SEXY NEW YORK DE ROMAIN SLOCOMBE - EXTRAIT 02


Enregistrement : 14/04/2010

Le second d'une série de trois extraits de Sexy New York, deuxième opus de la trilogie L'océan de la stérilité de Romain Slocombe.

. Lien vers le premier extrait de Sexy New York.

Présentation de Sexy New York par l'éditeur :


New York, septembre 2001. Toujours aussi fauché et gaffeur, Gilbert Woodbrooke a bien mal choisi son moment pour exposer dans une galerie branchée de SoHo et rouvrir, à son corps défendant, une des plus grandes affaires criminelles du XXe siècle : l’énigme du « Dahlia noir ».

Los Angeles, 1949. Deux ans après l’assassinat d’Elizabeth Short, Alicia, une étudiante britannique, est recrutée par la CIA afin d’infiltrer le gratin d’Hollywood et de fournir un rapport de moralité à un dénommé Man Ray, que les services secrets projettent d’enrôler à son insu dans la guerre froide. Man Ray, un artiste sombre et génial, proche d’un certain Dr Hodel...

Au coeur de ce monumental thriller politique, deuxième volet de la trilogie occidentale entamée avec Lolita complex (Fayard noir, 2008) Romain Slocombe reprend, approfondit et révèle des pistes d’enquête, pour certaines peu connues, de deux cauchemars américains, l’affaire du Dahlia noir et les attentats du World trade Center.

Sexy New York de Romain Slocombe
Éditions Fayard
Collection Fayard Noir
552 pages
22 €



– OH, FUCK ! ! s’exclame, comme en écho, Julius, depuis la pièce principale.

Je prends le temps de me savonner les mains et de les sécher, avant de rejoindre mon tortionnaire devant sa fenêtre.

Une épaisse fumée s’élève d’une des immenses tours du World Trade Center.

Debout à contre-jour, mon galeriste, épaules contractées, braque ses puissantes jumelles sur l’incendie, qui me paraît assez sérieux. Là, dans le secteur précis où je dois me rendre pour rencontrer Everett Pineridge Junior, chez Pineridge, Seymour & Wolf… Je m’approche de l’homme aux jumelles :

– Ça me paraît assez sérieux, cet incendie, là, Julius. Dites-moi, c’est la tour sud ou la tour nord ?

– La tour nord.

Je pousse un soupir de soulagement.

– Mon rendez-vous est dans la tour sud. À onze heures, chez mon avocat. (Je regarde ma montre-bracelet.) Huit heures quarante-sept, j’ai encore le temps d’y arriver. Si ça se trouve, les pompiers auront déjà éteint les flammes.

Sans cesser de contempler le spectacle dans ses jumelles, Julius glousse nerveusement.

– Attendez encore un peu… D’ailleurs, je croyais que c’était à Los Angeles que vous deviez aller aujourd’hui.

Je secoue la tête.

– Non, ça c’est demain. Demain mardi.

Il soupire.

– Nous sommes mardi, Mister Woodbrooke. Mardi 11 septembre 2001.

– C’est ça, fichez-vous de moi.

– Je ne me fiche pas de vous. Regardez la télévision.

Je baisse les yeux vers les écrans qui continuent à transmettre les chaînes d’actualités. Et qui affichent tous deux, avec un ensemble parfait : 11 septembre 2001, 8h48. Le sang quitte mon visage.

– Julius… J’ai dormi deux jours !

Il sourit.

– Grâce à une piqûre que vous a faite le toubib de la Guerre du Golfe. Vous avez dormi comme un bébé. C’était un plaisir de passer la nuit à côté de vous.

– Mais… Meeerde ! Et le film ? Et mon boulot ? Mes équipiers sont déjà partis à Boston, sans cameraman ! Howard va faire son rapport à Brightstar-TV et ils vont me virer ! J’ai besoin de ces cinq mille livres, moi !…

Je me laisse tomber, accroupi sur le parquet. Je suis au bord des larmes. Ce sadique m’a fait perdre à la fois Una et mon boulot.

– Moi, commente froidement Julius, je préférerais perdre cinq mille livres que de me trouver aujourd’hui coincé en haut d’une de ces foutues tours. Avec un avion en feu à l’intérieur.

– Quoi ?

– Vous avez raté quelque chose, mon cher ami. J’ai vu ce Boeing entrer dans cette tour comme dans du beurre. Bill avait raison, ils n’ont pas été foutus de l’abattre avant…

J’écarquille les yeux.

– Un Boeing ? Dans la tour ? Et qui est « Bill » ?

– Mon commanditaire actuel. Ses craintes se sont trouvées confirmées. Les jets n’ont jamais reçu l’ordre d’intervenir.

– Les jets ?

– Les F-15 de l’US Air Force. Dans tous les pays, pas seulement aux États-Unis, dès qu’un avion sort de son plan de vol, les contrôleurs aériens s’en aperçoivent et interrogent le pilote par radio. S’ils ont l’impression qu’il s’agit d’un détournement, l’info est transmise aussitôt aux militaires, qui prennent le relais, au plus tard dix minutes après le début de l’incident. Même si les pirates débranchent le transpondeur – l’émetteur de l’avion – et que celui-ci a disparu des écrans des contrôleurs civils, la masse métallique reste visible sur les écrans radar de l’armée. Les jets le prennent en chasse, l’escortent, le surveillent, et, s’il s’approche d’un objectif sensible, comme New York par exemple, ou Washington, ils lui balancent tout de suite un missile. Tant pis pour les passagers. On considère qu’ils allaient y passer de toute façon, vu que les pirates manifestent l’intention de se servir de l’appareil comme d’une bombe volante. L’objectif de l’intervention militaire est alors de limiter le nombre des victimes. Ce qui n’a pas l’air d’être le cas ici. (Julius consulte son poignet.) Ce Boeing a dû être détourné une vingtaine de minutes avant de percuter la tour. Il y avait très largement le temps de l’abattre avant qu’il arrive sur Manhattan…

Sur l’un des écrans viennent d’apparaître, derrière la présentatrice, la tour et son épais panache de fumée noire. Une minute ou deux plus tard, il en est de même pour Fox News, qui auparavant diffusait une pub pour une chaîne d’hôtels de luxe en Égypte – silhouettes de palmiers sur coucher de soleil de carte postale. Les deux écrans forment une paire de versions miniatures du panorama que nous contemplons depuis l’appartement : immense ciel bleu, barres verticales des tours, fumée qui s’élève… Tandis que sur son trépied la caméra Sony continue de filmer, et Julius d’observer la tour dans ses jumelles. Il grogne, sans se retourner :

– Tenez, Mister Woodbrooke, rendez-vous utile ! Vous êtes photographe, non ? Prenez le Nikon et faites-moi des clichés de la tour. Ce serait sympa.


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A propos de cet article


Titre : SEXY NEW YORK de ROMAIN SLOCOMBE - Extrait 02
Auteur(s) :
Genre : Bonnes feuilles
Copyrights : Éditions Fayard / Romain Slocombe
Date de mise en ligne :

Présentation

Le second d'une série de trois extraits de Sexy New York, deuxième opus de la trilogie L'océan de la stérilité de Romain Slocombe.

Liens extérieurs

www.FayardNoir.fr
Fr.Wikipedia.org/wiki/Romain_Slocombe

Thèmes

Littérature
Erotisme
Politique
Roman noir

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