Développer La Spirale, mon ezine bilingue, qui fait justement la part belle aux contre-cultures au sens le plus large du terme. Et réussir enfin à travailler sur l'Encyclopaedia Orbis Interretialis, un projet d'installation qui associe les images numériques 2D et 3D, la vidéo et les réseaux informatiques pour donner une vision sarcastique du monde connecté. La première devrait avoir lieu à New York à la fin de l'année, si j'arrive enfin à dégager du temps pour m'y consacrer sérieusement. Je compte aussi revenir à la réalisation de films et de vidéos que j'ai un peu délaissé depuis quelque temps et je travaille sur un roman qui me donnera l'occasion de dire tout le mal que je pense de tout le monde. Hé, hé…

Franck Kantor

Le site Graphiland.fr...

LES INROCKUPTIBLES N°213 - Septembre 1999


CYBERPUNK ET COMPAGNIE

Le site Mondocourau est une de ces tranches de Web où il fait bon s'arrêter. D'abord parceque son auteur, Laurent Courau, est un homme de goût, aussi bien porté sur le graphisme, le web design et les dernières technologies d'animation que sur la cyberculture dans tous ses états.

Graphiste talentueux, électron libre touche-à-tout, il expose ses toiles dont certaines ont fait la couverture de magazines comme l'excellent Cyber Zone. Au rayon animations, Laurent Courau a réalisé les personnages en pâte à modeler de la pub TV de Loser, le premier single de Beck, que l'on peut retrouver sur son site. Depuis ce coup d'essai, il travaille régulièrement pour des maisons de disques (Geffen Records, MCA, Universal, Sony Music, Mercury ou Polygram).

La Spirale constitue la clé de voûte de son site, riche et dense, en ligne depuis 96 et qui ravira autant les amateurs de cyberculture que les novices curieux. Sur la centaine de pages débridées qui composent ce site, on trouve des interviews décalées sur des figures aussi barrées que le performer Costes, le webmaster de TAZ, l'un des sites les plus complets sur le piratage informatique, ou encore des rencontres avec Yann Minh, artiste multimédia cyberpunk ou Timothy Leary, gourou de la contre-culture et du psychédélisme. Laurent Courau se fend aussi de quelques dossiers bien documentés sur des thèmes aussi pointus que la "cryonie". "La suspension cryonique est la pratique qui permet de conserver les corps de patients déclarés légalement décédés en les maintenant à des températures très basses dans l'espoir d'une future réanimation."

La bibliothèque de l'auteur mérite aussi le détour, pour peu qu'on s'intéresse à la littérature alternative et subversive. Vous y trouverez pêle-mêle des conseils techniques sur la façon de vous auto-publier ou de monter une station de radio pirate, des recettes pour fabriquer votre première fusée... Enfin, inutile de préciser que la section liens, bien qu'à ne pas mettre entre toutes les mains, offre une entrée directe sur les meilleurs sites de l'internet débridé. Ca passe ou ça casse.

Xavier de Moulins

COMPUTER ARTS N°13 - Juin 1999 - Rubrique Profil - Page 78


Un artisan numérique hors du commun, placé entre deux mondes, ne voulant en aucun cas se prévaloir d'une quelconque appellation d'artiste.

Passionné de dessin depuis toujours, Laurent a découvert l'image numérique à l'âge d'or de l'Amiga (années 80). Tâtonnant curieusement, il s'est très vite enamouré pour l'animation de synthèse. De fil en aiguille, et à force de côtoyer le monde de la musique, il réalise des clips et travaille sur des pochettes d'album, des affiches, etc. "J'ai travaillé pour la société Geffen Records qui avait comme artistes Nirvana, Beck et Aerosmith... le début du travail sérieux. Ensuite, j'ai travaillé notament sur les pubs (pour Beck) retouchées à la palette. A partir de là, ça s'est enchaîné sans discontinuer."

Ses sources d'inspiration, il les trouve dans la musique, et avoue acheter volontairement certains albums juste par goût pour la pochette, sans même en connaître le contenu. Ses modèles proviennent des Etats-Unis avec les BD undergrounds et les fanzines bizarres. "L'imagerie techno, qui est arrivée dans la première partie des années 90, a été un choc révélateur. Sinon, pour revenir en arrière, au cinéma c'est Fellini. J'aime bien les univers un peu baroques et surchargés...". Côté peinture, il concède ne pas être original dans son choix pour Salvador Dali, qu'il considère volontiers comme le précurseur de l'image numérique, grâve à son travail par projection d'image.

Ses esquisses débutent toujours par un sujet, un élément central, où les scènes se construisent comme au cinéma ; les décors et l'environnement viennent s'ajouter par la suite. L'ordinateur es tpour Laurent, l'outil le plus puissant jamais créé. Son travail ne se concentre pas sur un pôle, mais trois : 2D, 3D et vidéo. Il aime varier les supports et les médias. Ainsi il passe aisément de l'image statique (pour des couvertures de magazines, des affiches...) à l'animation (pubs, clips...). Plutôt fidèle dans ses choix de logiciels (Photoshop, 3DS Max et After Effects), il rêve (et prévoit) de créer un projet réunissant les trois supports, sous la forme d'une grande exposition, à laquelle viendrait s'ajouter la musique. Librement inspirée d'un essai de science-fiction, cette performance devrait être présentée début 2000 à New York, Berlin et Milan.

Aussi dans ses cartons, la réalisation d'une série d'animations, pour le petit écran, inspirée par la fête des morts mexicaine. Les personnages seront animés en 2D et les décors composés en 3D. Autre programme, la confection d'un générique de long-métrage. "C'est quelque chose que les américains ont bien cerné depuis longtemps. Il y a des boîtes qui ne font que des génériques de films. C'est un nouvel axe insufisamment exploité en France."

Pour la plupart de ces travaux, Laurent collabore "librement" avec la société Storm Media Production (réalisateur du générique de l'Oeil du Cyclone). En parallèle, l'artiste écrit, construit et traduit un e-zine, La Spirale, dédié aux nouvelles formes d'expressions, à toutes sortes de choses étranges. "Les gens ont du mal à appeler ça de l'art. Mais globalement, je m'en moque, car je ne me considère pas comme un artiste. L'art tel qu'il est entendu dans la majorité des milieux artistiques à l'heure actuelle ne m'intéresse pas forcément. Je suis créateur d'images." Au public de décider.

Stéphanie Guillaume

ADOBE.FR - Avril 1999


LAURENT COURAU EST ILLUSTRATEUR, RÉALISATEUR, ANIMATEUR, WEBMASTER ET INDÉPENDANT DEPUIS TOUJOURS...

Venu du dessin traditionnel et des arts graphiques non numériques, il a fait ses premier pas informatiques sur Amiga pour faire du traitement vidéo.

Très vite passé sur PC, il y a environ cinq ans, il a pu multiplier son champ d´action numérique : réalisation d'animations pour des clips vidéo, des publicités, illustrations pour des pochettes de disques, logos, labels...

Il compte au nombre de ses clients les plus importantes maisons de production, des télévisions (Sony Music, Polygram, Universal, Canal+...) et quelques noms célèbres du monde musical (Beck, Nirvana, Aerosmith.).

La presse s'est ensuite ajoutée à son univers. Directeur artistique du magazine WebMaster chez IDG Press, il réalise de nombreuses couvertures demagazines pour le groupe Edicorp, les journaux Cyber Zone, Computer Arts, Coda, etc. "Si les produits Adobe n'étaient pas arrivés sur PC, je serais sûrement passé au Mac : 80 % de ma production est réalisée avec Photoshop, explique-t-il. J´utilise également parfois After Effects avec lequel il est étonnamment facile de travailler en multicouches. On bénéficie alors vraiment de l'équivalent d´une régie de montage de plusieurs millions de francs, avec la même capacité d'image, et un prix sans commune mesure. Ce n'est pas rien. Cela devrait permettre, à terme, à de petites structures et des entreprises d´avoir leur propre canal de diffusion télé en direct sur le Web."

La facilité d´utilisation de ces produits, la capacité de Photoshop à gérer de la matière et des textures restent donc toujours aussi étonnantes. Les calques, les masques permettent de procéder à une multiplicité de collages, de réaliser des traitements de lumière très particuliers. J´aime particulièrement faire des mélanges : photo, 3D, dessin. Enfin, lorsque j´utilise la 3D, les images sont toujours passées sous Photoshop pour la touche finale. " Je ne rencontre aucun problème de compatibilité avec les périphériques ou en échange de fichiers. Et désormais nombre de flasheurs se sont aussi équipés en PC. "Finalement je n´ai qu'un regret. C´est que le module 3D intégré dans la version 5.0 de Photoshop ne soit pas plus poussé. Pouvoir créer en 3D en direct dans Photoshop serait vraiment idéal." En attendant, Laurent Courau poursuit ses projets : une série d'animation pour la télévision, d'autres couvertures de magazines et encore, encore...

Lien vers la page de cette interview sur le site Adobe.fr

CYBERZONE Avril-Mai 1999 - Rubrique Actu - Page 7


Sous-titré "An e-zine for the Digital Mutants", La Spirale V.4.0 aurait pu être "CyberZone on-line*" tant nos centres d'intérêt et ceux du webmaster, Laurent Courau, convergent !

Entièrement consacré à ce que la cyberculture et les cultures alternatives produisent d'activistes et de déjantés de toutes sortes, La Spirale V.4.0 nous a totalement séduits ! Difficile aussi de ne pas l'être à la lecture du sommaire et à l'examen de l'interface, impeccable, et totalement en phase avec ses sujets.

Des sujets plus qu'éclectiques d'ailleurs, proposant des interviews de grandes figures de la contre-culture comme Richard Kern (quel hasard !), Lee Higgs (nooon ?), Timothy Leary, Maurice G Dantec ou l'incroyable et prolixe Gareth Branwyn !

Côté articles de fond, même but, largement atteint et une évidente envie de tendre vers la diversité la plus large possible. Sont donc présents des articles sur la face cachée de nos sociétés industrialisées avec un important dossier sur la cryogénie (la pratique de se faire congeler au moment de sa mort dans l'espoir d'être ranimé dans le futur) avec des déclarations de chefs d'entreprise développant ce genre de projets, bientôt accompagné d'un dossier sur... le milieu du porno en Californie, interview de Carole Cox à l'appui ! Eclectisme, donc !

A noter aussi : Laurent Courau propose une importante sélection de lectures profitables et de nombreuses et superbes illustrations. Car en plus d'être rédacteur, ce touche-à-tout maniaque est aussi infographiste, développeur de sites web et concepteur de films d'animation. Il compte des participations à de nombreux mags tels Coda, Net Pro, Computer Arts ou encore le défunt Webmaster. Vous pourrez goûter à toutes ces gâteries visuelles sur son second site Mondocourau, petit clin d'oeil au fanzine des "joyeux mutants" de R.U. Sirius, Mondo 2000.

Maxence Grugier