ANALOG PUSSY « UNDERGROUND ISRAËL »


Enregistrement : Archives de La Spirale (1996-2008)

Psychédélisme, indépendance et auto-production... Une interview d'Analog Pussy, duo électronique globe-trotter et fer de lance d'une scène électronique trance israélienne dont l'écho se fait entendre bien au-delà des frontières torturées du Moyen-Orient.

Formé en 1997, Analog Pussy s’est immédiatement lancé à l’assaut la scène trance israélienne. Après plusieurs années de succès, couronnées par plusieurs tournées européennes et nord-américaines, le duo a déménagé en Allemagne au début de l’année 2000 pour étendre ses activités et créer AP Records, un label avec lequel il entend soutenir la nouvelle génération d’artistes issus des scènes psychédélique et ambient.


Propos recueillis par Laurent Courau.



Comment définiriez-vous le son d’Analog Pussy ? Il s’agit vraiment d’un mélange de Trance, de Goa, de Techno, de Hard House, de Tribal et d’Ambient, ce qui le rend difficile à définir…

Jinno : Oui, je suis assez d’accord. Notre son actuel est constitué d’un mélange de ces styles, bien que notre musique soit issue d’une seule et même direction, la Trance. Nous essayons d’explorer et d’expérimenter avec les ingrédients de base de la Trance, en les mélangeant avec des éléments provenant d’autres styles de dance music, voire même de tous les genres de musique. Les résultats sont variables et peuvent parfois nous surprendre nous-mêmes. Nous voyons Analog Pussy comme une entité indépendante, avec sa propre personnalité et une liberté d’expression totale. Ce qui nous laisse libres de tout attachement à une direction musicale spécifique.

Jiga : Les définitions et les étiquettes sont dangereuses pour l’inspiration et la créativité. Je crèverais d’ennui si je devais me cantonner à un style particulier. Lorsque je travaille sur une nouvelle rythmique, je ne me demande pas si je devrais la jeter parce qu’elle sonne trop techno. La seule question que je me pose est de savoir si elle fonctionne ou pas.

Parlez-nous de la scène Trance israélienne des années 90, qui est aujourd’hui légendaire. Comment était-ce à l’époque ?

Jinno : J’en faisais partie dès les débuts. C’était vraiment comme un virus. A la fin de leur service militaire, les jeunes israéliens partaient se reposer et se laver l’esprit à Goa. En rentrant, ils ramenaient la musique qu’ils avaient écoutée sur place et les fêtes ont commencées peu de temps après. Des artistes ont commencé à produire leurs propres disques dans leurs home-studios, en y ajoutant leur touche personnelle. Israël est un petit pays, 600 kilomètres d’un bout à l’autre, et il y avait quand même trois fêtes dans différents endroits du pays tous les week-ends.

Jiga : On peut d’ailleurs dire que ça n’a pas tellement changé. Les fêtes sont toujours aussi folles, malgré la situation (ou peut-être à cause d’elle), et on entend toujours de la Trance partout. A la radio, dans les kiosques, depuis les voitures qui passent dans les rues. Je crois que la Trance israélienne va se développer dans le futur pour donner naissance à de nouveaux genres. Ce qui amènera un sang neuf à cette scène.

Est-ce que vous vous considérez toujours comme partie intégrante de la scène trance internationale ? Et que pensez-vous de son évolution au fil des années ?

Jinno : Bien sur, nous nous considérons toujours comme partie intégrante de cette scène. Nous ne nous cantonnons cependant pas à un genre particulier et nous nous laissons influencer par tous les styles de musique qui apparaissent. On nous a proposé de jouer dans la fête qui clôturait la Love Parade berlinoise, en compagnie d’artistes comme ATB et Marusha, qui ne sont pas du tout psychédéliques. Nous n’avons pas refusé cette offre, bien au contraire. Ces artistes font partie de la scène Trance. Il nous importe peu de savoir s'ils sont considérés comme plus commerciaux que nous.

Jiga : La Trance s’est transformée pour donner naissance à de nombreux sous-genres ces dernières années et c’est très bien comme ça. Que ce soit de la Trance minimale, de la Techno Trance, de la Trance psychédélique, etc. Ca sert toujours le même but, garder cette scène vivante et excitante. La Trance est en fait un des styles de musique les plus intelligents et les plus sophistiqués qui soit, grâce à cette évolution constante. Il m’arrive souvent lorsque j’écoute de nouvelles productions d’être frappée par de nouvelles sonorités, l’excellente qualité des productions et leur sens de l’innovation.

Vous avez vraiment réussi à faire votre chemin à l’écart du système, tant artistiquement que financièrement, en tournant aux quatre coins de la planète, et vous avez finalement rencontré un succès important, sans pour autant remettre en cause votre indépendance. Quelles sont les clés de votre succès ?

Jinno : C’est très simple. De la chance et de l’acharnement. Et nous avons vraiment eu de la chance. Nous avons pris des risques et fait des paris risqués durant notre carrière, et ça a marché. On a presque l’impression par moment que c’est venu trop facilement. Nous avons voulu quelque chose et nous l’avons obtenu. Persévérer reste une excellente manière de s’en sortir dans les périodes difficiles. Notre volonté de rester indépendants a également beaucoup compté dans notre réussite. Nous ne nous sommes jamais reposés sur des labels de disque pour assurer notre promotion, et nous avons toujours tout fait nous-mêmes. Nous n’avons jamais attendu qu’on s’occupe de nous, en nous plaignant de ce qui se passait mal. Nous avons pris des initiatives et ça a payé.

Jiga : A chaque fois que nous devons prendre l’avion pour donner un concert dans un nouveau pays, nous nous renseignons sur les dj’s locaux, les émissions de radio qui diffusent de la Trance, les magazines que nous pourrions contacter, nous cherchons à savoir si les magasins de disques locaux ont nos productions… Et ce qui reste le plus important, nous n’abandonnons pas. Je me souviens encore de l’époque où nous crevions de faim, nos parents nous hurlant dessus pour que nous trouvions un vrai travail. Nous ne les avons pas écoutés, nous avons continué à faire ce que nous voulions, en croyant en nous-mêmes et en notre musique. Et aujourd’hui, nos parents nous disent qu’ils ont toujours su que nous réussirions grâce au talent qu’ils nous ont transmis !

Vous êtes présents sur Internet depuis de longues années à travers vos sites. Je pense quasiment vous connaître depuis les débuts de La Spirale en 1995. Qu’est-ce qui vous a motivés pour consacrer autant d’énergie au web, et quelle part de votre succès pensez-vous devoir à votre présence sur les réseaux informatiques ?

Jinno : Quel que soit l’endroit où nous avons vécus, nous avons toujours considéré que notre musique et nos aspirations étaient globales. C’est en 1994 que nous nous sommes connectés pour la première fois sur Internet et en l’espace d’une nuit… nos rêves étaient devenus réalité. Nous étions bloqués à cette époque dans un petit village des montagnes du Moyen-Orient, et ce fut d’un seul coup comme si les portes du monde entier s’ouvraient à nous. Les débuts ne furent pas simples. Il n’y avait pas autant de personnes à rencontrer et de nouveaux territoires à explorer sur les réseaux à cette époque, mais nous sentions que c’était vraiment le démarrage de quelque chose. Ensuite sont arrivés des formats tels que le Real Audio, puis le Mp3… et le reste fait partie de l’histoire.

Lorsque nous avons finalement démarré Analog Pussy en 1997, nous étions déjà des experts du web. Le premier morceau du groupe fut disponible en téléchargement au format Mp3, à peine une heure après que nous l’ayons composé. Il a ensuite suffi de quelques jours pour que nous recevions des courriers de gens qui le jouaient chez eux, à leur bureau ou dans des fêtes aux quatre coins de la planète. Et il ne fallut pas tellement plus longtemps pour que nous nous produisions sur scène, notamment durant une tournée européenne qui dura deux mois, tout ceci sans même avoir un disque pressé et distribué par un label ! C’était une preuve indéniable du nouveau pouvoir d’Internet et de la révolution de la musique digitale. Les vraies origines d’Analog Pussy - notre pays, notre patrie, notre terrain de jeux – sont sur Internet.

Et ça continue encore aujourd’hui. Nous n’avons même pas de voiture. Tout ce que nous avons en dehors de cet lieu qui est à la fois notre studio, notre maison et notre bureau, ce sont nos concerts… mais nous voyageons et nous rencontrons des gens tous les jours sur Internet. Nous adorons Internet !

Jiga : Les gens qui sont dans les musiques électroniques sont logiquement les plus attirés par les moyens de communication numériques, et nous n’avons jamais eu le moindre doute sur le potentiel d’Internet. Le pouvoir du web est incroyable. Un exemple simple, si un journaliste écrit un article sur nous dans un magazine important, quelques dizaines de milliers de personnes le liront. Mais si ce même article est publié sur le bon site, ce sont potentiellement des millions de personnes qui peuvent le lire.

Pensez-vous, en dehors de votre propre expérience, que le web change vraiment la donne pour les artistes en terme de communication et de distribution ?

Jinno : Très clairement oui ! La révolution numérique a changé le monde de la distribution musicale. Vous pouvez acheter des disques en ligne, écouter de la musique, lire des interviews. Bien sur, la finalité reste la même, et ce n’est qu’une autre forme de communication et d’échange. Mais la manière d’y arriver est assez différente, principalement parce qu’Internet est tellement accessible et peu coûteux. Combien devriez-vous débourser pour ouvrir un magasin de disque à côté de chez vous ? Combien ça vous coûte d’ouvrir un magasin en ligne ?

Jiga : Les artistes indépendants sont vraiment bien placés pour vendre leur musique en ligne, se faire payer pour le téléchargement de leurs morceaux, utiliser ce média pour se faire un nom et s’auto-promouvoir. Il fut une époque où la seule possibilité de s’en sortir était d’obtenir un contrat d’une maison de disque. Sans ce contrat, vous étiez mort. Aujourd’hui, si les labels ne veulent pas de votre musique, vous pouvez mettre vos morceaux en ligne, laisser le public décider, et c’est parti. Internet ne remplacera pas l’expérience d’un magasin de disque, la sensation de la pochette dans vos mains, et l’achat de quelque chose de réel, mais ça étend certainement le champ des possibles.

Avez-vous été influencés par les zippies et la contre-culture californienne du début des années 90 ? Je pense à des magazines tels que Mondo 2000 ou des livres comme Chaos & cyberculture de Timothy Leary ?

Jiga : Pas vraiment. Je me suis surtout familiarisé avec la culture Trance à travers la musique. Je joue de la basse, et le rock ou le metal ne me permettaient pas d’atteindre la densité de basses ou d’infra-basses que je recherchais. J’ai immédiatement su que j’avais trouvé ce que je cherchais lorsque j’ai entendu pour la première fois des beats de Trance. Cette musique m’a captivé, mais je ne savais pas qu’il existait toute cette culture autour d’elle. Aujourd’hui encore, bien que m’étant familiarisé avec cette culture, je préfère consacrer ma journée à caler une rythmique sur une ligne de basse plutôt qu’à lire un livre.

Jinno : Nous laissons la philosophie aux gens qui sont capables d’en faire quelque chose. Notre rôle au sein de cette communauté reste de fournir de la musique, et de servir les gens qui nous écoutent de cette manière. Et j’apprends plus de choses en marchant dans la forêt qu’en lisant un livre.

J’ai lu dans votre biographie que vous avez été chassés de MP3.com après le rachat de cette structure par Vivendi/Universal. Pouvez-vous nous raconter ce qu’il s’est passé ?

Jiga : Nous avons été un exemple parfait de l’opposition entre une petite structure et un géant. Lorsque nous avons rejoint Mp3.com, nous avons mis à profit notre connaissance d’Internet pour que les gens viennent y écouter nos morceaux. Ce qui nous rendaient très intéressants pour Mp3.com puisque le trafic est une source de revenus pour eux. Nous sommes montés très haut dans leurs charts et avons gagné pas mal d’argent. Nous pensions qu’on nous rendait enfin justice puisque nous, les artistes indépendants tout droit sortis de l’underground, étions arrivés en meilleure position sur leurs charts que Madonna ou les Backstreet Boys. D’autant plus que nous y étions arrivés sans avocats, managers, coiffeurs ou stylistes à nos côtés.

Vivendi/Universal s’est ensuite décidé à investir sur Internet et a commencé en achetant Mp3.com, afin de s’en servir comme d’un nouvel outil pour promouvoir ses propres artistes. Et ils n’ont pas compris comment deux petits artistes indépendants avaient tant de succès, allant jusqu’à battre leurs propres artistes en popularité et ce faisant, gagner autant d’argent. Ils ont donc décidé de se débarrasser de nous (et au passage de tous les artistes indépendants qui avaient du succès à travers Mp3.com). La manière dont ils ont agi était tout simplement abominable. Ils nous ont simplement envoyé un email dans lequel ils nous disaient qu’il était impossible que nous soyons mieux placés que Madonna dans leurs charts, sans utiliser une quelconque technique frauduleuse et qu’ils avaient décidé de nous mettre dehors de Mp3.com pour cette raison. Ils n’ont rien voulu dire de plus et ne nous ont laissé aucune chance de nous expliquer. Ils ont simplement dit : "voici ce que nous voulons et voici ce que nous ferons".

C’était la première fois que nous nous trouvions confrontés à une corporation aussi gigantesque. Nous y avons d’ailleurs laissé une bonne partie de notre naïveté. Nous n’avons pas laissé tomber et avons tenté de combattre. Nous avons communiqué notre histoire à la presse. Le L.A. Weekly nous a consacré un article et sa couverture, ce qui a partiellement contribué à la mauvaise réputation de Mp3.com. Un grand nombre de gens étaient furieux de ce qu’ils nous avaient fait et de ce qu’ils avaient fait aux autres.

Jinno : Nous n’avons pas totalement perdu espoir. Les artistes undergrounds trouveront toujours de nouveaux supports de diffusion et d’exposition. Internet fournit tout le temps de nouvelles solutions. En réalité, ce sont les majors et les corporations qui se trouvent aujourd’hui dans une position délicate et ont du mal à suivre ce qu’il se passe. La musique et les artistes undergrounds seront toujours à l’avant-garde. Nous sommes les pionniers. Nous sommes les explorateurs. Après nous viennent les corporations géantes qui ne cherchent qu’à gagner de l’argent.

Qu’est-ce qui vous a décidé à déménager en Allemagne au début de l’année 2000 ? Et de quelle manière est-ce que ça a changé votre vie, voire votre musique ?

Jinno : Notre maison se confond avec notre studio. Sa localisation n’a pas d’importance. Nous n’avons donc eu aucun problème pour déménager. A un certain point de notre carrière, il était important pour nous de partir en Europe. Comme nous jouions très souvent en Europe, il le fallait pour pouvoir bouger facilement et rester mobiles. Et nous avions également besoin de nous exposer à d’autres paysages et d’autres cultures.
La façon dont ça a affecté notre musique ? Vous n’avez qu’à écouter Psycho Bitch From Hell, notre premier album et le comparer aux disques qui ont suivis. Notre premier album était de la pure Trance israélienne. Nous vivions en Israël et c’est tout ce que nous connaissions. Les albums suivants (Underground et Vinyl Trax) constituent quant à eux un mélange de toutes les choses dont nous avons eu l’occasion de nous imprégner depuis que nous vivons en Europe.

Jiga : Nous avons délibérément choisi l’Allemagne. Nous avions visité cette petite ville allemande dont nous sommes immédiatement tombés amoureux après avoir joué dans une fête à Dortmund. Les environs sont très beaux, très calmes, les gens sont détendus. C’était tellement différent de notre rythme de vie, des avions et des hôtels, que nous avons tout de suite su que nous voulions rester et créer ici.

Ce qui ne veut pas dire pour autant que nous jouons aujourd’hui de la Trance allemande. Certainement pas. Mais ce déménagement nous a rapprochés de ce qui se passe en Europe et il est normal que ces nouvelles influences se retrouvent dans ce que nous faisons aujourd'hui en studio.

Comment voyez-vous le futur d’Israël, spécialement depuis votre déménagement en Allemagne ? Que diriez-vous à Sharon et Arafat si vous aviez l’occasion de leur parler ?

Jinno : Bien que ne vivant plus en Israël, nous nous sentons totalement concernés et nous sommes terriblement inquiets de la situation là-bas. On a parfois l’impression que les deux camps ont à la fois tort et raison, sans plus trop savoir qu’en penser. Si nous avions une chance de parler à Sharon ou Arafat, nous leur demanderions probablement de se retirer pour faire de la place à la jeune génération. Je crois que la majorité des gens des deux côtés veulent la même chose. Ce sont les politiciens qui détruisent le processus de paix dans leur volonté de pouvoir. Quoiqu’il en soit, nous restons optimistes et croyons encore qu’un changement interviendra, et que le Moyen-Orient deviendra une région pacifique et unie.

Jiga : Voici ce que j’imagine dans mes rêves les plus fous : tous les leaders politiques sont des femmes. Sharon est une femme, Arafat est une femme, Bush est une femme, Sadam est une jolie fille (bien qu’elle ne s’épile pas la moustache). Pensez à toutes ces femmes dirigeant des gouvernements, eux-mêmes majoritairement constitués de femmes, et négociant ensemble. Certaines d’entre elles viendraient juste d’accoucher et auraient encore du lait dans leurs seins. Quels seraient selon vous leurs sujets de discussions ? La terre ? La religion ? La guerre ? Ce que je dirais à Sharon et Arafat, ce serait de trouver un moyen de diminuer leurs niveaux de testostérone, et de s’inspirer des valeurs du monde féminin. De penser aux bébés, à la romance, aux fleurs et aux couchers de soleil. De regarder des séries Tv brésiliennes et de se détendre.

Que vous disent vos amis et les membres de votre famille qui sont restés en Israël ?

Jinno : Ils sont naturellement terrifiés. Il y a la peur de prendre un bus, ou même de se promener dans la rue, car un kamikaze peut surgir à tout moment. En même temps, je ne crois pas qu’ils soient conscients de la situation terrible dans laquelle se trouve plongé le peuple palestinien. Les israéliens sont tellement accaparés par leurs propres angoisses qu’ils oublient la souffrance des autres. Et je suis certain qu’il en va de même du côté palestinien. Je ne m’attends à ce qu’ils pensent aux difficultés des israéliens, ou à leurs sentiments. C’est malheureusement ce qui arrive lorsqu’on ne peut plus communiquer et négocier. On est prisonnier de son propre monde, sans plus pouvoir regarder ce qui se passe autour de vous.

Jiga : Il s’est passé quelque chose d’intéressant récemment. Je parlais au téléphone avec une amie restée en Israël. Elle se plaignait des arabes et des attentats. Sachant qu’elle a une relation avec un arabe, je lui ai demandé comment ça se passait avec lui. Elle m’a répondu qu’il n’était pas comme les autres arabes, qu’il était DIFFERENT ! Et c’est bien là que je voulais en venir… elle connaît cet homme, et c’est la raison pour laquelle elle l’apprécie. Mais elle a peur des autres, de tous les autres. Les gens ont peur de ce qu’ils ne connaissent pas.

J’ai lu que vous rêvez de jouer dans une grande rave en Irak ou en Syrie. Est-ce que vous croyez encore au pouvoir de la musique de faire changer le monde ?

Jinno : Je ne suis pas certain que la musique puisse à elle seule modifier des processus politiques, mais elle peut sans doute contribuer aux changements (comme dans les années 60), et les amplifier. Lorsque les gouvernements des deux camps commenceront à négocier, ce sera déjà un début, mais ça ne sera pas suffisant. Il est nécessaire de réaliser la paix dans la vie quotidienne des gens. Et c’est là que la musique peut jouer un rôle. Une rave au Moyen-Orient est effectivement une idée pratique pour ramener un peu de paix dans les esprits.

Jiga : Nous avons joué dans des festivals en Europe où le public venait de pays différents, personne ne se préoccupait de savoir si vous veniez de France, d’Allemagne, de Belgique ou d’Angleterre. Il y a pourtant eu des époques où l’Europe était en guerre, où les gens se détestaient d’un pays à l’autre. Et aujourd’hui ils dansent ensemble sans que ça pose le moindre problème. Espérons que ça arrivera aussi au Moyen-Orient. Pas uniquement à travers les raves, mais également dans l’industrie du disque. J’imagine des labels iraquiens produisant une nouvelle compilation de Goa iraquienne. Et je serais la première à aller l’acheter.

Vous avez déclaré à plusieurs reprises que vous étiez fatigués de tourner autant. Quels sont vos projets pour le futur ? Je pense notamment à votre nouveau label, et à vos projets de production. Pensez-vous produire les disques d’autres artistes ?

Jiga : Nous sommes avant tout des artistes de studio. Nous adorons travailler en studio et ne pouvons pas nous en passer ! A l’époque de l’interview à laquelle tu fais référence, nous n’en pouvions plus de tourner et n’avions pas mis les pieds dans notre studio depuis beaucoup trop longtemps. Je n’avais fait qu’exprimer cette frustration.
Nous adorons cependant jouer en live et tourner. Il s’agit juste de ne pas saturer afin de garder un peu de temps pour voir de nouveaux pays et absorber de nouvelles influences musicales en nous confrontant à de nouveaux publics.

Jinno : Nous avons certainement l’intention de produire d’autres artistes sur AP Records, notre label. Notre volonté initiale était de créer une plate-forme de diffusion des productions d’Analog Pussy, afin de rester indépendants. Mais nous avons depuis reçu des morceaux fantastiques d’autres artistes, sans pouvoir rien en faire jusque là. Nos prochaines productions seront donc deux compilations de Trance et d’Ambient qui réuniront de nombreux artistes, et probablement par la suite un album complet d’un autre artiste. Nous n’avons pas encore tous les détails. Et notre nouvel album devrait également être terminé pour la fin de cette année. Préparez-vous à être surpris, il va y avoir du changement !


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Titre : ANALOG PUSSY « UNDERGROUND ISRAËL »
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Genre : Interview
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Analog Pussy - Une interview tirée des archives de La Spirale.

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