XAVIER VERNET - LES DYSTOPIALES


Enregistrement : 08/02/2012

À l'occasion de la seconde édition des Dystopiales qui se tiendra le vendredi 10 février et le samedi 11 février 2012 entre les librairies Charybde et Scylla (Paris, XII), une interview de Xavier Vernet - libraire et éditeur indépendant.

Où il est question de littératures transgenres, du présent et de l'avenir de la librairie et de l'édition indépendantes, de Jean-Marc Agrati et de son Apocalypse des homards, ainsi que du programme de cet événement consacré aux littératures de l'imaginaire.

DYSTOPIALES - SECONDE ÉDITION


Avec Stéphane Perger, Aurélien Police, Jean-Marc Agrati, Paolo Bacigalupi, Mélanie Fazi, Léo Henry, Jérôme Noirez, Marc Petit, Anne-Sylvie Salzman, Lisa Tuttle.

Après la première en novembre, une seconde édition des Dystopiales le vendredi 10 et le samedi 11 février, avec des rencontres de choix en perspective.

Vendredi 10 à partir de 17 heures : Paolo Bacigalupi, Lisa Tuttle, Mélanie Fazi, Léo HENRY, Stéphane Perger et Anne-Sylvie Salzman vous accueilleront chez Charybde, tandis que Jean-Marc Agrati et des invités spéciaux vous attendront chez Scylla.

Samedi 11 à partir de 15 heures : Marc Petit, Lisa Tuttle, Mélanie Fazi, Léo Henry, Jean-Marc Agrati et Stéphane Perger seront chez Charybde, tandis que Jérôme Noirez et Aurélien Police reprendront le flambeau chez Scylla.

Librairie Charybde
129 rue de Charenton
75012 Paris
09.54.33.05.71
M° Gare de Lyon

Librairie Scylla
8, rue Riesener
75012 Paris
06.24.64.22.08
M° Montgallet

Propos recueillis par Laurent Courau.



Crédits photographiques : Sf.mecreant.org

La seconde édition des Dystopiales se tiendra donc les vendredi 10 et samedi 11 février 2012. Un événement littéraire dont le noyau agissant est constitué des deux librairies Charybde et Scylla, ainsi que des éditions Dystopia / Dystopia Workshop. Commençons peut-être par présenter ces trois structures et les liens qui les unissent ? En rappelant aux lecteurs de La Spirale que la librairie Charybde nous avait accueilli au mois de novembre autour d'une sélection d'ouvrages mutants...

Dystopia : Au commencement, il y eut Scylla, une librairie spécialisée dans les littératures de genre que sont la science-fiction, la fantasy et le fantastique (en neuf et occasion). Animée par Xavier Vernet depuis février 2004, cette librairie parisienne deviendra rapidement un lieu de rencontres, d’échanges et de défense de cette littérature.

C’est à Scylla que se sont donc rencontrés Xavier Vernet, Clément Bourgoin qui lancera la librairie virtuelle Ys en juin 2008 (www.librys.fr) partenaire et alter ego de Scylla sur la toile et Tallis, membre du Cafard Cosmique qui deviendra quant à lui un des quatre associés de la librairie Charybde.

Lancée en 2009, Dystopia est une association à but non lucratif qui avait pour fonction première de créer ou du moins de faciliter la création d’événements en librairies autour d’auteurs qui n’ont soit plus d’actualité soit des ventes trop faibles pour que leur éditeur puisse prendre en charge un déplacement en France. L’organisation de ces rencontres étant bien souvent le seul moyen de promotion à notre portée. En lançant des appels aux dons, en établissant la communication entre les librairies et avec l’aide des éditeurs concernés bien entendu, il devrait être possible de faire venir des auteurs de n’importe quel endroit du monde pour tourner en France…

Comme vous venez de le rappeler, l'aventure a démarré avec la librairie Scylla qui s'est spécialisée dans la science-fiction. Qu'est-ce qui a motivé l'ouverture de Charybde, une seconde librairie plus largement ouverte à la littérature de fiction sous toutes ses formes et dans tous ses sous-genres ?

Dystopia : La motivation première pour l’ouverture d’une deuxième librairie ? Agrandir notre terrain de jeu. Créer un autre endroit vivant fort de ce qui a fait la réussite de Scylla : un fonds riche, le conseil qui va avec tout en donnant à ce fonds le temps qu’il lui faut pour trouver son public.

Scylla, c’est 20m² de surface pour un peu plus de 12 000 références avec un noyau de clients fidèles pas uniquement lecteur des genres que la librairie défend. Charybde c’est presque 60m² consacrés à la littérature sans contrainte de genre. Travailler romans et nouvelles de SF sur un même plan que le polar, la littérature italienne, russe ou française, tout en faisant participer les habitués aux coups de cœur de la librairie, ça donne forcément envie aux lecteurs curieux de découvrir de nouveaux horizons. Et le public est bien plus ouvert qu’on ne veut bien le dire…

Lancer Charybde en 2011, c’est chercher un nouvel équilibre entre la librairie spécialisée (dynamique mais fragile) et la librairie traditionnelle (menacée comme l’édition par une crise et des changements sans précédent). Nous avons été rejoints dans notre projet de librairie coopérative par deux autres habitués de Scylla : Anaïs Vilcocq (bibliothécaire de formation) et Hugues Robert (dont le nom n’est pas étranger aux lecteurs de La Spirale).

Autre particularité : Charybde utilise un outil informatique créé et développé par Clément Bourgoin pour la librairie Ys qui permet avec un seul logiciel de gérer le site Internet Charybde.fr, la caisse, toute la comptabilité, la gestion des stocks en neuf et en occasion et la VPC.

En moins d’un an, avec son positionnement bizarre et son envie d’en découdre, la librairie Charybde va au-delà de nos attentes et est bel et bien devenue pour certains lecteurs un deuxième lieu de perdition…

Parmi les habitués de vos événements, on retrouve Léo Henry, Lisa Tuttle et Jean-Marc Agrati. Tous trois édités par Dystopia Workshop. Profitons de cette occasion pour défricher votre ligne éditoriale. Les auteurs de référence dont vous citez les noms dans la Wishlist présente sur votre site opèrent tout autant dans le domaine de la science-fiction la plus pure, que dans le roman noir, le polar hard boiled, le fantastique ou l'horreur, voire un mélange des genres précités. Comment s'opère le choix des auteurs que vous publiez ?

Dystopia : Dans le cas de Bara Yogoï, tout est venu de Yama Loka Terminus, le précédent ouvrage des auteurs, qui avait été une vraie surprise (un recueil SF chez un éditeur pas du tout spécialisé dans ce type de littérature) et une authentique claque. Aussi, dès la création de Dystopia, quand nous avons demandé à Léo et Jacques s’ils souhaitaient travailler à nouveau ensemble avec Stéphane Perger aux pinceaux et que s’ils avaient encore des choses à dire sur ou autour de Yirminadingrad… on avait à peine terminé de poser la question qu’on recevait déjà les premiers textes !

La genèse d’Ainsi naissent les fantômes vient de notre envie de mettre en avant le travail de traduction et de (re)créer des couples auteur / traducteur. C’est aussi la recherche de solutions pour contourner le « mur financier » que représente le coût de cette traduction. Lorsque nous avons demandé à Mélanie Fazi de choisir quel(le) auteur(e) elle aurait envie de mettre en avant, elle nous a tout de suite cité Lisa Tuttle qui l’avait beaucoup influencée dans son écriture et ce dès son adolescence. Après, nous lui avons simplement « laissé les commandes » comme on dit.

Et pour Jean-Marc Agrati, c’est simple : nous vouons juste un culte à l’œuvre qu’il déploie depuis son premier recueil aux éditions Hermaphrodite Le chien a des choses à dire. Nous avions gardé le contact suite aux dédicaces à la librairie Scylla et quand il a parachevé son quatrième recueil, il nous l’a donné à lire.

Après, plus prosaïquement, tout dépend des circonstances et des rencontres sachant que nous ne nous interdisons rien en termes d’univers. Genre, transgenre, hors genre, peu importe tant que l’auteur a un style, une patte, bref une œuvre qui nous touche…

Votre dernière signature concerne Jean-Marc Agrati, avec son quatrième recueil de nouvelles L'Apocalypse des homards. Un auteur que connaissent bien les lecteurs de La Spirale et sur lequel nous reviendrons très prochainement. Noosfere.com parle à son sujet d'un univers fantastique et fou, d'un monde semi-imaginaire, d'humour noir et d'une « chance de briser le carcan que représente le méprisable système économique qui régit notre société ». Comment définiriez-vous par vous-mêmes le style et l'univers de Jean-Marc Agrati, aussi passionnant qu'atypique ?

Dystopia : Question complexe, comme l’univers de Jean-Marc d’ailleurs… L’Apocalypse des homards ressort tout autant du pamphlet politique/sociétal que du récit intimiste (certains textes sont très personnels). L’ensemble est passé à la moulinette dans des récits très courts faisant appel sans complexe aux outils du fantastique, du bizarre, de la farce ou de la SF et recomposé à travers plusieurs lignes directrices qui apparaissent en pointillé dans le recueil. Le tout dans un style cru et extrêmement direct qui ne peut pas laisser indifférent. Sa puissance d’évocation, son sens de la formule et de l’oralité, son engagement total envers son œuvre sont attachants et enthousiasmants.

Rappelons peut-être les points de vente et les sites internet où l'on peut se procurer les ouvrages que vous éditez ? D'autant que vous venez de lancer un service d'édition numérique, avec notamment une édition augmentée de L'Apocalypse des homards.

Dystopia : Le réseau de librairies qui défendent les livres édités par Dystopia se construit petit à petit. Le mieux est d’aller sur notre site où nous ajoutons au fur et à mesure les nouveaux points de vente : Dystopia.fr/pages/Points-de-vente

Nous avons opté pour une diffusion/distribution par nos propres soins. Nous cherchons les libraires motivés et prescripteurs où qu’ils soient, dans les librairies spécialisées aussi bien que dans les grandes chaînes et leur donnons les moyens de mettre en avant sur le long terme les livres que l’association publie.

Quant au numérique, ce vecteur nous permet de pallier la petitesse de notre réseau actuel, de tester notre production sans DRM à 3€ ou 6€. Nous avons choisi de diffuser les livres numériques de Dystopia uniquement sur notre site Editions.dystopia.fr/pages/numerique car nous n’avons rien à gagner sur les plateformes grand public : payer pour être noyés au milieu de la surproduction ? Non merci.

L'Apocalypse des homards est notre premier titre à passer en version numérique, il sera suivi dans les semaines qui viennent d’Ainsi naissent les fantômes de Lisa Tuttle, d’un inédit Sur le Fleuve de Léo Henry et Jacques Mucchielli (en exclusivité en version numérique), de la réédition d’une véritable pépite du fantastique : Les Soldats de la Mer d’Yves et Ada Rémy et de nos autres titres que nous avons au catalogue en version papier.

On parle depuis plusieurs années d'une crise de l'édition. Qu'en pensez-vous, à la fois comme libraires et comme éditeurs indépendants ? Peut-on réellement parler d'une désaffection des lecteurs ? Le secteur n'est-il pas au contraire victime de phénomènes de concentration, à la fois dans l'édition à proprement parler, la distribution et la librairie ?

Dystopia : La crise de l’édition, elle est forcément là, ne serait-ce que dans les chiffres. Après, désaffection des lecteurs, non, je ne crois pas : des gens qui lisent beaucoup (énormément même) on en croise encore en nombre que ce soit à Charybde ou à Scylla. Simplement, les lecteurs sont comme tout le monde : crise oblige, ils se restreignent et essaient de n’acheter qu’à bon escient. Ils ne sont plus prêts à acheter des romans coupés en deux tomes pour rallonger la sauce ou le xième roman à succès du même auteur.

De la même manière, la politique qui consiste à sortir plus de 600 romans au mois de septembre et 400 au mois de janvier dans de gros points de vente en espérant que quelques-uns surnagent dans le lot tient probablement aujourd’hui de l’anachronisme (surtout quand on voit l’état de santé des grandes enseignes type FNAC). C’est là où les grandes machineries de l’édition (éditeur, distributeur) auraient plutôt intérêt à accompagner davantage leurs auteurs, à leur donner plus de visibilité en terme de sortie et à les pousser via les librairies indépendantes.

De notre côté, nous avons tout intérêt à mettre en avant les lignes éditoriales qui fonctionnent surtout au coup de cœur et proposent des livres-objets qui sortent de l’ordinaire (ce que nous essayons aussi de faire chez Dystopia). Et heureusement, il y en a encore, qu’il s’agisse de grands comme Actes Sud ou de petits comme Attila, Monsieur Toussaint Louverture ou L’Arbre Vengeur pour n’en citer que quelques-uns.

Malgré les difficultés inhérentes au métier de libraire, la solution ne passe-t-elle pas par une proximité renouvelée avec les lecteurs ? Ce que vous me semblez appliquer à la fois par la présence de deux librairies « spécialisées » dans le XIIe arrondissement parisien et les nombreux événements que vous organisez, sur une base hebdomadaire.

Dystopia : Complètement. L’époque où un libraire se contentait de mettre des livres en rayons ou en tables et de les classer en attendant que le lecteur pousse la porte semble révolue. Une des solutions passe par un apport personnalisé (conseils, rencontres avec les acteurs de l’édition, interaction entre lecteurs…) mais aussi probablement par une spécialisation accrue. Certains libraires considèrent qu’ils sont en guerre contre Amazon. Si il y avait une guerre entre la librairie traditionnelle et Amazon, il faudrait alors se rendre à l’évidence : cette guerre est perdue et depuis longtemps. Nous ne pensons pas que cette guerre existe. En terme de nombre de références proposées, Amazon sera toujours en tête. En terme de relation, de conseil et d’échange, toujours derrière. En dehors du contact, point de salut ! (et c’est plutôt une très bonne chose).

Concluons sur cette seconde édition des Dystopiales, à laquelle La Spirale se fait fort d'être présente. L'événement se déroulera donc dans le XIIe arrondissement parisien, entre vos deux librairies et en présence d'une dizaine d'auteurs : Stéphane Perger, Aurélien Police, Jean-Marc Agrati, Paolo Bacigalupi, Mélanie Fazi, Léo Henry, Jérôme Noirez, Marc Petit, Anne-Sylvie Salzman et Lisa Tuttle. Comment se dérouleront ces deux journées et soirées ? Quels en seront les temps forts, en rappelant peut-être au passage que les deux lieux sont assez proches pour que vos visiteurs naviguent aisément de l'un à l'autre en fonction des horaires des rencontres et des signatures ?

Dystopia : Effectivement on peut tomber de Charybde en Scylla (ou l’inverse) en 10 minutes de marche. Pour ce qui est des temps forts : le lancement de La Fille automate, premier roman de Paolo Bacigalupi, un excellent roman d’anticipation dans la Thaïlande de demain que l’on doit Au Diable Vauvert. Autre lancement au Bélial’ cette fois-ci, l’intégrale en deux beaux volumes de Féerie pour les ténèbres de Jérôme Noirez avec les illustrations d’Aurélien Police : un univers barré et stupéfiant…

Les Dystopiales se veulent des rencontres conviviales avant tout. Créer des passerelles, faire découvrir des auteurs et des œuvres. Nous espérons que cette édition permettra au plus grand nombre de craquer pour le délicieux roman-feuilleton steampunk de Marc Petit : Le Nain Géant, et pour le dernier recueil de nouvelles fantastiques d’Anne-Sylvie Salzman (respectivement publiés par L’Arbre Vengeur et Le Visage Vert).

Les autres auteurs sont déjà des habitués et seront probablement des nôtres à chaque édition des Dystopiales. En optant pour un rythme trimestriel, nous espérons développer rapidement les « tournées » des auteurs. Rendez-vous en juin 2012 pour la prochaine étape…


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À l'occasion de la seconde édition des Dystopiales qui se tiendra le vendredi 10 février et le samedi 11 février 2012 entre les librairies Charybde et Scylla (Paris, XII), une interview de Xavier Vernet. Où il est question de littératures transgenres, du présent et de l'avenir de la librairie et de l'édition indépendantes, de Jean-Marc Agrati, ainsi que du programme de cet événement consacré aux littératures de l'imaginaire.

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