HERETIK SYSTEM « PUR UNDERGRONDE »


Enregistrement : Archives de La Spirale (1996-2008)

Pur Undergronde ! Répression policière, ignorance ou agressivité des médias de masse. L’underground électronique affiche une forme insolente face à l’adversité et fait preuve d’une étonnante créativité alors que les free-parties réunissent chaque week-end plus d’adeptes aux quatre coins de l’Europe. Rencontre avec les membres de la tribu Heretik System.

Propos recueillis par Laurent Courau, à la fin du siècle dernier.



Piscine de Molitor (2001). Image extraite de Heretik System - We Had A Dream (2010), un documentaire de Damien Raclot-Dauliac.

Comment définiriez-vous Heretik ? C'est un label, une tribu, un sound-system ? Un mix de tout ça ? Et qui sont les membres du collectif ?

HERETIK c’est une tribu, des labels, un sound-system, et avant tout une famille de passionnés. C’est un concept festif et artistique où chacun, quelque soit son domaine d’expression, apporte son énergie. C’est aussi une volonté d’indépendance (de liberté ?).

Le collectif ? Une vingtaine d’activistes… musiciens, techniciens, épicuriens.

Qu'est-ce qui fait la spécificité du sound Heretik ? Et quels sont les autres collectifs dont vous vous sentez proches ?

Sans aucun doute la diversité des personnages; sûrement aussi un brin de talent et un peu de magie.

C’est les SPIRAL’s qui nous ont scotchés à la tekno. Les proches aujourd’hui c’est IMPAKT-TEKNOCRATES, FURIOUS, TNT… à l’étranger HEKATE, MONONOM… les musiciens aussi, CORE-TEX, BLOC46, CRYSTAL DISTORTION, SUB-RADAR.

Si j'ai bien suivi, vous existez depuis 1996. Comment voyez-vous l'évolution de la scène free depuis vos débuts ? Est-ce qu'on peut encore parler d'unité dans cette mouvance ?

On est passé de 300 personnes à plus de 4000 en 5 ans dans nos fêtes. Le mouvement s’est ouvert à un public plus large. Aujourd’hui bien des gens bougent en free sans se sentir marginaux. Ce n’était peut-être pas le cas il y a quelques années. Le nombre d’acteurs et de productions de la scène free a explosé et des talents ont émergés, ce qui a sans doute participé à l’expansion du phénomène. Cependant quantité n'est pas toujours synonyme de qualité.

L’unité se crée en fonction des accointances plus que par principe… mais une passion commune l’encourage !

Quelle est aujourd'hui la position des autorités en ce qui concerne les free-parties et les teknivals ?

Flou artistique.

En teuf, Impossible de savoir à l’avance ce qui va se passer. Les circulaires ministérielles sont peu claires et finalement c’est surtout à l’appréciation du chef de la police locale… On reste quand même les boucs émissaires du discours officiel.

Les teknivals, par contre, pas de doute : il y a bien longtemps que les autorités n’ont plus leur mot à dire…

Dans Utopie ?, un texte de 1999 publié sur votre site, vous accusiez l'intelligentsia "tekno-commerciale" de vous pousser à la marginalisation en ne vous laissant vous exprimer que dans des lieux à 150 bornes de Paris et des bleds perdus. Qu'est-ce qui vous fait croire que vous dérangez et qu'il y a une volonté délibérée de vous écarter ?

Pour la volonté de nous écarter, surtout les gaz lacrymaux, en fait…

Mais ce n’est pas le fait de l’intelligentsia « tekno-commerciale » mais plutôt des pouvoirs publics (relire Utopie ? !).

Qui est-ce que vous englobez dans cette intelligentsia ? Coda, Trax, FG? Les sous-labels des majors ?

Le microcosme des journalistes spécialisés qui a pris pour habitude de nous ignorer ou de réduire notre mouvement à ses défauts.

Les sous-labels des majors on sait même pas qui c’est… on a une volonté d’autogestion totale.

Vous dites dans le même texte ne plus en être à défendre votre droit à faire la fête et que le temps des conquêtes est arrivé pour la scène Free. Qu'entendez-vous par là ?

Aujourd’hui la répression policière est moins soutenue. Le droit à la fête a donc semble-t-il progressé, mais c’est sans aucun doute plus dû à l’acharnement des sound-system et des participants qu’à une ouverture d’esprit des autorités. Si le mouvement a grandi, c’est parce qu’il ne s’est pas laissé faire. Aujourd’hui la scène free peut continuer à conquérir du terrain…et des oreilles.

Vous organisez des fêtes au Gibus en prônant l'ouverture. Qu'est-ce qui vous a poussé dans cette direction et comment réagissent les autres acteurs de la scène free ?

On a toujours joué en club. C’est une autre ambiance, un autre public pas forcément initié à la free, qui n’est pas désagréable. C’est un terrain d’expression… exemple type de ce que la scène free doit conquérir. Ca permet aussi de faire la teuf en semaine !

Concernant les médias, vous croyez vraiment qu'être reconnu par la presse, spécialisée ou non, serait une bonne chose ? En dehors du besoin légitime de reconnaissance, est-ce qu'il ne vaut mieux pas vivre caché pour être heureux ?

On est bien heureux quand on est cachés dans un teknival au fin fond de la République Tchèque !!! On ne demande pas une reconnaissance pour nos fêtes mais pour notre musique. Les fêtes sont déjà énormes. On n’est pas sûrs qu’il y ait beaucoup d’artistes qui fassent des concerts de 2 à 4000 personne toutes les semaines, et dont personne ne parle. Le décalage semble évident, non ?

On entend effectivement très peu parler de la production musicale de la scène free à l'exception de quelques compilations de morceaux des Spiral's Tribe et deux, trois autres trucs. Pouvez-vous nous en parler ?

On n’est pas journalistes…

Revenons plus spécifiquement à votre label. Parlez-nous de vos productions.

On bricole… 43 vinyles sortis de nos usines ou de nos caves… On s’attache aujourd’hui à contrôler totalement la production et la distribution de nos supports musicaux. Et on a même la prétention d’avoir un style HERETIK (hard floor ?!)

Comment fonctionne le label ? Où trouve-t-on vos pressages ?

Pour l’instant dans les magasins de vinyles tekno. On est en train de mettre en place un réseau de distribution par Internet (pour les distributeurs et les particuliers), qui sera opérationnel d’ici deux mois.

Comment voyez-vous l'avenir ? J'imagine bien que ça pourrait être marrant d'aller «chier sur le dancefloor du Queen avec la bénédiction des patrons» (référence à un des textes publiés sur le site Heretik.org) mais ça ne remplit pas une vie. Quels sont vos projets ? Vous pensez notamment pouvoir continuer à vous développer sans faire trop de compromis avec l'intelligentsia "tekno-commerciale" ?

HERETIK ça remplit nos vies. On est avant tout des passionnés, et on est pas près de lâcher l’affaire. On kiffe trop ! On veut inonder les bacs et répandre l’activisme festif. On veut se donner les moyens de faire des fêtes qui vivent, des fêtes qui marquent. Quant au compromis… On est pas contre un petit hold-up ?!?


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Titre : HERETIK SYSTEM « PUR UNDERGRONDE »
Auteur(s) :
Genre : Interview
Copyrights : La Spirale.org - 1996-2008
Date de mise en ligne :

Présentation

Heretik - Une interview tirée des archives de La Spirale.

A propos de La Spirale : Née au début des années 90 de la découverte de la vague techno-industrielle et du mouvement cyberpunk, une mouvance qui associait déjà les technologies de pointe aux contre-cultures les plus déjantées, cette lettre d'information tirée à 3000 exemplaires, était distribuée gratuitement à travers un réseau de lieux alternatifs francophones. Sa transposition sur le Web s'est faite en 1995 et le site n'a depuis lors cessé de se développer pour réunir plusieurs centaines de pages d'articles, d'interviews et d'expositions consacrées à tout ce qui sévit du côté obscur de la culture populaire contemporaine: guérilla médiatique, art numérique, piratage informatique, cinéma indépendant, littérature fantastique et de science-fiction, photographie fétichiste, musiques électroniques, modifications corporelles et autres conspirations extra-terrestres.

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