VINCENT BOISOT « MWIMBA TEXAS »


Enregistrement : 08/10/2013

Après des études à Sciences-Po et une vie professionnelle semi-nomade, c’est en 2006 que Vincent Boisot choisit de se consacrer pleinement à la photographie. Un an plus tard, il co-fonde le collectif Riva Press aux côtés de quatre autres photojournalistes ; un collectif qui s’affiche dans la presse quotidienne comme dans différents magazines, spécialisé dans les portraits et reportages liés à l’actualité.

A l’instar de l’Afrique, continent privilégié pour Vincent Boisot, qui depuis plusieurs années photographie déclinaisons culturelles et communautés souvent méconnues de l’Occident. C’est évidemment à l’occasion de sa rencontre avec le passionnant catcheur albinos Mwimba Texas - interviewé dans les pages récentes de La Spirale - que nous avons apprécié le travail de Vincent Boisot, avant de se pencher sur sa production photographique prolifique, particulièrement sur le continent africain.


Propos recueillis par Soizic Sanson.




INTERVIEW DE VINCENT BOISOT

Vous êtes photojournaliste, co-fondateur du collectif Riva Press. Ce collectif touche essentiellement l‘actualité, à travers des portraits et reportages présentant souvent certaines minorités culturelles peu médiatisées. Vous semblez vouloir montrer une Afrique méconnue des médias, l’Afrique dynamique et entrepreneuse, loin des stéréotypes misérabilistes trop souvent mis en avant. Quelle est votre procédure de travail habituelle, de l’idée initiale jusqu’à la rencontre avec vos sujets ?


Certains pays d’Afrique sont encore confrontés à des conflits meurtriers ou à de grandes difficultés. C’est très important d’en parler. Mais quand on voyage en Afrique, c’est souvent une image bien différente qui s’impose. Si les conditions de vie restent souvent précaires, on y rencontre aussi beaucoup d’énergie et de créativité. Dès que j’ai l’occasion de mettre un coup de projecteur sur cette Afrique là, je le fais avec plaisir. Les idées viennent au hasard de mes rencontres ou de mes lectures. Je fonctionne un peu au coup de cœur. Ensuite, je prends simplement contact avec les personnes dont je veux raconter l’histoire, je leur explique ma démarche et j’essaie de passer le plus de temps possible avec elles pour comprendre leur vie, leurs envies…

Vos reportages ont souvent lieu à Kinshasa. Je pense, entre autres, aux championnes de boxe de la RDC ou encore à l’Orchestre Symphonique de Kinshasa. Pouvez-vous nous parler de cette ville qui semble vous fasciner, et plus généralement, de l’Afrique qui vous fascine ?

Je suis arrivé pour la première fois à Kinshasa en 2007, un peu par hasard. Un ami congolais m’avait parlé de son pays avec passion et je voulais voir ça de mes propres yeux. J’y suis resté trois semaines avec plusieurs idées de reportages en tête, notamment sur le phénomène des « enfants sorciers », ces gamins rejetés par leurs familles qui les accusent de sorcellerie, et qui se retrouvent à la rue. J’ai sillonné la ville dans tous les sens. J’y ai découvert des conditions de vie extrêmement difficiles, mais aussi une incroyable énergie qui m’a effectivement fasciné.

Vous avez rencontré Mwimba Texas en Février 2010. Comment en êtes-vous venu à réaliser cette série ?

J’avais entendu parler de Texas lors de mon précédent reportage en RDC sur l’orchestre symphonique kimbanguiste. Mais je n’avais pas eu le temps de le rencontrer à ce moment là. Après mon retour en France, l’idée a trotté dans ma tête plusieurs mois. Un catcheur albinos, défenseur de sa communauté, qui organise des combats aux quatre coins de la ville, il fallait que je voie ça. J’ai pris contact avec Texas par l’intermédiaire d’une journaliste qui travaillait à Kinshasa et il a immédiatement accepté. J’avais envie de parler du sort des albinos en Afrique Centrale (souvent persécutés au nom de traditions séculaires) et le faire par le biais de Texas et de son combat me semblait être une bonne idée. Et je n’ai pas été déçu…

L’échange que nous avons eu avec Mwimba Texas a été passionnant ; c’est un être qui nous a beaucoup touchés, par son travail rigoureux, tant sur le plan sportif qu’humanitaire, mais aussi par ses valeurs et sa personnalité remarquables. Pouvez-vous nous parler de votre rencontre à Kinshasa et des matches que vous avez photographiés ?

Oui, c’est vraiment une personnalité remarquable. Dans un pays où rien n’est simple, il déploie une énergie hors du commun pour la défense des albinos. Il mène son combat avec une grande conviction et beaucoup de sérieux. Et il sait ce qu’il veut. A l’occasion de mon dernier séjour à Kinshasa, j’avais apporté un carton de crème solaire que j’avais réussi à obtenir auprès d’un laboratoire pharmaceutique. Il m’a gentiment fait comprendre que c’était une goutte d’eau dans l’océan, et qu’à moins de trouver une solution pour en obtenir de grandes quantités, il ne pouvait pas en faire grand-chose. Je ne m’y attendais pas, mais j’ai apprécié sa franchise. Son but principal est de sensibiliser ses concitoyens au sort des albinos afin que cessent les persécutions dont ils font encore l’objet. Il le fait avant chacun de ses combats et à l’occasion de tous ses passages à la radio ou à la télévision. Comme j’ai pu y assister récemment, il organise également des grands rassemblements avec les membres de son association (essentiellement des personnes albinos, mais pas uniquement) où il invite la presse et fait intervenir sociologues, médecins… Le tout sans aucun soutien financier d’ONG internationales. Je lui tire mon chapeau.

Vous avez photographié la RDC à plusieurs reprises, ainsi que le Sénégal et de nombreux autres pays. En 2012, vous avez remporté le 2e prix dans la catégorie Arts et spectacles du World Press Photo, l’un des plus prestigieux prix en photojournalisme, pour une photographie prise lors de la 9e Fashion Week 2011, à Dakar. J’imagine que cela doit être une belle reconnaissance pour votre travail. Quels sont vos projets actuels et quelles sont vos prochaines destinations ?

Oui, c’est une très belle reconnaissance. Je prends ça surtout comme un encouragement à continuer mon travail sur le continent africain. Beaucoup d’envies à concrétiser : au Congo toujours, mais j’aimerais aussi retourner en Côte d’Ivoire que j’ai connu un plein chaos post-électoral il y a 3 ans ou au Rwanda qui va commémorer en 2014 les 20 ans du génocide de 1994. Et plein d’autres choses encore…


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