CHRISTOPHE BOURSEILLER « LES FORCENÉS DU DÉSIR »


Enregistrement : Archives de La Spirale (1996-2008)

Extrémismes sexuel et politique, post-rock, radios libres, musiques expérimentales, religions minoritaires…

De Casablanca, un fanzine industriel fondé dès 1981, en passant les radios libres avec la Voix du Lézard, jusqu’à Sept à Paris, Libération, Le Monde, Paris Match ou VSD, Christophe Bourseiller scrute depuis plus de vingt ans les marges de la culture contemporaine. Les Forcenés du Désir, son dernier livre sorti chez Denoël, se penche sur les réseaux du sexe extrême.


Propos recueillis par Laurent Courau, en l'an 2001



Vous menez de front des carrières dans la presse, l'édition, le cinéma et au théâtre. Comment doit-on vous présenter ?

Justement, je ne mène aucune carrière "de front". Pour moi, le cinéma et le théâtre, l'activité d'acteur relèvent du passé. C'est une étape de vie, si vous voulez. Je ne me considère absolument plus aujourd'hui comme un acteur, même s'il est vrai que j'ai du tourner dans vingt cinq films. Mes journées tournent autour de l'écriture depuis un bon bout de temps.

Extrémismes sexuel et politique, post-rock, radios libres, musiques industrielles et expérimentales, religions minoritaires. Qu'est-ce qui vous attire aussi fortement vers les marges de la culture contemporaine ?

C'est difficile à dire. Je crois que la société contemporaine est d'abord et avant tout une collection de marges. Michel Maffesoli parle de l'époque présente comme d'un moment "polythéiste". Le mot est judicieux. Oui, chacun s'agrège maintenant à une ou plusieurs micro-tribus, micro-sociétés qui constituent son identité. En allant à la rencontre des groupuscules, je ne fais que prendre en compte l'extrême diversité du monde contemporain.

Quel regard portez-vous sur les initiatives marginales dont il est question dans un grand nombre de vos livres ? Pensez-vous qu'il s'agisse des signes avant-coureurs de tendances fortes destinées à contaminer la culture populaire dans les années à venir ?

Pour certaines d'entre elles, oui. Mais d'un point de vue général, je me refuse à "juger", à entrer dans un rôle partisan. Je ne suis ni hagiographe complaisant, ni censeur pudibond. J'essaie de me tenir dans l'ouvert de l'observation, si je puis dire.

Qu'est-ce qui vous a motivé pour l'écriture des Forcenés du Désir ? A quel moment avez-vous senti qu'il s'agissait de quelque chose de plus important que le fait de groupes isolés ?

En un sens, je l'ai toujours pressenti. L'étude des avant-gardes et des minoritaires permet souvent d'observer les idées-force qui demain se répandront dans la société. Ainsi l'échangisme : comment ne pas y voir l'annonce d'un intéressant moment polygame dans les sociétés occidentales ?

Quelles furent les réactions, que ce soit du côté du public, des médias ou des personnes plus directement concernées par le sujet, à la publication de ce livre ?

Je répondrais sous forme d'aphorismes.

Dans le public : fascination.

Chez les artistes et performeurs : enthousiasme.

Dans les médias : frilosité.

Il est intéressant de noter que le livre a été immédiatement banni du réseau des supermarchés, en raison de son caractère "scandaleux". Oui, en 2001, le sexe fait encore peur.

On vous sent fréquemment critique et on peut même percevoir du dégoût dans certains des portraits que vous dressez dans ce livre. Quel regard portez-vous de manière générale sur ces extrémistes du sexe ?

Encore une fois, je n'essaie pas de juger. Du dégoût ? Il s'agit alors de formes de répulsion primaires et instinctives, face à d'insoutenables tortures ou à des mutilations irréversibles. Pour le reste, je ressens personnellement beaucoup de sympathie pour certains "acteurs" de cette scène, avec lesquels j'ai noué des relations amicales.

Parmi les pratiques énumérées dans les Forcenés du Désir, un grand nombre restent choquantes, même pour le lecteur averti. Ne doit-on pas cependant les accepter tant qu'elles restent le fait d'adultes consentants et qu'elles ne représentent pas de dangers physiques ou psychologiques importants pour leurs acteurs ?

Absolument. Je demeure un partisan résolu de la liberté d'expression et du mouvement. Les adultes ont le droit de tout faire, si ça ne met pas en danger la vie d'autrui, si ça n'interfère pas dans le destin d'enfants, et si ça ne va pas à l'encontre des lois en vigueur.

Quelles sont les pratiques les plus choquantes que vous avez pu rencontrer à travers vos recherches ?

Je vais être banal : le viol, le meurtre, l'apologie de la torture.

Des pratiques telles que l'échangisme ou le body-art jouissent comme vous le soulignez dans votre livre d'un véritable succès populaire. Doit-on y reconnaître les symptômes d'une décadence du monde occidental ?

Certainement pas. J'y lirai les signes d'une évolution naturelle. L'échangisme marque l'irruption de la polygamie en occident. Quant au Body Art, il s'inscrit dans la tradition ancestrale des modifications corporelles. Nous sommes ici en présence de comportements très anciens.

La multiplication des tribus et des clans affinitaire ne fait aucun doute. Pensez-vous qu'il s'agisse de la promesse de futures dérives identitaire ou plus simplement du résultat d'une plus grande ouverture d'esprit ?

Votre question soulève de nombreux problèmes. La multiplication des clans s'inscrit dans le contexte d'une société en voie d'atomisation, qui privilégie les engagements individuels au détriment des grandes espérances collectives. Je ne crois pas qu'il faille y voir un mal. Au contraire. Cette floraison témoigne d'une fascinante liberté. La société bouge autant, si ce n'est plus, que dans les années 60.

Il est de plus en plus question de mutations pour décrire les évolutions qui agitent le paysage culturel mondial. Adhérez-vous à cette métaphore et si c'est le cas, quelles mutations attirent aujourd'hui votre attention ?

Les évolutions les plus intéressantes concernent les femmes, dont le rôle et l'attitude changent, et les homosexuels, qui ont brutalement surgi dans la lumière. Mais tout change perpétuellement. Il faut en la matière faire preuve de souplesse et garder l'oeil ouvert .

De manière plus générale, quels sont vos nouveaux projets littéraires, journalistiques, théâtraux ou cinématographiques ?

Vous l'aurez saisi : mes projets théâtraux et cinématographiques sont actuellement inexistants. Sur le front éditorial, je publierai en septembre une suite du Guide de l'autre Paris : le Guide de l'autre Londres (chez Bartillat), qui me permettra une nouvelle fois de sonder les marges qui fascinent. Je travaille également à une histoire du courant "ultra-gauche".


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Titre : CHRISTOPHE BOURSEILLER « LES FORCENÉS DU DÉSIR »
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Genre : Interview
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Date de mise en ligne :

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Christophe Bourseiller - Une interview tirée des archives de La Spirale.

A propos de La Spirale : Née au début des années 90 de la découverte de la vague techno-industrielle et du mouvement cyberpunk, une mouvance qui associait déjà les technologies de pointe aux contre-cultures les plus déjantées, cette lettre d'information tirée à 3000 exemplaires, était distribuée gratuitement à travers un réseau de lieux alternatifs francophones. Sa transposition sur le Web s'est faite en 1995 et le site n'a depuis lors cessé de se développer pour réunir plusieurs centaines de pages d'articles, d'interviews et d'expositions consacrées à tout ce qui sévit du côté obscur de la culture populaire contemporaine: guérilla médiatique, art numérique, piratage informatique, cinéma indépendant, littérature fantastique et de science-fiction, photographie fétichiste, musiques électroniques, modifications corporelles et autres conspirations extra-terrestres.

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