VERS UN FUTUR BIOMETRIQUE ?


Enregistrement : 30/08/09

1984 ? Minority Report ? Final Cut ? Bienvenue à Gattaca ? Non, bienvenue dans les aéroports, les postes-frontières et in fine une société humaine confiée aux bons soins de L-1 Identity Solutions et de ses concurrents sur le marché de la biométrie.

Un article daté du 30 août 2009, initialement publié sur Art Press Agency, média éphémère de la Borderline Biennale et de la Demeure du Chaos.



1984 ? Minority Report ? Final Cut ? Bienvenue à Gattaca ? Non, bienvenue dans les aéroports, les postes-frontières et in fine une société humaine confiée aux bons soins de L-1 Identity Solutions et de ses concurrents sur le marché de la biométrie.

Firme américaine fondée par Robert V. La Penta, un ancien de Loral Corporation (opérateur satellite et systèmes de défense) passé par Lockeed Martin au gré du jeu des fusions-acquisitions, L-1 Identity Solutions se positionne sur le marché hautement concurrentiel des technologies biométriques. Soit l’ensemble des systèmes d’identification et d’authentification qui permettent de vérifier l’identité d’une personne d’après ses caractéristiques physiques, un ensemble de techniques qui jouissent aujourd’hui d’un fort engouement, portées par la vague sécuritaire née durant l’ère Bush d’après les attentats du 11 septembre.

Un arsenal que l'on doit en partie à Alphonse Bertillon, un criminologue français du XIXe siècle, qui fut l’un des premiers à s’intéresser à l’anthropologie judiciaire en mettant en place une méthode d’identification basé sur les mensurations et les signes particuliers d’un individu, en s’appuyant déjà sur des photographies anthropométriques. Edwards Henry, le chef de la police londonienne de l’époque, contribuera à son tour à améliorer le système en développant l’utilisation des empreintes digitales d’après les travaux de Francis Galton, le père de l’eugénisme moderne, notoirement obsédé par la recherche systématique d’une sélection scientifique de l’élite de l’humanité (ou plutôt du Royaume-Uni).

Un siècle et demi plus tard, le marché de l’identification est en très forte croissance. Le rapport The Future of Biometrics, produit par le cabinet Acuity Market Intelligence, annonce un chiffre d’affaires annuel de 11 milliards de dollars pour le secteur en 2017, perspective motivée par une forte demande du secteur privé. Un court scénario dressé par les analystes d’AMI intègre la biométrie dans tous les instants d’une journée type de 2020 : autorisation de retrait d’argent liquide à un guichet automatique d’après une analyse de l’iris, accès au site d’un client par reconnaissance faciale, signature de contrat par relevé d’empreintes digitales, analyse de l’iris et reconnaissance faciale avec débit immédiat sur votre compte bancaire en sortie de supermarché.

Le tout soutenu par un réseau de bases de données interconnectées qui permettront le maillage total et définitif d’un individu dans un dispositif infaillible. Ce qui n’a pas échappé aux décideurs de L-1 Identity Solutions dont les applications comprennent un ensemble de dispositifs de sécurité allant de la reconnaissance faciale instantanée sur des points sensibles comme les douanes et portiques d’aéroport (un ordinateur analyse en temps réel votre image filmée en la recoupant avec des dizaines de milliers de portraits stockés dans une base de données gérée par la compagnie) à la signature de documents contractuels par relevé d’empreintes digitales ou la production de documents d’identité infalsifiables.

On imagine à terme la vie d’un individu pénalisé par un office des poursuites qui centraliserait l’ensemble de ses infractions, voire même plus simplement de ses dettes, comme c’est déjà le cas en Suisse où l’on doit produire un document attestant de sa virginité judiciaire et de son non-endettement pour toute demande de logement, ouverture de compte bancaire et autres démarches régulières. Un processus parfait, global, inextricable. La fin de toute aventure humaine ou une existence marginale confinée aux interstices d’un univers passé sous le contrôle d’institutions dont l’indépendance vis-à-vis du secteur privé est de plus en plus discutable.

Et la CNIL dans tout ça ? L’aimable organisme de protection de l’identité humaine, des droits de l’homme, de la vie privée et des libertés vient d’autoriser en juin 2009 le recours à un système biométrique reposant sur la reconnaissance du réseau nerveux pour un concours mondial donnant l’accès aux plus grandes écoles de commerce, telles que HEC et l’ESSEC en France ou Harvard aux Etats-Unis. Une décision qui enterre définitivement la commission nationale à la place qui lui est due, celle d’une aimable pitrerie destinée à amuser la galerie pendant que les affaires sérieuses se négocient à l’ombre des projecteurs.

Laurent Courau


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Titre : VERS UN FUTUR BIOMETRIQUE ?
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1984 ? Minority Report ? Final Cut ? Bienvenue à Gattaca ? Non, bienvenue dans les aéroports, les postes-frontières et in fine une société humaine confiée aux bons soins de L-1 Identity Solutions et de ses concurrents sur le marché de la biométrie.

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