VINCENT PARIS


Enregistrement : Archives de La Spirale (1996-2008)

Graphisme, vidéo, projections d’images, animations 2D et 3D… La génération numérique se réveille. Les créateurs d’images indépendants sont de plus en plus nombreux à s’emparer des machines pour donner corps à leurs visions. Une rencontre en ligne avec Vincent Paris, réalisateur et infographiste autodidacte dont on connaît le travail depuis ses collaborations avec le groupe Spina.

Propos recueillis par Laurent Courau.


Quels furent tes premiers contacts avec les images numériques et qu'est-ce qui t'a ensuite donné envie de te lancer dans ce domaine ?

Mes premiers contacts avec les images numériques datent en fait de mon enfance, époque de la sortie des premières consoles de jeux vidéo (vers 1980). Je pense que c'est à ce moment que ma sensibilité aux images cathodiques s'est développée. Cela ouvrait pour moi des portes vers de nouveaux mondes imaginaires, une magie des couleurs et des mouvements, un côté hypnotique, pas très loin en fait de ceux des feux d'artifice.

Ce n'est qu'avec la sortie des ordinateurs AMIGA en 1986 que je suis passé du stade de spectateur à celui de créateur.

Parles-nous de ton travail. S'agit-il toujours principalement de 2D et de 3D à destination de la vidéo et du film ?

Oui. Ce sont toujours mes voies de recherches. Je crois que l'avenir de l'imagerie moderne se trouve là. Mixer le réel au virtuel, utiliser des images filmées ou photographiées comme source de fond et y inclure des entités 3D virtuelles. Ou au contraire recréer des univers virtuels dans lesquels évoluent des personnages filmés & incrustés. Ces procédés ouvrent de nombreuses et intéressantes possibilités, à plusieurs niveaux : esthétique, figuratif, imaginaire... Ca rejoint aussi le problème du mélange entre le "vrai" et le "faux", l'original et la copie. Des choses de plus en plus d'actualité avec la montée croissante d'Internet...

Peux-tu revenir sur ton travail d'infographiste et de réalisateur au sein de Spina, nous expliquer en quoi il consistait et nous parler de votre dispositif de scène ?

Avec Spina, nous avons été en France les précurseurs d'une nouvelle forme de concert - spectacle : un mélange de concert rock electro-cyber qui faisait intervenir des projections d'images en temps réel, c'est à dire déclenchées en direct à partir d'ordinateurs et synchronisées en Midi aux samplers. Les images étaient en adéquation rythmiques et chromatiques avec les thèmes musicaux. Les projections vidéos recouvraient les musiciens, les immergeant dans des mondes virtuels recréés sur l'écran de fond. C'était en 1991... Le spectacle a évolué au fil des années, la perception du public aussi. Alors que nous passions pour des "extra-terrestres" à nos début, notre show était beaucoup mieux perçu, compris et apprécié cinq ou huit ans plus tard.

Je crois me souvenir que tu as réalisé des clips et travaillé sur des décors par projections d'images pour d'autres groupes. Peux-tu nous en parler ?

Les différents clips pour Spina ont été des expériences intéressantes, notamment le premier (North en 1996). C'est la première fois dans lequel j'ai pu mettre en pratique le principe de personnage filmés inclus dans des décors virtuel. Trois étranges musiciens à la peau aux reflets métalliques évoluent devant un crâne emblématique géant avec pour fond une plaine bleutée désertique, le tout baigné d'une lumière stroboscopique.

Les autres clips étaient plus des créations mêlant infographie pure et extraits du groupe en live. J'ai fait aussi les images projetées du groupe de rap Manau mais là, mes motivations n'étaient pas du même ordre que pour Spina : images celtiques et drapeaux bretons... Je crois que le spectacle a plu aux gamins d'après les échos que j'en ai eu.

Que penses-tu de la production française contemporaine dans le domaine des nouvelles images ? Il y a-t-il des réalisateurs ou des créateurs dont tu te sentes particulièrement proche ?

Je pense que des talents de plus en plus nombreux sortent de France dans ce domaine et c'est bien. Je crois cependant qu'il faut différencier les créateurs indépendants et les boites à haut rendement qui utilisent des cohortes d'infographistes (à l'américaine cf. les dernières superproductions hollywoodiennes). Il ne faudrait pas que les premiers disparaissent par manque d'efficacité productive.

En général, la sensibilité qui me touche le plus est celle de certains créateurs de jeux vidéos (Wipeout à son époque, Soulreaver ou Darkearth de mes amis de Kalisto à Bordeaux...). Mais mes sources d'inspiration viennent plutôt de la littérature (Lovecraft et Dan Simmons ont marqué l'époque Spina) ou des univers des films de Ridley Scott. Alien 4 et Sleepy Hollow m'ont particulièrement branché esthétiquement.

Quels sont tes rapports avec la scène bordelaise ? Je pense par exemple aux soirées électroniques organisées par le Zoobizarre, aux musiciens de Total Eclipse ou à la société Moonster qui a développé un logiciel pour les VJ...

Mes rapports avec la scène bordelaise sont actuellement assez distants car d'autres boulots m'appellent ailleurs. Le Zoobizarre est à mon avis actuellement un des lieux les plus intéressants à Bordeaux. Mais je n'ai pas mis une croix sur une future co-action artistique avec des gens de Bordeaux ou d'ailleurs. Bien au contraire. Wait & see...

Est-ce qu'il est encore gênant d'être basé en province pour travailler dans ce domaine ? Comment se passent tes collaborations avec les maisons de disque, les sociétés de production ou les autres structures avec lesquelles tu as eu l'occasion de travailler ? Et peux-t-on dire qu'Internet a simplifié les choses en terme de communication ?

Je ne trouve pas très gênant d'habiter à Bordeaux dans ce domaine. C'est clair que l'on est moins dans l'action qu'à Paris. Mais comme tu le dis, Internet m'a pas mal aidé concrètement pour des plans métropole. Et à Bordeaux y a une qualité de vie à mon sens bien meilleure. C'est important pour ce type d'activité.

Tu travaillais sur Amiga à l'époque de Spina. Quel type de matériel utilises-tu aujourd'hui pour concevoir tes images et quels sont tes outils de prédilection ?

Un gros PC et des logiciels de 3D, de compositing et de montage. Un panaché Lightwave 3D, After-Effects, Photoshop et Premiere me parait plus que suffisant pour mettre des idées en images (avec évidemment une camera numérique et un bon appareil photo très haute résolution).

Comment vois-tu l'avenir des images numériques ? Quel type d'évolution attends-tu en matière de supports, de formats et de logiciels ?

L'avenir, je le vois bon. Les images numériques, qu'elles soient 2D ou 3D, envahissent chaque jour un peu plus nos écrans et nos magazines. On les utilise aujourd’hui de façon plus discrète. C'est moins la technique pour la technique. Mais ça ne veut pas dire que le cinéma ou la photo traditionnelle vont disparaître, bien au contraire. Un retour à l'analogique se constate aussi bien en sons qu'en images et c'est tant mieux.

Les techniques 2D/3D évoluent assez linéairement, tout se fait de plus en plus simplement mais y n'y a pas à mon sens de révolution (du moins dans le matos couramment utilisé). Ce que j'attends ? Pas grand chose en matière de matos ou logiciels. Celles et ceux qui ont des désirs créatifs ont actuellement tous les moyens pour les réaliser. Je pense que le temps est peut-être la valeur la plus à étudier et à réfléchir actuellement.

Sur quel type de projets travailles-tu en ce moment et dans quelle direction souhaites-tu aller dans le futur ?

J'ai appartenu pendant huit ans au milieu techno/rock et je me suis ouvert depuis 2 ans à d'autres mondes, d'autres milieux. Ce qui ne veut pas dire que je renie mon passé, bien au contraire.

Je continue à explorer de mon côté ces fabuleux mondes virtuels. Je bosse aussi pour gagner ma croûte. J'observe et j'aime aussi sortir la tête des écrans et profiter des douceurs naturelles. Pour ce qui est de projets artistiques personnels ou collectifs, rien de concret pour l'instant mais ça viendra... Je t'en reparlerai le moment venu.


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Titre : VINCENT PARIS
Auteur(s) :
Genre : Interview
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Date de mise en ligne :

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Vincent Paris - Une interview tirée des archives de La Spirale.

A propos de La Spirale : Née au début des années 90 de la découverte de la vague techno-industrielle et du mouvement cyberpunk, une mouvance qui associait déjà les technologies de pointe aux contre-cultures les plus déjantées, cette lettre d'information tirée à 3000 exemplaires, était distribuée gratuitement à travers un réseau de lieux alternatifs francophones. Sa transposition sur le Web s'est faite en 1995 et le site n'a depuis lors cessé de se développer pour réunir plusieurs centaines de pages d'articles, d'interviews et d'expositions consacrées à tout ce qui sévit du côté obscur de la culture populaire contemporaine: guérilla médiatique, art numérique, piratage informatique, cinéma indépendant, littérature fantastique et de science-fiction, photographie fétichiste, musiques électroniques, modifications corporelles et autres conspirations extra-terrestres.

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