ANATOLE DOLINOFF I SOCIÉTÉ CRYONICS DE FRANCE


Enregistrement : Archives de La Spirale (1996-2008)

Une introduction à la cryonie, sous forme d'entretien avec Anatole Dolinoff, fondateur de la Société cryonics de France, rencontré en 1997 dans son palace de l'ouest parisien.

La suspension cryonique est la pratique qui permet de conserver les corps de patients déclarés légalement décédés en les maintenant à des températures extrêmement basses dans l'espoir d'une future réanimation et éventuellement guérison dans le cas de maladies actuellement incurables.


Propos recueillis par Laurent Courau.



Quand et comment avez-vous pris connaissance de l'existence des cryonics ?

Passant devant les bouquinistes des quais de la Seine en 1967, j'aperçus un livre intitulé L'Homme est-il immortel de Robert C. V. Ettinger (Denoël, 1964). Me disant intérieurement et immédiatement : « Pourquoi pas ? »

J'achetais aussitôt le livre. Je n'en lus que quatorze pages. Elles me parurent assez délayées. Sans jamais plus continuer la lecture, je fondais la Société cryonics de France et me mis pendant cinq ans à instruire le sujet, c'est-à-dire à étudier tous les problèmes techniques, pratiques, juridiques, financiers et médicaux.

Nous avions un comité de six personnes et le sujet a fait l'objet de plus de deux-cent articles, y compris dans les plus grands journaux français comme Le Figaro, Match, France-Soir, Le Parisien, Sciences et vie, etc. Nous avons reçu plus de deux-cent demandes de renseignements de la part de particuliers. Deux ont procédé à la congélation d'un proche, mais dans des conditions si désastreuses que nous n'avons cesse de nous désolidariser de leurs initiatives.

Qu'est-ce qui a motivé la création de la Société cryonics de France ?

La raison pour laquelle je travaille tant à ÉTUDIER la crédibilité technique de la congélation humaine est que je serais immensément ravi de pouvoir prolonger ma vie « normale » de 85 ans environ, pour qu'elle s'étende à 1600 ans (nombre donné par un raisonnement statistique : les décès autres que par vieillissement ou maladie constituent 5 % des cas et celles-ci ne sont pas évitables par la congélation qui n'assure donc absolument pas l'immortalité ). La vie, pour moi, est l'échange (?) hautement agréable des échanges (stimulations de toutes sortes) qui existent entre le tas de molécules que je suis et les molécules (vivantes ou inertes) qui m'entourent.

Contrairement à la quasi-totalité des gens qui m'entourent, j'ai eu une vie parfaitement heureuse grâce à mes dons, mon travail, ma prévoyance, etc. J'ai pratiqué toutes les activités humaines (sports, arts, psychologie, musique, voyages, lectures, construction d'une maison, pilotage de bateau et d'avions, etc.), hormis la sculpture et la pédérastie (mais j'ai bon espoir car je suis encore très loin d'être à l'article de la mort !), et j'ai une énorme envie de vivre encore quinze siècles pour apprendre et pratiquer ce que j'ignore encore. J'ai aussi une épouse sensationnelle, un grand parc zoologique et végétal (sept chiens, quatre-vingt oiseaux, aquarium de deux-cent litres, cinq-cent arbres), une superbe maison qui est un petit château, un splendide orgue de quarante-cinq jeux additifs à six voies de 100 W avec quatre haut-parleurs chacune.

Que désirer d'autre ? Que ça dure encore quinze siècles !

Pourriez-vous nous donner votre point de vue sur l'état actuel des techniques de suspension et par là-même sur la fiabilité de ces suspensions ?

En un mot : l'état de la technique de congélation d'un organisme humain entier ne permet que de conclure : « Personne n'a le droit de dire que les chances d'un retour à la vie sont NON nulles. Et personne n'a le droit de dire qu'elles sont CERTAINEMENT nulles. Elles sont INCONNUES. Mais si on va au tombeau, on est sûr de passer à l'état de gaz carbonique, vapeur d'eau, ammoniac, méthane, cadaverine et putrescine. Les chances éventuelles d'un retour futur à la vie n'existent que pour ceux qui se font congeler. »

Quels sont les principaux problèmes que peut rencontrer une personne de nationalité française désireuse de se faire cryoniser ?

Un Français qui choisit de tenter son éventuelle chance n'a qu'un seul moyen sérieux : c'est d'aller aux ÉTATS-UNIS, tout près de l'une des sociétés de cryogénisation, DE SON VIVANT, pour que la phase 1 de sa congélation (mise sous coeur-poumon artificiel réfrigérant), commence quelques SECONDES après l'arrêt naturel de sa respiration, et soit pratiquée sur la table de réanimation même par l'équipe de réanimation de l'hôpital.

Quelle est la position de l'état français sur le sujet ?

L'État français, subissant encore maintenant très fort l'état d'esprit de l'immédiate après-révolution de 1789, croit devoir « protéger » avec acharnement la personne humaine même morte. Il est farouchement opposé à la pratique de toute congélation humaine et l'interdit légalement de deux façons :

01. Il est interdit d'induire sous hypothermie ou d'administrer des drogues à un organisme humain avant que deux électroencéphalogrammes séparés par « plusieurs heures » ne soient plats. La mort biologique irréversible étant alors évidemment survenue, il est totalement illusoire de pratiquer une congélation.

02. Il est interdit de pratiquer sur un cadavre toute opération visant à le conserver durablement et encore moins pour « une période de durée indéterminée ». Un cadavre doit être soit enterré, soit embaumé dans les huit jours suivant le décès. Et si embaumement il y a, il ne doit pas dépasser un délai de un mois, à l'issue duquel l'enterrement ou la crémation sont obligatoires.


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Titre : ANATOLE DOLINOFF I SOCIÉTÉ CRYONICS DE FRANCE
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Une introduction à la cryonie, sous forme d'entretien avec Anatole Dolinoff, fondateur de la Société cryonics de France, rencontré en 1997 dans son palace de l'ouest parisien. La suspension cryonique est la pratique qui permet de conserver les corps de patients déclarés légalement décédés en les maintenant à des températures extrêmement basses dans l'espoir d'une future réanimation et éventuellement guérison dans le cas de maladies actuellement incurables.

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