GNOM


Enregistrement : Archives de La Spirale (1996-2008)

Rencontre avec un grand illuminé : Photographe, egographe, peintre de la lumière… Gnom nous enchante avec ses portraits de freaks dignes des visions les plus insolites des contes de notre enfance. Ne manquez pas de visiter son exposition dans la galerie de La Spirale où vous retrouverez une partie des images qu’il a réalisées à l’occasion de Art-Kor.00, un festival consacré aux modifications corporelles organisé en Avignon durant l’année 2000 par l’équipe de Body Art.

Propos recueillis par Laurent Courau.


On te connaît comme photographe, tu te définis comme «egographe». Peux-tu éclairer la lanterne des incultes que nous sommes ?

Egographe est un néologisme qui me permet de sortir du concept de photographe. Je ne photographie pas la réalité, je l'interprète, je la transforme. Il est vital pour moi que le modèle s'aime dans mon image de lui. La mise en avant de sa personnalité, son ego, est primordiale. Il m'importe plus de transcender que de décrire.

L’équipe de Body-Art, SexToy… Qu’est-ce qui t’attire dans ces personnages en marge des normes sociales que ce soit par leur apparence ou par leur mode de vie ?

Lorsque je suis rentré des U.S.A. après deux ans de grunge, j'ai découvert le milieu de la techno, des homos, du piercing… un monde coloré, énergique et positif.

Le milieu du piercing et les performers ont une mauvaise image, mais en fait ils véhiculent une énergie très positive. Se transpercer le corps d'aiguilles est comparable à escalader une montagne. Il n'y a pas d'autres finalités que l'acte, la gratuité du dépassement de soi. J'essaie par mon travail de dédramatiser ou d'esthétiser le piercing, la scarification ou les performances.

Contrairement aux partisans d’un réalisme à la limite du sordide - le fameux style « héroïne chic » très en vogue ces dernières années dans la photographie de mode, tu t’appliques à donner une touche magique aux gens que tu photographies. Qu’est-ce qui motive cette approche ?

Il y a deux choses dans le style "héroïne chic". L'attitude, les poses alanguies, avachies, qui se retrouvent dans mon travail.

D'autre part , il y a l'effet "jetable avec flash" (qui est très a la mode) dont je m'éloigne car j'utilise beaucoup de couleurs. Je me rassure en voyant des images de Nick Night ou David La Chapelle, gens pour qui la couleur est très importante mais qui sont très en vogue également. Maintenant on dit que j'esthétise mes modèles… je n'en sais rien. J'aime les airs tristes, les attitudes déprimées… presque morts.

Tes images sont très modernes, très actuelles, tant par leurs sujets que par leur traitement. Cette modernité est le résultat d’une démarche consciente ou quelque chose de plus instinctif ?

Pendant des années de noir et blanc, j'ai fantasmé sur les couleurs que je voulais obtenir. Puis un jour, je suis tombé dessus. Est-ce que ma demande est consciente ou instinctive?

Je dirais que je me lève un matin avec une idée en tête que je n'avais pas réalisée avant, et qui me paraît tellement évidente, et là, je pars pour six mois à bosser dans une direction nouvelle. Je crois beaucoup au hasard des choses, aux "happy accidents" et à ma bonne étoile. Je suis autodidacte, je n'ai pas de formation type "Beaux Arts". Mon travail n'est pas mu par un concept. J'avance un peu au feeling.

Il est surprenant, vu les résultats que tu obtiens, que tu n’utilises pas d’ordinateurs pour réaliser tes images. Peux-tu nous parler des techniques que tu utilises ?

Je n'aime pas cette course effrénée au matériel auquel se livrent les photographes de style gros studio, "armadas de matos" hors de prix. L'idée m'a plu de bosser avec le matériel le plus réduit possible. Un vieux boîtier, plus un trépied (le meilleur ami du photographe), plus une lampe torche, le reste étant de la récupération. J'utilise également les films les moins chers du marché et je passe par un labo "amateur". J'obtiens mes couleurs sans "cross processing", matériel et labo totalement grand public.

C'est dans la technique elle-même (la peinture de lumière) que réside l'infinité de possibilités. Je n'ai pas inventé la peinture de lumière, d'autre y travaillent, des gens de métier (Xavier Lambourd et Michel Semeniako) mais c'est une discipline tellement exigeante que beaucoup abandonnent. Il faut l'obscurité et des modèles hyper statiques. ( Au passage un bravo au modèles ! ) Il y a tout un développement de la photographie abstraite à réaliser. Une photographie où il n'y a plus de matière photographiée , mais uniquement des traces de lumières. J'y travaille.

Pour en revenir aux techniques numériques, est-ce que tu envisages de t’y mettre un jour ou s’agit-il d’un refus viscéral ?

Souvent le numérique sert à corriger les défauts. Je pense que les défauts sont intéressants. J'aime le hasard des imprécisions et des surimpressions. Pour une pièce de théâtre, j'ai photographié un comédien qui est parti deux heures pour une coupe de cheveux et il est revenu poser une deuxième fois sur le même cliché. C'eut été beaucoup moins risqué de faire un montage numérique. Mais ce genre de challenge m'intéresse, et avec des moyens très simples, les possibilités sont immenses.

Concernant les artistes qui ont pu t’influencer, j’aurais plutôt tendance à regarder du côté des artistes numériques que des photographes… Quels sont les créateurs d’images dont tu te sens proche en ce moment ?

Mes influences vont vers les photographes et non vers les gens du numérique. J'ai précédemment cité David La Chapelle et Nick Night. J'aime beaucoup les photographes de mode : pour moi la mode est l'aboutissement dans la photo. Il me faut absolument citer Jean-Baptiste Mondino pour sa simplicité, sa diversité et l'impact de ses images…et pour cette petite phrase : "On considère les photographes comme des demi-dieux, moi je dis, la photo, c'est facile!" Il a tellement raison.

Tu as quitté Paris pour Avignon. Tu ne penses pas que cet éloignement de la capitale peut être dangereux pour ta carrière ?

Non, je regrette seulement d'être trop occupé pour pouvoir revenir goûter à la nuit parisienne autant que je le souhaiterais.

Tu viens de réaliser une très longue série de portraits à l’occasion des nombreux événements du festival Art-Kor.00. Ces photographies sont actuellement exposées à la Weird Factory à Avignon et sur le site de Body Art. Est-ce que tu as d’autres expositions en vue ?

J'ai le projet d'une exposition de clôture de ART-KØR 00, une grande série de portraits sur le milieu de la modification corporelle. En décembre , cette expo aura lieu à Lyon chez Marquis, puis début 2001 au Glaz'art à Paris.

Presse, édition, maisons de disque… Pour quels supports travailles-tu ou aimerais-tu travailler ? Et de manière plus générale, quels sont tes prochains projets ?

Un projet de livre sur ART-KØR.00 avec des textes de Lucas Zpira, des interviews d'intervenants, et puis la presse, le monde de la musique m'intéresse tout particulièrement ; la publicité, la mode bien sûr, et toujours beaucoup de recherches personnelles.


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Titre : GNOM
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Genre : Interview
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Date de mise en ligne :

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A propos de La Spirale : Née au début des années 90 de la découverte de la vague techno-industrielle et du mouvement cyberpunk, une mouvance qui associait déjà les technologies de pointe aux contre-cultures les plus déjantées, cette lettre d'information tirée à 3000 exemplaires, était distribuée gratuitement à travers un réseau de lieux alternatifs francophones. Sa transposition sur le Web s'est faite en 1995 et le site n'a depuis lors cessé de se développer pour réunir plusieurs centaines de pages d'articles, d'interviews et d'expositions consacrées à tout ce qui sévit du côté obscur de la culture populaire contemporaine: guérilla médiatique, art numérique, piratage informatique, cinéma indépendant, littérature fantastique et de science-fiction, photographie fétichiste, musiques électroniques, modifications corporelles et autres conspirations extra-terrestres.

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