THE ELECTRO-HIPPIES « DIGITAL REBELLION »


Enregistrement : Archives de La Spirale (1996-2005)

Activistes des réseaux informatiques, les Electro-Hippies sèment la terreur en appliquant les techniques de rue au cyberespace. Ils veulent vous apprendre à vous servir des réseaux informatiques et mettre à votre disposition leurs outils informatiques de propagande, afin que se développent l'activisme et la désobéissance civile.

Alléchée par cette odeur de contestation, La Spirale se devait de leur poser quelques questions sur le présent et le devenir de l'activisme électronique.


Propos recueillis par Laurent Courau, au début des années 2000.


Quels furent les résultats de vos premières actions, notamment celles qui eurent lieu durant le sommet de l'Organisation Mondiale du Commerce à Seattle ?

Il semblerait que nous ayons réussi à semer une certaine panique dans les sociétés de sécurité informatique. Et nos fournisseurs d'accès ont été harcelés pour qu'ils arrêtent de nous avoir comme clients.

Pour parler des aspects les plus positifs, je pense que les gens vont commencer à s'organiser et à se prendre en charge sur le net comme c'est déjà le cas dans la vie réelle. Nous avons reçu de très nombreuses demandes d'information de la part d'organisateurs de manifestations, d'universitaires et des médias, sur la façon dont les actions peuvent être transférées sur les réseaux afin de toucher les gens ordinaires que ce soit à un niveau local ou global. Nous sommes sincèrement ravis de partager notre expérience mais nous manquons de temps pour nous en occuper. Nous avons donc été obligés de définir des priorités et de rédiger des listes de réponses type pour un certain nombre de questions.

Quels sont vos objectifs ? Votre site mentionne votre volonté de provoquer des changements sociaux en utilisant les technologies de l'information et de la communication ainsi que votre désir d'une société plus solide et participative…

L'Internet n'est qu'un outil - rien de plus. Par conséquent, notre fonction est de :

01. développer des outils et de méthodes qui permettent d'utiliser Internet comme un élément actif d'une campagne médiatique. Trop de groupes utilisent Internet pour diffuser leurs points de vue de manière passive. Et si vous souhaitez collaborer avec eux, il vous faudra remplir certaines conditions ou vous inscrire quelque part.

02. en réponse à ce qui précède, fournir des informations sur la manière dont Internet peut être utilisé.

La plupart des nôtres se considèrent comme apolitiques - nous ne sommes pas les gauchistes ou les révolutionnaires dont les médias ont dressé le portrait. Ce qui nous intéresse, c'est de soutenir les campagnes auxquelles nous croyons. En grande majorité des campagnes en faveur des droits de l'homme, de la justice sociale ou de l'environnement.

Nous pensons que les gouvernements et les instances régulatrices sont trop étroitement liés au système d'échange global et aux corporations qui l'administrent. C'est la raison pour laquelle nous pensons que le public est seul en mesure de provoquer un changement. Internet est un grand niveleur, car il offre aux petits groupes le même pouvoir que les grandes corporations. Et notre rôle est justement de permettre à ces petits groupes de tirer parti de son potentiel - avec par exemple l'Email lobbying tool, notre outil de courrier électronique - et de nous affranchir des limites des réseaux informatiques - avec par exemple, le Distributed bandwidth tool, l'outil qui nous permet de contourner les problèmes de bande passante.

De quels mouvements, ou de quelles tendances politiques, vous sentez-vous proches ? Sachant que vous êtes basés en Angleterre, on vous rapprocherait instinctivement de l'Animal Liberation Front, d'Earth First et de toute la mouvance des eco-warriors…

Non. Nous avons tendance à gêner ces gens-là parce que nous sommes trop intellectuels. Nous croyons aussi qu'il est important de respecter les lois en vigueur afin d'encourager le plus grand nombre à nous rejoindre.

Pouvez-vous nous parler de ces tactiques de manifestation de rue que vous comptez appliquer au cyberespace : sit-ins, piquets de grève, et autres actions plus directes. Le parallèle est séduisant mais comment se traduisent-elles concrètement sur les réseaux informatiques ?

Nous pourrions vous expliquer ces tactiques, mais ça n'aurait pas le même sens. Vous pouvez voir un sit-in dans le monde réel. On ne peut pas voir un sit-in virtuel. La plupart de nos actions en ligne restent un trop "conceptuelles" pour le grand-public. Les seules personnes à pouvoir réellement faire l'expérience de nos actions en sont leurs propres cibles.

Vous reprochez aux activistes électroniques nord-américains leur paranoïa et leur obsession des conspirations, et prônez l'ouverture. Mais cette ouverture ne vous expose-t-elle pas dangereusement aux actions de répression qui ne manqueront pas d'avoir lieu ?

Nous en acceptons les risques. Comment est-il possible de promouvoir sérieusement ses convictions si on a peur des conséquences. Ce que nous faisons nous semble juste. Si certains veulent s'en offusquer, libre à eux. Il n'y a aucun intérêt à lancer des attaques anonymes. C'est le dialogue qui suit une action, et non l'action elle-même, qui peut faire évoluer les mentalités. Notre dernière action s'est par exemple prolongée sur cinq jours, mais la discussion qu'elle a suscitée va nous prendre au moins un mois.

Justement, quelles furent les réactions des cibles de vos précédentes actions ? On peut imaginer qu'elles ne se sont pas bornées à vous traiter de terroristes par voie de presse…

Nous n'avons pas reçu de réponses directes des cibles de nos précédentes actions. Mais leurs chiens de garde, les sociétés de sécurité informatique, ont tenté de nous faire passer pour des terroristes.

Le problème avec la plupart des hackers, c'est qu'ils :

01. ne respectent pas les lois.

02. ne s'expriment pas publiquement pour expliquer leurs actions.

John Adams, le président de I-Defense, vient de faire un discours à Vancouver dans lequel il prétendait que nous allions lancer toutes sortes d'attaques dans les semaines à venir. C'est faux et nous n'avons jamais envisagé une telle chose. Lorsqu'elles sont confrontées au commun des hackers, ces sociétés de sécurité peuvent se permettre de déformer la vérité et de créer de vraies petites paniques médiatiques, bien pratiques pour relancer leurs affaires. Mais nous les surveillons de près pour suivre ce qu'ils disent sur nous. Et nous répondrons publiquement à chaque fois qu'ils mentiront ou qu'ils diffuseront des mauvaises informations.

Je pense qu'ils vont devoir reconsidérer leur manière de gérer les éléments subversifs tels que notre groupe, car notre attitude constitue un véritable challenge pour leurs méthodes et leur façon de gérer les choses.

A l'heure où j'écris ces lignes, vous êtes en pleine action contre les firmes industrielles productrices de semences génétiquement modifiés. Qu'espérez-vous provoquer avec "E-Resistance is Fertile" - ces douze journées de manifestation que vous avez initié ?

Comme nous l'avons déjà signalé, il s'agissait d'une action expérimentale. Nous avions choisi "Resistance is Fertile" car nous savions que cette action n'avait aucune chance de rencontrer un succès important. Notre objectif était de travailler sur une action qui attirerait suffisamment de gens pour tester nos outils, mais nous ne voulions pas non plus que ça devienne trop énorme au cas où ces derniers n'auraient pas fonctionné correctement.

Quelles seront vos prochaines cibles ?

On nous a demandé de prendre en charge l'activisme en ligne d'une manifestation de protestation contre une conférence du Fond Monétaire International et de la Banque Mondiale à Prague en septembre. Nous allons d'abord en débattre entre nous et décider de ce que nous comptons faire début août.

Nous sommes un groupe de bénévoles. Nous devons aussi travailler et nous occuper de nos familles. Ca ne nous permet de mener des actions que tous les quatre ou cinq mois. Nous nous devons donc de rester :

01. sourcilleux quant à nos choix.

02. concentrés afin de nous assurer que tout se déroule comme nous l'entendions.

Il ne s'agit pas seulement de participer à une action. Nous devons à chaque fois concevoir les outils nécessaires à cette action, les tester et ensuite mener à bien cette action. "Resistance is Fertile" nous a pris pas mal de temps car elle se basait sur six serveurs différents afin de tester la mise en place de la distributed bandwidth, notre nouvelle méthode de gestion de la bande passante. Et nous devions aussi concevoir notre outil de lobbying par courrier électronique.

Vous concevez des outils informatiques de contestation tels que des générateurs de courriers de protestation. Pouvez-vous nous en parler et nous dire s'il est possible de se les procurer afin d'organiser ses propres actions ?

Nous ne nous battons pas contre l'establishment. Il se trouve juste que nous le considérons comme totalement inefficace. Nous sommes pour la participation du public et nos actions échoueraient toutes, si elles n'attiraient pas son attention. Nous sommes là pour créer des canaux que les gens peuvent utiliser pour faire part de leurs préoccupations et exprimer leur mécontentement aux décideurs et aux corporations.

Nous allons rapidement mettre à la disposition du public des outils-pour-créer-des-outils. Comme des pages web que les gens pourront utiliser pour créer des pages web afin de promouvoir leurs actions sur le Net. Mais il n'en ira pas de même pour les outils DdoS. Nous voulons garder leur contrôle à cause de leurs applications limitées. Mais nous allons par contre distribuer l'Email lobbying tool, le Distributed bandwith tool et les quelque autres outils encore en phase de conception.

Etes-vous proches ou avez-vous des liens avec les réseaux de hackers ? J'ai vu notamment que vous citiez The Cult of the Dead Cow sur votre site.

Non. La plupart des groupes de hackers ont exprimé leur dégoût à l'égard de nos actions parce que nous sommes des activistes qui utilisent Internet plutôt que de réels hacktivistes. Nous avons publié la réponse du Cult of the Dead Cow sur notre site parce que nous pensions que les efforts qu'ils avaient fait pour nous répondre méritaient cette considération en retour. Nous ferions la même chose pour toutes les organisations qui nous enverraient une critique bien pensée et structurée de ce que nous disons.

Comment voyez-vous le futur de l'activisme en ligne ? Je pencherais personnellement vers l'optimisme, n'ayant pour ma part jamais vu, avant de me connecter sur Internet, de réseaux de contestation aussi puissants et organisés…

Notre plus grand challenge ne viendra pas des gouvernements ou de l'industrie de la sécurité informatique mais des groupes de protestation ayant déjà pignon sur rue. Un des principaux effets secondaires du Net est la désintermédiation (pour utiliser le terme à la mode). Et les plus grands groupes - Greenpeace, Friends of the Earth, etc… - ne sont que des intermédiaires. Ils doivent changer pour tirer parti du Net. Il se trouve, et je le sais de ma propre expérience, qu'ils sont contre les actions en ligne parce qu'ils sentent qu'ils ne peuvent pas en garder le contrôle.

Tant qu'ils n'auront pas transcendé ce besoin de contrôler les gens et adopté une attitude plus ouverte à l'égard de leur participation, l'e-action restera la chasse gardée d'un petit noyau d'activistes. Le futur n'appartiendra pas aux grands groupes de pression. Il appartiendra à de petits groupes qui changeront, se formeront, se dissoudront et se reformeront en fonction des besoins. Et il y a une excellente raison à cela, qui est qu'il n'y a plus besoin de médiateurs sur Internet : un petit groupe y est aussi puissant qu'une grande organisation.


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Titre : THE ELECTRO-HIPPIES « DIGITAL REBELLION »
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Genre : Interview
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Date de mise en ligne :

Présentation

The Electro-Hippies - Une interview tirée des archives de La Spirale.

A propos de La Spirale : Née au début des années 90 de la découverte de la vague techno-industrielle et du mouvement cyberpunk, une mouvance qui associait déjà les technologies de pointe aux contre-cultures les plus déjantées, cette lettre d'information tirée à 3000 exemplaires, était distribuée gratuitement à travers un réseau de lieux alternatifs francophones. Sa transposition sur le Web s'est faite en 1995 et le site n'a depuis lors cessé de se développer pour réunir plusieurs centaines de pages d'articles, d'interviews et d'expositions consacrées à tout ce qui sévit du côté obscur de la culture populaire contemporaine: guérilla médiatique, art numérique, piratage informatique, cinéma indépendant, littérature fantastique et de science-fiction, photographie fétichiste, musiques électroniques, modifications corporelles et autres conspirations extra-terrestres.

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