JAN KOUNEN « LE DOBERMANN »


Enregistrement : Archives de La Spirale (1996-2008)

Archéologie de l’Internet, une interview antédiluvienne de Jan Kounen réalisée quelques jours avant la sortie de son premier long-métrage Le Dobermann au printemps 1997.

Une époque révolue où nous n’étions encore qu’une poignée à sévir sur les réseaux informatiques.

Déjà repéré pour ses courts-métrages, dont Vibroboy et un Dernier chaperon rouge qui firent couler pas mal d'encre à l'époque de leurs sorties, Jan Kounen n'avait pas encore découvert le chamanisme et opérait un site Internet remarqué.


Propos recueillis par Laurent Courau.


Photographie, films publicitaires, clips, court métrages et pour finir long métrage... Ton parcours depuis l'ENSAD semble être un véritable conte de fée ! Quel est ton secret ? Franc maçonnerie, secte, mondanités... ?

Je bois deux litres de chicorée, tous les matins.

Vibroboy m'avait rappelé les films des productions Trauma (Toxic Avenger, Surf Nazis Must Die) ainsi que l'univers de certains comics américains (Lobo, White Trash). Est-ce que la « trash » culture et le cinéma de série Z font partie de tes références ?

C'est vrai, tu as trouvé les références directes, sauf qu'elles ne s'appliquent qu'à Vibroboy, chaque film pour moi a son background, le Chaperon en a un autre, le Dob' aussi. A toi de les trouver ! De façon générale j'aime le mélange des genres et mon esprit est très proche de la BD, c'est ma culture de base, je voulais être dessinateur de bande-dessinée.

J'ai une fascination totale pour la série ZZZ. Les films que j'ai le plus vus ne sont pas Brazil (22 visions) et Citizen Kane (14), 2001 (46), mais Les Trois Supermans Turcs aux Jeux Olympiques (61), film turc en Turc et Blood Freaks (86), surtout pour sa version française, a voir absolument.

La violence, bien que sous une forme « cartoonesque », était déjà très présente dans tes court métrages. Aujourd'hui la perspective d'une adaptation cinématographique du Dobermann laisse plutôt supposer une surenchère dans ce domaine... Ne penses-tu pas qu'il y a, malgré tout, une responsabilité sociale du créateur, et en l'occurrence du réalisateur ?

Non, je pense au contraire que l'on ne doit pas se poser ce type de question qui « fige » le cerveau car c'est donner trop d'importance au cinéma, un film est important par rapport a un autre film, mais c'est tout, on ne change pas le monde avec un film, je ne suis ni un cinéaste philosophe, ni un fou inconscient j'ai une éthique que j'applique a mes films, mais ce n'est pas forcement celle de la « bonne société bien pensante », Je suis politiquement incorrect et j'espère le rester car je pense qu'un cinéaste doit être anticonformiste. Je crois que mon film Dobermann est un bras d'honneur au nouvel ordre moral. Ma seule responsabilité sociale est de m'élever contre la connerie en signant l'appel des 66 cinéastes.

D'après VibroBoy, Le Petit Chaperon Rouge et les quelques images des décors du Dobermann (le making off de la scène de la boite de nuit diffusé sur Canal +) que j'ai pu voir, il est évident que tu attaches énormément d'importance à la direction artistique et à l'image. Te sens-tu proche, voire partie intégrante, de la vague actuelle de réalisateurs qu'on devine très influencés par les vidéoclips et la publicité (je citerais Caro et Jeunet, David Fincher / Seven, Tim Pope / The Crow 2 et David Lynch /Lost Highway...) ?

C'est vrai que tous les gens que vous citez sont des réalisateurs dont je me sens proche. Je pense que c'est une erreur de dire que ces gens sont influencés pas les vidéoclips et la pub. Je crois que ce sont avant tout des cinéastes visuels et que c'est ce qu'était le cinéma au départ, un art visuel. Je pense que l'on mettrait dans la même catégorie Orson Wells, Stanley Kubrick, Terry Gilliam ou les frères Coen.

Des gens pour qui le verbe est important mais n'est pas tout, des gens qui font une vrai utilisation de l'image de la mise en scène et du son. La pub récupère juste ces cinéastes c'est tout, en son temps elle aurait permis a Wells, Mélies et Abel Gance de survivre.

Tu es le papa... d'un charmant site sur le web à travers lequel tu ouvres largement les portes de ton intimité. D'où vient ce désir de figurer sur le web d'une façon aussi personnelle et intimiste ? Tu aurais pu te contenter, comme la majorité des réalisateurs, d'un site commercial commandé par la société de production...

Au moment ou j'ai commencé ce site j'étais inconnu et ca m'amusait de mettre on-line des bêtises, de presque faire un fanzine album souvenir.

J'ai fait le site que j'aimerais trouver sur un cinéaste que j'aime bien, c'est a dire un contact direct et un site personnel. Maintenant je n'alimente plus la partie trop personnelle de mon site mais j'ai décidé de laisser tout ce que j'ai mis.

Tes court métrages semblent avoir bénéficié de budgets largement supérieurs à la moyenne. Qu'est ce qui peut décider un producteur à investir autant d'argent sur un format qui lui rapporte généralement des clopinettes ?

Ils ont cru au projet, Il y a des producteurs qui ne fument pas de havanes et qui ne font pas ce métier que pour le pognon, ils sont aux génériques de mes films.

Eternelle question... Quels conseils donnerais-tu à un réalisateur en herbe ?

Tourner par tous les moyens, grâce au V8 au numérique aux petites tables de montage on peut s'essayer à faire des films. Pour apprendre il faut regarder les films des autres, mais surtout tourner ses images pour faire au plus vite les erreurs que vous ne trouverez pas dans les manuels!!

Le plus dur étant de ne pas se décourager.

Qu'est-ce qui a motivé ta décision de mettre en scène Le Dobermann ? Tu apparaissais déja sur la couverture d'un des livres de la série - Le Dobermann et le Phénix - et tu en as illustré plusieurs autres en tant que photographe (Editions Car rien n'a d'importance)...

J'adorais les romans c'était pour moi la base idéale pour un film de genre parfaitement dans mes cordes, je suis allé voir Houssin, je lui ai montre Vibroboy et il a dit: ca y est je vois enfin le Dob en film! Il ne restait plus qu'a trouver un producteur pour financer l'écriture.

Quand aux photos c'est mon unique travail de photographe!!! Je ne l'ai fait que pour que les couvertures des livres soient correctes, c'est un petit éditeur et j'ai travaillé bénévolement! c'est très bricolé, si je suis sur une des photos c'est que ce jour la je devais envoyer la couv’ et je n'avais trouvé personne d'autre, sur les autres couvertures ce sont des copains en photo!

Joël Houssin travaille régulièrement comme scénariste pour le cinéma et la télévision. Comment s'est passé votre collaboration sur ce projet ? Est-ce que tu as participé à l'écriture du scénario ? Est-ce qu'il a participé au découpage ?

Oui j'ai participé a l'écriture mais très peu car il a « customisé » d'entrée le scénar' pour moi. J'ai enregistré avec mon camescope toutes les répétitions avec les comédiens et il a retravaillé les dialogues.

C'est un travail que je fais toujours avec le scénariste, c'est vraiment un plus pour lui, car il peut voir ces dialogues en bouche et les modifier. Quant au découpage, ça restera toujours mon domaine privé!

De ta propre expérience, quels sont les changements majeurs ou les difficultés que l'on rencontre en passant de courts ou moyens formats au long métrage ?

J'ai mis autant de temps a faire Vibroboy que Dobermann, la principale différence ce sont les personnages qui doivent avoir une certaine épaisseur car ils tiennent le film et l'on passe 2hrs avec eux, ensuite il faut tenir la narration.

Je ne parle pas de l'épuisement physique et mental, des galères et de tout ce que l'on connait sur les courts et qui est amplifié X100.

Toutes les productions audio-visuelles lourdes font appel à des équipes très nombreuses. Est-ce qu'il n'est pas difficile, en tant que réalisateur, dans le cas d'un long métrage, de conserver le contrôle des éléments ?

J'aime travailler en équipe j'ai l'habitude des équipes lourdes avec la pub, ca ne me fait pas peur d'avoir 100 personnes sur le plateau au contraire les choses avancent plus vite.

Du Dobermann, au nouveau film de Luc Besson, Le Cinquième Elément, sans oublier Crying Freeman, il semblerait que les producteurs français, et étrangers, se décident enfin à investir dans des projets hexagonaux de films d'action ou de science-fiction avec des budgets conséquents, ceci après pas mal d'années d'investissements sur la côte Ouest des Etats-Unis. Comment analyses-tu ce revirement ?

Grâce au numérique. On ne pouvait pas faire ce type de film en France maintenant on pourrait tourner Star Wars. (si, si c'est vrai) Il ne manquait que la volonté des producteurs. Il faut que le cinéma français se diversifie il y a trop peu de films d'action ou de SF alors que ce sont les genres qui font les plus grosses recettes...

Ca ne fait que commencer j'espère. De l'accueil du public dépendra le futur de ce type de cinéma.

Je suppose que nous (le public) allons avoir droit à une déferlante de promotion pour la sortie (sans doute prochaine ?) du Dobermann, promotion qui vous mettra inévitablement en avant. Comment appréhendes-tu, peu de temps auparavant, ce passage du statut de réalisateur déjà culte, mais peu connu du grand public, à celui de future coqueluche des médias ? Si je m'en tiens à l'exemple de Mathieu Kassovitz, ça n'a pas l'air évident...

Non ca ne doit pas être évident, mais c'est une question a laquelle on ne peut pas répondre avant que ca arrive, surtout contrairement a Kasso, Je ne pense pas que je serai la coqueluche des médias, au contraire, le film est violent et declenchera la haine des bien-pensants et ce n'est pas ce qu'il manque dans ce métier.

Il y a le risque de colère provoquée par la jalousie, mais je suis vacciné, je la côtoie depuis des années dans le milieu du court-métrage.


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A propos de cet article


Titre : JAN KOUNEN « LE DOBERMANN »
Auteur(s) :
Genre : Interview
Copyrights : Laurent Courau - 1997
Date de mise en ligne :

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Jan Kounen - Une interview tirée des archives de La Spirale.

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