JOE CHRIST « SEX, BLOOD & MUTILATION »


Enregistrement : Archives de La Spirale (1996-2

La Spirale continue sa plongée dans l'underground le plus virulent avec cette interview de Joe Christ, un réalisateur américain dont les productions ont de quoi choquer le punk le plus aguerri.

Qu'il s'agisse d'oeuvres de fiction ou de documentaires, Christ secouait l'underground des années 1990 et 2000 à grands renforts de violence absurde, de perversions sexuelles et de sanglantes automutilations (non simulées).

Joe Christ nous a quitté le 21 juin 2009, abattu par une crise cardiaque en plein sommeil.


Propos recueillis par Laurent Courau.


Comment vous présenteriez-vous à quelqu’un qui n’a jamais entendu parler de vous ?

D’habitude, je dis aux gens que je fais des courts-métrages, principalement des comédies bizarroïdes.

Qu'est-ce qui vous a poussé à faire des films et quelle fut votre première expérience de réalisateur ?

J’ai toujours été attiré par l’idée de faire des films. On m’a fait don un jour de tout un équipement Super 8 : une caméra, une table de montage et de visionnage ainsi que plusieurs rouleaux de pellicules. Je me suis trimballé ce bazar pendant un moment jusqu’à ce que je rencontre Mary Leohr, la femme qui allait devenir la star de mon premier film Communion In Room 410 (1988). Elle était vraiment grosse, autour des 200 kilos, et elle aimait que les gens la taillade à coups de rasoirs. Je lui ai demandé, après que nous soyons devenus amis, si je pouvais la filmer en train de se taillader et de se faire taillader et elle a accepté. Peu de temps après Dana Wisdom, une autre nana, m'a demandé si elle pouvait figurer elle aussi dans le film pour y boire le sang de Mary. En ce qui me concernait, c’était bon ! J’avais mon film... Une fois ce film terminé, nous avons fait beaucoup de publicité autour (du moins pour un court-métrage) et j‘ai pu rapidement déménager à New York pour y réaliser d’autres films. Voilà à quelques détails près la façon dont je suis devenu réalisateur de films.

Vous avez le don de trouver d’excellents titres et d'excellents sujets pour vos films. Ils me rappellent notamment les Exploitation Movies des années 60. Où trouvez-vous votre inspiration ?

Mon inspiration vient généralement des trucs débiles que les gens font ou disent dans leurs vies de tous les jours. J’aime bien me moquer d’eux, et ils n’arrêtent jamais de m’émerveiller avec leurs idées à la con. Lorsqu’un truc m’amuse, ça me trotte dans la tête et je m’en sers pour créer quelque chose de drôle qui soit adapté à une fiction. Je pars de là.

Puisque vous êtes un grand spécialiste du genre, quelle est la chose la plus dingue qu’il vous ait été donné de voir ?

Lorsque nous tournions Sex Blood & Mutilation (1995), Genesis P-Orridge a fait boire à sa copine une décoction de Gatorade, de lait fermenté, de vin rouge et de petits bouts de crayons de couleur fluorescents cassés. Elle lui a ensuite vomi dessus, sous une lumière noire, le recouvrant des pieds à la tête de ce dégueulis fluorescent et multicolore. Je pensais que c’était le truc le plus dingue que j’avais jamais vu jusqu’à ce que je filme l’homme qui s’est coupé le pénis en deux pour le même film.

Est-ce qu’il y a des limites - morales ou autres - à ce que vous êtes prêt à montrer ?

Eh bien, dans le cadre de mes films de fictions je n’ai pas vraiment de limites morales. Je ne pense pas qu’une fiction puisse vraiment faire de mal à qui que ce soit. Mais si je filme quelque chose de réel, dans le cadre d’un documentaire par exemple, je ne tiens pas à ce qu’il arrive quoi que ce soit à des enfants.

Que répondriez-vous à quelqu'un qui dirait que vos films sont malsains ?

Je dirais que cette personne n’a pas du en voir ou en faire beaucoup dans sa pauvre et pathétique petite vie.

Comment distribuez-vous vos films ? J’ai vu que vous organisez vos tournées de projection un peu de la même manière que le ferait un groupe punk pour ses concerts...

Dans la plupart des cas je m'occupe moi-même de la distribution de mes films pendant de mes tournée. Si vous voyez un jour une de mes cassettes dans un magasin aux Etats-Unis, c'est que je l’aurais personnellement vendue à ce magasin. Sinon j’organise effectivement mes tournées de projections à peu près de la même manière qu’un groupe de musiciens. Je voyage avec mes films pour les montrer dans des boites de nuit, des galeries et des petits théâtres. Je profite de mon passage dans une ville à l’occasion d’une projection pour aller voir tous les magasins de disques et de cassettes vidéo indépendants que je peux trouver afin de leur vendre mes cassettes, mes cds et mes disques. Je vends aussi une bonne quantité de marchandise à travers Internet mais je gère encore la majorité de ma distribution lors de mes voyages. Je fais généralement le tour des Etats-Unis une ou deux fois par année.

Quel genre de public assiste à vos projections ? J’image que vous devez avoir des spécimens de tordus tout à fait intéressants...

Mon public est très éclectique. Ca va du passionné de cinéma au punk et au gothique en passant par des bouseux et les tordus habituels. Il n’y a pas un type particulier de public qui vient à mes projections. Dans certaines villes ou dans certaines régions je ramènerai plus d’un style que d’un autre. Dans des endroits comme Atlanta et Saint Louis, j’ai beaucoup de gothiques, tandis qu’à Houston et Denver ce sont des foules de fans hispaniques de Heavy Metal ou encore de nombreux bikers en Caroline du Nord. C’est un peu difficile de comprendre pourquoi ça fonctionne comme ça mais je ne me pose pas trop de questions. Le seul vrai dénominateur commun de ceux qui assistent à mes projections est qu’ils ont tous un bon sens de l’humour et savent rire de choses que la plupart des gens trouveraient repoussantes.

Quels sont vos pires ou vos meilleurs souvenirs de tournée ?

Je ne m’occupe pas trop de ramener des souvenirs de mes tournées, à moins que vous ne comptiez les dizaines de cassettes vidéo et de cds qui me sont donnés de la main à la main par des musiciens ou des réalisateurs undergrounds. Juste une fois, après une projection à Los Angeles, je suis allé m’acheter un fœtus de cochon dans un bocal de formol dans une petite boutique en face de la Zero One Gallery.

Quel type de matériel utilisez-vous pour tourner et monter vos films ?

Depuis Acid Is Groovy Kill The Pigs en 1993, j’ai tourné tous mes films avec la même caméra VHS. Avant ça j’avais utilisé la caméra Super 8 mentionnée plus haut pour « Communion in Room 410 » et la plupart du tournage de Speed Freaks with Guns (1991). Pour ce qui est du montage, j’ai longtemps utilisé le même mauvais studio à New York. Mais depuis mon dernier film, Amy Strangled a Small Child (1998), je suis passé sur un système de montage virtuel chez Minnie T Productions à Knoxville dans le Tennessee. C’est là que je boucle My Struggle, mon projet en cours. J’utilise Media Studio Video Edit 3.2. C’est très basique. Vous travaillez à partir d’une time-line visible à l'écran et vous pouvez travailler en frame par frame. Cette possibilité m’a permis de créer des effets spéciaux particulièrement grotesques comme une handicapée mentale à trois yeux...

Avez-vous déjà été contacté par les "Majors Companies" de l'industrie cinématographique ?

Non, pas vraiment. Bien qu’avec ma femme (la romancière Nancy A Collins), nous ayons travaillé sur plusieurs scénarii qui ont ensuite été distribué sur Hollywood.

Comment expliquez-vous que l’industrie du divertissement s’applique à produire autant de daubes alors que les bons sujets ne manquent pas en ce bas monde ?

Je pense que c’est lié à ce que la majeure partie du public n'est qu'un troupeau de moutons qui aime qu’on lui explique ce qu’il doit consommer tant physiquement qu'intellectuellement. On peut leur faire acheter quasiment n’importe quoi avec la campagne de publicité appropriée - tant que ce n’est pas trop délirant bien sur et que ça ne dérange pas les intérêts de certains groupes de pression.

Quels sont les artistes dont vous vous sentez proches aujourd’hui ?

Je ne suis pas sur de me sentir proche d’autres artistes. Je suis un peu solitaire... Mais j’apprécie tout de même le travail de Charles Pinion, et j’ai eu l’occasion de voir récemment un film réellement dégueulasse, Rock ‘n’ Roll Frankenstein de Brian O’Hara que j’ai chroniqué pour mon site The Cinema Cellar. Mais je ne suis pas trop la tendance... si vous voyez ce que je veux dire.

Quand aurons-nous le plaisir de voir vos films en France ?

J’espère bientôt. J’ai depuis longtemps envie d’organiser une tournée de projections en Europe. Richard Kern avait pris le temps il y a quelques années de me donner tous ses contacts en Europe mais je ne m’en étais pas occupé à cette époque et j'imagine que la plupart d‘entre eux ne doivent plus être valables depuis le temps. Mais une fois le film en cours terminé je pense avoir une bon éventail de trucs à emmener avec moi.

Quels sont vos projets du moment ?

Le projet sur lequel je me concentre actuellement est mon nouveau film, My Struggle. J’avais commencé à tourner en Pennsylvanie, en plein territoire Amish, et ai poursuivi ces derniers mois à Raleigh. Je déménage dans une semaine à Atlanta et tournerai le reste des scènes d’intérieur là-bas. Il ne me restera plus qu’à faire des allers-retours tous les week-ends à Knoxville pour le montage. My Struggle est l’histoire d’une bande d'Amishs consanguins qui kidnappent des touristes pour les utiliser comme matériel de reproduction. Lorsqu’ils violent ces femmes, ils les obligent à porter des masques de moutons. Je joue dans ce film un homme dont la vie est un parallèle de celle d’Adolf Hitler, et il y a un autre personnage qui est un blanc avec un maquillage d’homme noir. Je ne sais pas trop si les gens seront choqués par tout ça mais je peux vous assurer que ce sera un putain de bon film bien marrant. Et je me contrefous d’ailleurs de savoir si il y en a que ça va en choquer.

Que ferez-vous pour le réveillon de l’An 2000 ?

Je serai probablement assis sur mon toit en train de dégommer les pillards à coups de flingue.


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A propos de cet article


Titre : JOE CHRIST « SEX, BLOOD & MUTILATION »
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Genre : Interview
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Date de mise en ligne :

Présentation

Joe Christ - Une interview tirée des archives de La Spirale.

A propos de La Spirale : Née au début des années 90 de la découverte de la vague techno-industrielle et du mouvement cyberpunk, une mouvance qui associait déjà les technologies de pointe aux contre-cultures les plus déjantées, cette lettre d'information tirée à 3000 exemplaires, était distribuée gratuitement à travers un réseau de lieux alternatifs francophones. Sa transposition sur le Web s'est faite en 1995 et le site n'a depuis lors cessé de se développer pour réunir plusieurs centaines de pages d'articles, d'interviews et d'expositions consacrées à tout ce qui sévit du côté obscur de la culture populaire contemporaine: guérilla médiatique, art numérique, piratage informatique, cinéma indépendant, littérature fantastique et de science-fiction, photographie fétichiste, musiques électroniques, modifications corporelles et autres conspirations extra-terrestres.

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