TEMPSION


Enregistrement : 10/04/2013

Art total, Portes de la perception, Étrange Sonothèque et nombre d'or... une série d'échanges prolixes et historiques avec la cellule agissante Tempsion, au moment-même où The Golden Program-mm, son troisième album se trouve en chantier dans un studio de la périphérie parisienne.

Nébuleuse à géométrie variable, Tempsion se compose et se décompose au fil des projets autour de Frédéric Temps, bien connu des lecteurs de La Spirale en sa qualité de fondateur et de grand vizir de l'Étrange Festival, à qui l'on doit également un numéro de L'Oeil du Cyclone diffusé sur nos pages.

Propos recueillis par Laurent Courau.



Nous démarrons cet entretien au moment où tu te prépares à entrer en studio pour enregistrer un nouvel album de Tempsion. Aurons-nous droit à quelques fuites sur la couleur et l'ambiance de ce nouvel opus ?

Non. (rires) Ce que l’on peut dire, c’est que The Golden Program-mm sera composé de nouveaux univers encore différents par rapport aux deux précédents albums. On y trouvera même des morceaux « pop », voire très mélodiques, entrecoupés de plages beaucoup plus violentes ou massives.

L’utilisation d’un grand nombre d’instruments et de technologies nous permet une grande liberté d’improvisation/transformation de certains morceaux pendant l’enregistrement. Aussi, même si le corpus est déjà très écrit, il serait présomptueux d’en dire plus au sujet du résultat final. Il faudra donc être un peu patient pour juger de l’ensemble.

À défaut d'en savoir plus sur le contenu de l'album, peux-tu nous donner quelques pistes sur la signification de son titre : The Golden Program-mm ? Une recherche rapide sur l'Internet m'a dirigé vers un circuit touristique dans la vallée des rois, une association d'enseignants de la langue allemande ou encore un cursus de body-building... résultat pour le moins énigmatique !

Mais ce résultat me semble parfait. (rires) Il s’agit bien des aventures d’une association de touristes allemands bodybuildés et en goguette sur les bords du Nil…

Plus sérieusement, il faut plutôt y voir un clin-d’oeil à Aldous Huxley écrivant dans Les Portes de la perception : « Le progrès scientifique et technologique a produit une croyance sans bornes en l’avenir, comme une chose nécessairement meilleure que le passé ou le présent. Mais la seule chose que nous connaissions au sujet de l’avenir, c’est que nous sommes profondément ignorants de ce qui va advenir et que ce qui arrive effectivement est en général fort différent de ce que nous avions prévu. »

Peut-être la vérité se trouve-t-elle dans le Nombre d’or…

Tu as évoqué ton processus d'écriture. Et il est en effet très net à l'écoute des albums de Tempsion qu'il s'agit d'une musique très pensée en amont des improvisations dont tu fais état en studio. Et j'aimerais justement en savoir plus sur ton travail de composition... ce qui peut par exemple t'inspirer une nouvelle pièce et la manière dont ce processus se met en oeuvre ?

N’écrivant pas de partitions, j’enregistre régulièrement sur téléphone différents accords qui me viennent à l’esprit, que ce soit dans la rue, en observant quelque chose ou à la lecture d’un ouvrage. Il m’arrive aussi d’enregistrer un ensemble de sons ou un bruit capté lors d’un déplacement (sur le deuxième album de Tempsion, la rythmique d’un morceau provient du bruit des pales d’un radiateur défectueux…).

Si un accord ou un ensemble de notes me semblent intéressants, je les couche sur multi-pistes, puis les coordonne entre elles afin de voir ce qui fonctionne. Après avoir obtenu un ensemble cohérent entre différentes notes, je laisse tourner des boucles et entends rapidement différentes harmonies. C’est à ce moment-là que je détermine ce qui peut se transposer ou être rejoué par un instrument.

Je joue alors par-dessus et vois ce qui marche.

L’inverse est aussi courant. Je joue une série d’accords au piano, au synthétiseur, à la guitare ou sur électronique, puis les accords complémentaires viennent de suite.

C’est un processus assez rapide en somme, et tu peux vite te retrouver avec 60 morceaux sur les bras. (rires) Après, à toi de faire une sélection afin d’obtenir la meilleure cohérence entre différents morceaux pour l’album et ainsi, raconter une histoire.

Bien avant Tempsion, il y avait eu Die Nonnes, puis le groupe Prima Linea dans les années 80. Une formation que Christophe Lorentz qualifie de martiale et de dérangeante, de symphoniste et de bruitiste dans ses Carnets noirs (K-Ïnite, 2006). Aurais-tu la bonté de revenir sur cette période apparemment agitée, si l'on en croit l'anecdote de votre prestation au festival Atonal à Berlin en décembre 1986...

De tout temps dans l’histoire, ce qui était incompris de prime abord, faisait peur et était brûlé sur le bûcher de la bonne conscience. Christophe Lorentz résume assez bien le concept d’ « art terrorisme » de Prima Linea. Une musique tribale et martiale trouvant son inspiration dans les bruitistes du début du siècle dernier (Dada, les futuristes italiens, les constructivistes russes), un certain esprit anarcho-punk et une volonté certaine d’en découdre avec un système post-plan Marshall, annonciateur du bordel ambiant.

Une proposition artistique similaire à celle des Anglais de Test Department ou des Slovènes de Laïbach.

Die Nonnes tenait plus du happening à la « théâtre Panique » que d’une formation musicale proprement dite. Les quelques apparitions publiques étaient prétextes à une sorte de fête païenne, composée de danseurs, performeurs ou artistes peintres qui créaient en totale liberté, le temps du concert. Ce qui, fatalement, générait quelques débordements (interruption d’un concert pour cause de déclenchement des alarmes incendies due aux nombreux fumigènes ; saccage mural de la salle Ubu à Rennes ; …).

Malgré quelques attentions des médias (je me souviens d’un article dans Actuel, en 1983), nous étions tous très jeunes (17/18 ans) et l’expérience prit fin assez rapidement.

Qu'est-ce qui a déclenché ton intérêt adolescent pour les musiques différentes et la création singulière ? Je crois me souvenir que tu as en partie grandi à Rennes, la ville du groupe Marquis de Sade et d'une certaine vision de la new-wave à la française. Cet environnement aurait-il joué un rôle dans ton éveil au beau et au bizarre ? Ou doit-on plutôt évoquer certains traumatismes enfantins ?

Je ne pense pas que la proximité d’une ville puisse forcément influer sur tes envies ou tes orientations. Avoir vécu à Rennes dans les années 80 tenait plus du hasard.

Ne serait-ce qu’à l’ouest, des villes comme Nantes, Brest ou St Malo, ont vu émerger une scène musicale très intéressante. Que ce soit Zentrum Zombia et Shub Niggurath à Nantes, Splassh et Elecshlaffen à Brest ou The Grief et son label « Les nourritures terrestres » à St Malo. Et plus largement, il en allait de même pour Ptôse à Niort, Un département à Orléans ou Déficit des années antérieures à Caen.

La période était plutôt morose et, simultanément, aux quatre coins de l‘Hexagone (mais du reste du monde, également), des gens, souvent d’horizons différents, enclenchèrent une mutation musicale émanant de « l’esprit rock » tout en ne s’interdisant pas l’approche d’une musique « savante » comme la musique électroacoustique ou contemporaine.

Voir, trente ans plus tard, des artistes qui jouaient dans des squats ou des friches, invités par des institutions (Moma, Tate Modern, Beaubourg, la Cité de la Musique, etc.) a quelque chose de risible et incongru, mais en même temps se justifie par la qualité de leur travail.

Pour ma part, j’ai toujours trouvé intéressant de sortir des sentiers déjà sur-balisés de la musique pop afin d’essayer de déglinguer un peu tout ça et de trouver des harmonies ou mélodies plutôt singulières ou inhabituelles.

La découverte de l’écriture musicale des américains Harry Partch ou Colon Nancarrow, m’avait déjà conforté dans cette voie, mais l’apothéose fut la découverte des trois premiers albums des californiens de Chrome. C’était la fusion parfaite entre les collages expérimentaux de John Cage ou Pierre Henry, la bizarrerie des Residents et la sauvagerie du MC5 et des Stooges, poussée à son paroxysme.

Un peu avant la fin du siècle dernier, le magazine Wire avait fait une liste des « 100 disques pour foutre le monde à feu et à sang » et le troisième album de Chrome y figurait. C’est dire…

Je me souviens, qu’après avoir écouté le premier Tempsion, Jim-Fœtus-Thirlwell m’avait écrit pour me dire que Rectifier c’était Art Bears qui aurait mis les doigts dans la prise pour rejouer l’album Half machine lip moves de Chrome.

Je ne pouvais espérer de plus beau compliment.

Bref, on est bien loin d’une « new wave à la française »…

Outre la volonté de sortir des sentiers sur-balisés de la musique pop que tu viens d'évoquer, qu'est-ce qui a motivé ton intérêt pour les formes de création atypiques, que ce soit en musique mais aussi en cinéma à travers les oeuvres que défend L'Étrange Festival ?

La curiosité dans un premier temps, puis l’attirance pour des arts obscurs et singuliers, probablement. À une époque, il était de bon ton d’apprécier les Doors, le Velvet et, plus tard, Joy Division ou Iggy pop. Disons que l’esprit transgressif des Residents, de Throbbing gristle et du Cabaret Voltaire me paraissait plus excitant…

Il en va de même pour une certaine partie des arts graphiques et de l’image.

Il m’a toujours paru désagréable de voir laissés dans la marge des tas d’artistes et de cinéastes, pourtant Ô combien précieux, au profit d’un art officiel ou d’une cinématographie mainstream. S’il paraît « normal » de mettre en avant certains talents, il n’y a aucune raison de ne pas offrir la même visibilité pour d’autres points de vue. Et ce constat se justifie d’autant plus que les « parias » d’hier font les beaux jours de l’art actuel ou l’industrie du divertissement. Il suffit de voir le succès récent des expositions « Hey ! » ou « The Museum of everything » et la consécration d’un certain nombre de cinéastes découverts à L’Étrange Festival depuis 20 ans.

Comme expliqué dans une précédente réponse, être aux avant-postes du progrès n’a jamais été la norme. C’est une immense perte de temps, mais c’est ainsi…

Puisque nous parlions plus haut de couleur et d'ambiance, On ne  peut s'empêcher de remarquer la tonalité sombre et minimaliste des packagings de Tempsion. Connaissant parallèlement la variété de tes goûts et notamment ton intérêt pour l'art singulier, l'art brut et une forme de baroque auto-didacte, je ne peux que t'interroger sur les raisons de cette réserve graphique ?

Le concept même des deux premiers albums était assez sombre et mystérieux.

De plus, il est plus important de focaliser ton auditoire sur le son (ou les vidéos) que tu lui proposes. Ce qui, d’ailleurs, n’empêche en rien à un packaging très élaboré.

La pochette du prochain album sera beaucoup moins « minimale » et nous réfléchissons à la possibilité d’un triple album vinyl, en plus d’un téléchargement online. Tout dépendra du coût de fabrication.

Je me souviens d'une interview dans le magazine Elegy où tu disais avoir mis des ouvrages spécifiques entre les mains de Black Sifichi afin d'inspirer son travail d'écriture. Et justement, je serais curieux de savoir ce qui inspire tes compositions pour Tempsion ? Dans la même interview, tu cites pêle-mêle Nikola Tesla, le génocide des indiens d'Amérique, le lynchage des noirs aux USA ou encore le génocide tactique et global qui a permis à une certaine population de s'enrichir au détriment de 80 % de la planète...

Il faudrait être totalement irresponsable ou vivre sur une autre planète (ou avec une cuillère d’argent dans la bouche…) pour ne pas se rendre compte de l'état dans lequel se trouve la planète, l’économie globale et la régression de la civilisation, depuis 200 ans. Je ne dis pas qu’au XVIIIe siècle c’était le paradis, mais au regard des découvertes planétaires, tant scientifique, énergétique ou technologique, on serait en droit de croire en une meilleure répartition des richesses, ou au moins du savoir et de la santé.

Il n’en est rien et, pire encore, tout ce processus semble avoir été parfaitement programmé depuis 200 ans.

L’extermination des uns, l’enrichissement des autres, ou le pillage en règle de certaines régions du monde ne semblent surprendre pratiquement plus personne et l’on accepte, passivement, mollement, lâchement que le système s’écroule une bonne fois pour toutes. Mais entre temps, que de dégâts.

Dans ces « conditions », difficile de chanter Manon en sautillant dans les champs de primevères. Aussi, une partie des textes de Tempsion entretient cette « rage » sans en exclure une certaine part de dérision. Fort heureusement, il y a toujours quelques électrons libres qui réussissent à avancer dans ce bordel civilisationnel. C’est en hommage à ces derniers que nous composons régulièrement certains titres, avec Black Sifichi. Plus qu’un hommage, une sorte d’ultime lueur d’espoir…

Point très intéressant, peux-tu nous en dire plus sur ces électrons libres qui réussissent à avancer dans le chaos actuel ? Éventuellement nous donner quelques exemples ? Leur recherche et leur étude étant très précisément au coeur et à l'origine de La Spirale, je ne peux que tendre (vivement) l'oreille...

Oula !, la liste est longue…

Par exemple, sur le premier album, le titre Sleepin’fire était un hommage à Nikola Tesla autant qu’à Edgar Varèse. Tous deux partagèrent un point commun. Celui d’avoir été contraint de s’expatrier aux Etats-Unis afin de pouvoir continuer leurs recherches tellement leur pays d’origine (la Yougoslavie pour Tesla, la France pour Varèse) n’ont rien fait pour leur reconnaissance. Les travaux de Tesla ont été fondamentaux pour la recherche et le développement de l’électricité. Varèse finit par être reconnu dans son propre pays et est aujourd’hui considéré comme l’un des plus grands compositeurs du vingtième siècle.

Même chose pour le Russe Leon Termen (plus connu sous le nom de Theremin). Il fut un électronicien de génie, dès les années 20, en inventant le premier instrument de musique électronique virtuel, permettant de jouer des notes en bougeant les mains devant une simple antenne. Voyant en lui un ambassadeur parfait pour promouvoir le « génie soviétique » en Occident, Staline l’envoya en Europe, puis aux États-Unis comme élément de propagande. Victime de son succès de l’autre côté de l’Atlantique, il fut contraint, par la force, à rentrer en URSS puis finit sa vie dans la misère après avoir développé tout le système de micros de surveillance du Kremlin (les fameuses « oreilles de Moscou ») et quasiment inventé l’origine de l’alarme pour voiture, le sonar et autres capteurs de mouvements.

Il y en aurait beaucoup d’autres mais, aujourd’hui, les choses semblent un peu différentes. Peut-être parce que les outils de communications à travers le monde sont vraiment redoutables. Et lorsque tu sais que tu as trouvé une formule ou une idée intéressante, tu peux très vite le faire savoir et trouver des gens assez réactifs pour te suivre dans tes recherches ou ton développement.

D’ailleurs, en ce sens, le suicide récent du jeune Aaron Swartz mériterait qu’on se penche sur son cas…

Prima Linea, le nom de la formation évoquée plus haut, faisait implicitement référence à un groupe autonome italien, actif durant les Années de plomb entre 1976 et 1981. Tu parles plus haut d'entretenir une « rage ». Est-ce à dire que l'art et la création ont toujours participé pour toi d'une démarche politique ?

Pas forcément, ni directement. Mais il faut bien admettre que c’est souvent la difficulté d’un quotidien ou l’obligation de « remonter à la surface » qui te pousse à créer. La déflagration générée par un immense créneau artistique nord américain, dans les années 70, puis par rebond en Grande-Bretagne et dans le reste du monde était quand même due à une révolte contre un système sclérosé, post seconde guerre mondiale, doublé d’un refus de l’esprit « Peace & Love ».

Tant pis pour les plus jeunes mais il n’y a pas beaucoup de personnes de bonne foi qui n’avoueront pas qu’une grande partie de l’art actuel, qu’il soit plastique, musical ou cinématographique, décline directement de cette période.

Après, il y a la récupération d’un esprit ou d’une idée, diluée dans « l’air du temps » mais il en va toujours ainsi. En son temps, Warhol n’a-t-il pas repompé le concept du ready-made de Duchamp…

Quelque part, Tempsion est aussi une oeuvre collective, dans la mesure où tu t'entoures de musiciens complices tels que Frédéric Galiay et Edward Perraud de Big Pop, Black Sifichi, de Denis Lefdup au mixage ou encore de Norscq au mastering. Pourrais-tu nous toucher quelques mots de cette famille qui semble t'accompagner au fil de tes aventures ?

Comme l’écrivait un journaliste : « Tempsion est une plateforme à géométrie variable ». Tu retrouves donc des musiciens différents sur scène ou en studio, et d’un projet à un autre. La présence des musiciens Frédéric Galiay, Edward Perraud et par extension Jean-Philippe Morel, est tout simplement due au fait qu’ils composent ensemble la section rythmique idéale et redoutable dont j’avais besoin en concert. Ils sont, chacun dans leur domaine, parmi les meilleurs musiciens de free et d’abstract jazz, aujourd’hui, en France et c’est un grand honneur qu’ils aient accepté de faire partie de l’aventure.

Lorsque Galiay & Perraud finirent l’enregistrement du premier album de Big Pop, j’ai tout de suite voulu l’éditer sur L’Étrange Sonothèque, tellement la puissance et la beauté de ce disque me rappelait la claque prise à l’écoute des premiers albums des immenses This Heat.

Découvrir qu’un album qui restera forcément dans les annales, et peu importe les ventes du moment, prenait forme devant toi, reste à ce jour l’une de mes plus grandes fiertés.

Black Sifichi est la voix la plus impressionnante que j’ai entendu en France depuis fort longtemps. D’ailleurs, cela commence « enfin » à se savoir et ses collaborations prestigieuses ne cessent de se multiplier (Barry Adamson, Steve Arguelles, Simon Fischer Turner, Rodolphe Burger, Olivier Melano, …).

Dès la composition du premier album de Tempsion, je lui ai écrit deux morceaux sur lesquels il plaçait sa voix impeccablement (Devil Drum Dspace & Sleepin’fire). Je lui ai donc offert d’avantages de morceaux sur le deuxième album et il sera encore plus présent sur le prochain.

Nous travaillons ensemble, avec Denis Lefdup, depuis fort longtemps sur différents supports (remixes, mixages tv, musique de films, spatialisation du son). Avec mon acolyte Charley james et Norscq, il est l’un des ingénieurs du son-musicien qui comprend le mieux et très rapidement là ou je veux aller. C’est un luxe rare pour l’enregistrement d’un album.

Norscq, qu’on ne présente plus, est, au-delà de ses talents de compositeur, vidéaste, ingénieur du son ou producteur, l’un des principaux ténors du mastering en France sur la musique indépendante.

Ton terme de « famille » est bien choisi car, en effet, je me sens plus à l’aise pour travailler rapidement avec des gens à qui tu n’as pas besoin d’expliquer les choses. Elles glissent toutes seules.

Nous avons évoqué le prochain album de Tempsion en préambule de cet entretien. Qu'est-ce qui motive ton intérêt pour le format « album » en pleine période de dématérialisation de la musique, où plus grand-chose ne contraint les musiciens à travailler sur ce type de durée ?

Que la musique se consomme usuellement et de façon virtuelle n’a rien de surprenant. Après tout, c‘est dans la nature des choses et surtout de la technologie que d’évoluer. Mais cela reste surtout un vecteur quasi instantané pour avoir accès à une information ou un certain savoir.

Il ne faut pas se tromper. Il y a encore, et pour longtemps, des audiophiles qui savent que la bande passante d’un enregistrement compressé ne retranscrit en rien la qualité sonore d’une œuvre discographique.

Il est toujours plus agréable d’avoir un support dans les mains pour écouter un disque plutôt que de voir défiler des titres à la suite, sur un écran d’ordinateur.

Autant le CD semble être devenu un support obsolète, même si certains artistes proposent toujours de très beaux packagings, il n’en demeure pas moins que beaucoup de personnes apprécient les efforts passés sur la pochette d’un album vinyl, l’assimilant presque à un objet de collection.

Il en va de même pour la bande dessinée et le roman graphique. Les maîtres du consumérisme nous annoncent la mort prochaine du papier au profit du livre numérique. Or, les petites librairies spécialisées ne se sont jamais si bien portées en grande partie grâce à un travail de passionné doublé d’une certaine sensualité que dégage l’effet tactile du papier. Et pour le livre, il y a aussi de très belles choses que se font, à la limite de l’objet d’art.

De nombreuses chroniques d'albums reviennent sur un concept d'« art total » développé par Tempsion. Est-ce qu'il s'agit d'une appellation que tu revendiques et dans ce cas que recouvre-t-elle - outre l'utilisation de différents médiums, comme c'est le cas à la fois sur disque et sur scène ?

Wagner définissait le concept d’art total comme un point d’encrage permettant de comprendre au mieux l’origine des avant-gardes, et ainsi, refléter l’unité de la vie.

En ce sens, Tempsion se définit comme une antenne ou un passage de ce qui s’est fait depuis, maintenant, plus d’un siècle mais en y apportant une touche personnelle.

En art, celui qui se définit comme un innovateur est un escroc. Tout était déjà là, à la source de l’humanité. Il suffisait simplement de se pencher. Nous ne sommes tous que les particules d’une cosmogonie et essayons juste de comprendre, chacun avec ses outils.

L’art me semble être le meilleur, ou du moins le plus efficace, de ces outils.

Profitons aussi de cette occasion pour aborder la question de L'Étrange Sonothèque, label des deux premiers disques de Tempsion, d'un double album de Big Pop et de l'étonnante réédition de Miss Téléphone par André & Marcelle Le Bihan. Est-ce que The Golden Program-mm sortira sur L'Étrange Sonothèque et quels sont les autres projets du label, si tant est qu'il y en ait ?

Dans quelques semaines nous allons sortir le nouvel album du Drahomira Song Orchestra, le duo « atmosphérique » composé du graphiste Julien Pacaud et du cinéaste Jean-Christophe S. Une nouvelle fois il s’agit d’un disque majestueux autant que mystérieux ou se choquent des enregistrements radio, des nappes de synthé, des cordes et la voix de la chanteuse suisse Pony Del Sol. Chaque nouvelle production du DSO est attendue par ses fans, aux quatre coins de la planète, et nous sommes heureux que ce nouveau disque sorte sur le label.

Le prochain Tempsion est une production intégrale du label mais il n’est pas exclu de le confier à un distributeur plus important, surtout pour le marché international.

D’ici là, nous avons quelques mois de production pure avant de penser à cela.

Tempsion se fait rare sur scène. Pouvons-nous toutefois espérer des concerts dans un futur proche, par exemple pour la sortie de ce nouvel album ?

Probablement. Mes compagnons de route me font la demande de plus en plus pressante de remonter sur scène, ensemble. Comme dit en ouverture de cet entretien, ce nouvel album sera beaucoup plus « ouvert » musicalement, aussi un public plus large devrait s’y retrouver.

Nous venons d'échanger sur le passé et le présent de Tempsion. Où et comment vois-tu le futur de ce projet, certes polymorphe mais avant tout lié à toi, à ta personnalité... une dernière tirade prospective qui nous servira de conclusion pour cet entretien, en attendant de nouvelles aventures.

J’ai toujours eu la chance d’aller explorer les terrains qui attisaient ma curiosité, quelques soient les envies ou les projets et, luxe rare, tout en en refusant certains autres. Différentes collaborations sont envisageables et j’ai déjà deux autres projets musicaux en attente, une fois ce nouvel album de Tempsion terminé.

Le temps travaille toujours pour toi et, contrairement au lapin d’Alice, il ne sert à rien de se précipiter.


Commentaires

Vous devez vous connecter ou devenir membre de La Spirale pour laisser un commentaire sur cet article.

A propos de cet article


Titre : TEMPSION
Auteur(s) :
Genre : Interview
Copyrights : La Spirale.org - Un eZine pour les Mutants Digitaux !
Date de mise en ligne :

Présentation

Art total, Portes de la perception, Étrange Sonothèque et nombre d'or... une série d'échanges prolixes et historiques avec la cellule agissante Tempsion, au moment-même où The Golden Program-mm, son troisième album se trouve en chantier dans un studio de la périphérie parisienne.

Liens extérieurs

Tempsion.com
Myspace.com/Tempsion

Thèmes

Arts numériques
Nouveaux médias
Musiques
Contre-culture
Underground
Art contemporain

Mots-clés associés

Tempsion
Musique
The Golden Program-mm
Rectifier
Frédéric Temps
L'Étrange Sonothèque
Big Pop

Contact

  • Captcha capttchaaa

Connexion


Inscription
Lettre d'informations


Flux RSS

pub

Image aléatoire

pub
« Fuck Consensual Reality »
© Laurent Courau
pub

Contenu aléatoire

Texte Texte Texte Texte Texte Photo Photo Texte Texte