CYBERBUSS, CYBER-FREAKS & NOMADES


Enregistrement : Archives de La Spirale (1996-2005)

Des faubourgs de San Francisco aux villages du Burning Man festival, en passant par la Vallée de la Mort et les profondeurs du cyberespace…

Rencontre avec CyberSam, l'un des pères fondateurs du CyberBuss, une tribu de fhREaKs californiens qui se promène sur la côte ouest des Etats-Unis, connectée aux réseaux informatiques, en organisant fêtes et happenings improvisés en chemin.

Travellers anglais, zippies et techno-nomades californiens, réseaux informatiques et télétravail : une recette magique pour l'émergence d’un nouveau nomadisme ?


Propos recueillis par Laurent Courau.



Pouvez-vous nous raconter l’histoire du CyberBuss ?

Le Cyberbuss est né dans un moment de magie. Nous étions cinq amis très proches, tous pleins d’énergie, et nous recherchions de nouvelles directions pour nos vies. Je sentais pour ma part que nous avions besoin d’un nouveau projet constructif, d’une mission. Nous étions une vraie bande de globetrotters, nous profitions tous pleinement de la vie et notre seul problème était d’être bloqués par des emplois qui nous laissaient peu de temps pour voyager.

Il nous fallait un bus pour partir. Un Cyber Buss. A cette époque, en 1996, l’Internet était encore frais et excitant. Tout semblait y être possible. Je travaillais comme web designer et j’étais déjà à la recherche de projets à but non lucratif dans lesquels m’investir. Un des membres de notre groupe travaillait dans les systèmes de téléphonie par satellite, c’est lui m’a ouvert les yeux sur la possibilité de se connecter à Internet depuis n’importe quel point de la planète.

Tous les ingrédients nécessaires étaient réunis. Si vous pouviez travailler de chez vous, pourquoi ne pas le faire depuis le Grand Canyon du Colorado. Notre but était de créer une unité mobile capable de transporter un environnement de travail jusqu’où nous aurions envie d’aller – de manière à emmener notre emploi avec nous dans nos voyages, plutôt que travailler par à coups et à chaque fois revenir complètement fauchés de voyage pour se refaire une santé financière avant de repartir. Bref, l’idée a fait son chemin…

Une personne s’est proposée pour repeindre le bus, une autre pour prendre des photos et conserver ainsi des traces de nos expériences, une autre pour cuisiner, etc. Nous avions cette vision d’une compagnie mobile de guerriers de la route et du code informatique. Un mois plus tard, nous avions acheté un ancien bus scolaire, l’avons repeint en argenté et rien n’a plus jamais été pareil.

Pouvez-vous nous présenter les membres de votre tribu ?

Nous sommes bien trop nombreux pour que je puisse citer tout le monde. En voici quelques-uns. J’ai fait de mon mieux pour constituer une liste qui réunisse des personnes d’un peu tous les horizons :

***Les pères fondateurs du CYBERBUSS :

Qui est jim merry (jim@merryhaus.net), l'homme mystère...

Anton da nomad (anomad24@hotmail.com)
Guide à vélo en France durant l'été.
Notre photographe préféré.

Yanick the volume king (volume.king@cyberbuss.com) -
Il est pour deux ans en France, à Antibes.
Notre cerveau.

***Les personnages importants de la région de San Francisco :

Sgt. Sauce
csgoerz@hotmail.com
Notre chargé des relations publiques - en première ligne.
Celui qui peut encore communiquer avec les enquêteurs.

Roby Wan
robywangrip@yahoo.com
Sculpteur de déchets, sampleur electronica, batteur et performer.

Sir Loin
hobomike@cyberbuss.com
Décideur, MC - générateur d'énergie.

Joanne (Australian)
joannekeune@hotmail.com
Coordinateur, la voix de la raison.

Digital Dan
digital.dan@cyberbuss.com
Mentor numérique, musicien et spécialiste de la vidéo.

***Les fhREaKs Virtuels:

Kwas (New Jersey)
kwas77@idt.net
Voyageur virtuel - avec nous par l'esprit.

Gametone (new York)
gametone@yahoo.com
Un autre collaborateur transcontinental.

Spackle (northern California - nous ne l'avons jamais rencontré.
resonantchaos@thegrid.net

yoshi (japan)
kaneda@m9.people.or.jp
Journaliste japonais.

D'où vous est venue cette envie de partir sur la route ?

De l’angoisse de vivre entre quatre murs durant la majeure partie de l’année. De la tristesse de savoir qu’il y a tellement d’endroits géniaux à explorer et de ne pas avoir le temps ou l’argent pour y aller.

Qu'est-ce qui fait la spécificité de la tribu du Cyberbuss par rapport aux autres bandes de freaks qui parcourent le monde en faisant la fête ?

Pour commencer, nous ne cherchons pas à gagner d’argent. Nous en perdrions plutôt – dommage que le Fisc américain n’ait pour seules catégories que celles des organisations à but lucratif et non-lucratif. Nous ne sommes pas non plus des artistes professionnels capables de proposer des représentations chorégraphiées ou préparées à l’avance. Tout ce que nous faisons est spontané et un peu expérimental. Nous créons une atmosphère, réunissons les ingrédients nécessaires et faisons prendre la sauce. Des trucs se passent, les gens déjantent.

Nous constituons une petite unité mobile indépendante. Nous n’avons pas besoin d’assister à des spectacles ou de participer à des festivals pour nous divertir comme à l’époque révolue de la musique rock.

Nous préférons créer notre propre réalité à chaque fois que l’occasion se présente et faire notre propre truc. Qu’il s’agisse d’enregistrer de la musique, de construire d’immenses sculptures composées de déchets, d’infiltrer des fêtes, d’organiser des bals costumés, de diffuser du contenu audiovisuel en direct sur le web ou de monter un stand de limonade.

Comment vivent les membres de votre tribu ?

Un grand nombre d’entre nous possèdent des emplois normaux, comme tout le monde – la plupart dans le domaine des nouvelles technologies. Nous faisons ça pour le plaisir. C’est un échappatoire au monde ultra commercialisé dans lequel nous vivons. Les gens s'en étonnent et nous demandent tout le temps si nous avons quelque chose à vendre ou si nous sommes payés pour faire ça.

Certains, c’est mon cas, font plein de petits boulots. Il peut s’agir de missions en rapport le web ou de décharger des camions. Je préfère largement naviguer de projets en projets et rester maître de mon emploi du temps. Nous avons ainsi parmi nous une fille qui écrit des horoscopes pour un site web. Elle se met à l’écart une ou deux heures par jour pour préparer et écrire son horoscope avant de se connecter du bus pour l’envoyer au site.

Nous voulons pas devenir riches ou célèbres, nous voulons juste nous amuser. Nous amuser plus que tout ce que nous aurions pu imaginer. Nous vivons autant que possible sur les restes de la société. Nous adorons nous servir des déchets pour nos créations. C’est particulièrement le cas pour le CyBeRbUsS cOSTuMe BaLL.

Le temps compte plus pour nous que l’argent. Nous travaillons moins et nous avons plus de temps libre. Nous vivons très simplement. Nos voitures sont de vraies épaves, nos vêtements sont fatigués, nous buvons des alcools de mauvaises qualité et nous nous nourrissons en grande partie de pizzas et de burritos.

Est-il vrai que certains d'entre vous travaillent depuis le bus et vivent en permanence sur la route ?

Oui, certains d’entre nous travaillent par périodes depuis le bus, mais ceux qui vivent en permanence sur la route sont plutôt rares. Je passe entre deux et trois mois par an dans le bus. Ca me suffit.

Avez-vous l’impression que le télétravail rentre dans les moeurs en Amérique du Nord ?

Oui. Ca me semble logique. Particulièrement dans le coin puisque de nombreux emplois nécessitent l’utilisation d’ordinateurs et de lignes téléphoniques.

Pensez-vous que cette pratique va se généraliser dans le futur ?

Oui, c’est inévitable. Ca rentre clairement dans les mœurs. Quand les gens relèvent mon numéro de téléphone professionnel sur mon site web et m’appellent, ils ne font que contacter une société. Comment pourraient-ils savoir que je me trouve à ce moment-là dans un garage ou dans un ancien bus d’école ?

Parlez-nous des ordinateurs embarqués et du matériel de télécommunication du Cyberbuss. Quel type de connexion utilisez-vous ?

Nous essayons de rester aussi simple que possible. Nous empruntons et partageons tout le temps notre équipement :

- Un ou deux portables.
- Un téléphone cellulaire ou un modem sans fil (dans les zones urbaines).
- Une ligne de téléphone.
- Deux caméras digitales.
- Parfois une webcam.

Jusque là, ça reste plutôt simple. La partie la plus sophistiquée se situe au niveau de notre chargeur de batterie. Les batteries se rechargent sur l’alternateur, les panneaux solaires ou, si nécessaire, sur une source d’électricité traditionnelle.


Nous avons également à bord :

- un émetteur radio pour diffuser notre propre station de radio.
- un système GPS.
- Une CB.
- Un sound-system pour la musique électronique ou des groupes au grand complet.
- Un rasoir électrique pour nos expériences de sculptures capillaires.
- Une batterie de cuisine complète.

Est-ce financièrement et techniquement accessible à tout le monde ?

Pour ce qui est des moyens financiers, lorsque vous possédez un ordinateur portable et une source d’électricité renouvelable, le reste est gratuit à l’exception du temps de connexion (environ un dollar par minute pour une connexion à faible débit) et des services sur Internet. Si vous avez de l’espace sur un serveur et une connexion, rien de vos empêche de prendre autant de photographies que vous le voulez et de les mettre en ligne. On peut bien sur éviter de dépenser trop d’argent en temps de connexion par satellite (juste de quoi consulter vos emails et mettre à jour les sites). Tout ça ne coûte quasiment rien.

Nous ne possédons pas de téléphone par satellite mais un de nos amis en vend et nous en prête un en démonstration depuis quatre ans (sinon vous pouvez toujours en louer un). Mais c’est bien tout ce dont vous aurez besoin lorsque vous vous trouverez à des kilomètres de la première ligne téléphonique. Et c’est souvent moins cher que la location d’un bureau ou d’un local commercial. L’essence reste notre première dépense.

Jusqu'où vous emmènent vos pérégrinations ? Etes-vous déjà sortis du continent nord-américain avec le Cyberbuss ?

Nous sommes montés et descendus le long de la côte ouest de l’Oregon jusqu’à la pointe du Baja Mexico. Il y a tellement de choses à voir sur cette côte. Nous prévoyons pour l’année prochaine une grande tournée dans le Nord-Ouest, dans la région de Seattle, à l’occasion de l'Art Car Fest. Nous irons jusqu’au Canada et dans le Montana.

Nous traverserons un jour les Etats-Unis mais il y a tellement d’endroits à explorer par ici. La côte ouest est vraiment un bon endroit pour se balader.

Etes-vous en contact avec d'autres tribus de nomades technoïdes - que ce soit en Amérique ou dans le reste du monde ? Je pense notamment aux Mutoïd Waste Company dont j'ai d'ailleurs perdu la trace depuis un moment (à ce propos, tous les lecteurs de La Spirale qui auraient des informations sur eux sont chaleureusement invités à me contacter).

J’ai récemment découvert la Mutoïd Waste Company, mais nous ne sommes pas en contact avec eux. Ils ont cependant l’air très intéressants. Sinon nous avons de nombreux amis originaires des quatre coins du monde qui sont venus voyager avec nous dans le bus.

Nous sommes aussi en contact avec des centaines d’amis virtuels à travers le monde. Ils nous découvrent généralement sur le réseau, à travers notre site web. Nous avons même fait virtuellement la fête avec bon nombre d’entre eux à l’occasion des Wrybread Honey Pot Web Cast Sessions (vous pouvez consulter les archives de ces événements à l’adresse http://www.wrybread.com/cam). Nous diffusons tous les jeudis une émission en direct durant laquelle vous pouvez nous entendre en streaming Mp3, nous voir grâce à notre webcam et discuter avec nous par claviers interposés. Certains de nos auditeurs ont aussi leurs propres webcams, ce qui nous permet de les voir et de communiquer avec eux. Ils nous regardent en train de délirer et nous les regardons faire pareil. C’est un peu comme si nous faisions la fête dans le CYBERESPACE.

J'ai vu sur votre site que vous participez à chaque édition du Burning Man Festival. Quels sont les autres grands rendez-vous de freaks à ne pas rater dans le monde ? Où pourra-t-on vous rencontrer dans les mois à venir ?

Nos grands rassemblements annuels sont le Burning Man Festival, le CyberBuss Costume Ball et les Art Car Fests.

Mais nous avons aussi participé à de très nombreuses parades, à de nombreux festivals ainsi qu’à beaucoup d’événements artistiques dans la région de San Francisco.

Le reste du temps nous partons explorer de nouveaux endroits désertiques. Nous campons dans le désert, nous partons à la recherche de sources d’eau chaude, de lacs, de rivières. Nous nous promenons dans la montagne ou sur la côte. Un grand nombre d’entre nous restent d’éternels campeurs.

Nous avons aussi participés au carnaval de Bahia au Brésil et, vous ne me croirez peut-être pas, mais le carnaval de Luzerne en Suisse nous a beaucoup impressionnés.

Comment fait-on pour rejoindre votre tribu ?

Il n’existe pas de carte de membre. Nous ne sommes qu’une bande de fhREaKs. Les gens que ça intéresse finissent toujours par découvrir notre existence et par monter dans le bus. La meilleure manière de se tenir au courant reste toutefois de s’abonner à notre mailing-list. Nous l’utilisons pour faire circuler l’information et envoyer de temps à autres quelques trucs bizarres.

Racontez-nous votre plus belle expérience sur la route...

Mon dieu. Il y en a tellement. Mais si je ne devais en citer qu’une, je dois reconnaître qu’il n’y a jamais rien eu de comparable à notre premier voyage en 1997 dans la Vallée de la Mort. La première expérience reste toujours la plus riche – ce fut également vrai dans le cas du Burning Man Festival.

Nous étions quatorze, répartis sur deux bus différents. Nous avons vraiment eu l’impression de quitter la civilisation à bord de deux vaisseaux spatiaux. Nous avions tous des looks cyber et nous communiquions d'un bus à l’autre avec une CB. Nous avons même reçu une demande en mariage à travers la CB. Nous nous attaquions mutuellement à grands coups de fruits et de pistolets à eau. Nous avions tout organisé de façon à ce qu’un bus s’occupe de préparer les déjeuners et les dîners pendant que l’autre se chargeait du ravitaillement.

Nous avons passé la nuit de Thanksgiving à festoyer sous le ciel du désert avec des lunettes de ski, à la lumière d’un feu de camp et au son des tambours. Nous escaladions les dunes de sable et construisions des planches de surf des sables avec des panneaux de bois. Tout était parfait. Nous étions pour la première fois de notre vie entièrement indépendants, hors des limites de la société. Et tout ça vraiment au milieu de nulle part.

Sur le chemin du retour, quelqu’un a lancé en plaisantant que nous devrions aller au Mexique plutôt que de rentrer à la maison. Nous avons décidé de mettre cette décision au vote. Si cette volonté était unanime, nous irions. Nous avons eu treize oui et un seul non. Nous avons bien failli ne jamais refaire surface dans le monde réel. Nous avons été deux fois dans la Vallée de la Mort et à la pointe du Baja Mexico, mais nous n’avons jamais connu d’expérience aussi parfaite. Détail amusant, je n’ai retrouvé mon appareil photo que j'avais perdu qu’à notre retour et nous n’avons donc quasiment pas gardé de traces de ce voyage. Ca restera un peu comme un rêve.


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Titre : CYBERBUSS, CYBER-FREAKS & NOMADES
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Genre : Interview
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Cyberbuss & Cyberfreaks - Une interview tirée des archives de La Spirale.

A propos de La Spirale : Née au début des années 90 de la découverte de la vague techno-industrielle et du mouvement cyberpunk, une mouvance qui associait déjà les technologies de pointe aux contre-cultures les plus déjantées, cette lettre d'information tirée à 3000 exemplaires, était distribuée gratuitement à travers un réseau de lieux alternatifs francophones. Sa transposition sur le Web s'est faite en 1995 et le site n'a depuis lors cessé de se développer pour réunir plusieurs centaines de pages d'articles, d'interviews et d'expositions consacrées à tout ce qui sévit du côté obscur de la culture populaire contemporaine: guérilla médiatique, art numérique, piratage informatique, cinéma indépendant, littérature fantastique et de science-fiction, photographie fétichiste, musiques électroniques, modifications corporelles et autres conspirations extra-terrestres.

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