KENNETH RÉZA APOLLYON


Enregistrement : 07/12/2013

Arts martiaux, underground et création artistique, comme une forme de tiercé gagnant parmi les rangs des mutants digitaux. Plusieurs fois champion de France de kung-fu traditionnel, Kenneth Réza Apollyon est le fondateur d’AH2R, une association consacrée à la pratique des arts martiaux réels et virtuels, dont le dojo tient séance plusieurs fois par semaine dans le septième arrondissement lyonnais.

Ce qui ne l'empêche pas de s’impliquer en parallèle dans de nombreux projets artistiques et musicaux, comme c'est le cas avec le beatmaker Tcheep, sous le nom de Reductus In Pulveris, et le Chaos Clan, pour un projet musical en hommage à V ; une série télévisuelle culte des années 1980, dont la paranoïa annonçait avec deux décennies d'avance l'actuel engouement pour le conspirationnisme.

Échange martial et artistique en mode Spirale, après une apparition du Cercle AH2R au coeur des Sources occultes, pour une séquence d'ultra-violence ésotérique et urbaine qui aura laissé quelques douleurs et séquelles à ses participants, suivie du tournage à la Demeure du Chaos d'un vidéoclip réalisé par Sydney Ehrmann et Loïc Mabily pour le morceau Envahisseurs, tiré du maxi Vae Victis.


Propos recueillis par Laurent Courau. Kenneth Réza Apollyon apparaît dans le troisième épisode de Hyperzone, rubrique récurrente de La Spirale dans le magazine Chro (ex-Chronic'Art), actuellement en kiosque (décembre 2013 - janvier 2014).



Tcheep et Kenneth Reza Apollyon, en interview pour la sortie de Vae Victis.

Comment est née l'idée de ce projet hip hop du Chaos Clan vs Reductus In Pulveris, inspiré de l'univers de la série V ? Et pourquoi cette série, plutôt qu'une autre dans l'univers quasi infini des productions télévisuelles américaines ?

De nos jours, pour simplifier les choses, nous pourrions diviser le rap français en deux gros blocs identitaires : le rap conscient et le rap confiant. Avec Tcheep, nous voulions développer une troisième voie plus personnelle, un rap très sombre à dimension cinématographique, que ce soit au niveau de l’image, des textes et de la musique, en poussant le concept dans ses derniers retranchements.

Ayant tous largement dépassé la trentaine, nous cherchions une manière un tant soit peu subtile d’illustrer nos propos sans tomber dans les clichés des textes du rap conscient classique, et au travers de l’utilisation de la série V, nous pouvions glisser, parfois de manière subliminale, des messages en filigrane, un peu à l’instar de La Fontaine avec ses fables. Ici tout est volontairement ambigu, nous jouons visuellement et textuellement avec les symboles fascistes tout comme le faisait le groupe Laibach, et cette ambiguïté provocatrice de Vae Victis me plait, car nous ne savons pas si cette œuvre fait l’apologie de la Résistance ou du Fascisme.

D’ailleurs, sommes-nous vraiment des résistants ou des collaborateurs dans cette société de consommation déshumanisée ? Cette « œuvre » soulève aussi des questionnements sur la nature profonde de l’être humain qui oublie trop souvent qu’il n’est qu’un simple Visiteur de passage sur cette terre, pas un locataire et encore moins un propriétaire, et sur cette folie destructrice qui sommeille en chacun de nous. Comme nous le disons dans le premier morceau du maxi, en inversant les rôles de la série V les Visiteurs : « Sous leurs masques de chair et leurs airs si hautains, les Visiteurs n’ont plus guère visage humain… »

Nous avons surtout choisi la série V car il s’agit de la série culte de science-fiction par excellence. Elle a marqué l’esprit de toutes les personnes qui ont grandi dans les eighties. Les bandes-originales composées par Joe Harnell et Dennis McCarthy sont d'anthologie, des véritables mines d’or pour les cratediggers que nous sommes…

Kenneth Johnson, auteur des livres à partir desquels la série a été adaptée et réalisateur de la première partie de la série, était un visionnaire. Il parlait déjà en 1983 de conspirations de scientifiques et de groupes pharmaceutiques pour le traitement de maladies comme le cancer. Trente ans plus tard, soit un an après la sortie de notre maxi, on nous révèle que le réalité du SIDA ne correspondrait peut-être pas à l'histoire officielle.

« V pour Va©©in
Le double © est la plus sournoise des cellules dormantes ici-bas, une maligne tumeur.
Nos conspirations sans nom sur les va©©ins du cancer© ou du sida©, plus malines tu meurs. »

L’univers de la série V est extrêmement riche et vaste, avec par exemple la création par Kenneth Johnson d’un langage Visiteur avec son alphabet que nous avons repris dans le livret du CD. D’ailleurs, certains ont tellement pris au sérieux cet univers que l’on parle également de la conspiration des reptiliens, avec notamment l’illuminé David Icke qui puise son inspiration directement de la série de Kenneth Johnson. Pourquoi pas après tout, cette théorie n’est pas plus farfelue que d’autres. Dieu, qui est une entité extra-terrestre stricto sensu, ne serait donc selon eux ni blanc, ni noir, ni jaune, mais vert…



Kenneth Réza Apollyon et le Chaos Clan sur Overground, à la Demeure du Chaos.

Revenons sur les deux entités musicales Chaos Clan et Reductus In Pulveris. Le Chaos Clan fait figure de vétéran de la scène musicale lyonnaise, mais Reductus In Pulveris est plus récent, si je ne m'abuse ?

Chaos Clan était mon groupe de rap français préféré à la fin des années 1990 avec la Malédiction du Nord, Arsenik (première époque avec TNT), Kabal ou encore 2 Bal. J’étais un fan inconditionnel du CC dès la première heure, grâce à un collègue tape trader de la Croix Rousse qui m’avait dupliqué sur cassette audio une de leurs maquettes enregistrée sur quatre pistes et j’étais vraiment frustré de voir qu’au fil des années ce groupe culte n’avait jamais eu vraiment la reconnaissance méritée pour son talent et son originalité. À la base, je les avais recontactés via Fayce Le Virus pour un projet d’anthologie nommé Démonologie, qui aurait regroupé la quasi-totalité de leurs maquettes, car certains enregistrements visiblement étaient, hélas, à jamais perdus, puis le courant était tellement bien passé que je leur avais proposé ce projet V avec Tcheep.

Reductus In Pulveris est un projet lyonnais fondé en 2011, qui réunit Tcheep et moi-même. Tcheep, ancien beatmaker des Gourmets, est quelqu’un de très productif et de très versatile. Il a produit beaucoup de rappeurs français comme Katana, Anton Serra, Lucio Bukowski, Arom, Ana Dess, Bolé, Les Enfants Des Ténèbres, Andy Kayes, et surtout Liqid son ancien comparse au sein des Gourmets avec qui il a créé le duo « Imbéciles heureux » qui devrait bientôt faire parler de lui avec un album tonitruant sur leur label Mutant Ninja. Tcheep a également produit des rappeurs de renommée internationale comme Q Unique, Fat Hed, R-Sonic, Motion Man, Sin, Labwaste, et cette liste devrait encore s’agrandir en 2014.

À la base, R.I.P est un projet indépendant et underground qui ne se limite pas forcement au format musical, puisque nous avons en préparation un projet littéraire Œuvres Quasi Posthumes, la maquette maintes fois modifiée de ce livre en forme de cercueil étant restée plus d’une année dans les bureaux de Philippe Héraclès, directeur littéraire du Cherche Midi sans suite hélas, des courts-métrages bizarres et un projet de streetwear AH2R.

Concernant la musique, nous avons actuellement trois projets musicaux en gestation. S’il n’y a pas de complications, ils devraient voir le jour courant 2014, toujours en téléchargement libre et gratuit, puis dans des éditions collectors limitées. Le premier sera Ave Apophis (Prémices : Premier Verset), l’antépisode de Vae Victis (Prémices : Dernier Verset) qui sortira dans un premier temps sous le nom de R.I.P dans sa forme instrumentale. Le deuxième projet sera Opera Posthuma (Précipices : Six Feat. Underground), une pièce de pera horrorcore en six actes, qui compte dans son casting des acteurs locaux du hip hop tels qu’Anton Serra de l’Animalerie, Ana Dess, notre vieil ami Morbac, ancien partenaire de Tcheep au sein des gourmets, Marshall’ombre, la valeur montante des Rap Contenders, et un invité surprise de marque.

Et enfin le dernier Mors, Bellum, Fames, Pestis (Précipices : Les Prémices de l’Apocalypse), un projet eschatologique encore plus extrême que Vae Victis avec nos quatre cavaliers du Chaos Clan : Lexor, Fayce Le Virus, Cervantes et Héron Pilon. Les visuels encore plus fous seront toujours assurés par Fabien Jacques et pour l’Apocalypse, nous ferons appel à un vieil ami du Clan, Romain Lardanchet, qui avait déjà réalisé la pochette de l’EP Loin de l’Eden du Chaos Clan en 2002.

Comme dirait Fayce le Virus : « Le jour du jugement arrive en rampant… »

Profitons de l'occasion pour aborder l'association AH2R, dont tu es le fer de lance et qui revendique la double casquette des arts martiaux traditionnels et virtuels. Peux-tu nous présenter ce projet et évoquer à cette occasion ton parcours martial riche de nombreux titres nationaux ?

Il s’agit d’une association socioculturelle et sportive indépendante, que j’ai créée avec mon frère d’armes et de sang Maximiliano, et mes vieux frères d’armes Damien Coudier et Pierre Pachod en 2006, dont la devise pourrait être « l’Art du Combat, le Combat pour l’Art ». Nous avons créé une passerelle entre les arts martiaux réels et ce que nous avons baptisé les arts martiaux virtuels. En effet, pour nous autres pratiquants d'arts martiaux traditionnels, la pratique à haut niveau des jeux de combat sur borne d'arcade tels que Capcom vs Snk 2, Super Street Fighter 2X, Street Fighter III Third Strike, peut très bien s'apparenter à la pratique d'un art martial ou d'un sport de combat, au Japon c’est presque le cas…

Le combat virtuel présente exactement les mêmes caractéristiques que le combat réel, si l'on met de côté les aspects physiques et physiologiques :


. gestion du stress et des autres émotions pouvant influer sur le résultat du combat réel ou virtuel ;

. gestion du cardio pour le combattant réel, gestion de la barre de vie ou de la barre de furie pour le combattant virtuel ; 


. enchaînements et liaisons poings pieds pour le combattant réel, combos maximaux à placer dès que possible pour le combattant virtuel ;

. round d'observation et d'attente puis travail en contre pour le combattant réel, campe pour le combattant virtuel ;

. gestion de la distance pour le combattant réel, zoning pour le combattant virtuel. ;

. échauffement pour le combattant réel, freeplay pour le combattant virtuel ;

. préparation technique aux paos ou aux pattes d'ours par exemple pour le combattant réel; mode training au pad ou au stick pour le combattant virtuel ;

. préparation technico-tactique et sparring pour le combattant réel, versus pour le combattant virtuel.




Session d'entraînement au Neo Dojo AH2R (Lyon, 69007) sous la direction de Damien Coudier.

L’association se divise en deux sections, le Neo Dojo AH2R et le Cercle AH2R :

Le Neo Dojo AH2R est donc la première école d’arts martiaux traditionnels et virtuels au monde. Depuis sa création, notre école a participé à de nombreux championnats nationaux et internationaux de kung-fu traditionnel, de sanda, de taekwondo, de semi-contact, de karaté kyokushinkai, de boxe thaïlandaise et compte dans ses rangs de nombreux anciens champions de ces disciplines comme Frédéric Mas, Kim Moreira, Damien Coudier, Pacôme Danhiez, Martial Pouga, Udémé Ekong, Éric et Pierre Pachod, Valérie Kittel, Sandrine Ragon, Yang Kao, Mickael Colombier, Yannick M'Baye, etc.

L’association compte également dans ses rangs des champions de France et d'Europe d'arts martiaux virtuels, notamment pour le jeu Capcom Versus SNK 2 qu'elle gère au niveau mondial depuis la disparition de tous les tournois officiels sur ce jeu en 2008, avec pour point culminant l'organisation du premier championnat du monde officiel de CVS2 les 5 et 6 mai 2009 à Rennes, l'Ichigeki 2009, et la présence des meilleurs combattants de tous les coins du globe, tels que la légende japonaise D44 Bas, les champions américains John Choi, Justin Wong, et Buktooth, le coréen Laugh, etc.


Nous faisions office de précurseurs mondiaux dans ce domaine, avec notamment le tournoi  « This is Kumite » qui créait une passerelle nouvelle entre les arts martiaux réels et virtuels. Grâce à notre sérieux dans l’organisation des tournois et nos échanges incessants avec l'étranger, nous étions connus et reconnus jusqu’au Pays du soleil levant, une chose inimaginable il y a dix ans de cela.

Le Cercle AH2R est un collectif fantôme qui regroupe, entre autres, des membres passés et présents de l'association socioculturelle et sportive AH2R. Artistes martiaux certes, mais artistes avant tout, les membres obscurs de ce cercle, sans circonférence ni centre, conjuguent leurs talents artistiques les plus singuliers au pluriel. Le Cercle AH2R s'étend dans toutes les sphères culturelles et artistiques possibles : musique, littérature, humour, peinture, bandes dessinées, cinéma, mode...

 En 2009 débutait la première collaboration du Cercle AH2R avec les réalisateurs Jac & Johan, anciens pratiquants au sein de l'association, pour le conseil technique et artistique, le sous-titrage et la promotion du documentaire Pixel Kombat, diffusé sur Game One et bientôt disponible dans une édition DVD deluxe, avec une bande-son réalisée, entres autres, par 2080.

En 2011, grâce au travail de direction artistique, de promotion et de management du Cercle AH2R, sortait le deuxième album Teardrops in Mourning Dew d'Enneade (qui compte parmi ses rangs Christophe Goulevitch, pratiquant de longue date au Neo Dojo AH2R) qui a quitté le label Musea pour le label suisse Gallileo Records. Nous avons également lancé cette année-là les ateliers d'écriture « Art Of Writing / Mixed Musical Arts », sous la direction technique de Sensei Lucien 16S, professeur diplômé de musique urbaine et pionnier du rap lyonnais avec son groupe IPM, et avec le soutien du Chaos Clan et de leur studio d’enregistrement, le Gramophone. Tout cela aboutira à la sortie du projet Vae Victis le 11 septembre 2012.

On note aussi la sortie couronnée de succès du mook, puis magazine Rockyrama par Johan Chiaramonte et Jean Granon, avec des membres de longue date du Cercle AH2R comme Julien Mazzoni, Christophe Balme, et surtout la sortie du premier livre de Damien Coudier, Ténèbres aux éditions Ex-Aequo, un recueil de nouvelles fantastiques dans la veine d’Edgar Allan Poe. Un deuxième est en préparation pour début 2014. Le jeune champion de kung-fu et de karaté kyokushinkai Martial Pouga prépare également la sortie de son premier maxi de rap pour 2014 sous la supervision du Chaos Clan et de Héron Pilon, son mentor rapologique.



Championnats de France de kung-fu traditionnel 2004 - © Denis Boulanger pour le magazine Ceinture Noire.

Concernant mon parcours martial, c’est assez lointain maintenant. J’ai arrêté la compétition officiellement en 2006. Une page a été définitivement tournée, même s'il m’arrive de participer à des compétitions officielles pour me tester, mais je ne prends plus cela très au sérieux à mon âge. Et avec mes multiples activités, je n’ai plus le temps, ni l’envie de me préparer comme par le passé, mais je relève les défis avec amusement. Concernant mon « palmarès », il est sur notre site AH2R.org. Ce n’est pas de la fausse modestie de ne pas en parler, mais les titres de champions dits officiels sont toujours à relativiser, surtout dans ces disciplines certes difficiles, mais où les fédérations et les ceintures sont multiples et les pratiquants peu nombreux, et puis les défaites sont censées t’enseigner l’humilité… Je préfère me concentrer sur mes élèves qui me restent fidèles, malgré le poids des années et la transmission de cette « Voie » qui ne se limite pas qu’aux Arts Martiaux et de cette philosophie de Bodhidharma que chacun devrait s’approprier à sa manière dans son domaine : « Les autres sont révoltés, je reste immobile. Saisi par les désirs, je reste immobile. Devant les conseils des sages, je reste immobile. Je ne bouge que sur ma propre voie. »

AH2R est avant tout une école de l’Autonomie avec un grand A. Nous avons toujours fonctionné sans subventions et à l’ombre des fédérations et des instances martiales en place. Pareil pour nos projets artistiques, contrôlés de A à V par nos soins, l’Autonomie c’est un peu « notre » mode de vie et de pensée. Notre club a également une dimension sociale, puisque nous collaborons depuis la création de l’association avec l’éducation nationale dans le cadre des ateliers relais et des classes relais, des dispositifs pédagogiques mis en place pour les élèves en grande difficulté scolaire, mais surtout personnelle. Donc même si nous restons en marge de pas mal de choses, nous avons toujours un pied bien ancré dans notre société. Sans verser dans la démagogie en barquette pour élus municipaux, ma grande satisfaction est de voir que beaucoup de mes élèves ou anciens élèves issus des quartiers dits « difficiles » ont su honorablement tirer leur épingle du jeu dans notre société, toujours avec la tête haute, les poings fermés, mais l’esprit ouvert.

Je me souviens d'un échange récent avec une figure de la presse metal française qui s'étonnait de ton double intérêt pour ce genre de musique et pour le hip hop. Qu'est-ce qui t'a attiré dans ces deux genres bien distincts, jusqu'à t'impliquer récemment dans le projet Vae Victis ?

Effectivement, je me suis intéressé en parallèle au metal et au rap depuis les prémices de mon adolescence, ces styles musicaux symbolisant sur le papier (uniquement, hélas), la forme de rébellion ultime envers toute forme d’autorité pour un jeune garçon en manque de sensations fortes…

Mon parcours musical est des plus tordus. Mon père, un des plus gros collectionneurs de 78 tours de blues et de jazz au monde, m’a initié dès le plus jeune âge au rock et au punk avec les MC5 et les Stooges. Je dois reconnaître, avec le recul et, bien sûr, en les replaçant dans leur contexte, qu’ils étaient probablement les deux groupes de musique les plus violents de tous les temps. Mes oncles et grands cousins iraniens finiront mon éducation musicale en secret, sous le régime des révolutionnaires islamistes, à grand coup de Blue Öyster Cult, Black Sabbath, Deep Purple, Wishbone Ash, et surtout Trust que je chantais à tue-tête à l’âge de quatre ans dans les rues de Nancy, sans en comprendre les paroles bien sûr, au grand désespoir de ma mère : « Bouche à sexe, sexe à bouche. Parano, syphyllo and co ».

Ce n’est qu’au début des années 90 que je me suis intéressé à la face obscure du metal, au tape trading, aux fanzines et co. Pour ce qui est du rap, j’ai commencé comme beaucoup de jeunes de mon époque par Benny B (j’assume complétement contrairement à beaucoup, ahahaha !), puis Public Enemy car leur logo énigmatique que je voyais sur les vestes en velours des rares B-boys du collège me fascinait. La révélation, c’était au tout début des années 90 avec le morceau « C’est clair (j’ai le toucher nick ta mère) » du Suprême NTM. Quel pied d’écouter ça dans sa chambre à fond pour choquer sa famille, car la « mobylette » comme disait mon père de type death metal ou grindcore, ça ne choquait plus personne à la maison. Je ne me suis intéressé au vrai rap underground que dans les années 96-97, avec les premières mixtapes lyonnaises de DJ Duke, maintenant DJ d’Assassin, la correspondance avec Assassin Productions et Kabal dont j’étais un fan absolu, etc.

Concernant ma bipolarité musicale chronique, et à soigner visiblement selon certains, j’anime dans le lycée où je travaille des ateliers d’écriture, de culture urbaine et de musique au sens large du terme, et c’est amusant de voir que des jeunes metalleux qui reprennent du Exodus ou du Entombed au carnaval du lycée ne sont pas si réfractaires que cela au rap ou à d’autres styles musicaux, comme mes amis pouvaient l’être à l’époque. Grâce ou à cause du métissage des cultures musicales, les mœurs ont bien évolué cette dernière décennie. Il y a vingt ans de cela, tout était très compartimenté, comme souvent en France. Il te fallait impérativement choisir un camp. Soit tu étais du clan des rappeurs, soit de celui des hardos, les deux ayant chacun leurs propres codes vestimentaires et culturels stéréotypés au possible, mais jamais au grand jamais, tu ne pouvais faire partie des deux clans. Tout comme dans les arts martiaux, j’ai toujours trouvé cela absurde de se limiter à un seul style. Il y a de bonnes choses à puiser de partout et moi, grand cultivateur de paradoxes devant l’éternel, je refusais d’être enfermé dans une case. J’ai poussé la provocation très loin en mode Coste-La Nostra, en portant un survêt' blanc, une visière blanche et des Air Max blanches à un concert de True Evil Black Metal au Rail Théâtre à la fin des années 90. Je restais quand même toujours sur mes gardes, car je m’attendais à prendre 23 coups de couteau nord-vosgiens dans le dos, mais tout ce que j’ai eu, c’est des regards noirs... de mascara(de). Ahahahah !

Pour en revenir au crossover entre rap et metal, à l’époque des groupes avant-gardistes comme Mordred, Urban Dance Squad, voire Mr Bungle ou Faith No More passaient pour des O.V.N.I auprès du public metal, voire même des blasphémateurs pour les puristes, je pense notamment à ce couplet rappé médiocre au final mais très osé pour l’époque des canadiens de Rush sur le génialissime « Roll the bones ». Il fallait une bonne grosse paire pour le faire surtout quand on s’appelle Rush et que cela ne découlait pas d’une stratégie purement commerciale comme Anthrax/Public Enemy à la même époque ou Aerosmith/Run DMC quelques années auparavant. Ces groupes-là étaient bien plus subversifs artistiquement que tous les groupes classiques de black metal et de gangsta rap réunis, chez qui tout n’est que dans l’apparence.

Même si je suis extrêmement satisfait de Vae Victis (qui n’aurait peut-être jamais vu le jour sans l’aide de Yannick Norhadian, car à un moment on a voulu tout plaquer à trop maquetter les morceaux, chacun ayant des graves problèmes personnels), je trouve que ce que l’on fait avec R.I.P n’est pas encore assez brutal, expérimental et novateur, nous n’en sommes qu’au stade embryonnaire d’où le terme « Prémices ». Le format rap underground classique est bien trop étriqué, on devra creuser plus profond dans les « Précipices »…

De nos jours en musique, tout est si lisse. L’anticonformisme des artistes est si prévisible et formaté. Nous avons essayé de proposer autre chose avec le clip, les séances photos, les visuels et le format pyramidal du maxi. Je pense que le maxi par le bouche à oreille a eu son petit succès d’estime puisque même le Padre du rap game, R.O.H.2.F nous a rendu un hommage musical dans son morceau K-SOS MUSIK. Plus sérieusement, j’aime la vraie subversion dans l’Art. On essaie de toujours proposer des projets qui sortent de l’ordinaire. Ma recette est simple : « Introduire une goutte d’anarchie, déranger l’ordre établi et tout devient brutalement chaotique. Je suis un agent du Chaos… »



© Fabien Jacques pour Vae Victis - Chaos Clan vs. Reductus in Pulveris.



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Titre : KENNETH RÉZA APOLLYON
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Genre : Interview
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Arts martiaux, underground et création artistique, comme une forme de tiercé gagnant parmi les rangs des mutants digitaux. Plusieurs fois champion de France de kung-fu traditionnel, Kenneth Réza Apollyon est le fondateur d’AH2R, une association consacrée à la pratique des arts martiaux réels et virtuels, dont le dojo tient séance plusieurs fois par semaine dans le septième arrondissement lyonnais.

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