DAVID MANISE « SURVIE, LA RÈGLE DES TROIS »


Enregistrement : 29/01/09

Peu connue et pâtissant jusqu'à ces dernières années de la mauvaise image véhiculée par les milices américaines, la survie n'en gagne pas moins un nombre croissant d'adeptes en Europe et dans l'Hexagone. Autant de passionnés qui ne rechignent pas devant le relatif inconfort d'une nuit en pleine nature ou la perspective de longues heures de marche en pleine montagne.

Lorsqu'il ne lutte pas avec loups et grizzlis sur le massif du Vercors, David Manise enseigne la survie et le secourisme, en animant en parallèle un site riche d'informations, d'autant que doté d'un forum de discussion particulièrement bien achalandé. Une occasion rare d'échanger sur des sujets aussi précieux que la vie en autarcie, les techniques de discussion avec un schizophrène, la fabrication d'un piège à ours, la gestion d'une bande de singes sauvages ou la transformation d'une vieille machette.

Belle découverte et introduction pleine de surprises à une discipline encore méconnue, par un spécialiste du genre.



Pour commencer, nous devrions peut-être revenir pour les lecteurs de La Spirale sur la fameuse règle des trois de Ron Hood, ainsi que sur les compléments et précisions que vous lui avez apporté...

La règle des trois est un outil conceptuel qui permet de bien poser nos priorités dans une situation dite de « survie ». Dans ce genre de contexte où le niveau de stress est très élevé, la prise de décision est souvent difficile et ce genre de « grille » simple permet d'éviter les erreurs les plus grossières, et surtout de reconnaître les situations d'urgence pour ce qu'elles sont, clairement et sans possibilité de nier.

L'une des choses très difficiles à faire, lorsqu'on se retrouve en difficulté dans la nature ou ailleurs, c'est de prendre conscience et d'accepter -- psychologiquement -- l'urgence de la situation. De réussir à décréter que « c'est vraiment la merde » et d'agir en conséquence. Nous avons tous -- c'est parfaitement humain -- tendance à nier cet état de fait, à faire comme si de rien n'était. Nous ne voulons pas accepter une réalité anxiogène, donc nous tordons un peu la face du monde pour qu'elle soit moins anxiogène... au risque d'avoir des comportements inadaptés. C'est ainsi qu'on continue de marcher pendant des heures alors qu'on est déjà perdu depuis longtemps, qu'on subit une agression physique sans se défendre en continuant à penser que le gars en face va se calmer et nous épargner, qu'on constate qu'on a des symptômes qui indiquent qu'on a un cancer qui débute mais qu'on attend six mois ou un an pour aller consulter... Ça n'est pas un trip suicidaire, c'est juste une manière qu'à notre psyché de limiter son stress au détriment de notre sécurité. Cette absence de réaction, cette absence de prise d'initiative ou de décision est sans le moindre doute l'un des principaux pièges auxquels nous avons à faire face, lorsque nous sommes confrontés à des situations dangereuses. Notre principal ennemi est... nous-mêmes !

Mais trêve de verbiage. La règle, remise à ma sauce, s'énonce comme suit (je vous fais la version soft) :

On survit :

- 3 secondes sans cervelle. Une chute de séracs, une balle perdue, une maman grizzli mal lunée, trois secondes de trop penché sur l'autoradio sans regarder la route... et c'est fini. D'être conscient de son environnement, d'anticiper (en tâche de fond automatique) les risques en permanence est la première et la plus essentielle chose à faire pour survivre, peu importe où on se trouve, peu importe le contexte, peu importe qui on est. Cette prudence élémentaire est très souvent compromise par un niveau de stress élevé, une hypothermie/hyperthermie (température corporelle à moins de 35 ou plus de 38-39°C), une déshydratation, une intoxication au CO, ou autre... car tous ces états nous grignotent des points QI, ainsi que de la motricité fine ;

- 3 minutes sans O2 dans nos centres vitaux. Exemple : j'ai l'artère fémorale coupée et je n'ai jamais appris à faire un point de compression efficace. Je me suis vidé de mon sang. Je n'ai plus de pression sanguine et mon cerveau ne reçoit plus d'oxygène. Dans trois minutes, grosso modo, je serai mort. Ce point de la règle est là pour rappeler l'importance des gestes de premiers secours élémentaires (tout être humain qui se respecte devrait au moins savoir alerter efficacement les secours, arrêter une hémorragie, mettre quelqu'un en PLS, libérer des voies aériennes et faire un massage cardiaque) ;

- 3 heures sans pouvoir réguler sa température corporelle. Si je suis trop déshydraté pour transpirer, qu'il fait 40°C à l'ombre et qu'il n'y a pas d'ombre... je risque de mourir d'un coup de chaleur. En moyenne montagne, la nuit, même en été, je peux mourir d'hypothermie si je n'ai pas un minimum de vêtements chauds... et a fortiori si je suis trempé, fatigué, déshydraté, blessé...

- 3 jours sans eau. Ca peut être beaucoup plus ou beaucoup moins selon la température ou le niveau d'activité, mais ça donne un ordre de priorité ;

- 3 semaines sans manger. Au bas mot. L'histoire est remplie d'histoires de jeûnes volontaires ou contraints, qui dépassent le mois en durée et dont les gens sont sortis parfaitement indemnes ;

- 3 mois sans contact social. Après ce délai approximatif, notre envie de vivre s'émousse, et nous développons des problèmes psychologiques divers qui ne nous aident pas à continuer à lutter. Même les plus solitaires d'entre nous ont besoin d'un minimum de contact avec leurs semblables, même si c'est pour se disputer.

Pour éviter les pièges de chacun de ces points de la règle des trois, nous avons 4 fonctions de base, 4 outils, qui nous permettent de bosser pour rester en vie. Privés de l'un ou l'autre de ces outils, nous nous retrouvons instantanément en situation critique. On fera donc tout son possible pour les conserver intacts. Ces 4 outils de base sont la conscience, la vision, la mobilité, et la dextérité manuelle CVMD.

C'est là le but premier de la règle des trois, et des 4 outils. En clair, ils servent à cadrer la situation, et à faire remonter des signaux d'alerte à notre conscience. Tous ces concepts permettent de définir clairement ce qu'est une situation de survie, et donc ils nous enlèvent des noeuds au cerveau.

En clair, je décrète que je suis en situation de survie si :

(règle des trois)

- ma vigilance diminue vraiment (3 secondes sans cervelle) ;
- mon oxygénation est compromise (3 minutes sans O2...) ;
- je n'arrive pas à réguler ma température corporelle (3 heures...) ;
- je n'ai pas les moyens de trouver de l'eau potable (3 jours...) ;
- je n'ai rien à manger (3 semaines) ;
- je suis isolé du monde ("être perdu"... 3 mois...) ;

(CVMD)

- j'ai ma conscience qui se détériore (notez la redite volontaire avec le premier point, c'est important) ;
- ma vision est détériorée (brouillard opaque, pas de lumière du tout, blessure aux yeux, ophtalmie des neiges...) ;
- ma mobilité est limitée ou compromise (terrain trop escarpé, jambe cassée, mauvaise orientation...)
- ma dextérité manuelle est limitée (mains gelées, blessures, etc.).

Quand un de ces signaux là s'allume, je suis en situation de survie. Je me mets donc à fonctionner de manière adaptée... c'est un cas de force majeure, et je m'accorde subitement des privilèges temporaires. J'ai désormais le droit de déranger quelqu'un et d'appeler à l'aide, j'ai désormais le droit de passer pour un con qui s'inquiète pour rien (mieux vaut ça que de mourir en n'ayant rien vu venir...), j'ai désormais le droit de fracasser la porte d'une bergerie perdue pour m'y mettre à l'abri (quitte à laisser mon téléphone pour rembourser le berger quand il m'appellera !), j'ai désormais le droit de m'asseoir et de pleurer deux minutes parce que je flippe complètement, pour ensuite me relever et poser les gestes qui vont me sauver. L'important, c'est de reconnaître la situation pour ce qu'elle est, d'accepter la déferlante de stress que ça implique, et de nager dedans avec la tête hors de l'eau. Faire face à la réalité. Mieux vaut paniquer et pleurer deux minutes et ensuite poser les bons gestes, que de garder son sang froid en niant le problème et en ne faisant rien pour s'en sortir... !

Vous citez Ron Hoods comme un pionnier de la survie. Et justement de quand date cette discipline sous sa forme actuelle et quelles furent ses évolutions ? Sans être un spécialiste de la question, j'imagine que l'on doit pouvoir trouver des manuels de survie déjà anciens ?

Oui il existe de nombreux manuels de survie qui datent, notamment, des années 80 où la « discipline » a connu une première vague de popularité. Il y a du très bon et du très mauvais... voir du très dangereux. Pour avoir à peu près tout testé et re-testé, j'ai fini par faire le tri. Heureusement, ma bonne constitution m'a sauvé là où les techniques proposées ont échoué... :)

Inutile de cacher que la survie des années 80 était principalement issue du monde militaire. Les premiers instructeurs de survie à avoir sévi un peu partout dans le monde étaient pratiquement tous d'anciens militaires d'élite... ou des gens qui prétendaient l'être (mais qui ne pouvaient pas en parler ). L'approche militaire de la chose, cependant, ne convient pas du tout à un civil lambda qui n'a aucune contrainte opérationnelle, qui est libre dans ses choix de matériel et dans ses stratégies de survie, et qui surtout n'a pas besoin de se cacher en territoire hostile, quadrillé par les tchétchènes-garous :) Les gens, il y a vingt ans, se sont donc assez vite désintéressés de la survie, sentant bien que ça frisait parfois le ridicule pour des civils de vouloir appliquer les méthodes des militaires. Pourtant, plein d'amateurs de plein-air, trekkeurs, randonneurs, alpinistes, photographes ou cinéastes animaliers se retrouvent chaque année en situation difficile dans la nature. Le besoin de formation aux techniques de survie existe bel et bien... C'est à ce besoin bien concret que nous tentons désormais de répondre, dans un contexte civil, avec du matériel civil, et une approche très respectueuse des gens comme de la nature.

Et le pire c'est que les militaires reprennent désormais ce type d'approche et l'appliquent à leur sauce ! :)

Personne n'a jamais quitté un de mes stages parce que c'était trop dur. Mis à part des petites coupures aux doigts et une ecchymose à un tibia, personne n'a jamais été blessé pendant un de mes stages (et je mets tout en oeuvre pour que ça ne change jamais !). Les gens sont autorisés, dans les stages de niveau 1, à utiliser un sac de couchage, et même une tente s'ils le souhaitent. Mais ils apprennent à utiliser cet équipement de manière optimale, à comprendre comment ils fonctionnent, et à les employer de manières originales pour résoudre des problèmes divers. Pendant mes stages, j'ai vu des gens transformer un sac à dos en brancard, j'ai vu une jeune dame, clerc de notaire, utiliser sa petite culotte (propre et prise dans le sac hein) pour filtrer de l'eau. J'ai vu une jeune femme coquette découvrir avec des yeux paniqués qu'un tube de rouge à lèvre à 50 euros peut faire un excellent allume-feu d'urgence... La survie, pour un homo sapiens sapiens, c'est d'abord et avant tout utiliser son encéphale surdimensionné pour pallier aux faiblesses du reste de son corps. Et c'est ce que nous faisons, dans une ambiance bon enfant et avec le sourire. Les gens apprennent et comprennent mieux, de toute manière, quand ils sont détendus.

Bref oui, la survie, en tant que discipline, a complètement changé depuis les années 80. Près de 30 ans après, les connaissances ont évolué en physiologie, psychologie, médecine, pédagogie... nous comprenons désormais mieux comment les gens fonctionnent, et nous sommes mieux en mesure de leur transmettre des connaissances utiles dans un laps de temps minimal. Et cela se fait grâce à une approche pédagogique précise et épurée, et une ambiance détendue et ouverte.

Quel est votre propre parcours dans le domaine de la survie ? Votre site nous apprend que vous demeurez aujourd'hui en France, au sud du massif du Vercors, et que vous avez passé du temps (grandi ?) au Québec...

Je suis né en Belgique, j'ai grandi au Québec, et j'ai grossi en France ;) Ma mère est Québécoise (issue d'une famille de quatorze enfants), mon père est Belge. J'ai la chance d'avoir, dans mes ascendants, des braconniers et des contrebandiers Ardennais, des colons français qui ont survécu aux premiers hivers sur le territoire canadien, des amérindiens... Mon père est un curé défroqué (nul n'est parfait !) qui a passé cinq ans comme père blanc (qui ne se sentait pas toujours tout blanc d'ailleurs...) au fond de la jungle congolaise, à faire tout avec rien, et à inventer le reste... ma mère aussi a bien baroudé (notamment au Congo aussi en tant que missionnaire laïque). Mes oncles, au Québec, m'ont appris à pêcher, à pister, à chasser, à allumer un feu pour ne pas mourir de froid, et à trouver mon chemin pour rentrer avant la nuit... et mon amour de la "pacha mama" a fait le reste. Quand on me demande « mais quand est-ce que tu as appris à faire ça », je réponds toujours la même chose : « et toi, tu as appris quand à faire la vaisselle ? »... C'est venu tout seul, ou alors assez tôt pour que ça en ait l'air.

Evidemment, depuis que j'ai décidé de partager mes connaissances avec les gens, j'ai pris le temps de formaliser mes connaissances, de faire des tests et des recherches, et de développer ma pédagogie. Tout cela, je le fais depuis 2003, et j'en apprends encore tous les jours. C'est vraiment une quête sans fin. La survie, mine de rien, c'est vaste : physiologie, botanique, physique, chimie, psychologie, premiers secours, géologie, archéologie appliquée, poterie, vannerie, mais aussi médecine d'urgence, forge, matelotage, météorologie, parasitlogie... Je me goinfre tous les jours de connaissances. :)

Il n'existe pas encore de cursus de formation ni de diplôme « instructeur de survie » en France. J'aimerais vraiment qu'il voie le jour, et qu'on puisse travailler en équipe, de manière scientifique, sur des programmes de formation qui répondent au mieux aux besoins des divers publics auxquels nous nous adressons. C'est déjà ce que nous faisons au CEETS, avec des médecins, des secouristes, des éducateurs sportifs, des psychologues et bien d'autres, mais de pouvoir collaborer au sein d'une grosse structure comme la sécurité civile, par exemple, serait un plus pour tout le monde. Un de mes rêves serait de participer, bien humblement et avec une équipe pluridisciplinaire de personnes intelligentes, au développement d'un tel diplôme de formateur pour garantir aux stagiaires des formations de qualité, et pour obtenir du même coup une reconnaissance de la discipline dans le monde civil. Les effets pervers à ce genre de diplôme seraient sûrement nombreux, mais je pense que globalement tout le monde y gagnerait, formateurs comme stagiaires.

Comment se déroulent les stages que vous animez et qu'y apprend-on, qu'il s'agisse des stages de base pour débutants ou des stages avancés ? Tout ceci semble très mystérieux vu de l'extérieur...

Typiquement, un stage se déroule sur un weekend. C'est le format le plus pratique pour les gens. Même si pour ma part je préfère avoir plus de temps, je réussis à condenser les infos sur deux jours de formation très denses.

Pour un stage de niveau 1, on se retrouve sur le terrain le samedi matin vers 9 heures, et après les présentations et un peu de d'humour pour dérider un peu les cadres parisiens qui ont passé une nuit dans le train, on attaque généralement par l'orientation et la lecture de carte, puis à la règle des trois, puis au thème de l'eau (la trouver, évaluer sa potabilité, et la rendre potable au besoin), du feu, de la régulation thermique... on passe ensuite aux abris (trouver un bon lieu de bivouac, et les principes de base pour faire un abri). Les stagiaires, le samedi soir, ont tous la tête comme une citrouille trop pleine, et l'ambiance autour du plat de nouilles est chaleureuse. Les questions fusent, les blagues aussi, on fait tourner le saucisson d'Ardèche et le bleu du fin fond des grottes inconnues d'un peu partout... Le dimanche, après le petit déjeûner et le nettoyage du lieu de bivouac (où nous ne laissons aucune trace de notre passage) on rattaque en douceur avec un peu de secourisme terrain, de signalisation (quand et comment appeler les secours, aider un hélico ou des secours à terre à nous localiser, etc.)... il y a souvent -- selon l'intérêt et les besoins -- aussi un petit module sur la protection personnelle qui est malheureusement très utile aux gens qui voyagent en pays à risque, surtout les femmes. Nous alternons théorie et mise en pratique. J'explique, je démontre, les gens imitent, je corrige si nécessaire... et tout le monde réussit ! Donc on mange, on dort, on ne souffre pas... mais on apprend énormément de choses, tant théoriques que pratiques. Le niveau 1 est le stage où les gens APPRENNENT.

Les stages de niveau 2 sont un peu plus engagés. Là, on quitte le sac de couchage. Les gens reviennent, en fait, pour mettre en pratique et tester ce qu'ils ont appris au premier stage. Ils valident et gagnent confiance leur « kit de survie » et les techniques apprises au niveau 1 dans un contexte sécurisé. Il s'agit alors plutôt d'un sorte de jeu scénarisé où je les mets dans une situation où ils étaient partis pour une randonnée à la journée (donc avec un minimum de matériel de survie avec eux !), et où ils doivent passer la nuit dehors. Ils ont donc le droit d'utiliser tout le matériel de survie qu'ils ont avec eux, et aussi le droit de finir les restes de cacahuètes qui traînent au fond de leur sac en complément des plantes comestibles que nous trouvons (ou pas selon la saison). Typiquement le dimanche après midi, ils ont un peu mal dormi, ils ont eu peu faim, mais ils ont tous le sourire et cette petite certitude au fond des yeux qui dit silencieusement « maintenant je SAIS que je peux le faire ». Le niveau 2 est le stage où les gens INTEGRENT.

Au niveau 3, typiquement les stagiaires n'ont plus droit qu'à quatre objets (voire moins pour les éléments les plus forts)... et ils doivent improviser le reste. Dans ces stages, un bout de fil de fer trouvé par terre devient un petit trésor... et on voit les cerveaux laisser s'exprimer toute leur créativité et leur ingéniosité. Et c'est un régal de voir à quel point les gens, en fait, savent encore se débrouiller avec très peu de choses si on leur en donne l'occasion. Les gens sont vraiment tous, sauf exception, des machines à survivre. Et bien évidemment les formations que nous offrons les aident à exprimer leur créativité survivistique de manière efficace et pertinente ;) Le niveau 3 est le stage où les gens se SURPASSENT, transcendent ce qu'ils ont appris, et mettent leur créativité, leur intelligence et leur esprit de débrouille à l'épreuve.

En plus de ce cursus classique, j'offre de temps à autre un stage plus spécifique. Des stages de pistage, ou des stages plus orientés « techniques premières » : taille de silex, feu par friction, marche silencieuse et toutes ces choses qui nous permettent de reprendre contact avec l'homme des cavernes qui sommeille en nous... mais là on s'éloigne de la survie et on revient plus vers l'aspect ludique des choses. Je pense qu'il ne faut pas négliger cet aspect ludique et détendu de la vie dans la nature... c'est tout aussi formateur, et tout aussi intéressant.

Les nombreux textes disponibles sur votre site apportent des informations utiles sur la survie en montagne ou en forêt, mais peu de choses concernent la survie en milieu urbain. Est-ce que ça fait partie de vos compétences et que pourriez-vous nous en dire ?

En fait, j'ai horreur de la distinction entre la survie dite « urbaine » et la survie dite « nature ». Il faut réaliser deux choses :

- En ville, nous sommes encore dans la nature. Dans notre esprit, il y a une opposition de catégories entre « ville » et « nature », et implicitement nous percevons les choses comme si la nature s'arrêtait au panneau des villes. En fait, la ville n'est qu'une construction posée sur la nature, et la nature y pénètre, en fait intimement partie. On retrouve donc les mêmes problèmes en ville et dans les bois, lorsqu'il est question de survie. Il n'y a qu'à voir le nombre de SDF qui meurent de froid chaque année (et pas seulement l'hiver !) dans les villes pour remettre les choses dans leur contexte. En ce moment même, la pièce où j'écris ces mots est chauffée par un feu de bois. Le même feu de bois qui me permet de survivre à une nuit par -10°C sans sac de couchage. Il est simplement enfermé dans une grosse boîte en fonte, et la fumée est gérée par un tuyau... mais c'est le même feu de bois.

- Il y a des êtres humains partout. On peut se croire seul au monde au fin fond du désert, il suffit souvent de rester posé deux heures au même endroit pour voir des gens arriver. Il y a des gens partout. Aussi, il est un peu stupide de considérer la survie en postulant qu'on est seul au monde. Dans les faits, nous pouvons espérer de l'aide ET nous devrons éventuellement composer avec des gens qui nous veulent du mal, selon les contextes... Les villes débordent de plus en plus sur les zones sauvages, via une présence humaine importante, et via la pollution.

Concrètement, on peut utiliser les techniques de survie « nature » pour survivre en ville. On peut piéger des rats dans les égoûts (la faim est la meilleure de toutes les sauces, dit le proverbe chinois :)), ou se fabriquer un édredon avec des journaux et un grand sac plastique... les principes restent les mêmes. Ils sont simplement appliqués dans un contexte différent. Evidemment, il existe quelques spécificités propres à la ville. Il y a des abris partout, on doit parfois composer avec des produits chimiques, la pression sur notre système immunitaire est plus grande, etc, etc. Mais globalement notre corps est le même, nos besoins sont les mêmes, et nos capacités sont les mêmes.

Bref, la survie, c'est de la survie, et de plus en plus la survie dite « urbaine » devient un simple raccourci pour dire « protection personnelle » en soulignant le fait que c'est un concept étroitement lié à la survie dans ce qu'elle a de plus global. Et sur mon forum, il y a de très nombreux messages extrêmement pointus et pertinents qui traitent du sujet. Le wiki, lui aussi, contient quelques perles, notamment le guide REPERES de Patrick Vincent qui est véritablement un must read pour quelqu'un qui souhaite se donner des moyens concrets de se protéger sans s'engager dans un cursus technique et physique (cliquer ici pour plus d'informations). A mon sens, 90% des problèmes de protection personnelle peuvent être réglés par l'anticipation et la mise en place d'habitudes simples et logiques : être sensible à son environnement, avoir des antennes, anticiper le danger... et aussi savoir éviter les comportements qui attirent l'attention des prédateurs à deux pattes, qui fonctionnent de manière très similaire aux prédateurs naturels.

Bref la survie urbaine, la survie nature, la vie sauvage, le bushcraft... toutes ces catégories sont bien superficielles. Au coeur de toutes celles-ci on retrouve un même état d'esprit : une détermination à ne pas subir, couplée à une anticipation des risques intelligente, un peu de savoir faire et de préparation... le tout le plus possible libéré des « contraintes hormonales », des égos surdimensionnés et autres handicaps :)

Vous donnez des cours de protection personnelle bénévolement tous les jeudis soirs. Pourriez-vous nous dire en quoi ils consistent et ce qui recouvre le terme de « protection personnelle » moins courant que celui de « self-défense » ?

Il serait extrêmement exagéré d'appeler ce qui se passe le jeudi soir un « cours ». Des gens ayant des backgrounds divers et variés viennent échanger et s'entraîner ensemble, sans que je ne dirige la chose. Mais effectivement nous nous entraînons et évoluons ensemble de manière hebdomadaire, en nous mettant d'accord sur un thème de travail et sur des exercices à faire ensemble. Le terme « protection personnelle » est un concept global qui inclut ce qu'on nomme usuellement la « self-défense », La self-défense sont les techniques physiques, coups de genoux, coups de coude ou autre qui sont utilisés pour se défendre lorsque tout le reste a échoué. La protection personnelle est l'ensemble des attitudes qui viennent en amont, en prévention des conflits ou des rapports de prédation divers. La protection personnelle, c'est de repérer le mec louche qui traîne sans but apparent à cinq mètres du distributeur de billets isolé qu'on allait utiliser, et tout simplement passer son chemin. La protection personnelle, c'est parfois aussi tout simplement d'être poli et de s'excuser quand on marche sur le pied de quelqu'un, ou de savoir marcher soi-même sur son orgueil pour laisser un petit connard avoir le dernier mot. Il n'est pas inutile de se rappeler que les baffes n'ont aucune efficacité pédagogique sur les gens, et qu'il est plus productif de passer pour un pleutre que de blesser, être blessé, et de devoir subir les suites légales d'une confrontation physique... ce qui n'empêche absolument pas d'avoir les moyens de pulvériser un agresseur une fois qu'il a lui-même fait le choix de poser la main sur nous malgré tous nos efforts pour ne pas en arriver là.

C'est dans ce genre de contexte que le concept de « gray human » prend tout son sens.

Justement, pourriez-vous nous en dire un peu plus sur ce concept de « gray man » ou « gray human »...

Cette idée est dérivée d'un principe militaire, lié à la capture et à l'évasion, à la base : « Be the gray man ». Soyez l'homme gris. Celui qu'on ne remarque pas. Celui qui ne paye pas de mine. Celui dont on oublie le visage. Transposé à la réalité civile, cette idée de faire profil bas devient un outil particulièrement intéressant pour la protection personnelle.

Le « gray human » se définit avant tout parce qu'il n'est pas. Il évite les extrêmes. Le gray human n'est pas flamboyant, visible, extroverti. Il ne porte pas de jeans moule-burnes ni de chemise rouge ouverte sur le devant avec la chaîne en or sur les poils . Il n'est pas non plus volontairement camouflé, en portant des vêtements de la même couleur que les murs. Il porte un truc simple, propre, aux couleurs répandues chez tout le monde... pas trop claires, pas trop foncées. Dans des tons cools. Le gray human n'est pas agressif, ni provocateur, ni insultant... il n'émet pas non plus des ondes qui disent « je suis une victime, venez me taxer mon portable ». Le gray human n'est pas dominant, il n'est pas un « mâle alpha » (ou une femelle alpha) et je souhaite pas l'être. Il n'a pas d'orgueil ni d'image de dur à défendre. Pour autant, il a les moyens physiques et psychologiques de détruire un agresseur s'il n'a plus d'autre option... et il le fait d'autant mieux qu'il n'a l'air de rien et qu'il conserve très longtemps l'avantage de la surprise. Le gray human n'a pas de belle grosse voiture sport rouge. Il a une voiture qui date de quelques années, d'un modèle usuel. Pas trop neuve pour ne pas faire envie, mais pas trop vieille pour ne pas s'attirer de contrôles inutiles. Il ne considère pas son véhicule comme l'extension de sa virilité ou de son statut social. C'est un outil, sans plus. Le gray human, typiquement, est la personne que la police n'arrête jamais. Il n'a l'air de rien de spécial, ni du contraire :)

En apparence, ça a l'air bien triste tout ça... pourtant dans mon costume de gray human je m'amuse souvent énormément... en voyant les autres se démener pour attirer l'attention et avoir leurs cinq minutes de gloire. Le gray human rit dans sa barbe. Il ne dit rien, mais il n'en pense pas moins :) En fait, le gray human, en public, contrôle la perception que les autres auront de lui en adaptant son comportement, son look, ses attitudes non verbales...

Vous êtes affilié à l'ACDS, qui se définit comme une académie du couteau et de la défense en situation. Avec le développement des arts martiaux indonésiens et philippins, le combat au bâton et au couteau gagne en popularité. Quelles sont les spécificités de l'enseignement dispensé par l'ACDS, par exemple en comparaison de cours de penchak silat, de kali ou d'eskrima ?

Techniquement, l'ACDS n'a pas de frontières ni de limites. Le cursus se fonde non pas sur des techniques précises ou des détails, mais bien sur des PRINCIPES que chacun peut adapter à sa morphologie, à son baggage préalable, ou à des situations complexes. Dans la mesure où Fred Perrin, le directeur technique de l'association, a pratiqué un nombre important de disciplines diverses et variées, dont le Penchak Silat, on sent, parfois, une influence dans le style... certains mouvements se ressemblent. Mais pour résumer, nous prenons ce qui fonctionne le mieux pour nous, sans autre forme de procès. Il est très difficile de parler en quelques lignes du travail de Fred Perrin sans en trahir la richesse et la profondeur. Je pense que le mieux reste encore de prendre contact et de venir à un cours (cliquer ici pour plus d'informations).

Le forum de votre site a de très nombreux participants et héberge de nombreux fils de discussion, tous plus intéressants les uns que les autres. Et peut-on dire qu'il se développe aujourd'hui une forme de communauté en France autour de ces thématiques ?

Sans hésiter, oui. La survie se démocratise, et les gens se l'approprient de plus en plus. Je pense que cela fait partie d'une vaste tendance, d'un mouvement de fond où les gens ont de plus en plus envie de devenir acteurs de leur propre vie, et qu'ils refusent de plus en plus de subir les évènements en bêlant. Il ne s'agit pas pour autant d'une révolution ou des prémisses d'une rupture avec la société telle que nous la connaissons. Simplement, les gens veulent pouvoir contrôler un peu mieux leur destin, et les connaissances, techniques et compétences de survie s'inscrivent dans cette démarche globale. Et ils insèrent ces connaissances et compétences dans leur vie de tous les jours, les partagent, les diffusent pour rendre service. Il manque cruellement, en français, un mot qui traduisent bien le concept anglais « empowerment ». Prise de pouvoir se rapproche, mais ça fait un peu putsch :) Mais il y a clairement dans le phénomène une réappropriation, une prise de contrôle et de ce fait une libération que je trouve intéressants. Les gens qui sortent de mes stages sont davantage libres en sortant qu'au moment où ils sont arrivés. Et ayant acquis plein de connaissances utiles, ils sont en mesure de contribuer de leur propre chef à leur survie, et à celle de leurs proches en cas de coup dur... mais aussi dans la vie de tous les jours. Cas ne nous leurrons pas, les attitudes, principes et connaissances utiles en survie sont parfaitement applicables à plein de choses très peu extraordinaires, du voyage dans les transports en commun à la gestion de son budget quand les temps son durs.

Mais revenons à nos moutons... ou plutôt non, justement.

De nos jours, les gens zappent pendant les pubs. Ou pire, ils ne regardent plus la télé parce qu'ils ont l'impression qu'on les prend pour des cons. Ils ont des GPS pour trouver le petit raccourci qui va bien. Ils récupèrent de vieux bouts de bois et fabriquent des étagères bancales, mais qui font le boulot qu'on leur demande quand-même. Et ils ne s'en cachent plus. La débrouille et l'autonomie, qui avaient été perdues ou mises entre parenthèses entre 70 et 90, retrouvent leurs lettres de noblesse... parfois par nécessité, parfois par goût ou par principe... mais le fait est là. Les gens, même en ville, ou dans les milieux favorisés, retrouvent ou recherchent une certaine rusticité et tendent à se reconnecter avec tout ce qui touche de près ou de loin à la production des choses essentielles : on prend contact avec des producteurs de légumes, on cultive une motte de terre sur son balcon, on fait de plus en plus d'automédication, ou à minima on se renseigne (tant bien que mal parfois) sur les maladies, les risques sanitaires, la prévention... On se soigne avec des plantes et des huiles essentielles, et on croit de nouveau aux remèdes de bonne fame (la bonne fame, c'est la bonne réputation... rien à voir avec la gent féminine). Bref, les gens s'éloignent tant qu'ils le peuvent du statut de mouton bêlant, et cherchent à gagner en autonomie. Certains spécialistes des tendances vont jusqu'à affirmer que tout cela annonce depuis quelques années une crise majeure, et trouvent dans la crise financière actuelle une confirmation de leur intuition. Pour ma part, je pense que c'est plutôt le prolongement de la révolution Internet, qui a démocratisé les moyens de diffusion et de communication, et permis à l'ingéniosité humaine d'être mieux partagée... Les gens ne sont plus dépendants des écoles pour apprendre, ni des bibliothèques pour lire, ni du pouvoir financier pour publier. Tout cela suppose une diffusion exponentielle de la richesse intellectuelle collective. Je pense très franchement que cela a enclenché un glissement de paradigme majeur dans les sociétés occidentalisées, partout où Internet étend ses tentacules. Mais l'avenir sera sans doute bien plus complexe que ce que j'imagine.

Ayant interviewé Randy Trochmann de la Milice du Montana par le passé pour ce site, j'ai eu l'occasion de me pencher sur les adeptes nord-américains du survivalisme qui se situent généralement très à droite de l'échiquier politique US. Ca semble très différent en France et en Europe, mais j'aimerais que vous nous en parliez en connaissance de cause...

C'est effectivement TRES différent en France et en Europe. La notion de milice, déjà, est très mal vue ici, alors qu'elle est inscrite dans la constitution américaine, ce qui structure les choses quelque peu différemment. Quant au « survivalisme », pour résumer ça n'existe pas en France de la même manière que là-bas. Ici on parle d'anticipation des risques majeurs sans mêler le tout à des projets politiques douteux. Des organismes bien connus comme la Croix Rouge participent au mouvement (notamment avec leur Catakit, qui doit permettre à une famille de faire face à ses besoins pendant une période de crise de quelques jours). Bref... je pense que l'Europe, ayant une culture politique beaucoup plus riche, profonde et nuancée, sait un peu mieux garder les pieds sur terre !

Quant à nous, nous n'avons absolument aucun projet politique que ce soit. Nous réunissons des gens ayant des sensibilités politiques très diverses, comme tout groupe apolitique en fait, et nous laissons tout cela au vestiaire pour avancer dans le développement et la diffusion de techniques répondant à des problèmes de survie bien concrets. Evidemment, le fait de donner aux gens des outils pour survivre est une action qui peut, à grande échelle, avoir des répercussions politiques, mais nous espérons qu'elles seront surtout humaines, et humanistes.

Pour ma part, je ne me reconnais dans absolument AUCUNE formation politique en France, et je suis très heureux, à chaque élection, de ne pas avoir le droit de vote ici car je serais profondément embêté dans mon choix... la stérilité du débat politique français est franchement déconcertante. Tout est très virulent et véhément, mais rien ne bouge jamais. en ce sens, j'aime bien les pays nordiques qui haussent rarement le ton mais FONT des choses concrètes, et en bonne intelligence.

Facta non verba ;)

Avant de conclure, j'aimerais que vous nous parliez de la maladie de Lyme. Une affection peu connue du grand-public et pourtant développée en Europe puisqu'elle est transmise par les tiques, et dont vous êtes vous-même victime.

La maladie de Lyme est une maladie infectieuse transmise par la morsure de tiques infectées, qui sont les vecteurs de cette maladie. Elle est causée par une bactérie du genre Borrelia (il en existe plusieurs en Europe, contrairement aux USA). Elle évolue en trois phases, et la première d'entre elles peut être suffisamment insidieuse ou atypique pour qu'on ne l'identifie que très difficilement, surtout si on n'a pas repéré la morsure d'une tique dans les semaines précédentes (et si on ne s'inspecte pas, bon nombre de morsures passent complètement inaperçues). C'est apparemment ce qui m'est arrivé, malgré le fait que j'étais depuis longtemps sensibilisé au problème, que je connaissais les risques et les modes de prévention...

Les premiers symptômes, au premier stade, sont très variables, et peuvent (ou pas) inclure des maux de tête, une légère fatigue, un érythème migrant, parfois en forme de cerceau (centre blanc, cercle rouge à l'extérieur)... un état grippal, des courbatures, des douleurs articulaires, une frilosité inhabituelle, une fatigue inexplicable... typiquement les symptômes s'estompent d'eux même en quelques jours, et la maladie devient silencieuse pendant une période plus ou moins longue. Après quelques semaines ou quelques mois, une seconde phase va s'exprimer. Celle là est beaucoup plus invalidante et peut donner lieu à de graves problèmes articulaires, neurologiques, cutanés, cardiaques... la liste des symptômes possibles est aussi longue qu'effrayante. Et ça n'est que le début, car la maladie peut encore se rendormir spontanément à ce stade, pour finalement en arriver au troisième stade, dit « chronique ». A ce stade, les symptômes s'aggravent encore, et deviennent réellement handicappants.

Dans chacune des phases de la maladie, un traitement antibiotique approprié fait évoluer favorablement les symptômes, qui laissent malgré tout rarement de séquelles. Au stade 1 et, dans la plupart des cas aussi au stade 2 on peut guérir durablement de la maladie de Lyme grâce à des antibiotiques adaptés (sept à dix jours d'antibiotiaques per os au stade 1, quatorze à trente jours d'antibiothérapie massive et combinée pour le stade 2). Au stade 3, la maladie devient incurable, mais on peut limiter fortement l'intensité et la fréquence des crises grâce à un traitement antibiotique suffisant (autrement dit varié, massif, et long). On comprend bien qu'il vaut mieux ne pas en arriver là, d'autant qu'on reste ensuite, malgré une rémission probable, porteur toute sa vie, et qu'on peut déclencher des crises invalidantes une ou plusieurs fois par an par la suite.

Un gros problème, dans le diagnostique de la maladie de Lyme, est qu'on peut presque toujours soupçonner AUTRE CHOSE. Les symptômes sont très peu spécifiques, très variables d'un individu et d'une infection à l'autre, et De nombreuses co-infections sont également présentes, et peuvent être négligées une fois le premier diagnostique posé. En France, l'une des autres infections graves transmises par les tiques est la méningo-encéphalite à tiques, ou MET. C'est une maladie virale qui occasionne des troubles neurologiques graves, qui peuvent parfois laisser des séquelles permanents ou très durables. Elle est incurable, mais un vaccin existe.

Pour prévenir ?

1) prévention des morsures de tiques, grâce à des vêtements couvrants, un insectifuge à base de DEET, et une inspection régulière des vêtements après avoir été en contact avec des herbes, des broussailles, ou le sol...

2) la détection rapide des morsures, grâce à une inspection COMPLETE du corps au moins une fois par jour (y compris derrière les couilles, entre les fesses, dans les cheveux, dans le nombril... etc.)

3) en cas de morsure potentielle, suspectée ou avérée, si on a des symptômes étranges, même légers (pour résumer), on demande à son médecin de nous prescrire une prise de sang RAPIDEMENT. Demandez toute la brochette des co-infections possibles dans la région de la tique incriminée. Prise avant ou lors de la première phase, la maladie de Lyme c'est une semaine d'antibiotiques, et c'est fini... donc autant réagir trop vite pour rien que l'inverse.

En conclusion, qu'est-ce qui peut pousser un être raisonnable à passer des week-ends entiers dans la nature muni d'un poncho, d'un couteau, d'un quart et d'un briquet ? Vous parlez sur votre blog du refus de subir les déterminismes...

Je me pose souvent la question -- LOL

Je peux répondre pour moi, mais pas vraiment pour les autres, dont les motivations sont variables et toutes personnelles. En toute sincérité, j'adore ça. J'adore me rendre compte que je ne suis pas esclave de mon confort, et que je peux sortir de "la vie des petites boîtes" sans pour autant crever la gueule ouverte.

Vous connaissez la vie des petites boîtes ? C'est celle de tant de citadins, qui vivent dans une boîte en béton... le soir ils regardent une boîte qui fait du bruit et des images. Ils vont se coucher sur une boîte confortable... le matin ils ouvrent une boîte et y trouvent à manger, et montent dans des boîtes en acier pour aller travailler... dans des boîtes aussi. Ou alors ils s'émancipent et ils montent leur boîte ! :)

Il y a une vie en dehors de la petite boîte. Elle est plus dure, mais elle est là. C'est cette liberté là, hors des boîtes carrées et dans un monde circulaire, que je retrouve presque toujours en stage, et que j'aime partager avec des gens qui se sentent eux aussi à l'étroit dans toutes ces boîtes. Qui aiment les grands espaces... qui aiment pouvoir étendre les bras sans accrocher le nez du voisin.

Subitement, le temps d'un weekend, on se retrouve plongé dans le pur essentiel. Rien n'est artificiel. Si on se lève et qu'on bouge, c'est pour une raison précise. Si on a froid, on trouve du bois, on le met sur le feu, on attend qu'il prenne... c'est simple. On a un problème concret, on applique une solution concrète, et on a un résultat concret. C'est l'harmonie parfaite retrouvée dans un contexte apparent de chaos... C'est du concret, en fait. Tout simplement.

Pour beaucoup de stagiaires, c'est une simple recherche de compétences pour prévenir ou gérer les urgences dans la nature. Pour d'autres, c'est simplement pour l'expérience, pour savoir ce que ça fait, pour ressentir des choses un peu extraordinaires... pour d'autres encore, c'est juste pour pouvoir frimer avec ça au bureau la semaine suivante. Les motivations varient, et elles sont toutes également valables à mes yeux.

Dernière question, que nous avons brièvement abordée lors de nos premiers échanges de courrier... Que pensez-vous de la crise systémique actuelle et de ses conséquences sur nos modes de vie ? Le catastrophisme est à la mode, ainsi que nombre de théories apocalyptiques, mais je reste pour ma part dubitatif quant aux scénarios à la Mad Max et à une dévolution généralisée de nos sociétés.

Je reste avec l'impression que le monde des financiers est vraiment devenu une totale abstraction, parfaitement et scrupuleusement déconnectée du réel. On fait des bulles financières en voulant gagner beaucoup d'argent très très vite sans bosser, et après on se demande pourquoi elles n'ont pas de valeur intrinsèque ! Or... on n'a RIEN PRODUIT ! Rien que de l'air. Du vent. Que dalle. Comment est-ce que de tels comportements collectifs peuvent bien produire autre chose que des crises financières à répétition ?

Nous vivons dans une société devenue tellement abstraite que nous ne faisons parfois plus bien la différence entre le virtuel et le réel. Entre l'euro et sa valeur. Un jour, je discutais avec un pote qui s'énervait, à l'époque, parce qu'il avait perdu de l'argent lors de l'explosion de la bulle Internet. Nous argumentions sur la légitimité qu'il y avait à gagner de l'argent sans rien produire, et sur les effets pervers de tout ça. Et là il m'a dit, sans rougir en plus, que ce qu'il produisait lui c'était de l'argent. J'ai sorti vingt euros de ma poche, et je lui ai fourré dans la bouche en disant « tiens, alors, bouffe ça !!! ». Il a moyennement apprécié... d'autant qu'il a dû admettre que je marquais un point.

Le concret, c'est ça. Qu'est-ce qu'on mange ? Comment on se soigne ? L'eau est-elle potable ?

Nous avons une vie relativement TRES facile, en occident. Nous vivons dans une bulle... Ultimement, nous sommes déconnectés de la réalité concrète, de la cruauté bête et méchante des choses. Et c'est un luxe qu'on se paye parce que le système fonctionne bien. Mais les choses peuvent changer. Sans tomber dans des scénarios à la Mad Max, le prix des carburants peut rendre rédhibitoire l'usage de la voiture. Soit. On fera comme 85% de la planète et on se mettra au vélo ou à la marche ! Le coût des fruits et légumes augmente sans arrêt. Soit. A partir d'un certain point, les gens trouveront plus rentable de jardiner que d'aller passer le même temps à travailler. Mais nous survivrons.

Nous surestimons la brutalité de la survenue des crises, et nous sous-estimons la capacité des gens à s'y adapter, à trouver des solutions. A survivre. Quand le froid les serre ou que la faim les chatouille, ils se remettent vite à réfléchir, croyez-moi. Ils trouvent des solutions.

La crise financière, c'est triste, mais c'est un sain dégonflement. La valeur des monnaies ou du cours des choses n'a de sens que si elle permet une équivalence en termes de possibilité de survie. Une patate, elle, a une valeur intrinsèque. Elle prête de sa valeur à quelques centimes d'euro, qui prennent du sens parce qu'ils servent à acheter ladite patate pour la manger... La valeur des choses, c'est leur utilité pour prolonger la vie. Or nous, nous vivons dans une abstraction marketing étendue, une sorte de simulation du réel qui sert de support au faux fait qu'on paye un parfum le même prix que 300 kgs de patates.

Ca me laisse rêveur... et ça me conforte dans mon amour des patates et de ceux qui savent les faire pousser ;)


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A propos de cet article


Titre : DAVID MANISE « SURVIE, LA RÈGLE DES TROIS »
Auteur(s) :
Genre : Interview
Copyrights : Laurent Courau
Date de mise en ligne :

Présentation

Lorsqu'il ne lutte pas avec loups et grizzlis sur le massif du Vercors, David Manise enseigne la survie et le secourisme, en animant en parallèle un site riche d'informations, d'autant que doté d'un forum de discussion particulièrement bien achalandé. Une occasion rare d'échanger sur des sujets aussi précieux que la vie en autarcie, les techniques de discussion avec un schizophrène, la fabrication d'un piège à ours, la gestion d'une bande de singes sauvages ou la transformation d'une vieille machette.

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