SEB EL ZIN


Enregistrement : 26/08/2015

Des steppes turques d'Asie Mineure aux canaux d'Amsterdam, Seb El Zin traverse les pays et les cultures au service de sa musique. Un troubadour électrique protéiforme qui s'incarne au fil de ses projets et de ses collaborations.

Bien que plus connu pour le groupe Ithak, on le retrouve également aux manettes de l'inclassable Anarchist Republic of Bzzz, sur des projets solitaires de musique électronique futuriste orientale ou au micro de Naked Wolf, projet inclassable de Luc Ex.


Propos recueillis par Laurent Courau

ITHAK à l'Alimentation Générale

Ithak sera en concert le samedi 12 septembre à l'Alimentation Générale (62 rue Jean-Pierre Timbaud, 75011 Paris - Métro Oberkampf, République ou Couronnes). Ouverture des portes à 21:00.



Peux-tu nous toucher quelques mots du mystérieux Maitre Abdul Vector Von Hassid, lequel serait à l’origine de la formation du groupe Ithak ?

Mathématicien, musicien, kabbaliste, derviche, écrivain, marchand…On ne sait pas grand chose de la vie d'Abdul Vector Von Hassid. Il meurt en 1725, à l'âge de 55 ans. Né a Smyrne, il semblerait qu'il ait côtoyé la secte sabbatéenne, nihiliste et clandestine des « Karakash », dirigée par Baruchiah Russo, alias Osman Baba.

Il se faisait remarquer par la beauté de sa voix, écrivit plusieurs ouvrages de physique et élabora une surprenante théorie musicale connue sous le nom de « Traité des fluides Sonores ».

Grand voyageur, il est reçu a la cour de Louis XIV de France en 1707, où il rencontre Francois Couperin qui y fait référence dans ses lettres comme d'un « ascète clairvoyant pourvu d'étonnantes intuitions musicales ». On lui attribue l'invention du procédé mécanico-chimique nommé le Réducteur de Chaos, aujourd'hui au Musée de la ville de Van (Turquie).

Lors d'un de mes voyages dans l'est de la Turquie, j'ai eu l'occasion de rencontrer certains membres de cette confrérie, grâce à qui j'ai découvert ce personnage incroyable et son travail.

Pourquoi ce nom d’Ithak ? S’agit-il du but ultime que personne ne souhaite atteindre, puisque c’est véritablement l’Odyssée qui compte ?

Je n'aurais pu mieux dire....c'est aussi l'idéal, fantasmé et inaccessible...



Vous comptez quelques célébrités parmi les fans d’Ithak, notamment John Zorn et Steve Hillage. Arto Lindsay, Marc Ribot et Mike Ladd participent à Anarchist Republic of Bzzz. Kiki Picasso collabore à tes différents projets, tu joues avec Luc Ex de The Ex dans Naked Wolf. As-tu le sentiment de faire ainsi partie d’une famille informelle ou d’un réseau d’artistes, inclassables, opérant à l’écart des normes et des diktats de l’industrie ? Qu’est-ce qui vous réunit ?

Fan est un grand mot. Je constate qu'une certaine classe de musiciens apprécient notre musique, mais ça semble logique dans la mesure où certains d'entre eux l'ont influencée.

« Inclassable » est un mot qui définit certainement mon travail et celui des artistes avec qui je collabore. Mais dans mon cas, ceci n'a jamais été un choix mais bien la résultante de mon parcours personnel et artistique. En revanche j'ai toujours cherché, et revendiqué la différence. Être un épigone ne m'a jamais intéressé.

Si je voulais faire beaucoup d'argent en me fondant dans la norme, ce n'est pas vers la musique que je me serais dirigé. J'ai un diplôme d'ingénieur en acoustique… Je pense qu'il y a un gros malentendu là-dessus aujourd'hui, entretenu par les médias dominants, qui font croire que la musique, c'est le showbiz, la gloire, et qu'on peut devenir une star du jour au lendemain.

C'est de la logique de consommation fast-food, rien de plus... Plus vite tu montes, plus vite tu redescendras, tu es un produit. J'avais coincé un mec de chez Universal dans une soirée et je lui avais demandé pourquoi ils travaillaient toujours avec des artistes bidons, plutôt que des vrais. Il m'avait répondu qu'un « vrai » artiste va vouloir tout te faire refaire, tout contrôler… Or le temps c'est de l'argent !

Il y a en effet une posture « politique » - assumée comme telle, ou pas - qui semble être un dénominateur commun aux musiciens avec qui je travaille. Cette posture se caractérise par une grande exigence artistique et une volonté d'aller de l'avant, artistiquement, mais aussi - ça va de pair - socialement. Comme je le disais, il y a une conception du rôle de l'artiste et de son oeuvre radicalement opposée a celle que nous sert quotidiennement l'industrie porno-médiatique.

Cette « famille » ne se limite d'ailleurs pas a la musique, je peux citer des dizaines d'écrivains, de peintres, de poètes et de réalisateurs qui ont eu sur moi des impacts fondateurs.

Mais plutôt que de famille, qui évoque quelque chose de fermé sur soi et d'excluant, je préfère parler de « lignée ». Je me souviens que, plus jeune, lorsque je découvrais un artiste qui me touchait particulièrement, je lui rendais un hommage intérieur, comme a un grand frère, pour le remercier de me montrer la bonne voie... c'est naïf certes, mais ça évoque bien cette sensation de « lignée »…

2015 sera l’année du « deuxième album », à la fois pour Ithak, pour Anarchist Republic of Bzzz et ton projet parallèle de musique électronique orientale. Sans oublier le second album de Naked Wolf, prévu pour le début de l’année 2016. Comment expliques-tu ce soudain foisonnement ? Un configuration astrale toute particulière, l’irruption d’un généreux mécène ou les bienfaits de ta nouvelle vie campagnarde ?

Ni horoscope favorable, ni marabouts, ni mandalas récités en boucle… (sourire) J'ai monté, il y a un an, mon label Bzzz Records, ce qui me permet de sortir mes productions au fur et à mesure. J'ai trop perdu de temps a courir après les labels. J'aurais du faire ça bien avant ! Du coup, je sors petit a petit tous les disques qui traînent dans mes tiroirs, en commençant par les plus récents. Par la suite, je compte bien signer aussi des artistes que j'apprécie.

J'ai aussi passé les quatre dernières années à Istanbul. J'y ai appris le ney, le saz et la musique classique turque, qui est une musique microtonale et qui m'intéresse donc particulièrement. Par contre, c'était difficile de faire avancer les choses de là-bas. Du coup, je suis revenu en France depuis un an - dans le Manoir que tu connais- pour monter un studio d'enregistrement hi-tech avec Niktus (bassiste de FFF) et Freddy Martineau (ingénieur-son d’Oxmo Puccino, de The Do et de Salif Keita).

On n'a pas perdu notre temps ! On y a enregistré le deuxième album d'Ithak et une partie du deuxième album d'Anarchist Republic of Bzzz. Par contre, cette vie campagnarde fut de courte durée puisque je repars m'installer en partie à Amsterdam.

Quelle distinction fais-tu entre ces différents projets musicaux ? Que ce soit en terme d’influences, de styles et de sons, ou plus simplement de ce qui t’a motivé pour les lancer ou y participer ?

Je pense que la raison d'être de cette multitude de projets est tout d'abord un souci de clarté d’abord envers moi-même, puis envers l'auditeur. À un moment donné, j'avais tellement d'envies et d'idées musicales différentes, qu'il a été salvateur pour moi de classifier et de savoir à quel projet coïncidait telle ou telle idée.

De plus, au vu de la situation musicale en France, un projet fourre-tout serait un véritable suicide. Je suis certain qu'un Zappa serait totalement inconnu aujourd'hui...

Ithak a maintenant plus de dix ans. Nous sommes passés par plusieurs styles différents, en continuant d’évoluer sans arrêt. C'est un peu comme un laboratoire. La formation a pas mal changé aussi depuis le début, l’époque où nous fonctionnions en trio.

Le mot d'ordre dans ce groupe a toujours été: « Tout est permis, sauf la banalité » Du coup, on s'est même permis d’être kitsch sur certains passages du premier album (reprise de Schumann, emploi du vocoder sur Sentier des Lunes. Ce n'était pas très malin, commercialement parlant, car beaucoup de gens n'ont pas compris ce second degré, surtout les Français… En revanche, nous avons eu pas mal de succès en Allemagne ou en Hollande, où ce côté français décalé était plutôt bien accueilli. En revanche, pour l'album à venir, on a éliminé tout recours aux samples et aux pads électroniques. On s'est plus concentré sur le son, l’homogénéité, en enregistrant l'album en situation live, quasiment sans overdubs, ce qui a énormément favorisé la musicalité du résultat.



Anarchist Republic of Bzzz est un un projet beaucoup plus conceptuel qu'Ithak et moins axé sur le live. Entité géo-politique située entre 20 et 20MHz, c'est aussi un tout autre procédé de composition, que je compare à de la peinture. Je demande à un musicien de venir improviser sur une matière déjà existante, suite à quoi je réécoute et réagis à ses propositions. Je découpe, copie, duplique, garde une note par ci, un riff par là.... J'exporte alors la nouvelle version mise à jour, puis je réitère ça avec les autres musiciens. Au final, ça génère une musique à laquelle personne ne s'attendait vraiment, mis a part moi - dans les grandes lignes.

Je suis assez fan de cette façon de composer que j'ai mise au point. Ca permet d'avoir une idée générale et conceptuelle du résultat qu'on veut atteindre, sans vraiment avoir un contrôle total dessus. C'est presque comparable a un procédé a la Raymond Roussel. Par exemple, sur le prochain album United Diktatürs of Europe, j'ai commencé par enregistrer des amis percussionnistes à Istanbul, en leur demandant de me jouer un panel de rythmes traditionnels turcs. Après ça, je suis parti à Amsterdam pour demander à Luc Ex d'improviser par-dessus. J'ai alors édité ses propositions, que j'ai montées par-dessus les percussions, puis j'ai enregistré mes guitares et mon ney, puis Arto Lindsay par-dessus ces nouvelles propositions. Une fois cela édité, j'avais déjà une bonne base de départ pour les titres à venir, sur lesquels j'ai aussi fait improviser un joueur de kanun d’Istanbul, ainsi que Murat Ertel de Baba Zula, puis Mike Ladd, etc. Mais je ne vais pas tout vous révéler, avant que l'album ne sorte. (sourire)

Quant à Kiki Picasso, c'est un membre à part entière du groupe - le Ministre de la Propagande . On est vraiment sur la même longueur d'ondes. Tu n'as pas besoin de lancer Kiki pour te pondre un truc visuel qui va envoyer du lourd… en général, il va même plus loin que ce que à quoi tu t’attendais. Il fait aussi la couverture de mon disque solo Grand Bazar (que j'avais d'abord appelé Sonic Djihad, mais bon, au vu de l'actualité, j'ai trouvé de bon ton de changer de titre), que je sortirai début 2016 sur le label.



Nous venons d’évoquer ton projet de musique électronique orientale. J’ai eu l’occasion d’écouter quelques bribes de ce nouvel album dans ton studio de Normandie, qui m’ont immédiatement évoqué les romans cyberpunk moyen-orientaux de George Alec Effinger. Et j’aimerais justement que tu nous parles des liens particuliers que tu entretiens avec le Moyen-Orient, Istanbul, la Turquie, leurs cultures et leurs musiques…

Je n'ai pas encore eu le temps de lire Effinger que tu m'as conseillé. C'est dans ma liste...

Pendant mes quatre années stambouliottes, j'ai tenté de monter plusieurs groupes avec des musiciens. Ca s'est systématiquement soldé par des échecs... du coup, je me suis décidé à faire un album dans ma piaule, en collaboration avec mon seul ordinateur... de là est issu l'album « Grand Bazar » qui sort l'année prochaine.

Replaçons les choses dans leur contexte. C’était en plein pendant les événements de Taksim et de Gezi Park. C'était une vraie révolution là-bas, avec des barricades de pavés dans les rues, des bus renversés, brûlés et taggés, les courses poursuites entre les bombes lacrymogènes avec les flics sur-équipés. Certains de mes amis faisant partie des activistes, je passais beaucoup de temps au milieu de ces rassemblements, à Beşiktas et à Taksim. On a même joué de la musique improvisée sur la scène du parc devant 5000 personnes avec un groupe fondé une heure avant le concert... c'était Woodstock ! Un grand vent de liberté a soufflé sur la Turquie ces jours-là !
Je pense que toutes ces vibes se retrouvent dans cet album, sur lequel j'ai cherché à transposer la musique turque populaire d’un proche futur.

Je pense que mon premier contact avec le Moyen-Orient s’est fait à travers les écrits de Georges Gurdjieff, qui m'ont beaucoup marqué quand j'avais vingt ans. Bien des années plus tard, j'ai rencontré Melek avec qui j'ai fait le tour de la Turquie et avec qui j'ai été confronté a la complexité ethnico-philiosophico-religieuse de ce pays issu des cendres de l'empire ottoman. Toutes ces ethnies qui s'entrecroisent - Kurdes, Azéris, Arméniens, Géorgiens, Lazes, Grecs, Bulgares, Turcs, Arabes - et ces religions : sunnites, chiites, alevis, bektachis, juifs, dönme, yezides, chretiens syriaques, orthodoxes, le soufisme et ses centaines de branches.... ont exercé sur moi une réelle fascination.

Pour information, la Turquie est aussi un état laïque dans sa constitution, même si la politique actuelle de ce taré d'Erdoğan est une vraie catastrophe. De toutes façons, tous ces pays disent être des démocraties mais ça fait longtemps que le peuple n'a plus son mot a dire… ça ne te rappelle pas un autre pays ?

Je suis tombé amoureux de cet instrument qu'est le Ney. C'est un son qui t'emmène très loin vers l'intérieur… Dans ma recherche d'un maître pour me l'apprendre, j'ai pu intégrer les confréries soufies d'Usküdar, le quartier qui conserve l'âme du vieil Istanbul et j'ai ainsi pu affiner mon oreille aux intervalles microtonaux de la musique classique ottomane, avec le maître du ney Salih Bilgin.

Ceci alimentait en parallèle mon projet sous-jacent de recherche sur l'harmonie microtonale qui me tient a coeur depuis plusieurs années. L'harmonie microtonale est un no man's land musical, qui, comme la Gorgone, effraie et paralyse quasiment tous ceux qui s'en approchent. Lors de mes études a l'IRCAM, j'avais évidemment découvert et beaucoup apprécié Gérard Grisey, mais je trouvais la division en quart de tons trop arbitraire.

Étudier la musique classique ottomane m'a permis d'entendre des intervalles plus subtils que les quart de tons, et de partir d'une tradition. Il faut bien partir de quelque-part… De plus, ça a l'énorme avantage d'avoir des musiciens capables d'entendre ce que tu leur demandes de jouer ! À un moment donné, il faut arrêter l'intellectualisation et être pragmatique. C'est ce pragmatisme - et ma fascination pour le ney - qui m'a incité à me rapprocher de la musique ottomane (et aussi les bons conseils de Julien Weiss, paix a son âme, qui m'a beaucoup aidé dans cette démarche).

Le label Signatures-Radio France vient de me confirmer l'enregistrement d'un disque pour 2016, sur lequel figureront des harmonisations microtonales de mélodies classiques ottomanes, sur lesquelles je travaille depuis deux ans, ainsi qu'un récitatif pour actrice (à déterminer), Ithak, Choeur et invités, autour de Phèdre de Yannis Ritsos (que j'avais composé il y a déjà plusieurs années) et un hommage a Harry Partch, génie absolu et pionnier de l'harmonie microtonale.

Question rituelle sur La Spirale, comment vois-tu l’avenir ? À la fois d’un point de vue personnel et général ? Que ce soit pour toi, ta famille et tes projets artistiques, aussi bien que pour l’ensemble de la planète et des civilisations qu’elle accueille ?

Sur le plan cosmique, je suis optimiste. Si on devait tous crever demain, ce serait plutôt une bonne choses pour la planète je crois, non ? Surtout que l'univers étant infini, la probabilité qu'il y ait une autre planète où l’on parle le breton ou l'on fasse des chants diphoniques est de 100% ! Donc tout ça n'est pas bien grave.

Pour la planète, je suis consterné par la situation de l'Afrique… Khadafi était un fou mégalomane, mais il avait des grandes idées pour son continent. Il voulait créer une monnaie unique et il gérait la circulation des armes dans la région. Depuis qu'il s'est fait assassiner, c'est la grosse merde dans toute la région. Merci qui ? Merci Sarkozy ! J'ai fait un rêve un jour où j'étais a Dakar, mais c'était un Dakar futuriste, avec des véhicules en apesanteur, des boubous et de grandes tours de verre. C'est un peu ce que je leur souhaite : que ce continent devienne maître de sa destinée.

D'un point de vue plus général, je pense que l'Homo sapiens a rarement été aussi con. Alors, faisons des enfants, aimons-les et éduquons-les. Si on ne laisse que les abrutis se reproduire, je ne vous dis pas la gueule des prochaines générations ! Mon gamin de quatre ans possède trois passeports différents, parle trois langues. On verra bien ce qu'il fera, mais ça limite le risque de devenir un débile nationaliste… La capacité à prendre de la distance sur ses certitudes, sur sa culture, sur sa manière de manger, de parler, de vivre, de composer, me semble être la seule façon de devenir un Humain, et la première étape indispensable pour expérimenter le « Grand Tout ». Autant dire qu'on prend plutôt la direction du « Grand Rien »…

D'un point de vue personnel, je ne me projette pas trop dans l'avenir. J'essaie d'avancer pas à pas, et ça me prend assez de temps comme ça… J'essaie d'accueillir la vie et ses opportunités à bras ouverts et au jour le jour. Disons que j'ai la chance de vivre dans un pays où je ne risque pas ma vie à chaque seconde. Aujourd’hui, cette nonchalance est un luxe.


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A propos de cet article


Titre : SEB EL ZIN
Auteur(s) :
Genre : Interview
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Date de mise en ligne :

Présentation

Des steppes turques d'Asie Mineure aux canaux d'Amsterdam, Seb El Zin traverse les pays et les cultures au service de sa musique. Un troubadour électrique protéiforme qui s'incarne au fil de ses projets et de ses collaborations.

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