FRANK KOZIK « DESPERATE MEASURES EMPTY PLEASURES »


Enregistrement : Archives de La Spirale (1996-2

Sérigraphe talentueux, illustrateur de génie... Les superlatifs ne manquent pas lorsqu'il s'agit de qualifier l'oeuvre de Frank Kozik.

À l'origine de plusieurs centaines d'affiches de concerts ( on peut citer par plaisir les Butthole Surfers, Revolting Cocks, Ministry, Swans, Psychic TV, Skinny Puppy, Alice Donut, Lydia Lunch, Flipper, Iggy Pop, Melvins, Helios Creed, Pigface, Snakefinger... cette liste étant loin d'être exhaustive ), toutes tirées à 500 exemplaires en sérigraphie, Kozik télescope et détourne allègrement les symboles de notre société de consommation.

Son style se démarque de la plupart des graphistes underground par l'utilisation de palettes de couleurs saturées et la présence quasi permanente de personnages de comics américains qui apportent une touche comique et sarcastique.


Propos recueillis par Laurent Courau.



Quelle impression ça fait d'être décrit par les journalistes comme un légende punk-rock ?

C'est complètement abstrait et ça n'a aucun impact sur ma vie personnelle. Je ne pense vraiment pas à ça.

Quel était votre vision du futur lorsque vous réalisiez vos premiers posters pour le Club Foot à Austin ? Imaginiez-vous qu'il vous serait possible un jour de vivre de votre travail ou étiez-vous simplement absorbé par le chaos inhérent à la scène Punk locale ?

Je n'avais AUCUNE IDEE que ça puisse devenir un business ou un mode de vie... J'essayais juste de vivre pleinement le moment en tâchant d'avoir l'air cool et de soutenir la scène locale. Tous mes amis jouaient dans des groupes et j'étais jaloux. Je voulais participer et faire moi aussi quelque chose. N'étant pas musicien, ce furent les posters.

Vous avez grandi en Espagne jusqu'en 1976, l'année où Franco est mort et où vous avez déménagé aux Etats-Unis. Quelles furent vos premières impressions en arrivant aux USA ?

C'était GENIAL ! Des voitures, de l'herbe... Et le vague espoir que je pourrais tirer un coup sans avoir à me marier...

La société espagnole a explosé dans les années qui ont suivi et a donné naissance, entre autres choses, à la Movida. Vous ne regrettez pas de ne pas avoir vécu cette période et d'avoir, en quelque sorte, raté la fête ?

Si, bien sur ! Mais mon départ fut plutôt abrupte... J'étais un peu le mouton noir là-bas et il m'était totalement impossible de retourner en Espagne durant cette période. Je me demande souvent ce que serait ma vie aujourd'hui si j'étais resté là-bas ?

Pensez-vous que vos origines espagnoles ont eu une influence importante sur votre travail ? Je peux voir par exemple une connexion entre vos images et les bandes-dessinées que publiait le magazine El Vibora au début des années 80...

Je pense que ça devient de plus en plus évident avec le temps. Mais j'étais aussi un "outsider" là-bas. Avoir un père américain absent faisait de moi un bâtard et je n'y ai jamais été totalement accepté. Mais il se pourrait que mon style vienne en partie de là-bas.

Vous avez souvent dit que vous ne vous considérez pas comme un artiste. Pourquoi ? Et qu'est-ce qui fait à vos yeux la différence entre un artiste et un artisan ? Quelle est votre définition de l'Art ?

Je ne suis pas très bon. Et je ne pense pas que je sois capable de susciter des émotions ou de créer quelque chose de beau et de réellement original. Ce que je fais se rapproche plus du collage, du graffiti ou d'un truc de ce genre. J'espère juste devenir un jour un bon artisan. Peut-être dans une vingtaine d'années... L'Art est pour moi quelque chose d'insaisissable et de très rare. Quelque chose dont je suis certain d'être incapable.

Que vouliez-vous dire en répondant lors d'une interview que tout ce truc artistique est bizarre et un peu dégueulasse ?

Le système des galeries et la façon dont elles fonctionnent sont assez étranges et répugnants. C'est tellement "politiquement social" et "Oh, tellement important" que je ne peux pas prendre tout ce truc au sérieux. C'est vraiment un tas de conneries !

Vous paraissez fasciné - comme nombreux d'entre nous - par la face cachée du Rêve Américain. Qu'est-ce qu'il y a d'aussi irrésistible dans les profondeurs de la culture pop américaine ?

Je pense que cette fétichisation du mal nous permet de contrôler nos fantasmes. Comme si vous pouviez tromper le Diable... Ou le remplacer... Comme si ça vous donnait un pouvoir sur la structure de la société... Personne ne fantasme sur une existence normale, saine et totalement asexuée... Vous voyez ce que je veux dire ?

Qu'est-ce qui vous attire autant dans les images de la seconde guerre mondiale ? Est-ce que ce serait lié à votre enfance en Espagne sous la dictature de Franco ? On pourrait le penser, d'autant plus que vous avez aussi un fort penchant pour l'imagerie catholique...

Oui, cet idéal militariste était partout et ça va dans le sens du rapport de séduction qu'on peut entretenir avec le pouvoir. J'aime aussi beaucoup tous les visuels qui sont liés à ça. Et le stupidité délirante de tout ce truc est également intéressante. C'est la même chose pour la religion.

J'ai lu quelque part que vous aviez récemment travaillé sur des campagnes de publicité pour Nike et pour des compagnies de télécommunications japonaises. En quoi était-ce différent de votre travail pour la scène musicale alternative, en dehors des évidents avantages financiers ?

On a évidemment plus la pression de réaliser quelque chose qui puisse plaire à une public très large... Et vous êtes aussi plutôt bien traité.

J'ai beaucoup aimé les images que j'ai pu voir du clip que vous avez réalisé pour Soundgarden. Est-ce que ça a été difficile de passer d'images fixes à un média qui comprend une dimension temporelle ?

Ce fut complètement naturel et même plutôt facile de réaliser ces vidéos... Si j'étais riche, j'en ferais tout le temps ! C'était une des situations créatives les plus intéressantes qu'il m'ait été donné de vivre, après tout nous passons tous notre temps à nous faire des films à partir de notre réalité. Cette vidéo retranscrivait bien la façon dont je fantasme mon quotidien.

Est-ce que vous avez d'autres projets dans ce domaine ? J'imagine que vous pourriez faire des trucs assez intéressants en animation ou en dessin animé...

Il y a toujours des projets en cours... Mais ces projets coûtent très cher et il n'y a pas vraiment de marché pour des petits films de 4 à 5 minutes. Mais je crois vraiment que ça va se réaliser et que j'y arriverai un de ces jours.

Vous avez dit que votre travail devrait être interdit aux yeux de beaucoup de gens. Est-ce que ça signifie que vous avez été confronté à beaucoup de réactions négatives, que ce soit à l'intérieur de la scène alternative ou ailleurs ?

Ces réactions négatives viennent la plupart du temps de gauchistes "politiquement corrects" qui manquent d'humour...

Que se passe-t-il avec les diablesses rouges ? Entre vous et Coop (NDLR - un autre illustrateur californien qui a notamment réalisé la pochette de Voodoo U des Lords of Acid) , ces créatures sont en passe de devenir de véritables icones Pop...

Ben, j'aimerais bien avoir une diablesse dotée de pouvoirs surnaturels qui exaucerait toutes mes lubies... Je pense d'ailleurs que c'est le cas de la plupart des hommes.

Qu'est ce qui vous a amené à lancer Man's Ruin, votre label de disques ? Etait-ce l'envie de réaliser des pochettes de disques sans avoir un crétin de directeur artistique sur le dos ? Est-ce que vous en aviez marre de faire des posters ?

Tout ça, plus le désir suicidaire de jeter mon argent par les fenêtres...

Comment travaillez-vous sur vos images aujourd'hui ? Est-ce que vous utilisez beaucoup l'ordinateur pour sampler des images dans les médias et ensuite les transformer ?

Toutes les techniques habituelles... Et oui, tout passe à un moment ou un autre par mon Mac ces derniers temps... C'est vraiment l'ultime photocopieuse !

Quels sont vos projets pour le réveillon de l'An 2000 ? Vous asseoir sur votre toit avec un flingue et descendre les pillards ?

Un ami à moi possède un ranch dans les bois du nord de la Californie où nous allons nous planquer de la civilisation, tirer au fusil et faire de la moto...


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A propos de cet article


Titre : FRANK KOZIK « DESPERATE MEASURES EMPTY PLEASURES »
Auteur(s) :
Genre : Interview
Copyrights : La Spirale.org - 1996-2008
Date de mise en ligne :

Présentation

Frank Kozik - Une interview tirée des archives de La Spirale.

A propos de La Spirale : Née au début des années 90 de la découverte de la vague techno-industrielle et du mouvement cyberpunk, une mouvance qui associait déjà les technologies de pointe aux contre-cultures les plus déjantées, cette lettre d'information tirée à 3000 exemplaires, était distribuée gratuitement à travers un réseau de lieux alternatifs francophones. Sa transposition sur le Web s'est faite en 1995 et le site n'a depuis lors cessé de se développer pour réunir plusieurs centaines de pages d'articles, d'interviews et d'expositions consacrées à tout ce qui sévit du côté obscur de la culture populaire contemporaine: guérilla médiatique, art numérique, piratage informatique, cinéma indépendant, littérature fantastique et de science-fiction, photographie fétichiste, musiques électroniques, modifications corporelles et autres conspirations extra-terrestres.

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