CONTRE-CHANT DE RÉGIS CLINQUART


Enregistrement : 30/04/2010

Ami et compagnon de route de La Spirale depuis le début des années 2000 et la parution sur nos pages du Jour où les métèques ont finalement botté le cul de l'Amérique, Régis Clinquart est de retour parmi nous avec Contre-chant, une nouvelle porno-catastrophiste à ne pas mettre entre toutes les mains.

Une voix et une plume libertaires au sens sadien du terme, sans concessions et ce, si nécessaire, jusqu'à l'accident. Les mutants digitaux se félicitent d'avance de la parution prochaine, à la fois crainte et attendue, du prochain roman de cet écrivain enragé dont on ne saurait trop apprécier la verve hargneuse.



CONTRE-CHANT

Savait-elle déjà que nous tombions, que nous n’en réchapperions pas lorsqu’elle s’engouffra, le regard allumé et comme chargé de haine, dans l’étroite cabine, en projetant sans ménagement les deux volets de la cloison pliante en un angle aigu face à moi, tel une arme chargée braquée sur ma poitrine ? Dans un mouvement d’humeur réflexe je laissai échapper un « conne ! », pensant avoir affaire à quelqu’une de ces excitées qu’on voit se ruer dans les rames dès l’ouverture des portes du métro, bousculant comme on donne la charge les voyageurs qui tentent d’en descendre.

Elle n’y prêta nulle attention, me poussant fermement contre le siège de plastique beige, se retournant une première fois pour repousser la porte et tirer le loquet, puis faisant volte-face, de nouveau face à moi pour m’embrasser avec une fougue animale, de ravissante ravisseuse se saisissant d’une proie facile, stupéfiée devant pareille brutalité mais aussi frappée par sa juvénile beauté, faufilée telle une vive dans l’incongru décor de ce chiotte aérien.

Le baiser dure longtemps qui tient de la morsure et même de la dévoration, et lorsque enfin ses lèvres au goût de sang désagrippent ma bouche, je tente une sorte de protestation qui me meurt dans la gorge toute volonté annihilée, ridiculement domptée par un enflammement hagard de l’ordre du K.-O. debout. Ses mains saisissent de part et d’autre le col de ma chemise et déchirent en l’ouvrant le fragile vêtement dont les boutons sautent de tous côtés dans un craquement sinistre, auquel répond comme en écho un brusque décrochage de l’appareil, qui nous précipite contre la cloison. C’est alors seulement que j’entends les passagers, la horde révoltée et, capitaine à la dérive, le chuintement du pilote en panique intimant l’ordre aux victimes en sursis de rester à leurs sièges et boucler leur ceinture.

« L’avion va s’écraser », soufflé-je en comprenant, totalement dépassé par l’une et l’autre situations.

« Ta gueule » est sa seule réponse, qu’elle m’assène sans violence d’un ton qui exclut la réplique. Et de se redresser, avide, pour m’emboucher un sein.

J’ai comme un grand passage à vide, une sorte de micro-évanouissement. L’impression fugace mais sensible d’une décélération cardiaque, comme si je m’effondrais de l’intérieur, une chiffe de coton claquant au vent moqueur.

Lorsque enfin je reviens à moi elle est à genoux là devant, achevant de trousser sur mes cuisses le fatras de mes slip et pantalon, libérant une pine congestionnée qui semble étonnée d’être là, et darde une supplique veineuse vers son visage que défigure une rage carnassière. Elle surprend mon effarement, m’adresse un regard dément entre le défi et l’effroi.

Elle me saisit d’un coup me tirant à elle par les bourses, et aussitôt me suce frénétiquement avec une maladresse touchante. Je suis complètement déboussolé, n’osant ni la repousser ni me réjouir de l’incroyable aubaine, embarrassé de mes mains comme si venaient d’y pousser des palmes, la bouche ouverte happant le vide pathétique poisson hors de l’eau, et bientôt parcouru d’un shoot de douloureuse ivresse.

Je titube lorsqu’elle se relève, ôtant prestement une culotte de dentelle rose et plaquant ma main incertaine sur le duvet soyeux de son pubis. Les ténèbres m’appellent et je me retiens de crier merci. Ma vie ne défile pas devant moi et dieu existe enfin : c’est un bouton de chair palpitante entre le majeur et l’index, la sève incandescente qui s’empare de deux êtres pour les brasser avec fureur, pressés par l’imminence de leur complète désintégration.

Elle mouille abondamment, insensé marécage tétant mes doigts mollement inquisiteurs. Je suis sur le point de me trouver mal quand sa voix me foudroie telle un uppercut au plexus : « Qu’est-ce que tu attends ? »

Oui, qu’est-ce que tu attends ? Le choc et la bouillie de tes viscères écrasée au plafond, le hachis noir et sang de tes organes à tout jamais indémêlables, propulsés en une pâte compacte et débités en copeaux à travers mille débris mille couperets ?

J’arrache sa jupe avec la superbe insolence du torero.

Mes mains enserrent sa taille menue, je la soulève et plonge en elle en bon petit soldat surgi de sa tranchée sous le feu crépitant des balles ennemies. Son vagin cataracte me presse et me malaxe, soumis à sa brûlure, elle m’essore et m’entraîne au plus profond de ses limons, me happe dans les rapides me baigne en ses fleuves obscurs, m’avale avec une gloutonnerie vorace, je me dissous infiniment dans un carnage magmatique, tout mon être aspiré, drainé corps et âme vers ce monstre incontrôlable, cette bite explosive qui ne m’appartient plus. C’est la saillie originelle, c’est la mère de tous les brasiers, l’adrénaline des grands soirs, couteaux baston et hooligans. Je la pioche comme un dératé, deux ennemis à mort dans l’odeur nauséeuse du détergent chimique, mes doigts fleurissent ses fesses rondes de magnifiques hématomes, elle se débat, m’encourage, me menace. Baise, baise-moi donc sale pédé. Plus fort. Je ne sens rien de rien. Elle tord un bras dans son dos et s’encule à deux doigts en grimaçant. Plus fort, minable, ou je m’enfile le mitigeur. Elle me nomme, me donne le nom de ses anciens amants. Hervé, Jean-Bapt, Sébastien, Eric, Romuald, Farid, Lou, je suis tous les hommes de sa vie, Patrice, Renaud, Pablo, Stéphane, Simon, Keith, Amine, Jérôme, et voilà qu’ils la baisent tous avec moi, voilà qu’elle part enfin, en équilibre sur la plus haute note et danse, danse macabre sur la barrière de corail, et frôlons les grands requins blancs, Arthur, Benjamin, Cyril, Manu, Rodolphe, Jean-Marc, Victor et Ludo m’accompagnent, tout n’est que tremblement, elle halète, ses seins se perlent d’une sueur odorante, elle m’étreint âprement dans ses bras assassins, s’agrippe pantelante les escarpins ballant au-dessus du précipice, nous puons, l’épilepsie nous plaque contre le formica, elle écrase ses lèvres mûre contre la porte close, les chiens-loups sont lâchés, plus rien ne la ramènera, les miles n’en finissent plus de chuter dans la clameur fébrile des passagers, les Virgin Prunes scandent à tue-tête le refrain de Caucasian Walk, une femme indienne en sari tient à bout de bras un pistolet chargé, ajuste les passants et fait des cartons dans la foule, c’est la grande migration, les enfants dévorent leurs parents, une jeune bergère de Lalibela prétend rebâtir le World Trade Center en une nuit, les insurgés ravagent la ville orgueilleuse et violent les femmes, les hommes, les gosses sans distinction, le commandant de bord sanglote papa tango charlie mais moi dressé je tiens le cap, crûment pétri dans cette chamade écarlate, ses lèvres roulant contre ma verge, triturant mon désir dans un vertige à perdre pied. Je laboure tout mon soûl en ma garce électrique, elle m’insulte en arabe, me traite de petite bite, dit que je suis la pire putain qu’elle ait jamais baisé. Nous ruons à deux têtes, une bête fabuleuse, atroce, qui n’en finit plus de s’emballer. Je saigne du nez. Sa nuque et son épaule gracile, si délicate, s’étoilent d’homicide et je pilonne, pilonne, gueulant ma race les yeux exorbités, Enola Gay survole Nagasaki, une traînée de feu signe à grands frais notre passage, elle monte encore dans les aigus, cingle une dernière trille à fissurer l’azur et puis soudain ça y est, les sirènes se déclenchent et elle vient sourdement comme un cheval se cabre, elle jouit en lacérant ma nuque et m’arrachant les testicules, se cogne la tempe à deux reprises, fend le miroir hurlante et triomphale, ensanglante la cloison ; quelque chose a crevé, un torrent de cyprine jaillit du point geyser d’Alexandra G., feulante elle pisse contre mon sexe tuméfié, les réacteurs explosent l’un après l’autre et c’est la symphonie fatale, cymbales et trompettes, Saint Jean, l’Apocalypse, nous mourons, je pleure de tout mon être tandis qu’elle crache, vomit de bonheur expulsé, je n’ai jamais été plus sale, je n’ai jamais été plus pur, nous finirons éjaculés dans la carlingue, mâchés par la carcasse, épouserons les neiges éternelles du Kilimandjaro, une pluie d’atomes se précipite à l’assaut des nuages, le paradis entre en fusion, prédisez-moi l’enfer je n’en ai plus rien à foutre, je vais crever la bite au chaud, sectionnée sous l’impact qui restera à tout jamais fichée dans son bassin, noyé dans l’aveuglante blondeur de ses cheveux, mes dents crissant contre les siennes et dans ses pupilles chavirées, étincelantes, moi, moi, moi qui viens au monde, jouissant, terrorisé.

Régis Clinquart
Mars 2010


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A propos de cet article


Titre : CONTRE-CHANT de RÉGIS CLINQUART
Auteur(s) :
Genre : Fiction
Copyrights : Régis Clinquart
Date de mise en ligne :

Présentation

Ami et compagnon de route de La Spirale depuis le début des années 2000 et la parution sur nos pages du Jour où les métèques ont finalement botté le cul de l'Amérique, Régis Clinquart est de retour parmi nous avec Contre-chant, une nouvelle porno-catastrophiste à ne pas mettre entre toutes les mains.

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