NATASHA VITA-MORE « TRANSHUMAN MANIFESTO »


Enregistrement : Archives de La Spirale (1996-2005)

Une espérance de vie de cent-cinquante ans et plus ? La fusion de l’espèce humaine avec les machines, le développement de nos capacités physiques et mentales ? L’avènement d’une post-humanité ?

Transhumaniste, artiste extropienne, body-buildeuse technophile et cryoniste convaincue, Natasha Vita-More nous faisait partager sa vision optimiste et volontariste du futur de l’espèce humaine dès la fin des années 90. Un nouvel entretien est actuellement en préparation pour La Spirale.


Propos recueillis par Laurent Courau.



Artiste, journaliste, sportive, technicienne… On vous a également décrit comme un objet de désir surhumain qui combine Madonna, Schwarzenegger et Marcel Duchamp. Comment vous définiriez-vous vous-même ?

J’aime être considérée comme un objet de désir surhumain !

Pouvez-vous nous expliquer ce que sont l’Extropisme et le Trans-humanisme ?

Mon profond intérêt pour les sciences et les technologies de prolongation de la vie est motivé par un optimisme pragmatique. Il me semble important d'avancer sur la voie de l’évolution en nous servant des technologies qui nous permettent de rallonger notre espérance de vie, d’accroître notre intelligence, d’optimiser notre psychologie et d’améliorer les systèmes sociaux. Nous changeons en permanence et nous continuons à acquérir de plus grandes capacités qui nous permettent d’apprécier toujours plus nos vies et l’univers qui nous entoure.

Il est intéressant de défier les idées convenues sur les limites humaines en réfléchissant à la manière dont les technologies vont améliorer notre futur. Il faut néanmoins souligner que ces efforts pour changer les modes de pensée conventionnels demandent à la fois de la sensibilité et de la clairvoyance. La plupart des gens trouvent difficile de s’adapter à de nouveaux modes de pensée, particulièrement lorsqu’il est question des biotechnologies. Mais plutôt que d’ignorer ceux qui s’interrogent sur l’éthique et les directions prises par la science ou la technologie, j’essaie de comprendre les points de vue divergents.

L’Institut Extropienne occupe une fonction de portail et d’espace de stockage d’informations sur les technologies avancées, leurs potentiels, les défis qu’elles représentent et les dangers qu’elles peuvent dissimuler.

La philosophie extropienne est un forme spécifique de trans-humanisme, une philosophie de la vie entièrement consacrée à la poursuite et à l’accélération de l’évolution de la vie intelligente au-delà de l’humain et de ses limites actuelles. L’intégration de la technologie dans nos vies me paraît être une excellente manière d’y arriver comme nous le prouve les transplantations cardiaques et les prothèses. La philosophie extropienne encourage un usage de la science et des technologies guidé par des valeurs favorable à la vie.

On imagine difficilement l’Extropisme et le Transhumanisme venir d’ailleurs que de Californie tant cet optimisme technophile colle parfaitement au berceau géographique des stars hollywoodiennes et des start-ups de la Silicon Valley. A quoi attribuez-vous l’énergie particulière et l’avant-gardisme, parfois délirants, qui semblent animer cette région du globe ?

Les idées trans-humaines ne sont pas apparues en Californie, elles s’y sont juste développées. Ces idées avaient auparavant traversées les espaces géographiques et les barrières psychologiques. Je me penche dans mon livre Create/Recreate: The 3rd Millennial Culture sur les origines de la trans-humanité et étudie son évolution d’un schéma graphique représentant l’évolution de l’ingéniosité humaine et la manifestation de ces idées au fil des siècles. La plupart des idées reprises aujourd’hui par les trans-humains se sont développées à travers les siècles. Ceux qui les ont utilisées pour la première fois ne se définissaient pas comme trans-humains, bien qu’on puisse les considérer comme tels puisqu’ils cherchaient déjà à développer la vie de manière positive et à comprendre notre fusion avec la technologie.

Les idées trans-humaines furent présentées pour la première fois dans les années 60 à la New School of Social Research de New York par l’auteur FM-2030. J’ai moi-même débuté les arts trans-humains au début des années 80 en me basant sur le travail que j’avais auparavant réalisé durant les années 70 à Telluride dans le Colorado. Bien que mon travail ait été fortement influencé par FM-2030 au début, je suis aujourd’hui influencée par de nombreux individus, tous dotés de capacités hors du commun et capables de comprendre la complexité du futur pour nous en restituer une vision douce et agréable.

Quoiqu’il en soit, vivre en Californie et plus particulièrement à Hollywood, m’a permis de mieux comprendre le fonctionnement de notre monde. Un gigantesque terrain de jeu. L’incomparable philosophe Max More a créé l’Institut Extropienne dans les années 80 en se basant sur la philosophie trans-humaniste extropienne. Et c’est durant la fin des années 80 et le début des années 90 que les idées trans-humanistes ont commencé à se répandre grâce au travail de FM, de Max, de moi-même et de nombreux autres ici en Californie du Sud.

Quelle serait selon vous la personne la plus représentative aujourd’hui de la Trans-humanité parmi les exemples qui suivent : un top model au corps remodelé par la chirurgie esthétique qui partage sa vie entre cinq capitales et quatre continents, un astronaute en mission sur une station orbitale dont les fonctions vitales sont quotidiennement scrutées par une batterie de machines ou une star bisexuelle du cinéma pornographique, tatouée et piercée qui gère son propre site web ?

Au premier coup d’oeil, vos deux premières propositions. Mais il ne faut pas mélanger trans-humanisme et trans-humain. Le trans-humain est un stade de notre évolution à travers lequel nous passons d’un état purement biologique à un état post-biologique. Post-biologique signifiant ici laisser progressivement de côté notre héritage biologique pour fusionner avec les machines. De l’autre côté, le trans-humanisme n’est pas une étape de l’évolution mais un parti-pris philosophique.

Bon, revenons à mes choix. Je crois que je vais m’en tenir au numéro 2. Cette astronaute vit hors du champ gravitationnel de la terre et son corps travaille en synergie avec des machines qui la protégent et la maintiennent en vie. Parmi les trois, il me semble que c’est elle qui serait la plus dévouée à la cause des technologies avancées et de l’extension de notre durée de vie. La numéro 1, la jet-setter est devenue physiquement trans-humaine à la suite de ses modifications biologiques, mais elle peut aussi bien être intelligente qu’inversement bloquée dans des désirs mortalistes. La numéro 3 est celle qui présente le moins de signes extérieurs de trans-humanité mais elle s’est en même temps débarrassée des dogmes sexuelles conventionnels à travers sa bisexualité. Il reste qu’il peut toujours s’agir d’une fanatique religieuse qui ne s’intéresse pas à l’extension de la vie.

Vous apparaissez en compagnie de votre mari dans l’article The Future Gets Fun Again du numéro de janvier 2000 du magazine Wired et j’imagine que vous partagez l’enthousiasme de son auteur. Comment faîtes-vous pour rester aussi optimistes lorsqu’un grand nombre de nos contemporains, dont de nombreux intellectuels et de nombreux scientifiques, ont plutôt tendance à s’inquiéter de notre devenir sur cette terre ?

Cette interview pour Wired fut très excitante car on m’y a demandé de parler des corps trans-humains du futur, ce qui m’a permis de développer mes idées sur les post-humains. J’étais également ravie de figurer sur la page d’ouverture aux côtés de Mme Calment - connue pour avoir vécu plus longtemps qu’aucun autre être humain. Je pense qu’une des raisons pour lesquelles il ne m’est pas difficile de rester optimiste à propos du futur est que j’aime passer du temps à résoudre des problèmes et que mon radar interne est en permanence braqué sur la psychologie. Cette dernière est certainement mon passe-temps favori.

Pourquoi est-ce qu’une personne pense de telle ou telle manière, qu’est-ce qui a pu arriver dans sa vie pour qu’elle réagisse de cette façon plutôt qu’une autre. Pourquoi est-ce qu’une personne se focalise sur tel système de croyance et pas un autre ? Les humains et les trans-humains sont des créatures complexes et notre pensée est pleine de contradictions. Une personne très avancée sur un sujet peut en même temps se révéler totalement archaïque sur un autre.

Une autre des causes de mon optimisme est l’immense respect que j’ai pour les capacités cognitives des humains et des trans-humains, ainsi que pour notre aptitude à passer de la parole à l’action. Ce désir de surpasser les obstacles est profondément enfoui en nous et je parie là-dessus.

Comment sont reçues vos prises de position dans les médias ? J’imagine que votre confiance en l’avenir et votre optimisme volontariste peuvent en choquer plus d’un(e)…

Jusqu’ici tout va bien. J’ai été interviewée dans le cadre de nombreux programmes de télévision et ne me suis sentie gênée que dans un seul cas. Il s’agissait d’une émission intitulée The Other Side. Son producteur avait réussi à me faire croire qu’ils soutenaient la super-longévité alors que c’était faux. J’ai également participé au Geraldo Rivera Show, Geraldo était enthousiaste, mais je n’ai pas pu y parler des interfaces hommes-machines. La plupart des mes interviews pour des magazines papier se sont bien passées, seule une poignée de journalistes restait sceptique. J’aimerais être interviewée pour le magazine Interview et passer dans le Barbara Walter’s Show et Politically Incorrect. Ca me donnerait vraiment l’impression de me trouver au cœur de l’action.

Quel est le quotidien d’un(e) extropien(ne) ? On vous imagine vivre dans des palais californiens et côtoyer exclusivement des gens beaux et intelligents et baignant dans l’hédonisme à des années-lumière de la vie des masses laborieuses. Presque un idéal eugénique…

Je ne sais pas comment ça se passe pour les autres. En ce qui me concerne, je vis dans un environnement esthétique et apprécie la fréquentation de gens beaux. Mais je vois la beauté sous la forme d’un mot de douze lettres : intelligence. La dualité est aussi un aspect important de ma vie. Une partie de moi skie à Telluride et s’amuse dans des fêtes hollywoodiennes en compagnie d’amis célèbres, tandis que l’autre travaille dans mon studio numérique, écrit, joue avec ses chats, s’occupe de son jardin et se promène au bord de l’océan.

Mais revenons à votre question. La plupart de mes recherches sont occasionnées par les rencontres que je fais dans ma vie de tous les jours. J’ai eu l’occasion de travailler avec des gens très différents les uns des autres et ça m’a permis de rester équilibrée. Je travaillais par exemple comme cuisinière dans la marine marchande durant quelques années et je voyageais sur des bateaux marchands. J’ai également travaillé dans la construction à Vail dans le Colorado. Il y a du Gurdjieff dans cette idée de se libérer de son statut de classe et de fréquenter des gens qui n’ont pas la moindre idée du milieu dont vous êtes issu.

Je me sens très à l’aise en même temps en compagnie de certaines des personnes les plus intelligentes, les plus talentueuses et les plus belles du monde. Il est très touchant à se trouver proche de personnes aussi élégantes que Raquel Welch et Sophia Loren, de parler avec de grands esprits comme Carl Sagan et Marvin Minsky, ou d’explorer des moment de créativité avec des personnes aussi talentueuses que Volker Schloendorff ou Francis Ford Coppola.

Vous êtes l’auteur de l’Extropic Art Manifesto. Comment voyez-vous l’évolution des pratiques artistiques au XXIème siècle ? Certains ont tendance à dire que tout a déjà été fait en terme d’art. Que leur répondriez-vous ?

C’est Gary Snyder qui l’a le mieux exprimé dans un essai tiré de son livre A Place In Space. Cet essai est intitulé The Porous World :

« When asked 'What is finally over the top of all the information chains?' one might reply that it must be the artists and writers, because they are among the most ruthless and efficient information predators. They are light and mobile, and can swoop across the tops of all the disciplines to make off with what they take to be the best parts, and convert them into novels, mythologies, dense and esoteric essays, visuals or other arts, or poems. And who eats the artists and writers? The answer must be that they are ultimately recycled into the beginners, the students. That's where the artists and writers go, to be cheerfully nibbled and passed about. »

Ce paragraphe est à la fois riche et provocateur. Il me rappelle que c’est en effet ce qui me plait. Et il me rappelle aussi que c’est la raison pour laquelle je me suis intéressée à l’art – afin de développer une conscience de l’époque dans laquelle je vis et de transmettre ce qui compte pour moi à travers le mode d’expression artistique qui me correspond en retournant cette matière synthétisée à la culture de mon époque.

Ce sont les outils qui changent dans l’art et les arts. Il est toujours fatiguant de devoir expliquer aux personnes qui créent les technologies qui nous permettront d’améliorer et de rallonger nos vies, pourquoi l’art est primordial et omniprésent. Quel est l’intérêt de développer des moyens pour vivre plus longtemps si on ne s’intéresse pas à ce qu’il y a de merveilleux dans la vie ! Les humains, et les trans-humains, ont besoin de s’exprimer. L’expression est un merveilleux moyen de développer le courage, le sens des responsabilités et la compassion.

Vous pratiquez quotidiennement le body-building. Pouvez-vous nous parler du rapport entre votre travail d’artiste et cette pratique ? Je crois que vous considérez le corps humain comme un support d’expression artistique, comme une matière à modeler et à transformer au gré de ses inspirations…

Oui, je vois le corps comme un vecteur d’expression artistique. Je vois également l’esprit et le mode de vie comme vecteurs d’expression artistique. Que penseriez-vous d’un corps de style gréco-romain, plus puissant, plus souple, mieux balancé, plus performant. Que penseriez-vous d’un corps équipé d’un méta-cerveau avec une capacité de plus de 100 quadrillions de synapses et d’un large éventail de fonctions optionnelles. Et, peut-être, un châssis utilisant les nanotechnologies qui serait constamment reconfiguré sous la direction d’une intelligence artificielle en réseau.

Le corps, au fur et à mesure de nos transformations, va prendre diverses apparences avec l’utilisation de nouveaux designs et de nouveaux matériaux. On peut considérer le corps comme un nouveau terrain d’expérimentation pour la mode. Les différentes façons dont nous le modifierons refléteront nos sentiments et ce que nous sommes. En ce qui me concerne, j’aimerais profiter de différents designs différents, que j’aille dans une fête ou marcher dans la montagne. J’aimerais que mon corps s’adapte à mes besoins dans ces deux cas. J’aimerais renforcer la puissance de mes jambes pour marcher dans la montagne, posséder d’une voile épidermique protecteur qui me protégerait des dangers particuliers à cet environnement, pouvoir rafraîchir ma température interne et bénéficier d’une ouïe et d’une vision amplifiées (Un réseau de senseurs capable de récupérer des données et de les représenter graphiquement. Des relais mentaux vers des robots de reconnaissance visuelle. Une interface avec un réseau global de satellites dotés d’importantes capacités de zooms). Pour une fête, je préférerais me composer un look plus éclectique – une peau de couleur bronze avec des reflets émeraude, être assez grande pour dépasser les autres convives en taille, posséder d’un système sonore interne qui me permette de modifier la musique en fonction de mes goûts, utiliser un périphérique d’amélioration de la mémoire, posséder un système de sélection automatique des gens selon mes critères personnels afin de ne pas perdre de temps dans des conversations inappropriées. Sans oublier une ouïe parabolique qui me permette d’écouter les conversations dans toute la pièce au cas où celle dans laquelle je suis engagée commence à perdre de son intérêt.

On prend conscience, en observant la société à grande échelle, du déséquilibre qui existe entre les efforts que nous déployons pour vivre des expériences sensorielles et l’immense quantité de stimuli que nous subissons passivement. Nous savons que nos cerveaux nous protégent en faisant le tri parmi les informations qui leur sont communiquées par nos sens. Le cerveau jauge le volume d’information sensorielle que nous recevons pour nous défendre. Nous devrions d’ailleurs nous en féliciter mais il semble qu’une jouissance complète de nos sens esthétiques soit encore quelque chose d’interdit. Se pourrait-il que nos esprits soient manipulés par notre environnement social pour nous faire croire que les plaisirs des sens sont semi-érotiques – un tabou – parce que générateurs de trop de plaisir pour qu’on s’y abandonne ? Il y aurait-il quelque chose comme un interrupteur interne automatique ?

Dans le cas de la culture, les icônes historique sont généralement des personnes qui ressentent les choses plus fortement que les autres et l’expriment de manière unique. Nous sommes souvent fascinés par ceux qui voient le monde différemment. Bien qu’Oscar Wilde ait déclaré qu’il est préférable d’avoir des revenus permanents que d’être fascinant… Dans Aristoi de Walter Jon Williams, le personnage de Gabriel fait partie d’une élite sensorielle. Il a conçu un monde, Illyricum, et l’a doté d’une lumière bleue séduisante. Son environnement se devait de ne pas être seulement réel, mais mieux que ça, plus réel que la réalité. Il l’a conçu en exagérant légèrement sur ses dimensions visuelles et tactiles.

L’entraînement en profondeur de nos sens est souvent considéré comme étant utile aux seuls artistes, aux personnes douées ou talentueuses, mais pas pour tout le monde. De la même manière qu’une personne ne consacrerait pas le temps nécessaire à étudier l’astrophysique ou la programmation, on peut ne pas prendre le temps d’étudier nos sens. Un tel entraînement est conçu pour nous apprendre à reconnaître la valeur de l’esthétique en tant que part très importante de notre vie. Comme le disait Goethe, ce ne sont pas nos sens qui nous déçoivent mais notre jugement. Les danseurs dominent sur le terrain de la kinesthétique tandis que les designers sont remarquables d’un point de vue visuel. Les musiciens tirent le maximum de l’ouïe de leur auditoire comme c’est le cas de la haute couture dans le cas du toucher. Bien qu’une certaine hiérarchie soit compréhensible et nécessaire, un usage complet de nos sens nous donnerait accès à un éventail beaucoup plus riche de possibilités. De la même manière qu’un musicien manquant de sens tactile ou ne sachant pas repérer les notes serait handicapé, une personne qui n’utilise pas pleinement ses sens va passer à côté de beaucoup de choses dans sa vie.

Modeler notre esprit demande beaucoup de talent et d’habileté ! Mais nous pouvons nous transformer si nous le voulons vraiment et si nous nous décidons à agir.

En parlant du corps humain, est-ce que vous vous intéressez aux modifications corporelles et au travail de certains artistes comme Sterlac qui s’intéressent aux implants et aux extensions corporelles ? Votre approche semble toutefois plus naturaliste…

J’apprécie Stelarc et je serais intéressée de collaborer un jour avec lui puisque nous travaillons tous deux à développer et à améliorer nos corps en les associant à des machines. Nous sommes tous les deux captivés par l’amélioration et le développement de nos corps et de nos cerveaux. Peut-être que la différence entre nos pratiques artistiques réside dans mon intérêt pour la super-longévité et l’haltérophilie ?

En ce qui concerne le post-humain, personne ne sait réellement ce que nous serons ou à quoi nous ressemblerons. Introduire une pièce technologique dans le corps de quelqu’un n’engendre pas nécessairement une oeuvre d’art intéressante et futuriste. Ce qui se passe dans nos cerveaux, la manière dont notre pensée fonctionne, me semble bien plus impressionnant. La fusion de l’homme et de la machine, jusque dans ses étapes trans-humaines les plus avancées, ne nous semblera peut-être pas plus étrange que notre condition actuelle. Et le post-humain n’aura plus rien de lointain.

Se libérer de nos contraintes biologiques, l’extension de l’espérance de vie humaine et l’immortalité font partie de vos grandes préoccupations. Quelles seront selon vous les prochaines avancées ou les prochaines révolutions technologiques qui nous permettront de nous approcher de ces buts ? Pensez-vous que nous pourrions assister à des bouleversements majeurs de notre vivant dans ces domaines de recherche ?

Je pense que l’inversion du processus de vieillissement constituera le prochain grand pas. Lorsque nous comprendront la cause la cause de notre mortalité, nous pourrons enfin nous occuper des maladies. Une autre étape importante sera la réalisation de prothèses à l’échelle du corps tout entier. La nanomédecine aura également une influence majeure sur les procédures médicales.

Quels conseils donneriez-vous à une personne qui voudrait améliorer son espérance de vie ?

Protégez-vous. Continuez à apprendre et à vous améliorer. Faites du sport et appréciez la vie. Découvrez ce qui vous rend heureux et profitez-en au maximum. Restez à l’écart de ceux qui interférent avec votre bien-être, votre famille et votre gagne-pain. Restez à l’écart de ceux qui tentent de vous faire croire qu’ils sont intelligents mais ne veulent au final que vous prendre votre essence. C’est un mauvais investissement. Trouvez-vous un animal de compagnie et un compagnon, ou une compagne, de lit qui vous aime.

Je m’étais intéressé à la Cryonie en 1996 dans le cadre d’un documentaire et avais fini par conclure que les techniques actuelles ne permettent pas d’assurer qu’il sera possible de ranimer les personnes dont les corps sont conservés dans l’hydrogène liquide. Qu’en pensez-vous et quel fut votre réaction lorsque Timothy Leary, qui était un des grands défenseurs de cette pratique, a finalement décidé de ne pas se faire suspendre par la Alcor Life Foundation ?

Timothy Leary était un ami et quelqu’un que j’adorais. J’étais chez lui deux mois avant qu’il prenne cette décision. Nous avons tourné une vidéo ensemble dans laquelle nous parlions de la Cryonie et il m’a laissé entendre qu’il envisageait d’autres voies. J’étais profondément attristée par sa décision de renoncer à la suspension cryonique. Je me souviens de la cérémonie qui a suivi sa mort à l’aéroport de Santa Monica. C’était presque insupportable. Une célébration sacrée de la mort – comme si mourir était un honneur.

Je pense est que Tim était très impressionnable durant les dernières étapes de sa vie et qu’une partie des gens qui l’entouraient à ce moment-là étaient religieux. Tandis que les cryonics restaient respectueux de son intimité, d’autres faisaient de leur mieux pour l’influencer et l’éloigner de la Cryonie. Peut-être qu’il serait aujourd’hui suspendu si plus de partisans de la Cryonie étaient à cette époque restés chez lui en campant dans son salon. Je suppose qu’après tout, Tim est immortel, n’est-ce pas ? Ses idées brillantes et fascinantes continuent à exister, du moins sous une forme numérique.

Mais ne terminons pas sur cette note ! Je préfère remplir mon esprit de toutes sortes d’idées stimulantes. Je travaille en ce moment sur un nouveau projet de livre intitulé A Talent For Living: 20 World Class Thinkers Crack the Myths of Mortality. Je m’investis dans ce projet car, bien que de nombreuses personnes aient écrit sur les sciences et les technologies de l’extension de notre durée de vie, personne ne s’est interrogé sur les raisons qui motivent notre désir de vivre plus longtemps. Il existe une relation très forte à la vie qui est profondément liée à la manière dont nous considérons notre futur et à l’enthousiasme que nous portons à nos passions.

Nous devons explorer ce qui nous attire et ce que nous aimons. Nous devons prêter attention aux nuances culturelles. Le changement est notre manne. Si nous ne cherchons pas à explorer de nouvelles idées – aussi intelligents, pointus et sérieux que nous puissions être – nous sommes en train de mourir.


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Titre : NATASHA VITA-MORE « TRANSHUMAN MANIFESTO »
Auteur(s) :
Genre : Interview
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Date de mise en ligne :

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Natasha Vita-More - Une interview tirée des archives de La Spirale.

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