YANN MINH 2015


Enregistrement : 31/08/2015

Retour vers le futur et immersion prospective avec Yann Minh, compagnon de route de La Spirale depuis la fin du millénaire dernier. Déjà présent dans Mutations pop & crash culture, notre première anthologie parue en 2004 aux éditions du Rouergue / Jacqueline Chambon, ainsi que dans l'exposition de La Spirale organisée dans la foulée à la galerie Léo Scheer par le magazine Chronic'art.

Propos recueillis par Laurent Courau

LA CAVERNE DE LA SPIRALE

Yann Minh participe à la Caverne de La Spirale, du 07 au 26 septembre 2015, au Cabinet des Curieux (Paris). « ...d'Ali Baba à Platon, en passant par Sid Vicious et Timothy Leary ! »

Sculpture, peinture, photographie, art numérique, photo-reportage et autres bizarreries... 21 artistes pour le 21ème anniversaire de l'Étrange Festival, sous la houlette de La Spirale.org au Cabinet des Curieux. Exposition collective du lundi 07 septembre au samedi 26 septembre 2015 - Vernissage le lundi 07 septembre à partir de 19:00 :

Gilles Berquet, Rodolphe Bessey, Chris Coppola, Vincent De White, Florent Espana, Magali F. Fouquet, Denis GRRR, Jakè, Alain Juteau, Lionel ''Foxx'' Magal, Yann Minh, Emile Morel, Tünde Ökrös, Aude Osnowycz, Nathan Pazsint, Kiki Picasso, Claude Privet, Arnaud Sagon, Sopravento, Romain Slocombe, David Sphaèr’os, avec la participation des éditions Serious Publishing, de Crium Amicorum et de la Demeure du Chaos

Le Cabinet des Curieux - 12, passage Verdeau, 75009 Paris
Téléphone : 01 44 83 09 57 - 06 13 74 78 92



Le Scanner, l’oeuvre que tu présentes dans le cadre de La Caverne de La Spirale, date de 1995, mais pourrait avoir été produite hier, tant son esthétique se fond dans notre quotidien des années 2010. Comment l’expliques-­tu ? Est­-ce à dire que ton travail et tes références artistiques des années 80 et 90, par exemple la science­-fiction et l'érotisme, préfiguraient les décennies qui allaient suivre ?

C’est le contraire…  c’est notre nation qui est en retard… terriblement en retard. Dans mon adolescence, j’avais la certitude de ne pas être né à la bonne époque, d’être un enfant du futur perdu dans un passé archaïque, et j’attends depuis cinquante ans, avec impatience, qu’enfin les temps dont je suis issu me rejoignent.

Mon nom signifie « lumière », et j’étais un enfant des étoiles, un explorateur perdu dans un monde arriéré hostile, attendant qu’on vienne le sauver. Lorsque je marchais dans les rues du port de Lorient, vers la seule librairie de la ville achalandée en romans de science-fiction (la seule littérature qui décrivait mes origines), j’avais les yeux braqués vers le ciel, guettant derrière les nuages l’ombre immense de la nef intelligente qui, après son long périple dans le temps et l’espace, revenait me chercher. Ce qui donne une impression d’actualité à mes créations artistiques, c’est que petit à petit nos évolutions sociales et techniques nous rapprochent de mon époque d’origine.



Naaan, je plaisante… (sourire)

D’un point de vue moins poétique et plus analytique, je ne suis que le nootransmetteur parmi beaucoup d’autres auteurs, d’archétypes, ou plutôt de mèmes anciens et puissants, issus par mimétisme métaphorique des origines du vivant, et qui se propagent via nos mythes et nos gènes... via la biosphère, le cyberespace et la noosphère.

Le NøøScanner est une image qu’on peut qualifier d’archétypale. Elle est la formalisation graphique de ce que j’appelle des nooentités, les noocellules qui composent une des macro-entité de la noosphère, qui est en pleine expansion et qu’on appelle la science-fiction. Et ces populations immatérielles de nooentités, que Richard Dawkins appelle des mèmes, portées par toutes les créations artistiques similaires, contribuent à orienter nos société techno-scientifiques en alimentant les flux métaphoriques qui révèlent les grandes évolutions du vivant sur terre. Outre la métaphore du NøøNaute, d’explorateurs de la nøøsphère, je pourrai aussi définir la démarche de certains artistes, ou auteurs comme moi, comme des Noodétectives, qui révélons les entités mémétiques dissimulées dans nos sphères culturelles et cognitives. Ou je pourrai aussi me définir comme un nøøcontaminateur, qui contribue à propager certaines macro-entités mémétiques qui augmentent les grandes noopandémies.



J’ai réalisé les éléments visuels du NøøScanner dans le cadre d’une résidence artistique à la Maison de la culture de Saint-Étienne en 1995, et les dessins préparatoires datent de 1991. Le projet, initié par la direction de la maison de la culture, était de produire mon projet de pilote de magazine TV consacré à l’érotisme dans la création artistique. Finalement, devant le refus d’entrer en production des chaînes de télévision contactées à l’époque (« ce que tu as réalisé est trop bien Yann, on ne peut pas produire et diffuser ça, car tu impliques directement l’image de la chaîne, l’érotisme à la TV doit rester bas de gamme », dixit deux directeurs de programme), Haime est donc devenu un court-métrage de création dont j’ai supprimé les interviews d’auteurs, comme celles de Moebius et de Jodorowsky.  



Le NøøScanner était intégré dans mon adaptation SF/Fantasy/BDSM du poème de Baudelaire,  l’Héautontimorouménos. Pour l’anecdote, le début de ce poème avait été utilisé par Godard dans son Histoire du cinéma, pour illustrer l’impact de l’apparition de la télévision sur le cinéma :  « Je te frapperai sans colère et sans haine, comme Moïse le rocher… » 

Par bien des côtés, le NøøScanner est une allégorie cybersexuelle transhumaniste. Le NøøScanner avec mon projet de NooScaphe X, est un peu le prototype des performances de notre groupe Cyberesthésie à la Demeure du Chaos et au T.O.T.E.M. en 2010, où nous avons mis en scène en grandeur réelle des dispositifs immersifs et haptiques de cybersexualité en réseau.

La composition décrit un futur où notre sensualité sera stimulée et amplifiée par symbiose immersive avec nos outils. Ce qu’exprime cette oeuvre d’art numérique est effectivement en train de se réaliser actuellement en grandeur réelle. Ainsi le NøøScanner préfigurait sous une forme imaginaire, les dispositifs de cybersexe en réseau et les technologies immersives contemporaines de réalité virtuelle, associée à de la télédildonique. L’image du crâne sur l’écran, qui est une interprétation cyberpunk d’un dessin de Léonard de Vinci, est une référence à Éros et Thanatos.



Dans la sensualité amoureuse, il y a un anéantissement métaphorique de notre être sexuellement différencié au travers d'une complétude androgynique avec notre partenaire, mais c’est aussi le dispositif mis en place par l’évolution pour assurer la pérennité et complexification de la Vie, malgré l’impermanence des entités biologiques qui lui servent de support. Ainsi, le NøøScanner est aussi l’allégorie des mythes transhumanistes et singularitariens qui spéculent notre future immortalité, entre autre par la fusion humains-machines.

Cette fusion homme-machine radicale, et la transformation de nos relations cognitives par l’accroissement de notre longévité par delà la programmation biologique originelle, va provoquer inéluctablement, comme le craignent avec justesse les bio-conservateurs et les néo-luddites, la disparition d’une part de l’humanité qui nous a précédé. C’est Mac Luhan, toujours aussi visionnaire, qui disait dans son livre Pour comprendre les médias que l’humanité était l’organe sexuel des machines, qui leur permettait de se propager et de se reproduire. Tout comme, pendant l’acte sexuel, nous nous anéantissons métaphoriquement dans l’autre, cette fusion sexuelle incestueuse et alchimique avec nos machines induit un anéantissement similaire, où le cyborg ainsi procréé est la transmutation de l’androgyne originel... comme l’a si bien décrit Donna Harraway dans son Cyborg Manifesto.

De l’apparition de la guitare électrique à la démocratisation de l’ordinateur personnel, l’art me semble avoir toujours été lié aux évolutions technologiques. Or, nous traversons une période de très forts développements scientifiques et industriels, par exemple dans les biotechnologies, la nanotechnologie, l’exploration spatiale, la médecine et bien sûr dans tout ce qui touche à l’information et à son traitement. Est-ce que tu ressens, à la fois à ton niveau personnel et d’un point de vue plus global, une impulsion artistique et créative liée à cette dynamique ? Et si c’est le cas, dans quels domaines ?

Ce que je ressens de fort en ce moment, c’est le fait que des spéculations et prospectives propres à l’imaginaire de la science-fiction, et que j’ai découvertes dans mon enfance, essentiellement au travers des romans que j’ai lu, mais aussi au travers de mes pratiques (tekné) artistiques et littéraires, sont en train en train de sortir de la noosphère immatérielle de la fiction, pour se matérialiser en grandeur réelle dans le monde physique, ou dans les discours scientifiques, sociologiques et psychologiques.



Avec la popularisation de l’informatique, nous sommes en train de vivre une accélération de l’histoire radicale, qui permet aux sciences et aux techniques de matérialiser des spéculations très anciennes, qui n’appartenaient qu’à l'immatérialité des domaines des mythes et de l’imaginaire. Ma pratique de la tekné artistique, ou pour utiliser ma terminologie de la noonautique, m’amène à penser que les grands mythes ne décrivent pas des choses qui sont arrivées, mais décrivent des choses que nous allons ou devons réaliser. Ce sont des formes de programmation héritées par transposition mimétique, de notre structure génétique, la transposition sous forme métaphorique, dans notre espace culturel, de tropismes propres au vivant, issus des origines de la Vie, ainsi les artistes, les NøøNautes, transcrivent sous forme métaphorique les tropismes inscrits dans le vivant depuis les origines, comme par exemple le mythe de l’Arche de Noé, qui se perpétue depuis au moins la plus ancienne mythologie dont nous ayons une trace écrite, le mythe d’Atrahasis issu de Mésopotamie, mais qui existe aussi dans les mythes hindous. Ce mythe ne décrit pas un événement qui s’est produit, mais qui va se produire, que nous allons réaliser.



Il y a aussi comme exemple emblématique, le poète et artiste Homère, qui décrit dans l’Illiade des robots gynoïdes qui assistent Héphaïstos dans sa forge. J’ai cette intuition, qui se transforme en quasi certitude que la métaphore est l’émergence mimétique, dans nos espaces informationnels, de tropismes et structures essentielles du vivant. L’art, comme le langage, sont de nature métaphorique, mais la métaphore elle-même est une sorte de flux, de « gravité », de magnétisme, de « nootropisme » qui agit sur le plan immatériel de l’information et détermine, oriente l’évolution du vivant et de nos sociétés.

La conscience humaine, individuelle et collective s’inscrit dans le processus évolutif de la vie. L’humanité et ses artefacts ne sont pas distincts de toutes les formes que la Vie a prises sur Terre. Ce que nous faisons n’est que le prolongement de l’expansion et de la complexification du vivant sur terre.



Ainsi je discerne dans le cyberespace et la nooshère la convergence de plusieurs mèmes puissants, dont les copulations cognitives engendrent l'émergence de nouveaux syncrétismes mythologiques, comme la singularité et le transhumanisme :

. la mémétique qui, paradoxalement pour l’athée militant qu’est son inventeur le généticien Richard Dawkins, rejoint la vision illuminée du prêtre jésuite aventurier Teilhard de Chardin qui décrit dans son livre, Le Phénomène humain, une entité métaphysique agissant sur le plan de l’esprit et de la conscience : la NooSphère ;

. les Plasmes de l’écrivain de SF Philip K. Dick dans son roman SIVA, qui sont des entités métaphysiques utilisant le langage pour nous contaminer et se propager ;

. le cerveau planétaire et l’homme symbiotique de Joel de Rosnay ;

. le Nam Shub dans le roman Snow Crash de Neal Stephenson qui a inspiré la création du métaverse Second Life ;

. la philosophie cybernétique du mathématicien Norbert Wiener qui hiérarchise le vivant à l’aune des capacités de traitement de l’information ;

. le concept d’anthropocène qui formalise l’humanité comme un « phénomène” d’envergure planétaire, et donc cosmique ;

. l’extropie du transhumaniste Max More, qu’il oppose à l’utopie et à l’entropie, et qui rejoint ainsi le concept d’orthogenèse de Teilhard de Chardin.

Tout cela conforte l’idée très « new age », que l’humanité fait partie d’une gigantesque intelligence collective composée de l’ensemble des créatures vivantes de la planète, et aussi mon intuition que nos oeuvres artistiques, nos mythes, sont l’expression subliminale de la quête originelle de pérennité et de propagation du vivant, inscrite dans nos gènes et dans nos architectures biologiques et évolutives, que nous reproduisons inconsciemment par mimétisme et mémétisme.

Faisons preuve d’un optimisme démesuré pour aller à contre-courant du défaitisme ambiant, puisque c’est aussi notre travail en tant qu’acteurs des marges... (sourire) Qu’est-ce qui te permet encore aujourd’hui de croire au futur et en des lendemains qui chantent ? Où trouves-tu des bribes d’espoir face aux défis climatiques, démographiques ou énergétiques que nos civilisations se doivent de résoudre au plus vite ?

Mon optimisme n’est pas si démesuré, mais plutôt particulièrement mesuré. (sourire)

Par provocation je dis souvent que je suis « le » cyberpunk positif.

C’est une posture en creux que j’adopte face à une certaine propension cyberpunk à se complaire dans un cynisme politique pessimiste, en affichant un scepticisme distancié vis à vis de l’ensemble des évolutions sociales, culturelles, techniques contemporaines…

La vision pessimiste prométhéenne et apocalyptique du film Terminator et des militants bio-réactionnaires face à l’émergence des intelligences artificielles est un peu pour moi un archaïsme cognitif, dont je suis surpris qu’il perdure encore. Un peu comme la peur (fantasmée) des automates au Moyen Âge, ce sont en fait les miroirs en creux de notre propre peur de devenir des machines, de perdre notre flexibilité et discernement. Ce n'est pas des machines dont nous avons peur, c'est de nous-mêmes et de nos sociétés.

L’humanité, comme ses artefacts, fait partie de l’évolution du vivant.

Nos machines sont inscrites dans nos gènes, dès les origines, et nos intelligences artificielles sont une des étapes de l’évolution de la vie, vers les étoiles. Comme je l’ai illustré dans mon allégorie Sthéno, réalisée en l’an 2000 : « le sens de la vie, c’est la survie ».

Hors les étoiles, point de salut.



Nous ne savons pas d’où vient la Vie, mais nous pouvons mesurer comment elle a évolué depuis ses origines sur Terre. En quatre milliards d’années, la Vie s’est démultipliée et complexifiée, en progressant par étapes similaires à celles de la fameuse loi de Moore, comme le décrit Kurzweil avec l’échelle logarithmique de son Canonical Milestone.

Paradoxalement, une des choses les plus pérennes de notre cosmos, c’est la Vie. Mais dans un milliard d’année, l’état du soleil ne permettra pas à la Vie de perdurer sur Terre, il ne lui reste donc plus qu’un cinquième de son temps pour quitter le système solaire et essaimer dans l’univers, sinon elle est morte. Parmi la multitude de formes qu’a prise cette vie sur la planète, après des milliards d’années de complexification, la seule espèce, organisée en intelligence collective, actuellement capable de s’affranchir de la pesanteur terrestre pour atteindre l’espace, c’est l’humanité. Pour permettre à la vie d’assurer sa pérennité à l’échelle cosmique, nous allons devoir nous transformer, car nous ne sommes pas adaptés à la survie dans l’espace et à la très longue durée que représente le voyage entre les systèmes solaires… et nos machines, nos robots, nos intelligences artificielles, seront les partenaires symbiotiques qui nous aiderons à construire et piloter ces arches mythologiques pour atteindre les étoiles et « sauver » la Vie et sa diversité.

Ce n’est plus une de ces spéculations imaginaires des romans de science-fiction qui ont inspiré mon enfance. Ce que je décris, nous sommes en train de le réaliser en ce moment-même avec les programmes spatiaux, le décryptage et l’archivage des codes génétiques d'espèces vivantes ou disparues, les bio et les nanotechnologies, les intelligences artificielles, les robots… et cela, systématiquement, lorsqu’une nation atteint un certain niveau industriel, qu’elle soit démocratique, royaliste, laïque, capitaliste, communiste, mono ou polythéiste, animiste. C’est un tropisme à l’échelle du collectif... de la biosphère, de la vie en général, dont nous sommes l'un des éléments.

Alors oui. Nous vivons une accélération radicale de l’histoire, et c’est cela qui est exaltant. Nous sommes en train de vivre un moment crucial de l’évolution, à la croisée des chemins entre une singularité technologique salvatrice et une singularité écologique apocalyptique, résurgences sous de nouvelles formes de mythes très anciens. Quand on voit notre expansion, l’humanité fait partie des espèces qui ont le moins de problème de perpétuation sur la planète, et je n’ai aucun doute relatif à notre capacité collective à nous adapter aux évolutions actuelles de l’Anthropocène. Par contre, j’ai un sérieux doute, sur la capacité de certaines nations à se transformer, dont la notre.

La conscience écologique est très récente dans l’histoire de l’évolution. Elle date d’il y a une fraction de micro-seconde sur l’échelle du temps planétaire. Pour moi, cette conscience écologique devient collective, voir massive, lorsque les premières photos de la terre vue de l’espace ont été diffusée cinquante-cinq ans en arrière, en date du 1er avril 1960 (si si si… le 1er avril, un cynique politique pourrait dire que c’était le début d’une vaste farce).

Depuis, et ce grâce au développement des réseaux médiatiques qui synchronisent les humains entre eux, la conscience écologique est devenue une préoccupation planétaire, et l’humanité est en train de modifier sa façon de consommer, de produire de l’énergie, de recycler ses déchets. Nous sommes en train de changer notre façon de penser et de vivre, et cela à relativement grande vitesse en regard de notre évolution. À l’échelle collective de l’humanité, je suis donc optimiste, le virage est amorcé.

À notre petite échelle française, je suis beaucoup plus pessimiste, surtout ici, où nous avons accumulé des décennies de retard. Nous sommes nombreux à souffrir très concrètement des archaïsmes systémiques de nos administrations, de nos systèmes éducatifs et de nos services sociaux qui génèrent de plus en plus de misère et de précarité, en freinant la créativité et l’innovation, en excluant les gens les plus créatifs, mais qui sont souvent aussi les plus inadaptés et réfractaires aux inerties, aux conservatismes et aux absurdités institutionnelles. À tous les niveaux de production en France, je le vois tous les jours. Nous sommes comme des naufragés de la modernité, accrochés à nos bouées, ne prenant plus aucun risque, de peur de perdre notre dernier espoir de survie.

Un exemple emblématique est celui des fameux « migrants » et la façon dont nous avons du mal à changer notre mode de perception de l’humain et de ses sociétés. « Monsieur, vous ne resterez pas comme des poissons rouges dans la forteresse européenne ! À l'heure d'aujourd'hui, l'Europe ne sera plus jamais épargnée, tant qu'il y aura des conflits ailleurs dans le monde. » - Fatou Diome sur France 2 dans l'émission « Ce soir ou jamais » du 24 avril 2015.



Il est vain de croire que nous pourrons fermer et contrôler nos frontières. Sur une planète qui se dirige allègrement vers les neuf milliards d'habitants, je suis convaincu que c'est le contraire qu'il faut faire, c'est à dire faciliter les flux migratoires, leur accueil et leur intégration dynamique à travers la planète et nos nations, en construisant dès maintenant les grandes cités écologiques interconnectées, pédagogiques et productrices d’économie réelle et numérique. Car chaque humain n'est pas une « misère », une charge ou un poids pour nos sociétés, mais au contraire, d'un point de vue inspiré par la cybernétique, chaque humain est une source de traitement de l'information au plus haut niveau, une richesse inestimable qu'il convient de savoir valoriser. Le futur passe par la « réalisation » des individus et des familles, qu’elles soient traditionnelles, décomposées, recomposées, dématérialisées ou autres.

L'humain est l'un des systèmes de traitement de l'information les plus complexes, sinon le plus complexe connu à ce jour. Chaque humain est en soi une richesse informationnelle de très haut niveau. C'est aux États d'être capables de gérer, d'organiser, de former cette richesse informationnelle, pour qu'elle soit profitable au plus grand nombre, c'est à dire aux intelligences collectives que sont les nations. Ouvrir les frontières et bâtir les infrastructures d’accueil, de formation et de vie pour les migrants, permettra plus d'échanges informationnels, et d'enrichissement des nations, pour peu que celles-ci soient capables de s'adapter et de valoriser l'humanité future, qui sera inéluctablement nøømade, migrante dans le monde physique, après avoir migré à travers la noosphère et le cyberespace au XXIe siècle.

Et dans tous, les cas, il n'y a pas le choix... à moins de s'enfermer dans des forteresses imprenables qui mourront d'asphyxie à plus ou moins long terme. Mais, tant que nous tolérerons d'être nous-mêmes considérés comme des charges inutiles pour nos propres sociétés, comme c'est le cas depuis des décennies ici en France, nous occulterons l'apport inestimable de chaque être humain pour nos intelligences collectives. Et comme des esclaves résignés, nous craindrons ceux que le dénuement extrême a libérés.


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Titre : YANN MINH 2015
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Genre : Interview
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Date de mise en ligne :

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