MAXENCE GRUGIER - CYBERZONE


Enregistrement : Automne 1997

Le monde est petit et le web ne déroge pas à la règle. La publication de l'interview de Richard Kern m'a donné l'occasion de découvrir Lee Higgs que j'ai immédiatement exposé dans la galerie de La Spirale puis cette exposition m'a à son tour amené à faire la connaissance de Maxence Grugier dont le magazine CyberZone venait d'arriver dans les librairies. J'ai immédiatement apprécié la direction cyber-érotico-trash de cette revue qui change agréablement de la tendance élitiste et mondaine de la jeune presse française dite culturelle . Il me semblait donc logique de donner la parole dans La Spirale à l'instigateur de cette agréable surprise éditoriale.

Propos recueillis par Laurent Courau.



Comment a démarré l’aventure NetZone / CyberZone ? Qu’est ce qui a motivé la création de ce magazine ?

La motivation, elle a toujours été là, en fait. S’exprimer, faire partager des idées, ça a toujours été mon truc : la communication ! Quand internet est arrivé en France (le web en fait, la version "conviviale", comme on dit, je n’ai pas connu la version "text-only"...), je me suis dit « Wouaw, c’est vraiment l’occasion, là ! Il faut pas se louper ! On va enfin pouvoir s’exprimer librement, sans censure, pour pas cher et avec une diffusion quasi-mondiale ! » C’était un rêve.

J’avais bien un petit site à moi sur le Net : Transition (http://www.multimania.com/transition), mais ça restait anecdotique. Alors Net Zone / CyberZone, c’était le passage à l’action obligé. J’ai la chance de travailler dans un milieu ouvert (c’est le moins que l’on puisse dire), et d’avoir les moyens techniques de réaliser une revue. On m’a donné carte blanche et NetZone est né. Au départ, il était question d’une revue orientée "cybersexe", avec de la pub 100% cul et des articles plus intellos sur le sexe, les modifications corporelles, enfin tout ce que la technologie a changé dans nos rapports sociaux. Mais on s’est vite rendu compte que c’était dommage de ne parler que de ça dans un magazine de 100 pages. Du coup, dès Net Zone 2, ça a évolué ! J’ai noué pas mal de contacts, malgré une diffusion plutôt discrète, et on s’est dit qu’il était temps de jouer dans la cour des grands. Quelque chose de lisible par tous. CyberZone est venu de tout ça.

Que faisais-tu avant de prendre la direction de ce magazine ?

J’ai fait pas mal de trucs, comme beaucoup de gens de ma génération. Des études d’histoire de l’art, de sociologie, pas mal de projets associatifs dans la musique, en province, des petits boulots, je me suis méchamment planté en montant une boîte de Web Design dans l’Est de la France. Depuis un an, je travaille dans une société spécialisé dans le "charme", comme on dit pudiquement : ). Une société qui a évolué en profondeur depuis mon arrivée. L’espace de liberté s’est agrandi. Au départ, j’étais web designer du site de la société. Je surfais depuis plus de 5 ans entre 3 et 8 heures par jour, j’avais donc les capacités pour parler d’Internet et des contre-cultures qu’il abrite.

Mon parcours est assez atypique, dans le domaine de la presse. Je n’ai pas fais d’école de journalisme. Si tout s’était déroulé "normalement", j’aurais eu plus de chance d’être pigiste que rédacteur en chef d’un magazine. Mais on m’a fait confiance et j’ai pu créer exactement ce que j’avais dans la tête. Alors, parfois, c’est vrai, j’ai mauvais caractère, je m’emporte, je me passionne, mais je dois surtout remercier ceux qui m’ont donné cette chance. Voilà, c’est fait, par l’entremise de cet interview !

Quelle furent les réactions à la sortie de CyberZone, tant en terme de vente que de réponses du public et des médias ?

Au niveau des ventes, c’est encore un peu tôt pour en parler, on ne sait pas vraiment. Dans un mois ou deux peut-être. Ce que je sais, c’est qu’il a déclenché des réactions enthousiastes de la part de personnes très différentes. On reçoit beaucoup de courriers électroniques et papier, de la part de gens extrêmement différents. Ça va de l’ingénieur d’IBM à l’étudiant en fac de Lettres... Il y a des gens dont les courriers me touchent beaucoup. Certains me disent que la cyberculture ne les intéressait pas vraiment avant, mais qu’après avoir lu CyberZone : « Ils pensent qu’ils vont s’y mettre. »

Au niveau des médias, on a malheureusement pas pu, encore, envoyer beaucoup d’exemplaires aux différentes personnes potentiellement intéressées. On a eu un super encart dans Coda. Mais pour le n°2, on va arroser toute la France ! : )

Le principal reproche que je puisse faire à CyberZone est son prix (49 francs). Ne penses-tu pas qu’un prix aussi élevé risque de vous couper d’une partie de votre public potentiel ?

C’est un sujet délicat auquel tu touches là... Je me bats depuis le début pour le faire baisser, ce prix. Mais on a un supplément multimédia. Même s’il est plutôt mince pour l’instant, il grandira à chaque numéro. C’est vrai que 39 F, ç’aurait été mieux. Mais bon, je suis rédacteur, pas responsable du marketing...

Etonnamment le magazine ne possède pas de site sur Internet. Est-ce que ça fait partie de vos projets ?

Bien sûr ! Mais c’est pareil, avec un magazine comme CyberZone, il faut pas se rater si on fait un site internet ! L’exemple à ne pas suivre, c’est Technikart, par exemple. Je ne sais même pas s’ils en on encore un, mais il y a quelques mois, je me suis connecté à l’ancien site, il n’était plus réactualisé depuis 95 ! Par contre, Crash, qui avait commencé modeste, s’est vraiment amélioré aujourd’hui. Ils ont une tonne d’articles en ligne. C’est une bonne éthique rédactionnelle, je trouve : proposer les articles des anciens numéros intégralement et gratuitement sur le web ! On va donc bientôt mettre le nôtre en ligne. Ce ne sera pas très original, ce sera très Crash, on mettra nous aussi nos anciens articles en lignes, mais je pense qu’il y aura d’autres surprises...

Penses-tu qu’il y a vraiment un public aujourd’hui en France pour une revue aussi pointue ? Les seules publications équivalentes aux USA ne dépassent pas le statut de fanzines (bien que ces fanzines soient souvent d’une qualité largement supérieure à celle de nombreux magazines français)...

Etonnamment, je ne trouve pas qu’elle soit si pointue. Je suis peut être un peu tordu, mais j’aimerais croire que les biotechnologies, la cryogénie, le cybersexe, le percing et tous ces trucs dits "bizarres" ou de "pointe" sont parfaitement intégrés dans notre société. Les nanotechnologies, par exemple, est un des articles qui a choqué plus d’un lecteur. Certains m’ont dit des trucs comme « Bravo pour CyberZone, mais attention aux articles scientifiques, il faut retourner un peu sur terre ! ». Pourtant, j’en parlais l’autre fois avec Yann Minh, et il me disait qu’il y a déjà de la nanotechnologie dans les air-bags par exemple ! Evidemment, aux USA, la technologie fait partie intégrante de la vie quotidienne, tout du moins pour une bonne partie de la population. Pour eux, c’est naturel de parler de nanotechnologie, de robotique, de la terra-formation de Mars. Leur gouvernement alloue des millions de dollars à des chercheurs pour étudier ces projets ! En France, on se réveille à peine à propos des biotechnologies, alors que ça fait plus de 3 ans qu’on mange des boîtes de conserve ou des surgelés contenant des dérivés de la culture transgénique ! Mais je m’égare... Oui, je crois qu’il y a un public pour CyberZone, je crois que les plus jeunes (j’ai déjà 30 ans) veulent en savoir plus, veulent se tourner vers l’avenir ou, du moins, en rêver. Il n’y a qu’à voir le bond qu’a fait la science-fiction en France ces deux dernières années !

Que penses-tu des magazines culturels français dont le contenu peut rejoindre celui de CyberZone ? Par exemple Crash ou dans une moindre mesure Technikart et Coda...

Coda est un cas un peu à part, c’est un magazine musical. J’aime bien Coda, c’est certainement le magazine musical "grand public" le plus intéressant à l’heure actuelle. Quand je veux être au courant des sorties, j’achète Coda et Magic ! Mais, tant qu’a faire, je préfère encore le fanzinat, il y a d’extraordinaires magazines français, même pas distribués en kiosque alors qu’ils le mériteraient, comme Nomad’s Lands et Octopus. J’ai adoré Technikart et Crash au début. Je suis assez déçu aujourd’hui. Je suis un "magazine addict", j’achète énormément de presse et je compare. Technikart et Crash avaient cet esprit novateur dans les premiers numéros. Crash se proposait d’explorer les contre-cultures (cyber ou autres) et puis, ça tourne vite au parisianisme aigu. Dommage ! Mais bon, un magazine, ça doit aussi être rentable, je les comprends. Le bon point de Technikart, c’est que c’est un bon mag si l’on veut avoir une vue d’ensemble de ce qui sort en France au niveau culturel. Le mauvais point, c’est qu’à force de partenariat avec les maisons de disques, les copinages dans le milieu culturel parisien, on finit par perdre son âme. Crash, c’est un peu le même problème, bien qu’ils soient très courageux d’oser sortir un tel magazine en France, aussi intello... Cela ne doit pas être facile. Mais je suis mal placé pour critiquer, hein ? Moi, je ne connais rien au milieu de la presse parisienne. Je suis dans le sud de la France, au soleil, indépendant ou presque. Je fais mon contenu rédactionnel avec ma petite équipe de pigistes. Et on n’en est qu’au N°2, on ne sait pas encore ce que ça va donner, alors...

Justement, de qui te sens-tu proche en France d’abord, à l’étranger ensuite ? Y-a-t-il des revues, des magazines, des fanzines ou même des artistes ou écrivains qui t’interpellent particulièrement ? As-tu le sentiment d’appartenir à une famille ?

Bon, j’y ai déjà un peu répondu dans la question précédente. Il y a un magazine que j’aime particulièrement en ce moment et qui parle d’actualité sociale, culturelle et autres, c’est Transfert, le nouveau mag de Christophe Agnus. On peut visiter leur site à Transfert.net/. Ils y proposent des compléments de leurs articles papier en ligne. S’il y avait un autre magazine dans lequel j’aimerais écrire, ce serait celui-là. A bon entendeur... ; ). Sinon, bien sûr, je suis un admirateur du fanzinat américain, des gens comme Gareth Branwyn', que tu interviewes dans La Spirale, ont toute mon admiration. Son humour, sa manière de prendre de la distance par rapport a son travail et surtout sa profonde compréhension d’internet, sont inégalé en France. Il y a aussi les "grands ancêtres" comme bOING bOING, Mondo 2000, Wired. En France il y a eu Clone, qui était distribué en kiosque et Univers Interactif qu’il ne faut pas oublier. Cela dit, ça reste assez restreint. Mes modèles sont plutôt sur le Net. Des ezines comme CTheory (http://www.ctheory.com/ctheory.html) ou Disinformation (http://www.disinfo.com), m’impressionnent beaucoup plus.

Un point qui me semble intéressant dans Cyber Zone est le rôle que joue Internet dans la récupération d’informations. Il semblerait que vous travailliez beaucoup en ligne, tant pour les interviews que pour les dossiers..?

C’est sûr, internet, c’est 99% de mon travail. C’est la base de tout ! C’est là que je trouve les idées pour Cyber Zone, c’est là que j’échange des opinions. C’est mon bureau virtuel ! Pour les dossiers, je contacte des gens, je leur demande l’autorisation de publier des articles. Ils acceptent souvent gratuitement... juste après avoir lu Cyber Zone. Ce fut le cas de Richard Kern, de Lee Higgs dans le prochain numéro. En ce moment, je traque Dantec. Je pense pouvoir le contacter par le biais du site de Norman Spinrad et celui d’Heldon de Richard Pinhas...

Vivant et travaillant en province, quelle est ta perception des milieux branchés parisiens ? J’ai quelque part l’impression que cet éloignement de la capitale ne constitue plus un handicap mais plutôt un avantage, dans la mesure où ça suppose un certain détachement vis-à-vis de la frange mondaine de la cyberculture que je trouve personnellement assez insupportable...

Ouais, la province profonde ! : ) « Aaaah, mais on voit passer des Parisiens aussi ! Jean-Pierre Pernod, qui vient dire bonjour ! » (à lire en roulant les "R"). Non, plus sérieusement, le milieu branché parisien, je connais pas ! J’ai toujours vécu en province, j’en suis content. Ça entretient l’amour des grandes villes. Aujourd’hui, quand on est curieux et avide de nouveautés, ça sert à quoi de vivre à Paris ou dans une grande ville ? Ici, j’ai internet. Quand je veux commander un disque du label Chain Reaction ou le dernier Pole, je vais sur Forced Exposure (http://www.forcedexposure.com), c’est pas cher et c’est bien achalandé, mieux que Rough Trade ou la Fnac. Quand je veux voir un film, je le commande par le net ou je vais au cinéma, comme tout le monde. Je surfe beaucoup beaucoup, j’achète des magazines, je vais à des concerts. Et puis, il y a Barcelone à 150 Km de chez moi, c’est une grande ville très vivante. Toulouse n’est pas loin non plus...

Avec internet, j’ai l’impression d’avoir une fenêtre sur le monde, constamment ouverte, d’autant que je n’ai aucune inhibition en ce qui concerne le succès et que je n’ai pas peur de contacter des gens connus. C’est beau la vie au XXIème siècle ! En fait, quand tu parles du "détachement vis-à-vis de la frange mondaine de la cyberculture" tu as tout à fait raison, je pense aussi qu’être éloigné des "hypes" institutionnelles est plutôt un plus. Je ne suis pas accro à l’actualité et je me rends compte que nombre de lecteurs non plus. De toutes façons, c’est un piège, la mode à tout prix, l’actualité. C’est souvent mettre en avant des gens qui récupèrent la créativité des autres et l’actualisent. Il y en a qui font ça bien, d’autres non ! Ceci dit, à CyberZone, on est un peu pareils ! Sur quoi écririons-nous, s’il n’y avait pas eu Timothy Leary, R. U. Sirius, William Burroughs et les autres ? Aujourd’hui on est tous des "administrateurs du culte", des adeptes du sampling informationnel ! : )

Parallèlement, est-ce que cet éloignement ne vous porte pas préjudice, notamment au niveau des annonceurs ? Le groupe Fairway, qui publie Trax et Rocksound, a finalement décidé de quitter Clermont-Ferrand pour s’installer à Paris...

Etonnamment non, pas du tout ! Les annonceurs nous contactent. Dans l’ensemble, CyberZone plaît, alors... C’est vrai qu’on a pas beaucoup d’annonceur actuellement, mais Publicis nous a appellé il y a deux jours et la partie "pub" du mag se met progressivement en place, qu’on soit excentrés ou à Paris, ne change rien pour des boites comme Publicis. Et, avec le Net, l’email, tout ça, la communication est facile. Peut être que les deux magazines que tu cite n’utilisaient pas le Net comme nous... Et puis c’est toujours une question d’actualité, un magazine musical comme Trax, doit assister à des concerts, faire les promos, payer des pigistes pour couvrir tel ou tel événement. Traverser toute la France pour faire un salon, c’est sur, c’est pas toujours marrant, mais on fait avec. Il y a l’avion. Et puis surtout, il n’y a pas que Paris. On rate autant de truc à l’etranger quand on se cantonne à ne couvrir que Paris...

Comment vois-tu l’évolution de CyberZone ? Penses-tu élargir la direction éditoriale à l’ensemble des cultures marginales ou comptes-tu conserver une direction cyber-électronico-digitale ?

Je le vois bien devenir comme RE/Search aux USA, un catalogue en français de tout ce que les contre-cultures produisent ou ont produit d’intéressant. Donc, le web, c’est un plus, c’est sûr, mais pas une fin en soit. C’est un outil. Je crois d’ailleurs que nous sommes une des seules rédactions en France à avoir compris ce qu’était le web : un énorme centre de documentation, plus un moyen de communication rapide.

Comment vois-tu l’avenir de tout ce courant culturel qui regroupe de façon assez anarchique le cyberpunk, les musiques électroniques, les nouveaux païens, le fétichisme et les images numériques (liste bien évidemment non exhaustive) ? Qu'est-ce que tu devines comme nouvelles tendances émergentes ?

Ah, ah, vaste question ! : ). En fait, je ne fais pas de différence entre toutes ces cultures et "sous-cultures". Pour moi, tous ces concepts, toutes ces idées, sont intéressants par leur existence même. Ils font partie de mon univers informationnel, donc de ma culture. Je crois sincèrement (et peut être naïvement) que ces cultures sont en train de pénétrer la culture générale. Le cyber, c’est forcément l’avenir. Quand on regarde les gamins de 14 ans, leur premier fantasme sexuel, c’est Lara Croft ! Un personnage virtuel ! Le percing, le tatouage, c’est passé dans les moeurs. Le métissage, c’est pareil ! Rien ne pourra arrêter ces tendances, même si on est retard en France !

La musique électronique, c’est encore autre chose. A vrai dire, c’est un de mes sujets favoris (alors là, tu n’aurais pas dû me brancher là-dessus), mais je vais faire court. Pour moi la musique électronique telle qu’on la conçoit aujourd’hui, c’est l’expression ultime de la musique. On ne peut pas aller plus loin. Dans l’électronique (comme dans la "culture électronique" d’ailleurs, la cyber culture), tout fusionne : le rock, le rap, la techno, l’instrumental, l’expérimental. Le sampleur a tout bouleversé ! N’importe qui peut vraiment faire de la musique aujourd’hui, tout comme n’importe qui peut s’exprimer sur le web ! Quand j’écoute Aphex Twin, Pan Sonic ou Fennesz, je me dis que la musique électronique, c’est la musique classique du XXIème siècle. On est arrivé à un point de non retour, au moins dans la musique. Je ne vois pas ce qu’on pourrait inventer de nouveau. La musique qu’on touche, qu’on sent ? Pour ce qui est de l’avenir, ce serait un peu prétentieux de dire que je sais ce qu’il nous prépare...

Personnellement, je suis parfois atterré par la naïveté de mes concitoyens en matière de politique, d’économie et de culture. Pour moi, il y a actuellement deux tendances. La première, c’est que l’économie, quoiqu’on en dise, est en train de tout bouffer : on disait qu’avec la fin des année 80, le "capital roi" était fini, mais c’est faux ! C’est de pire en pire. Tout est connecté au pognon et donc au pouvoir. Attention, je ne geins pas, hein, je ne suis ni tendance "gauche", ni tendance "droite". De toutes façons, la politique m’emmerde. Je constate, c’est tout.

L’autre tendance, c’est un bordel de plus en plus visible, de la corruption à tous les niveaux, des petits boulots, des miracles économiques inespérés. C’est une époque vraiment bizarre. Parfois, j’ai l’impression que les gens se réveillent, qu’ils ne vont pas tous tomber dans le panneau des discours de Le Pen ou des gens comme ça. D’autre fois, je me dis au contraire qu’ils ne s’aperçoivent de rien, qu’on va tous se faire entuber. Comme disait Dantec dans le dernier Technikart justement : « Le vrai clivage, c’est conservateur/révolutionnaire. ». Quand il dit "révolutionnaire", je ne pense pas qu’il veuille dire "tout foutre en l’air", mais qu’il emploie plutôt le terme dans son opposition sémantique à "conservateur, dans le sens de "ceux qui veulent faire avancer les choses contre ceux qui veulent que tout pourrisse sur pied". Pas de chance pour les conservateurs, de toutes façons, ils vieillissent plus vite que nous ! Quant aux jeunes conservateurs, ils se la jouent, mais qu’on aillent pas me dire qu’il y a encore des mecs, en 1999, qui font fac de droit, votent Balladur mais n’ont jamais fait une Rave, jamais pris un exta, ou fumé un joint ! C’est quoi être conservateur en 99 ?

Un dernier mot pour terminer ?

Hou ! Encore un, t’es sûr ? Bon, j’aimerais juste te remercier de m’avoir interviewé. Et surtout, dédicacer une petite pensée à tous ceux qui m’ont influencé sans le savoir, et qui m’ont montré la voie. Les justes se reconnaîtront.


Commentaires

Vous devez vous connecter ou devenir membre de La Spirale pour laisser un commentaire sur cet article.

A propos de cet article


Titre : MAXENCE GRUGIER - CYBERZONE
Auteur(s) :
Genre : Interview
Copyrights : Laurent Courau - 1997
Date de mise en ligne :

Présentation

Maxence Grugier, Cyberzone - Une interview tirée des archives de La Spirale.

A propos de La Spirale : Née au début des années 90 de la découverte de la vague techno-industrielle et du mouvement cyberpunk, une mouvance qui associait déjà les technologies de pointe aux contre-cultures les plus déjantées, cette lettre d'information tirée à 3000 exemplaires, était distribuée gratuitement à travers un réseau de lieux alternatifs francophones. Sa transposition sur le Web s'est faite en 1995 et le site n'a depuis lors cessé de se développer pour réunir plusieurs centaines de pages d'articles, d'interviews et d'expositions consacrées à tout ce qui sévit du côté obscur de la culture populaire contemporaine: guérilla médiatique, art numérique, piratage informatique, cinéma indépendant, littérature fantastique et de science-fiction, photographie fétichiste, musiques électroniques, modifications corporelles et autres conspirations extra-terrestres.

Liens extérieurs

Myspace.com/maxencegrugier

Thèmes

Cyberculture
Nouveaux médias
Edition

Mots-clés associés

Maxence Grugier
Cyberculture
Cyberzone
Internet
Web
Techno
Electro

Contact

  • Captcha capttchaaa

Connexion


Inscription
Lettre d'informations


Flux RSS

pub

Image aléatoire

pub
« Fuck Consensual Reality »
© Laurent Courau
pub

Contenu aléatoire

Texte Peinture Texte Photo Texte Texte Photo Texte Texte