IL EST PARMI NOUS DE NORMAN SPINRAD - EXTRAIT 02


Enregistrement : 05/04/09

Second d'une série de quatre extraits d'Il est parmi nous de Norman Spinrad, où l'auteur de Rêve de fer et de Jack Baron et l'éternité met en scène Foxy Loxy, ex-serveuse devenue droguée et SDF, dont on se demandera si elle est possédée par une entité venue du futur et bien décidée à éliminer le sauveur de l'humanité.

Un passage grinçant dans lequel Norman Spinrad renoue avec l'univers de la rue qu'il fut l'un des premiers à intégrer en science-fiction, bien avant les conurbs sombres du cyberpunk.

Présentation d'Il est parmi nous par l'éditeur :


Qui est vraiment Ralf, le « comique venu du futur » ? Et pourquoi « Le Monde selon Ralf », le talk-show qu’il anime à la télévision, est-il de plus en plus amer ? Quand Texas Jimmy Balaban, son agent, l’a découvert sur les planches d’un café-théâtre de troisième zone, il était pourtant d’un drôle… Dexter D. Lampkin, un écrivain de science-fiction désabusé, et Amanda Robin, qui joue les coaches mystiques, pensaient avoir bien peaufiné le personnage. Le problème, c’est que Ralf ne sort jamais de son rôle. Comme s’il était son rôle. Comme s’il venait vraiment du futur… et quel futur !

Le pire que vous puissiez imaginer : la biosphère a été dévastée, l’air est irrespirable, et les derniers représentants de l’espèce humaine se sont réfugiés dans des centres commerciaux pressurisés. En un mot, l’homme survit sur le vaisseau devenu fou d’une planète morte qu’il n’a pas su sauver. Ralf a-t-il été renvoyé dans le passé pour réveiller nos consciences ? Est-il celui dont nous avons besoin pour traverser l’inévitable « crise de transformation » que nous devons affronter ? Car ce qui est, est réel. Et nous ne pourrons y échapper.

Dans ce roman à l’humour ravageur, Norman Spinrad, l’auteur virtuose de Jack Barron et l’éternité, des Miroirs de l’esprit et des Années fléaux, met en scène notre époque avec intelligence et férocité face aux grands périls qui pèsent sur l’humanité et, comme dans Rêve de fer, poursuit sa réflexion sur son genre de prédilection, car Il est parmi nous est aussi le grand roman de la science-fiction.

Il est parmi nous de Norman Spinrad
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Sylvie Denis et Roland C. Wagner
Editions Fayard
726 pages
24 €


Une vitre sur deux est cassée, les autres ont été remplacées par du carton et du contreplaqué qu’des accros au speed ont couvert de graffitis. Les pâles lueurs qu’on aperçoit derrière celles qui restent ont l’air de fonctionner sur une vieille batterie de bagnole ou une dérivation de compteur pourrie. Sur le perron, la porte de l’immeuble pend à un gond, la porte intérieure a visiblement disparu, et Loxy préférerait entrer dans le garde-manger de Dracula plutôt que dans ce couloir noir de poix sans avoir au minimum une mitraillette avec elle.
– Va t’faire voir, mec, tu me f’ras pas monter là-d’dans.
Cory rigole.
– T’affole pas, ça s’passe à la cave.
Et avant que Loxy puisse réagir à ça en poussant le cri d’horreur que ça mérite, il l’a traînée sous le perron et cogne sur une porte doublée d’une plaque de métal.
Il s’interrompt lorsqu’il entend des pas à l’intérieur et approche son visage du judas pour qu’on puisse l’identifier. Des verrous claquent, une barre de sécurité racle en coulissant dans sa glissière, et la porte s’ouvre sur un grand Portoricain qui balance dans sa grosse patte un pistolet-mitrailleur. Il hoche la tête en direction de Cory et jette un coup d’œil trouble à Loxy. Cory la pousse à l’intérieur et le garde tourne deux verrous derrière eux.
Une demi-douzaine d’ampoules de soixante watts projetant des cônes de lumière crado pendouillent au bout de rallonges clouées au plafond. La cave semble s’étendre sur la largeur du bâtiment. Le centre de la pièce est occupé par une espèce de chaudière à accumulateur manifestement hors d’usage. Les tuyaux qui en sortent pour s’enfoncer dans les étages supérieurs sont couverts de toiles d’araignée et à moitié mangés de rouille. Les rallonges courant au plafond se rejoignent au compteur, lequel a été contourné avec des câbles de batterie de voiture. Une autre rallonge amène le courant à une vieille télé coincée contre la chaudière, où une pub débile pour du dentifrice sur une chaîne hertzienne tente de se faire passer pour MTV.
Pas d’autre mobilier qu’une vingtaine de paillasses de lits de camps puant le moisi et la pisse de rat éparpillées sur le sol de ciment, deux bobines de câbles de la Continental Edison qu’on a tirés pour servir de tables, et p’têt’ une demi-douzaine de divers cageots de fruits et de cartons d’boîtes de conserves.
À peu près deux douzaine de personnes, si tu tiens à les appeler comme ça, assises, accroupies et allongées sur les matelas dans divers états de conscience et d’inconscience, des mecs pour la plupart, blacks ou latinos, certains frimant avec du cuir, des chaînes, des fringues classe, genre dealers et macs. Les autres portent des merdes de l’Armée du Salut ou de la Quatorzième Rue.
Cet endroit est un trou pourri. Ces gens sont des larves.
Ça, c’est le mauvais plan.
Le bon plan, c’est que, sur les bobines qui servent de table, y a des shooteuses, des tubes, des lames de rasoir, des miroirs et des p’tits sacs de poudre blanche, coke, héro, crystal, voire les trois. Y a des gens qui se font un fix. Des qui sniffent des lignes de je sais pas quoi avec un billet. Des qui fument une saloperie quelconque dans des petites pipes en verre.
Et que j’te tape dans la main, et que j’te dis bonjour, yo, mec, ça va, mec, et blablabla, Loxy en a rien à cirer de tout ça, y compris des noms des dealers à qui Cory l’exhibe comme si elle était une fausse Rolex made in Taïwan ou une chaîne en or trop lourde pour être autre chose que du plaqué de merde à deux carats.
Elle est pas vraiment fâchée non plus quand il la plante sur un matelas infesté de cafards devant une des bobines servant de table et se faufile avec trois de ces nazes dans un recoin pour marmonner leurs conneries habituelles de dealers, la tête rentrée dans les épaules.
– Sers-toi, ma poule, dit un type qui porte une espèce de dashiki rouge et jaune chicos sur un jeans noir et des bottes de cow-boy. C’est la maison qui offre.
Les poudres blanches dans les sachets peuvent contenir n’importe quoi, seul ou associé à autre chose, et probable qu’y a autre chose. À côté d’ça un troupeau d’éléphants a dû marcher dessus. Mais, comme la gonzesse pleine de boutons qui vient de s’faire un fix de l’autre côté de la table hoche la tête normalement au lieu d’tomber raide morte, et comme y a un certain nombre de corps allongés dans la cave mais qu’aucun d’entre eux n’est devenu vert ou violet et qu’ils ont tous plus ou moins l’air de respirer encore, on s’en fout de c’que c’est que leur merde et d’avec quoi ils la coupent, on dirait apparemment qu’y a rien de mortel là dedans.
Le matos sur la table, par contre… Ces junkies ont jamais dû entendre parler du sida, ou alors ils sont trop défoncés pour échanger leurs seringues. C’est que des vieilles pompes réutilisables, et à voir la merde à l’intérieur, elles l’ont été sacrément, y a même un foutu machin bricolé avec un compte-goutte qu’a l’air de sortir d’un musée, bordel. Même le tube en caoutchouc jaune a l’air moisi. On pourrait attraper un truc dégoûtant rien qu’en étant dans le même fuseau horaire que cette saloperie.
Loxy, elle a rien de spécial contre le fait de s’envoyer un peu d’héro ou de crystal, ou même de coke, avec une belle aiguille toute neuve – bien au contraire, pas moyen autrement d’avoir un foutu flash. Mais fixer avec c’matos, c’est comme jouer à la roulette russe avec une balle dum dum dans chaque chambre. Alors Loxy se fait quelques lignes avec le contenu du sachet le plus proche, sort un billet de cinq dollars, le roule et sniffe.
De la coke, vu le flash, et pas exactement de première, sans doute coupée avec du crystal pour la faire paraître plus forte, à en juger par l’arrière-goût amer.
Pas génial.
Loxy se fait plusieurs autres lignes avec un autre sachet. Sa bouche prend un goût de litière pour chat, les lumières lui brûlent les yeux comme des flashes allumés en permanence, des confettis électriques se mettent zigzaguer dans son cerveau, çà et là ses muscles se mettent à se tordre et à tressauter, et l’écran de la télé appuyée contre la chaudière se met à clignoter en rythme avec les déblatérations d’un putain de présentateur des infos.
Du cristal de méthédrine, plutôt ordinaire.
T’as beau forger, tu deviens pas forgeron, pas quand la merde avec laquelle tu t’entraînes, on s’en fout de c’que c’est, est à peine moitié mieux que ce qu’on peut choper dans une cour d’école, mais si t’essayes tout, et si tu vas assez vite, tu finis quand même par te retrouver assez joliment défoncée.
Rien d’tout ça suffit à transformer la cave dégueulasse, par exemple en une vraie discothèque chicos, ou à l’empêcher de sentir autre chose que la crotte de rat et la poussière de cafard, et peut pas non plus convaincre Foxy Loxy que les épaves qui l’infestent sont des princes des beaux quartiers, mais, au bout d’un moment, combien de temps ça fait on s’en fout, elle parvient à oublier depuis combien de putain de temps elle est dans le putain d’endroit où elle est, et qui est le putain d’enfoiré qui l’a traînée ici, pour s’intéresser sérieusement au son et lumière à l’intérieur de son crâne.
On dirait bien qu’à un moment elle a dû s’mettre debout, pasque, ouaip, elle marche, elle sautille sur la pointe des pieds en ronds énervés, elle danse quoi, puisque t’insistes, sur la musique qui sort de la télé, une espèce de musique d’ascenseur jouée par un genre de quartet de jazz de handicapés moteurs qu’a l’air d’avoir été télé-porté depuis Mars vers 1953…
– Hé, yo, ma poule, blurg appa do gah, dit tout à coup une voix grave et humide en plein dans son visage, en tout cas c’est à ça k’ça ressemble, difficile à dire avec la télé, blablabla, et le bruit des ampoules, comme des abeilles dans un mixeur.
Le visage émerge du mur de graffiti au néon et de friture oculaire, juste sous son nez pour qu’elle sente bien l’haleine d’accro au speed et l’odeur de cheveux gras, genre latino, des yeux qu’ont l’air d’avoir été nettoyés au Lysol, une bouche grande ouverte genre débile léger, et il bave pour de vrai, et il sautille plus ou moins sur place comme un ballon attaché à une ficelle au-dessus d’une bouche d’aération.
Elle pige qu’elle est en train de danser avec ce mec, ou du moins qu’ils remuent plus ou moins tous les deux de bas en haut sur la musique et sous la même ampoule, et Loxy, elle n’a pas la moindre foutue idée depuis combien de temps.
Elle met quelques minutes de plus, ou un million d’années, on s’en tape, pour arriver à plus ou moins comprendre que le truc qu’il essaye d’lui fourrer dans la bouche est une espèce de bite en verre bizarre. En verre, ouaip, mais même pas assez grosse pour être un zob de caniche, plutôt une espèce de pipe, ouais, c’est ça, y a un petit foyer, comme dans une pipe à shit, et le type tient un genre de briquet Bic au-dessus, rien à voir avec une bite, mais à la base y faut fourrer le truc dans sa bouche et sucer…
Loxy, elle se rend compte de quelque chose, comme si une espèce d’alarme incendie s’était déclenchée dans son cerveau un demi-temps ou peut-être un millier d’années trop tard, et lui a dit « oh merde, c’est pas une bonne idée, c’est du putain de crack, ça, ma vieille », et d’après ce qu’elle a vu…
Mais trop tard. C’est fait. Elle a tiré goulûment une grosse taffe, t’aurais pas fait pareil, toi ? Et y a ce marteau piqueur qui s’abat au sommet de son crâne, et cette bombe atomique qui explose derrière ses yeux, et cette fusée qui s’envole le long de sa colonne vertébrale et…
… et…
Elle explose.
Tout à coup, elle est aussi haute que l’Empire State Building ! Aussi puissante que Godzilla ! Un zillion de putain de volts illuminent son squelette comme Time Square le Jour de l’An ! Ses articulations claquent et crépitent ! Des éclairs jaillissent du bout de ses doigts et de ses nichons ! Sa chatte peut casser des noix !
Le monde est trop petit pour elle, trop fragile, pas vraiment aussi réel qu’elle, sa tête jaillit à travers le plafond, et le sol de béton n’est plus que du Kleenex, si elle tape du pied trop fort elle va se retrouver en Chine. Elle grince des dents. Ses doigts craquent. Des sons bizarres sortent à toute vitesse d’une bouche, quelque part très loin d’elle.
Ce qu’elle voit, va savoir c’que c’est, éclate en fragments de cristal comme si quelqu’un avait balancé une brique dans un vitrail, comme si les morceaux de verre aux couleurs vives grouillaient et tourbillonnaient tels des nuages de papillons se dissolvant en tourbillons et en tornades de lumière et…
Pouvoir ! Lumière ! Force ! Électricité ! Énergie ! Zip ! Zam ! Pow ! Wham ! Yoooooouuuuuuupiiiiiiii ! Putain ! Bordeeeeeel !
Jamais de sa vie Foxy Loxy ne s’est sentie aussi forte ! Elle sait qu’elle peut les traverser, ces enfoirés d’murs, alors à quoi bon ? Elle s’est jamais sentie aussi bien ! La totalité de ce putain d’univers lui suce le clito, qui pourrait demander plus ?
Puissance ! Lumière ! Énergie !
Rien d’autre n’est vraiment réel ici, dans le foutu centre blanc et lumineux de toutes les foutues choses. Parfait ! Et elle aussi ! Elle est la lumière ! Elle est la Puissance !
Elle est la Puissance ! La Puissance !
Est ! Elle ! Ça ! La puissance !
Au bout d’une seconde, ou un million d’années, impossible de savoir puisque qu’y a personne pour le lui dire à c’moment-là, la conscience de la pure lumière blanche apparaît, on entend une espèce de bruit, et la lumière commence à se fragmenter en un million de couleurs scintillantes, et les couleurs se mettent à tournoyer et à étinceler…
… et ce genre de visage qui flotte juste devant elle.
Un espace en forme de visage fait d’un zillion de petites paillettes qui scintillent, avec des cheveux noirs qui crachent du feu électrique, il clignote comme le stroboscope d’un light-show au rabais, debout dans un cercle de lumière il lui fourre sous le nez un gros machin gris dégueulasse, on dirait une putain de bite d’éléphant, et ces yeux, des trous dans le visage avec un truc bleu qui brille dedans, une rangée de lumières bleues qui descend, descend vers un endroit où on vous fourre des putains de cintres dans le cerveau, hiii, hiii, hiii…
Jésus !
Loxy cligne des yeux.
Et redescend, plus ou moins, dans son corps.
Lequel est à genoux sur du béton nu et crade dans une cave dégueulasse, à quinze centimètres de la télé, nez à nez avec une espèce de barjot sur l’écran.
Sa tête vibre comme une saloperie de percu jamaïcaine. Elle a un goût de tampon usagé dans la bouche. Ses jambes lui font mal, comme si on y enfonçait un million d’aiguilles chauffées à blanc. Ses globes oculaires ressemblent à des œufs pourris qu’on a laissé bouillir plusieurs semaines dans du Tabasco.
Foxy Loxy frissonne et s’éloigne de la télé en sinuant comme une espèce de putain de reptile, réussit à se remettre plus ou moins debout pendant que plein de trucs clignotants flottent encore dans l’air autour d’elle.
Donc, c’est ça, le crack, putain !
Elle se rappelle le flash. En quelque sorte. Elle se rappelle qu’elle était pas vraiment là pour se rappeler quoi qu’ce soit.
Puissant, ce truc !
Mais elle se rappelle le Pouvoir ! Elle se rappelle la Lumière ! Elle se rappelle la Force ! Elle se rappelle un truc qui ressemblait à un orgasme, mieux que le sexe, et qu’on aurait dit que ça durait éternellement !
C’est censé te rendre accro illico.
Mais, bien sûr, les cons qui disent ça disent pareil de la coke et de l’héroïne, non ?
Ça fait un moment qu’elle touche un peu à la coke, au crystal, à la poudre, d’accord, et pas d’problème, elle est pas tombée accro au crystal ni devenue une junkie, hein ?
Ah ouais, ce truc est puissant ! Elle a eu la sensation d’être Wonder Woman en train de baiser avec Godzilla ! De pouvoir traverser les murs ! Sauter par-dessus l’Empire State Building, putain de merde ! Youpiiii !
Bon, donc, faut y aller mollo. Mais ce truc aussi, elle peut le contrôler.
C’est pas c’qu’elle vient d’faire, peut-être ? Elle est pas en train de s’énerver et de baver par terre pour avoir une autre dose, hein ? Hein ?
Tu vois, si tu fais gaffe, tu peux tout contrôler. Tout c’qui faut pas oublier, c’est trois petites lettres, et c’est pas avec les tarifs que pratiquent les dealers qu’ça risque de t’arriver : D.D.A.
La Dope Des Autres.
Si tu t’en tiens à ça, si t’en achètes jamais pour toi, tu peux tomber accro à que dalle !
Loxy examine la cave, où est ce foutu…
Ouais, là, avec Cory, le type à la petite pipe en verre…


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Titre : IL EST PARMI NOUS de NORMAN SPINRAD - Extrait 02
Auteur(s) :
Genre : Bonnes feuilles
Copyrights : Editions Fayard
Date de mise en ligne :

Présentation

Second d'une série de quatre extraits d'Il est parmi nous de Norman Spinrad, où l'auteur de Rêve de fer et de Jack Baron et l'éternité met en scène Foxy Loxy, ex-serveuse devenue droguée et SDF, dont on se demandera si elle est possédée par une entité venue du futur et bien décidée à éliminer le sauveur de l'humanité.

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