FLORENT ESPANA


Enregistrement : 29/08/2015

Échanges avec le peintre Florent Espana autour de la notion d'accumulation, centrale dans ses deux séries de tableaux « Favélas » et « Street of Rage », mais aussi chère à une époque à deux doigts de la rupture, en surconsommation à la fois d'êtres et de biens.

Propos recueillis par Laurent Courau

LA CAVERNE DE LA SPIRALE

Florent Espana participe à la Caverne de La Spirale, du 07 au 26 septembre 2015, au Cabinet des Curieux (Paris). « ...d'Ali Baba à Platon, en passant par Sid Vicious et Timothy Leary ! »

Sculpture, peinture, photographie, art numérique, photo-reportage et autres bizarreries... 21 artistes pour le 21ème anniversaire de l'Étrange Festival, sous la houlette de La Spirale.org au Cabinet des Curieux. Exposition collective du lundi 07 septembre au samedi 26 septembre 2015 - Vernissage le lundi 07 septembre à partir de 19:00 :

Gilles Berquet, Rodolphe Bessey, Chris Coppola, Vincent De White, Florent Espana, Magali F. Fouquet, Denis GRRR, Jakè, Alain Juteau, Lionel ''Foxx'' Magal, Yann Minh, Emile Morel, Tünde Ökrös, Aude Osnowycz, Nathan Pazsint, Kiki Picasso, Claude Privet, Arnaud Sagon, Sopravento, Romain Slocombe, David Sphaèr’os, avec la participation des éditions Serious Publishing, de Crium Amicorum et de la Demeure du Chaos

Le Cabinet des Curieux - 12, passage Verdeau, 75009 Paris
Téléphone : 01 44 83 09 57 - 06 13 74 78 92



Qu’est-ce qui a déclenché ton travail inspiré des favélas brésiliennes, dont nous exposons un tableau dans le cadre de l’exposition collective « La Caverne de La Spirale » ?

Ce travail intitulé « Favélas » est né de la fusion de deux recherches picturales bien distincte.

L'une consistait en l’analyse plastique de la décomposition des effets du souffle atomique, au travers d’encres et de dessins. Ces images reflétaient des « paysages » inondés par la lumière blanche et étaient souvent rythmés par une architecture chaotique.



La seconde consistait en la mise en abime réaliste, voire hyper-réaliste d’événements liés aux conflits armés contemporains. Peintures à l’huile essentiellement, des montages photographiques dont les sources offraient un panel macabre de représentation de la guerre : mon « Guernica » !

À la suite d’une réflexion artistique sur les moyens de faire fusionner ces deux travaux (combiner la notion de rythmes abstrait et de formes chaotiques à la représentation réaliste et triste du terrain urbain)… je sais, ce n’est pas très gai.

Les favélas ! Ca m’a frappé comme une balle dans la tête ! Bien au-delà de mes pensées et de mes réflexions qui d’emblée étaient devenues très primaires. Ce motif synthétisait mes recherches et m’offrait une qualité, une quantité de réflexion bien plus vaste… Rythme, couleurs, abstraction, chaos, structure, réalisme, engagement…

Une entité complète et complexe, dont je me devais d’extraire la substantifique moelle. Et ce fut le début d’une nouvelle aventure !



Au-delà de ces favélas, tu semble porter un intérêt particulier au concept d’accumulation. Une constante de notre époque au travers de sa surconsommation, de ces usines-villes et de ces ports de marchandises sans fin. Qu’est-ce qui t’interpelle là-dedans ?

L’accumulation... la sur-consommation... Surconsommation peut-être aussi...

La répétition est une notion qui m’a toujours marqué et plu, dans le contexte artistique. En fait, elle me parait aujourd’hui essentielle pour approcher ma « nécessité intérieure ». Ainsi, dans mes favélas, je marque le rythme de la composition par le biais de mon couteau, en déposant la matière dans un effet de répétition. Avec le recul, les formes peuvent paraître identiques, mais dans le détail sont toutes uniques. Cette production de copies m’évoque cette idée de sur-consommation.

L’étagement des formes (phénomène visuel) des favélas brésiliennes m’inspire dans sa capacité à supplanter un univers par un autre. Cette combinaison d’émotions accumulées m’inspire dans la diversité et variété des motifs qu’elle autorise. L’accumulation comme une jubilation frénétique, une constante en évolution permanente, une mutation artistique et sociale !



Si ta série sur les favélas participe d’un état des lieux inquiétant, il me semble que ton autre série « Streets of Rage » contient au moins un embryon de réponse ou du moins le souffle d’une révolte qui peut amener à ce début de réponse. Est-ce ainsi que tu perçois la manière dont tes tableaux questionnent et se répondent ?

Si mes favélas sont l’expression de ma vision du monde, les peintures que je produis autour en sont des détails. Ces scènes, portraits et natures mortes, sont un moyen de me situer dans ce contexte. Je peins une réalité fantasmée qui, souvent, me confronte à mes peurs, à mes idées les plus noires. En réalité, ma peinture parle à ma place. « Street of Rage » fait référence à un jeu vidéo, un jeu de baston dont l’avatar évolue dans une ville de tous les dangers, la mort le guettant à chaque coins de rue! Violent, j’adore !

Et tout est dit... La violence est addictive. Mon univers en est donc muni, conservant cependant une part d 'espoir, un souffle de lucidité. Des peintures comme des armes non létales, aux idéaux pacifistes mais aux représentations guerrières. Des allégories.

Comme les punks de la grande époque, on te sent partagé entre une envie de dénoncer l’état de notre monde et une fascination pour ce même effondrement latent. Jusque dans ta série « Erotic Tween » qui comporte elle aussi sa part de mutation, avec ses nymphes à deux têtes. Est-ce que tu penses que les artistes doivent s’impliquer dans leur époque au travers de leur art ?

Oui ! C’est d’ailleurs la raison pour laquelle je parle de fantasme, plus que de réalité. La part de rêves et de visions est non négligeable dans mon oeuvre. À la manière des surréalistes, dans le propos des dadaïstes, dans l’imagerie de science-fiction ! Il y a certainement du « Terminator mixé à du Brazil » là-dessous ! L’anticipation pourrait être le fil rouge de ma création. Je crois que l’artiste, quelle que soit son oeuvre et son art, est engagé. Pour ma part, cela se traduit par la tentative d exprimer une opinion, ma propre vision du monde.



Concluons par la question de conclusion rituelle de La Spirale, qui prend ici toute sa saveur… Comment vois-tu le futur, que ce soit à un niveau tout personnel ou de manière plus générale, pour l’ensemble des civilisations qui cohabitent sur cette planète ?

Waouh ! Jodorowskienne est ma vision du futur! Une fusion-fission-fusion des Genres et de la Nature. Une mutation atomique génétiquement modifiée. Un monde plus « star-bomba » que « tsar-bomba » ! Encore une fois, un fantasme.


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Titre : FLORENT ESPANA
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Genre : Interview
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Échanges avec le peintre Florent Espana autour de la notion d'accumulation, centrale dans ses deux séries de tableaux « Favélas » et « Street of Rage », mais aussi chère à une époque à deux doigts de la rupture, en surconsommation à la fois d'êtres et de biens.

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