FINANCE ISLAMIQUE & ETHIQUE DE L'ISLAM


Enregistrement : 28/05/09

La finance islamique, en accord avec l'éthique de l'islam, est basée sur deux principes : l'interdiction de l'intérêt, aussi appelé usure et la responsabilité sociale de l'investissement. Elle lie plus étroitement la rentabilité financière d'un investissement avec les résultats du projet concret associé. L’islam interdit les transactions tant civiles que commerciales faisant recours à l'intérêt (ribâ), à la spéculation (gharar) ou au hasard (massir). - Source : Wikipedia

Avec un taux de croissance entre 15 et 20% tous les ans depuis 2003, la finance islamique connait un essor important. Les actifs ainsi gérés ont eu bien moins à souffrir de la présente crise et alors que pendant le G20 les dirigeants du monde appelaient à une régulation et une moralisation de la finance, cette solution originale est efficace.

Un article d'Eric Ouzounian et de Karen Mandoux.



L’histoire raconte que la finance islamique est née il y a une cinquantaine d’années, en Malaisie, où de nombreux musulmans avaient alors épargné en vue d’un futur pèlerinage à la Mecque. Après quelques temps, le gouvernement s’est rendu compte que près de 5 milliards de dollars dormaient sur ces comptes. Et il a décidé de s’en servir pour alimenter l’économie, mais en prenant bien soin de s’assurer que ces capitaux soient utilisés conformément aux principes de ceux qui avaient épargné. In fine, ces derniers ont vu leurs capitaux doubler et l’Etat a trouvé des sources de financement mobilisables.

Cette finance islamique - et non pas islamiste - ne fait pas référence aux réseaux de financement de la religion musulmane, mais à un mode de financement qui se propose d’investir dans des entreprises qui répondent au droit canon musulman, à la Charia. Il y a bien sur les classiques; interdiction pour le financier de prendre des risques inconsidérés ou simplement excessifs, de tromper ses partenaires, d’utiliser abusivement une asymétrie de l’information entre les deux parties, de spéculer et d’investir dans des activités illicites du point de vue du Coran (pornographie, jeux…).

Mais surtout, il n’est pas Charia de prêter avec intérêts. Et au-delà du principe même d’intérêt, ce qui est interdit c’est de toucher des profits sans participer aux risques du projet et donc sans s’exposer à d’éventuelles pertes, d’où le terme également usité de finance participative. Les relations sont davantage commerciales que financières entre les deux parties qui partagent équitablement à la fois les risques et les profits. Par exemple, si un individu souhaite se porter acquéreur d’un bien, sa banque l’achète et il rembourse la somme petit à petit. Si le bien brûle, c’est la banque qui réalise une perte. Si elle vend le produit, elle réalise des bénéfices

Autre point notable, une entreprise qui présente des taux d’endettement faibles obtient des ratios financiers de bonne qualité. Pour le Banquier Masqué de La Spirale, « le niveau maximum d’endettement d’une société éligible à un fond charia ne doit pas dépasser 30%. Or, poursuit-il le gros problème des entreprises occidentales aujourd’hui, c’est l’endettement excessif pour financer leur activité.

D’ailleurs on le voit bien. Dès qu’il y a crise dans le système bancaire qui ne prête plus, ces entreprises se retrouvent coincées parce qu’elles ne peuvent plus faire face à leurs dépenses opérationnelles de tous les jours ; payer leurs fournisseurs, payer leurs salariés. Elles sont obligées d’émettre elle-même des billets de trésorerie sur le marché. Les entreprises répondant à ce principe sont donc capables de mieux résister dans des périodes économiques difficiles que des sociétés équivalentes très endettées et notamment si elle a monté son endettement pour générer sa propre croissance que ce soit en investissements internes ou en acquisitions.
»

Une alternative efficace

La finance islamique est une réponse crédible à la dérégulation des marchés mondiaux à qui l’on doit la présente crise. Ce mode de gestion remettrait partiellement en cause le modèle des hedge funds. « Dans le droit canon islamique, il est interdit de vendre ce qui ne t’appartient pas, et donc on ne peut pas shorter*, puisqu’on shorte à travers un mécanisme d’emprunt, or ce que l’on emprunte n’est pas à soi. » 

Mais à bien y regarder, il n’est pas question de respecter exclusivement le canon coranique, (excepté pour ce qui est des interdictions relatives aux jeux à l’alcool, à la prostitution, mais une fois encore, ce ne sont que des principes mineurs). En réalité, cette finance également qualifiée d’abrahamique, semble plutôt appliquer des principes éthiques et moraux universels, communs à toutes les religions du Livre. Il suffit de se pencher sur le canon juif : « Tu ne voleras pas, tu ne tromperas pas, tu ne mentiras pas, tu ne jureras pas faussement, tu ne tromperas pas ton prochain, ni ne le dépouilleras. »

Cette finance est surtout qualifiée d’islamique puisque toute institution financière (que ce soit une banque ou une assurance) qui prétend distribuer des produits islamiques, doit se confronter à un « Charia Board ». C'est-à-dire qu’un collège composé de quatre à sept docteurs en religion, très au fait des questions financières, tente de discerner si oui ou non lesdits produits financiers sont licites ou non. Et comme pour tout ce qui a trait à la religion, « la finance islamique, c’est entièrement une question d’interprétation. Il existe une centaine de Charia Boards aujourd’hui. »

« Ce qui est intéressant là dedans, c’est que lorsque l’on regarde les performances comparées sur longue période (5, 10 ans), entre les fonds traditionnels (gestion classique longue, j’achète des actions et je les garde), la gestion ISR (Investissement socialement responsable) qui est un phénomène vieux d’environ 5 ans et la gestion islamique, on se rend compte que c’est la gestion islamique qui a les meilleurs performances. » Et même d’excellentes performances puisqu’aujourd’hui, ce type de financement représente entre 500 et 600 milliards de dollars gérés dans le monde entier par 250 banques. Certes, ce n’est qu’une goutte d’eau par rapport aux chiffres de la finance globale, d’autant que ces pratiques sont concentrées à 80% entre les pays du Golfe et l’Iran alors qu’ils ne représentent que 6% de la population musulmane mondiale.


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A propos de cet article


Titre : FINANCE ISLAMIQUE & ETHIQUE DE L'ISLAM
Auteur(s) :
Genre : Article
Copyrights : Karen Mandoux et Eric Ouzounian
Date de mise en ligne :

Présentation

Avec un taux de croissance entre 15 et 20% tous les ans depuis 2003, la finance islamique connait un essor important. Les actifs ainsi gérés ont eu bien moins à souffrir de la présente crise et alors que pendant le G20 les dirigeants du monde appelaient à une régulation et une moralisation de la finance, cette solution originale est efficace.

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Fr.Wikipedia.org/wiki/Finance_islamique


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