LUCKY DIAMOND RICH


Enregistrement : 30/01/09

En direct des terres australes, une interview karmique de Lucky Diamond Rich, l'homme le plus tatoué au monde dans les classements du Guiness Book des Records. Liberté, nomadisme, survie, normes sociales et rapport à la société... Le portrait d'un freak accompli par notre camarade Lukas Zpira et l'occasion de remettre en question bon nombre d'idées reçues.

Avaleur de sabres, bonimenteur hors pair, artiste de rue, voyageur et jongleur de chaînes tronçonneuses, Lucky Diamond Rich a passé plus de mille heures sous les aiguilles de centaines de tatoueurs jusqu'à recouvrir la quasi totalité de son corps de plusieurs couches d'encre. Lukas Zpira l'a récemment retrouvé à Perth, principale ville du sud-ouest de l'Australie, pour cette entrevue publiée en exclusivité dans La Spirale.



Lucky Diamond Rich et notre « envoyé très spécial », Lukas Zpira.
© Lukas Zpira


Peux-tu me dire d'où te vient ton nom, Lucky Diamond Rich ?

Ce nom a plusieurs origines. J'ai changé de nom à l'âge de 18 ans pour Richy Rich, j'étais artiste de rue et que j'avais besoin d'un nom de scène plus accrocheur, dans l'esprit ce que tu as fait toi. Et Richy Rich etait le nom d'un personnage de la bande dessinée Richy Rich, ce qui me correspondait bien puisque j'ai démarré ma carrière vraiment jeune. Ensuite, à l’âge de 25 ans, j'ai fait partie d'un groupe de drum and bass signé en Australie chez Warner Music. Il y avait déjà pas mal de Richy Rich dans l'industrie musicale à cette époque, alors je me suis dit qu'il fallait que je me trouve un nouveau prénom.
Beaucoup de gens considérant que j'étais plutôt chanceux, je me suis dit que « Lucky » Rich serait un nouveau nom sympa. Je pense aussi que lorsque tu crois suffisamment en quelque chose, jusqu'à en faire ton nom, ça finit par arriver. Et c'est ce qu'il s'est passé, j'ai eu pas mal de chance dans la vie. Deux ans plus tard, un ami m'a dit que je lui faisais penser à un diamant brut, ce qui m'a donné l'idée d'adopter en second prénom et c'est ainsi que je suis devenu Lucky Diamond Rich.
En résumé, je suis « Lucky » parce que j'ai beaucoup de chance. Je suis aussi un diamant brut, vraiment très brut à l'extérieur mais précieux à l'intérieur, et spirituellement riche des toute l'énergie que les gens m'envoient tous les jours, ce qui nourrit ma créativité.

Etais-tu un gosse normal? Je sais que tu as démarré ta carrière d'artiste de rue à l'âge de 12 ans, peux-tu m'en parler un peu ?

Je viens d'une famille dysfonctionelle, mon enfance ne s'est pas déroulée selon le scénario classique. Tu sais, j'étais vraiment un sale gosse... Plein de charme, même de charisme, mais je le savais et j'en profitais pour me comporter comme un sale gosse. Pour te donner une idée, j'entrais dans des lieux par infraction - genre des usines ou même parfois des voitures. Je cassais et je brûlais des trucs, ce qui d'une certaine manière n'avait rien de très orignal, mais j'ai eu la chance que certains adultes entrent dans ma vie au bon moment pour me guider dans la bonne direction. Et c'est comme ca que je me suis intéressé aux arts, à la performance, à tout ce qui est lié à la créativité, et que j'ai trouvé une meilleure manière de canaliser mon énergie. C'est la voie que je me suis choisie et je pense avoir laissé ma marque dans le domaine créatif.

Qu'est-ce qui t'a poussé à te transformer pour devenir le personnage que l'on connait aujourd'hui ?

Ce qui m'a poussé, c'était un besoin de me trouver dans un sens, de me découvrir moi-même ? Je ne me suis jamais senti bien dans ma peau durant mon enfance, toujours différent des autres, comme venu d'ailleurs. Lorsque j'entrais dans une pièce pleine de gens, je m'y sentais un peu comme un étranger, même si tout le monde agissait normalement autour de moi. Intérieurement, je manquais de confiance en moi, je me sentais inférieur. Mais à l'extérieur, j'étais extraverti, c'était la fête. D'une certaine manière, c'est ce qui m'a poussé. Et j'ai eu de la chance parce que la créativité, le tatouage, le body art et les transformations m'ont trouvé. Ou alors c'est moi qui les ai trouvés, selon la manière dont on voit les choses. Ca a fait de moi la personne que je suis aujourd'hui.
Et cette personne est probablement la personne plus libre spirituellement, parce que je suis 100% à l'aise avec moi-même et que je sais que je suis différent. Je me suis toujours senti différent et au final, j'ai choisi de renforcer ça. J'essayais tout le temps de paraître normal, comme les gens autour de moi, mais je me suis finalement rendu compte que ça ne collait pas, que ce n'était pas moi. Pourquoi ne pas l'accepter, c'est plutôt bien.

Qu'est-ce qui a été l'élément déclencheur de passer au niveau supérieur, c'est à dire du stade d'être modérément modifié à celui d'être complètement recouvert ?

Tu vois, je ne pense pas être passé à un niveau supérieur et c'est un élément essentiel dans mon parcours. Je ne me suis jamais vraiment posé ce genre de questions. Chaque étape n'est pour moi qu'une autre étape, un autre pas dans ce processus de transformation. Ce serait arrogant et je te mentirais si je te disais que tout était planifié dès le départ. Ce n'est pas le cas. Il y a aussi mes rencontres avec des gens comme Xed LeHead et comme toi. Plein de gens ont participé à ce voyage à mes côtés. Je ne suis pas le seul à être impliqué dans mes transformations. C'est une célébration de ces rencontres, de ces moments de ma vie, de mes voyages.

Te sens-tu parfois en rupture avec la société ? Te sens-tu antisocial ?

Non, j'ai eu la chance que le Guiness Book des Records me reconnaisse et fasse ma promotion comme l'homme le plus tatoué au monde. Ca fait que la plupart des gens me connaissent ou ont entendu parler de moi par cet intermédiaire et se sentent plutôt détendus. Ca leur permet d'associer un titre à mon personnage, donc non, je ne me sens pas antisocial.
Le monde et la société ont su trouver une place pour Lucky Diamond Rich. J'essaie toujours de garder les deux pieds sur terre lorsque je communique avec les gens. Trop de gens essaient de faire de moi ce que je ne suis pas, alors que je suis juste un type qui s'est choisi un parcours très coloré, détaillé et complexe. C'est ce que je suis, j'ai toujours été comme ca. Tu sais, je suis très sociable, je sors beaucoup et j'interragis avec des gens très différents les uns des autres, y compris des antisociaux ! On peut dire que je profite du meilleur des deux mondes.

Je trouve que le tatouage qui te represente le mieux, c'est l'inscription « karma » sur ta nuque. Peux-tu m'en parler ?

L'histoire est plutôt marrante. Parce que le premier mot tatoué à cet endroit, c'était « menace ». Ce qui n'a rien de très positif. C'est comme ca que je me sentais à cette époque, comme une menace. Ensuite, avec Xed, nous avons voulu tatouer un autre mot à cet endroit parce que le premier avait quasiment disparu. A cette époque, nous faisions nos expériences avec une nouvelle encre, la super black et le mot « menace » s'est trouvé absorbé par le puit d'encre noir qu'est devenu mon corps. La menace avait disparu !
Nous avons choisi le mot « karma » parce que je crois à ce principe. Je crois que la principale raison pour laquelle je suis devenu la personne que je suis aujourd'hui, intérieurement et extérieurement, est l'énergie négative ou positive que j'investis dans ce monde. Donc je crois au karma et j'essaie d'en faire une règle de vie. Si je me comporte mal, je n'attirerais que du mal et à l'inverse, si je fais quelque chose de bien, ce qui m'arrivera sera bien. Et vu que je fais plus de bien que de mal, c'est plutôt bon pour mon... karma !

Tu fonctionnes en quelque sorte comme un nomade, qu'est-ce que le nomadisme pour toi ?

Mon dictionnaire définit les nomades comme des personnes errant de pâturage en pâturage. Et c'est effectivement ce que j'ai fait durant la plus grande partie de ma vie, y compris quand j'étais jeune. Ma mère bougeait pas mal, de région en région, je changeais souvent d'école. Je voyage donc depuis tout petit et ça a toujours été mon élément. J'ai fait quinze ou vingt fois le tour du monde. J'ai un passeport valide, pas de casier judiciaire, pas de maladie. Ce qui m'a donné la chance de faire l'expérience de plein de cultures différentes, de traverser toutes ces frontières et tout ces pays, de rencontrer plein de gens, de donner, de recevoir, de partager et de créer. Pour moi, ça constitue effectivement un mode de vie nomade et ça fonctionne bien avec la part de créativité dans ma vie.

Penses-tu que tu tentais de fuir quelque-chose ou au contraire que tu recherchais quelque-chose ?

Probablement les deux. J'ai quand meme souvent eu l'impression de fuir quelque-chose. (rires) Tu vois, le sens des responsabilités a toujours constitué un GROS problème pour moi. En même temps, j'ai assumé ma part de responsabilité. Si on regarde les choses autrement, être la personne la plus tatouée au monde me confère la responsabilité de montrer ces tatouages, mon art et mes performances dans le monde entier et de transmettre une énergie positive à toutes les personnes que je croise et qui connaissent mon personnage.
Tu sais ce qu'on dit : Si tu veux savoir ce que tu fuis, fais du sur-place. C'est ce que j'ai commencé à faire récemment et ça me plaît, même si voyager m'a beaucoup servi. J'avais peut-être besoin d'échapper à quelque-chose pour devenir la personne que je suis aujourd'hui. Tout est lié. Je sens que je suis à une nouvelle jonction, que c'est une nouvelle étape dans ma vie qui démarre et te recevoir chez moi dans mon premier appartement c'est important pour moi... J'espère être un aussi bon hôte pour toi que tu l'as été pour moi lorsque je suis venu à Avignon et que tu m'as hébergé au sein de ta magnifique famille.

En te faisant tatouer couche après couche, essayes tu de dire tellement de choses qu'en fait tu n'as pas assez d'espace pour le faire ou au contraire essayes tu de cacher une chose sous une autre ?

Je ne pense pas vouloir ou avoir quoi que ce soit à cacher, car je suis un processus de deuil lorsque je recouvre mes tatouages. Mais j'adore collectionner et collectionner encore les tatouages de gens avec lesquels j'ai connecté. C'est une part importante de ma vie et je ne veux surtout pas m'en débarrasser. Avec une poignée d'amis, nous avons trouvé une facon de continuer la collection, ce dont mon corps témoigne.

Le monde contemporain n'apprécie pas le style de vie nomade. Les frontières sont de plus en plus strictes. Les personnes qui voyagent pour leur travail rencontrent de plus en plus de problèmes. Tu ne trouves pas qu'on est un peu comme des prisonniers de quelquechose parceque la societe adore tout categoriser et tout mettre dans des petites boites etiquettees mais des gens comme toi et moi on est partout et nulle part, on entre pas dans ces boites...

Ecoute, ça m'attriste vraiment de voir que dans le monde de nos jours il est de plus en plus difficile de vivre en dehors des normes et des règles, un peu comme un hors-la-loi. J'ai toujours utilise le système en mon avantage pour pouvoir continuer à vivre comme je l'ai décidé, et si ça devient plus dur, je n'ai qu'à être plus malin. Il n'y a qu'une chose que la société ne puisse pas faire, et quand je dis société j'entends par là les hommes de notre gouvernement, ceux qui légifèrent, ils ne peuvent pas nous enlever la liberté de faire nos choix. Alors même s'ils nous rendent la tâche difficile, ça vaut encore la peine de se battre. Je ne dis pas qu'il faut devenir violent, seulement que nous devons nous aussi être plus malins. On dit bien que rien ne vient facilement, que l'on a rien sans rien.

Quand est-ce que tu as payé des taxes pour la dernière fois ? (rires)

Bon, je n'ai jamais payé d'impôts parce que je travaille dans un studio et que ce sont eux qui payent les taxes pour moi, en les déduisant de mon salaire. Mais bon, si tu veux faire partie du jeu, c'est ce que tu dois faire.

Quand je vois des gens comme toi et moi, ou encore lorsque je me regarde dans la glace, il y a un paradoxe qui me vient en tête... Je pense à ces questions si stupides que l'on nous pose tout le temps : « Mais comment vas-tu faire lorsque tu voudras travailler dans une banque, etc. » C'est ridicule, puisque je ne veux évidemment pas travailler dans une banque et j'imagine que c'est la même chose pour toi...

Mais si nous travaillions tous deux dans une banque, ne serait-ce pas la meilleur banque au monde !?

Disons que nous ne sommes plus des gamins et que nous avons fait nos choix. Mais pour en revenir à ce paradoxe, as-tu vu que City Bank vient de licencier 50 000 personnes à cause du crash économique ? Ce qui est assez ironique quand on pense que ceux qui se sortent le mieux de ce genre de situation, ce sont les gens comme toi et moi. Que nous arrivions à nous en sortir grâce aux choix que nous avons fait vingt en arrière...

En effet, c'est assez génial... les gitans, les nomades, les travellers et les gens comme nous, nous avons réussi à survivre au travers des siècles parce que nous avons en nous cette motivation, cet instinct de survie, à l'écart des normes et de la société.

Si tu regardes la définition de la normalité dans le dictionnaire, la normalité est définie par la société. Et moi je ne considère que je fasse partie de cette majorité. Et toi non plus d'ailleurs. C'est comme une personne normale, en costume et sans tatouage, qui met les pieds dans une convention de tatouage et nous voit tous les deux derrière un stand. Je pense que la plupart du temps, c'est nous qui nous sentons comme ce type, et c'est pour ca que j'adore les conventions de tatouage. Parce que je m'y sens normal, parce que ce sont des rassemblements de formes d'arts diverses et variées.

C'est quoi la survie pour toi ?

Survivre pour moi, ça veux dire ne pas renoncer, ne pas abandonner, faire de ton mieux avec ce que tu as. Et c'est ce que j'ai toujours essayé de faire, même si parfois ça a pu ne pas paraître suffisant à certaines personnes. Mais j'ai appris avec le temps à ne pas faire attention à ce que les gens pensent de moi. Ca ne me concerne pas, tout ce qui compte c'est l'opinion que j'ai de moi-même et pour tout te dire, je m'aime bien aujourd'hui. J'aime ma vie, elle est colorée et magique. Je me dis que je pourrais même écrire un livre un de ce jours. Ma vie a été tellement unique que la raconter pourrait apporter quelque chose à ceux qui le liraient. Tout comme j'apprécie de lire des biographies de personnes intrigantes. Mais bon je vais certainement pas lire la biographie de Kat Von D !

C'est qui Kat Von D ? (rires..)


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Titre : LUCKY DIAMOND RICH
Auteur(s) :
Genre : Interview
Copyrights : Lukas Zpira
Date de mise en ligne :

Présentation

En direct des terres australes, une interview karmique de Lucky Diamond Rich, l'homme le plus tatoué au monde dans les classements du Guiness Book des Records, par Lukas Zpira.

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