CHRISTIAN GATARD « LE PLAN C »


Enregistrement : 01/09/11

Après un premier entretien daté de l'automne 2009 et consacré à son ouvrage prospectif, Nos 20 prochaines années, Christian Gatard nous fait le plaisir de revenir sur La Spirale dans le cadre de notre thématique « Lumières digitales ».

Une nouvelle interview, motivée par la publication d'un court essai intitulé « Mutations, mythologies, prospectives : vers un plan C » sur le blog e-dito.com, où il est question de cygne noir, de Nassim Nicholas Taleb, de renaissance et de chaos, de mythologies, de science-fiction, de prospective, d'égrégores, de sociétés du CAC 40, d'instances dirigeantes et de sorcellerie. Comme la feuille de route d'un nouveau futur enchanté.


Propos recueillis par Laurent Courau.

Note biographique : Christian Gatard est à la tête de Gatard & Associés, un institut d'études et de recherches internationales en marketing et communication. Il partage ses activités entre la recherche psychosociologique, la marche à pied et l'écriture.



L'entrée de ton blog intitulée « Mutations, mythologies, Prospectives : vers un plan C » qui va servir de toile de fond à cette interview dans le cadre de notre thématique « Lumières digitales » débute par une constatation, celle d'une cartographie insaisissable, d'une instabilité globale où chacun s'accroche à ses convictions : le plan A. D'un monde humain pris d'une danse de Saint-Guy et qui pourrait aller droit dans le mur s'il ne change pas de paradigme. J'aimerais que tu reviennes pour les lecteurs de La Spirale sur ce qui a motivé cette constatation, d'autant plus en ta qualité de fondateur d'un cabinet d'études internationales de marchés qui opère pour des grandes marques et des sociétés du CAC 40 ?

D’abord il y a le problème de la visibilité… les gens, les dirigeants, les medias, les influenceurs aussi bien que nos voisins de paliers ne parviennent plus à lire l’ordre du monde au-delà de leurs bulles. Chacun est dans sa bulle et les parois sont opaques. Mais si elles sont opaques, elles sont aussi protectrices. C’est un constat récurrent : on parle beaucoup et partout de crises et de cataclysmes – qui sont une réalité que personne ne conteste évidemment ! mais quand j’interroge les gens dans mes enquêtes, je suis frappé de la solidité de leurs bulles, de leurs capacités à se construire des îlots quasi insubmersibles, avec une incroyable capacité à générer une énergie de survie. J’ai souvent le sentiment de visiter la planète comme un océan déchainé dans lequel des îles innombrables forment des lieux protégés qui vivent dans un éternel présent provisoirement immortel. C’est un monde à deux vitesses : la vitesse de son temps à soi et celle de sa tribu – qui ralentit le monde et lui donne un sens – , et la vitesse du temps du monde (celle de la tempête perpétuelle) qui l’accélère et donne le tournis. Le problème c’est qu’autour de ces îles, la marée monte et l’océan gronde, le climat se fâche et les pirates rôdent. Pour éclairer la métaphore de l’île, il s’agit aussi bien des ségrégations urbaines, des banlieues ou des enclaves murées (les gated communities de riches ou les favellas), des cercles politiques que des boards of directors, des assoc’ que des clans de motards. S’il doit y avoir un nouveau paradigme comme tu l’évoques, c’est celui de l’apprentissage d’une nouvelle technique de navigation pour aller d’île en île et créer un archipel de sens pour combler les fractures et les clivages. Il faut inventer une nouvelle horizontalité du monde. Accepter de découvrir d’autres horizons. On va avoir besoin de grands navigateurs, de grands découvreurs qui vont faire craquer les parois de la bulle.

Ensuite c’est un problème de vertige et de verticalité. Faute de voir à l’extérieur, faute d’avoir entamé un voyage de découverte vers d’autres bulles, on exploite à fond les possibilités de sa propre bulle. On y joue à ce que Roger Caillois appelle ilinx, les jeux de vertige. On cherche à repousser les limites de ses propres possibilités, on recherche au-dedans de soi, on essaie de trouver sa vérité « jusqu’à l’os » avec un narcissisme constant et têtu. On descend en soi, dans les caves et les souterrains jusqu’à l’affolement de ses sens. Jusqu’à oublier qu’on fait partie de l’espèce humaine et de son histoire. Cela va au-delà d’un banal égoïsme, c’est toute la logique de la découverte moderne de l’individualisme qui se joue ici avec l’impression pour beaucoup qu’on n’est pas encore allé au bout de sa logique. Il y a encore à creuser. « Creusons ! » disent-ils. Il y est beaucoup question du dépassement de soi. Why not. Je pense qu’on va bientôt se rendre compte que chacun fait partie d’un égrégore, c'est-à-dire d’un groupe humain doté d'une personnalité différente de celle des individus qui le forment. Et qu’on va avoir bientôt envie, besoin peut-être de sentir qu’on appartient à une égrégore. Mais ce n’est pas encore le cas. En ce moment la verticalité est descendante, rares sont ceux qui empruntent la voie inverse, la verticalité ascendante qui sera une forme de nouvelle spiritualité mais cela viendra.

L’instabilité du monde tient peut-être aujourd’hui à cette tension entre une horizontalité (un voyage) qui reste à entamer et une verticalité (une descente) qui va devoir s’inverser.

Le dernier point qui me semble significatif est celui de l’imprévisible. A court terme et le nez dans le guidon ce qui apparait de plus en plus flagrant c’est l’imprévisibilité du monde. C’est le nouveau truc à la mode. La métaphore du cygne noir de l'écrivain mathématicien philosophe et financier Nassim Nicholas Taleb a fait le tour du monde. L’incertain et l’aléatoire font partie des nouvelles règles du jeu… en tout cas pour une certaine catégorie d’intellectuels dont il me semble que je fais partie… mais ce n’est sûrement pas rassurant pour la majorité des gens…

Effectivement, il semble désormais évident que la culture populaire de ce début de XXIe siècle est imprégnée de visions anxiogènes, voire apocalyptiques. Est-ce que l'on retrouve ces mêmes craintes parmi les instances dirigeantes des grands groupes internationaux ? Pour le formuler autrement, dirais-tu (d'après ton expérience de ces cénacles) que les « élites » partagent des peurs similaires à celles que l'on discerne parmi les « masses » laborieuses, pour utiliser une terminologie qui revient au goût du jour ?

Les peurs ne sont pas similaires. La peur des élites n’est pas celle des masses. Je soupçonne parfois la peur des élites d’être celle de l’apprenti sorcier fasciné par son pouvoir, accroché à sa puissance qu’il devine être éphémère et celles des masses d’être celle du condamné, atterré par sa vulnérabilité. Mais ce n’est qu’un cliché. Il y a partout un principe de réalité, un instinct de survie, très forts, qui fait qu’on n’a pas peur tout le temps. Tant mieux. Quoiqu’il en soit, les élites craignent souvent de perdre leur job et les masses, le mainstream, se tiennent en embuscade pour profiter des biens de consommation. Les gens qui sortent de la misère dans les pays émergeants, qui viennent, par exemple, de s’acheter une voiture d’occasion, rêvent d’une Mercedes. Les peurs sont partagées. Les élites ont peur de l’avenir. C’est peut-être l’effet d’une certaine lucidité. Les masses l’attendent avec une crainte gourmande, c’est peut-être l’effet d’une certaine impatience.

Ce que tu nommes ensuite le plan B repose essentiellement sur le mythique et le prospectif. Afin de bien comprendre ton propos, quel serait l'apport du « mythique », que tu situes dans notre mémoire collective, face au contexte actuel ? S'agirait-il de retrouver le sens d'une destinée commune pour contrer l'exacerbation de l'individualisme et les replis égotiques symptomatiques de notre époque ?

Mon exploration du mythique, c’est exactement ça, oui ! Je n’en fais pas pour autant une croisade moralisatrice en tout cas pas au sens de faire la morale. Si par contre cela s’avère bon pour le moral, ca serait pas mal. Pourquoi la mythologie ? Quelle mythologie ? Et qu’avons-nous à y voir, en quoi cela nous concerne-t-il ? What’s in it for me ? Where is the beef ? À quoi servent les mythes s’ils ne performent pas sur vous ? Si on n’a rien à y gagner ? Il me semble que la relecture des mythes peut être un instrument de navigation dans des temps difficiles comme dit Frazer qui en a compilé des volumes entiers. Certains sont de passages, rencontrés tels des compagnons de voyages, les uns nous accompagnant un moment sur le chemin, d’autres sont placés aux avant-postes, d’autres enfin vont être laissés moribonds dans le fossé. Non pas qu’il y ait mille manière de les dire mais ces mots - mythe, mythologie - sont employés de nos jours comme des mantras, avec une sorte de fascination gourmande. Ce qui n’est certes pas une critique, juste le constat que le plaisir qu’on en tire a sans doute ses raisons. On fait peut-être l’amour pour assurer la survie de l’espèce mais aussi parce que c’est agréable. Il y a comme une jouissance mythologique contemporaine. Les mythes ne sont pas des denrées périssables. Ils sont entreposés dans les soutes de notre imaginaire et assurent la survie de l’espèce. Ils nous font partager quelque chose qui nous appartient et qui est aussi universel. Ils ont été et sont encore formulés au fur et à mesure de l’histoire de l’espèce. Ils racontent des évènements et mettent en scène des protagonistes dont on peut se rendre compte que c’est de nous qu’il s’agit. Des mythes récents ( Don Quichotte, Faust, Don Juan, les Cow-Boys et les Indiens, Sherlock Holmes…) montrent bien qu’ils sont une matière vivante.

Enchaînons avec le « prospectif » et les « représentations que l'on se fait de l'avenir ». Nous venons justement d'aborder le sujet au travers d'une interview de Sylvie Denis, une des meilleures écrivains et spécialistes de la science-fiction en France, à paraître dans cette même thématique « Lumières digitales ». Quels pourraient être les détonateurs d'une relance prospective, à l'heure où la littérature de science-fiction et d'anticipation semble elle-même en crise face à une accélération de la réalité ?

La SF est une forme de littérature irriguée par un passé-présent-futur en mutation permanente. C’est le chant de l’espèce à la recherche d’un récit démiurgique. « Le registre de la science-fiction est peut être une manière de signaler et de saisir des enjeux philosophiques ou politiques nouveaux ou négligés, les possibilités de croisement peuvent être multiples » écrit Yannick Rumpala dans son blog. Je suis convaincu du pouvoir de la science-fiction. Je crois qu’elle ne se vend pas beaucoup en ce moment en librairie mais cela reviendra. Elle triomphe au cinéma. C’est un formidable territoire de réflexion.

Au-delà ou en deçà de la SF, - pour répondre à ta question sur la relance prospective - il y a le champ de la co-création avec une participation effective des gens… qui bien souvent sont enthousiastes quand on leur demande leurs avis… avisés. J’ai accompagné récemment une série d’expériences menées sur le Net : on lance un thème – par exemple la voiture du futur, l’avenir du maquillage ou la place de la femme dans l’art… des gens du monde entier font des propositions, élaborent des scénarios, délirent sur leurs propres fantasmes. C’est une sorte de concours ouvert avec à la clef une somme d’argent conséquente. Les projets sont déposés sur un site. Une analyse très fine est menée par des sémiologues et des sociologues pour déterminer les lignes de forces, les tendances. Dans ce corpus souvent considérable, il y a des trouvailles formidables. On peut ainsi lire « à site ouvert » des grands courants d’énergies et de désirs, de Lettonie au Brésil, de Taïwan à Mont de Marsan. Qui sont ces « gens » ? Aussi bien des créatifs culturels qui se prennent au jeu, des pubeux, des internautes sous pseudo…

Je retiendrai volontiers le mot que tu utilises : des accélérateurs de la réalité.

On peut accélérer la réalité en cherchant à en comprendre les mouvements. C’est ce que Edith Heurgon nomme la prospective du présent. Là il s’agit de lier les émergences, de saisir les flux. Et on peut accélérer la réalité en plongeant dedans et en la titillant : c’est ce que tu fais avec La Spirale. Là il s’agit – me semble-t-il – de mettre en œuvre ce que je nomme l’allégeance rebelle, c'est-à-dire le fait de vouloir changer les choses de l’intérieur, de descendre dans la salle des machines et de s’y coller. Rien à voir avec l’artiste maudit du XIXème siècle. Bien au contraire : à terme c’est l’artiste qui va prendre la barre. Un artiste mécanicien cosmique intégrant toutes les tensions du monde, réinventant le monde de l’intérieur.

Je m’étais formulé pour mon propre usage le mot sémiurgie. J’y associai l’idée de signes, bien sûr, de forge aussi et d’opération au sens de production de quelque chose de dur et durable – l’évocation toute proche de sidérurgie me paraissait assez bien convenir. Cela avait un petit côté désuet mais puissant. Tremper les signes dans l’acier, les mouler dans la fonte, ça avait du panache. Par acquis de conscience j’ai vérifié sur le net. Quelqu’un quelque part aurait-il déjà forgé ce néologisme ? C’est ainsi que je fis ainsi la connaissance de René Berger qui écrit dans L’origine du futur en 1996 : Le propre du Web, l'hypertexte, est de permettre d'établir un lien d'un bout à l'autre de la planète, du fond de la mémoire la plus lointaine aux nouvelles les plus récentes du jour, avec quiconque, immédiatement, partout . Voici donc que la connexion vécue en temps réel instaure un imaginaire qui, au lieu de s'en remettre en priorité aux références , comme nous le faisions jusqu'ici, se forme au fur et à mesure que le lien s'exprime, la liaison active devenant , sinon plus importante, du moins à la limite plus significative que le contenu de l'association lui-même. C’est une autre forme de l’accélération dont on parle : accepter qu’on n’invente pas grand-chose, on recycle un imaginaire dans lequel on baigne… et ensuite on le chevauche.

Passons maintenant au plan C, que tu caractérises par une connaissance du monde et de ses sortilèges. Pour commencer, qu'entends-tu par le terme « sortilège », que Wikipedia nous définit comme l'« artifice d'un sorcier ou d'un magicien » ? Est-ce que ça participerait d'une volonté de ré-enchanter le monde, comme il en est fréquemment question dans La Spirale ?

Tu as bien raison de convoquer ici les sorciers et les magiciens. Dans le Plan C – qui est une façon de sortir des visions politiquement correctes en introduisant l’idée que c’est en soi, en soi-même – dans un rapport d’échanges fertiles avec le monde réel et l’imaginaire – que l’on trouvera les solutions, dans le Plan C, donc, il y a les shamans et leurs pouvoirs. Il faut partir à la rencontre de ces shamans dont le premier avec qui on doit converser est celui qui est en soi. Sans narcissisme, nombrilisme et vanité. Ce qui me plait dans cette idée, au fond profondément classique, de partir de l’individu, c’est qu’elle est aussi relativement intemporelle. L’homme y est à la fois le centre et la circonférence, à la fois dedans et dehors, unique et multiple, force centrifuge (à la recherche des ressources du macrocosme) et force centripète (à la recherche des ressources du microcosme). Suivez mon regard : on n’est pas loin de l’ésotérisme et de l’alchimie, en pleine partie fine avec la science-fiction et la théorie des cordes. Autrement dit avec des concepts en rupture, pas forcément bien compris (pas plus par moi) mais qui portent en eux la fièvre de ce ré-enchantement que tu dis.

Il y a en chacun de nous Renaissance et Chaos qui vont devoir vivre ensemble dans un monde dialogique, c'est-à-dire dans un monde qui accepte une nouvelle logique. Non pas la logique de l’un OU l’autre mais celle de l’un ET l’autre. Il y a là des idées qui me semblent au cœur de ce qu’énonce La Spirale - le concept chtonien de la mort fertile. Ce concept s’incarne puissamment dans la Demeure du Chaos. Chtonien – ça veut dire la terre, le sol : c’est par référence au monde souterrain, aux enfers – les divinités chtoniennes nous parlent des cycles de la nature, de la vie et de la survie après la mort… quelque chose donc comme une mort fertile : survive the apocalypse et relancer la mutation, c’est bien au cœur de La Spirale non ?

Outre trois citations particulièrement pertinentes de Pascal, Rimbaud et Richard Dawkins, tu conclues dans l'addendum intitulé « Protocole du Plan C » sur l'idée de « façonniers du futur ». Ces personnes qui « cherchent un moyen de s’inventer un futur supportable à partir d’un passé passable et d’un présent délicat, qui cherchent une façon de reconnaitre leur propre rythme mythique et un vrai mythe collectif explicatif du monde ». Où et comment repères-tu ces « façonniers du futur » ? Qui sont-ils ?

J’ai parlé d’égrégores tout à l’heure. On pourra préférer le terme de travail en équipes ou de groupes de collaborateurs ou encore de clubs de copains. Ce serait en réduire la dimension essentielle, la dimension mythologique – qui ne se prétend pas telle, bien entendu. Je n’ai guère rencontré de mythographes autoproclamés mais des gens convaincus que le moi est haïssable et que je est un autre, oui. Beaucoup. Des gens qui n’étaient pas empêtrés dans un narcissisme stérile et qui pressentaient parfois que dans le travail, la mission, l’énergie qu’ils consacraient à telle ou telle tâche, il y avait un au-delà d’eux-mêmes dont il fallait s’accommoder. Ce qu’ils faisaient avec grâce. J’ai rencontré de grands allumés, doux dingues J’ai également rencontré des hommes inventifs, réactifs et efficaces. Les uns comme les autres préparent l’avenir en réécrivant à leur tour des scénarios mythologiques. Ils n’en ont pas nécessairement conscience et si on leur dit s’en amusent volontiers.

Je les rencontre aussi bien dans le Colorado dans tel séminaire dédié à l’innovation, qu’à Oxford dans un atelier de prospective, qu’à l’Île de la Réunion pour parler de l’avenir de l’Océan Indien, qu’à Paris, Lyon ou Marseille. Il suffit d’entrer en conversation. Mes recherches sur Internet ont bien souvent débouché sur des rencontres dans la vie réelle. N’est pas ainsi que nous nous sommes rencontrés ?

En conclusion, j'aimerais que tu nous donnes un avant-goût de ton prochain ouvrage à paraître aux Éditions l'Archipel. D'autant que je ne pense pas trop me tromper en prédisant qu'il rejoindra les thèmes développés au cours de cet entretien... (sourire)

De nature curieuse, je cherche à comprendre – de manière buissonnière et non académique – vers où vont les gens, vers où va le monde, vers où je vais. De tempérament plutôt actif j’ai du mal à rester au bord de la route à regarder sans bouger. J’ai donc poursuivi l’enquête entamée en 2009 avec Nos 20 prochaines années. Sans davantage prétendre à quelque objectivité dans le récit de cette fiction qu’est le futur. Je me suis simplement posé la question : y a-t-il pertinence à explorer ce que les mythes ont à dire sur le futur et à narrer cette exploration ? Ou pour le dire autrement à mêler récit et enquête ? Ou encore : être spectateur et acteur.

Michel Godet – qui fait référence en matière de prospective – parle d’indiscipline intellectuelle. Cette logique me parait acceptable. Il suffit de la pousser un peu plus loin et se proposer une règle du jeu : le futur, ce sont des ondes de choc émises ici et là, hier et aujourd’hui, peut-être demain (si on pense que le futur influence le présent et je pense que, oui, le futur qu’on imagine influence le présent qu’on vit et c’est l’objet même de ce livre). Ces ondes nous rebondissent dessus. On peut peut-être en ressentir les effets, ou les deviner. La meilleure façon d’en parler c’est de descendre sur l’aire de jeu et de plonger dans la mêlée. Mes notes de voyages sont pleines des histoires qu’on m’a racontées : il y a là-dedans des légendes qui se murmurent, des fantasmes qui se divulguent. Une grosse masse d’imaginaires flottent sur nos têtes : altocumulus gravitant autour de nous, nous surplombant avec bienveillance ou nous menaçant de biais et indiquant souvent des changements de temps sociétaux. Il m’a semblé qu’ils étaient autant faits de mythes (gouttelettes du passé) que de visions (cristaux de glace du futur). Les uns comme les autres s’emparent de notre bel et terrible aujourd’hui projetant sur l’écran de l’horizon immédiat un paysage sang et or. Cette image est un peu baroco-romantique mais elle témoigne d’un jeu de représentations du passé et du futur qui se narguent ou s’épousent selon leurs humeurs… mon nouveau bouquin sera plein d’humeurs mais sans la mélancolie hippocratique … pas trop de bile noire… (sourire)


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Titre : CHRISTIAN GATARD « LE PLAN C »
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Genre : Interview
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Après un premier entretien daté de l'automne 2009 et consacré à son ouvrage prospectif, Nos 20 prochaines années, Christian Gatard nous fait le plaisir de revenir sur La Spirale dans le cadre de notre thématique « Lumières digitales ». Une nouvelle interview, motivée par la publication d'un court essai intitulé « Mutations, mythologies, prospectives : vers un plan C » sur le blog e-dito.com, où il est question de cygne noir, de Nassim Nicholas Taleb, de renaissance et de chaos, de mythologies, de science-fiction, de prospective, d'égrégores, de sociétés du CAC 40, d'instances dirigeantes et de sorcellerie.

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