SHANNON LARRATT


Enregistrement : 04/03/09

Certains sites peuvent se prévaloir d'une influence qui dépasse les limites de l'Internet, de par leur impact sur le monde réel et bien au-delà des frontières géographiques. Dans cette catégorie enviée, le Body Modification Ezine fait figure d'OVNI. Lancé en 1994, BME est devenu en quelques années le haut lieu virtuel des modifications corporelles, attirant chaque mois plusieurs centaines de milliers de freaks et de curieux en provenance des cinq continents.

Informaticien de formation, Shannon Larratt est l'instigateur de cette expérience médiatique hors normes qu'il a dirigé jusqu'à l'hiver 2007, avant d'en concéder la propriété à son ex-femme en mai 2008. Lukas Zpira a saisi l'opportunité de l'interroger pour cet entretien qui aborde des questions essentielles sur les rapports entre les marges et la culture majoritaire, l'évolution des subcultures à travers le réseau et la responsabilité d'un média face à son audience.

Un jeu de questions/réponses à coeur ouvert qui ne devrait pas manquer de faire grincer quelques dents dans les rangs de l'orthodoxie de la modification...

. English version available at HackingTheFuture.Blogspot.com.


Nous tenons à attirer votre attention sur la présence dans cette interview de liens vers des sites contenant des images choquantes, dont la visite est par conséquent déconseillée aux plus jeunes et aux personnes sensibles.



En 1995, tu as créé le Body Modification Ezine qui est devenu le site web de référence en matière de modifications corporelles, des plus simples jusqu'aux plus extrêmes. Comment a démarré cette aventure et quel fut ton parcours jusque-là ?

J'ai fondé le Body Modification Ezine à la fin de l'année 1994. A cette époque, je développais des logiciels communautaires pour des systèmes de téléphonie interactive et je venais d'obtenir un travail chez Stainless Studios, où je concevais des bijoux corporels avec Tom Brazda, un pierceur très influent. BME a d'abord été mon site personnel, parce que je souhaitais avoir un espace où je puisse parler librement de ce qui m'intéressait. Par la suite, j'ai découvert que d'autres personnes partageaient mes centres d'intérêt et ça a généré un effet « boule de neige ».

Quel fut le rôle de la communauté virtuelle IAM dans l'évolution de cette scène ?

IAM est apparu tard, à une époque où tout le reste existait déjà, mais IAM a tout de même fonctionné comme un accélérateur en créant un environnement clos, insulaire, au sein duquel tout évoluait très vite. Sur IAM, les expériences les plus marginales, les plus extrêmes (y compris vues du point de vue du Body Modification Ezine), rejoignaient la norme en l'espace de quelques mois. Et comme IAM accueillait un pourcentage très élevé de body artistes, ces évolutions subculturelles n'ont pas mis longtemps à toucher le monde réel.

On a assisté à un effet de mimétisme à travers BME. Des artistes qui s'influençaient entre eux et un public qui copiait ce qu'il avait vu sur le site. On pourrait presque dire qu'un style BME s'est imposé dans la communauté. Qu'en penses-tu ?

Je crois que c'est très vrai. Il y a eu un phénomène de mimétisme et même de mimétisme amplifié où l'imitateur voulait dépasser le modèle. Bien que nous constituions une culture basée sur l'individualisme, on avait parfois l'impression qu'il y avait comme un « dress code ».
Ca m'a toujours ennuyé et ça m'ennuie encore de savoir qu'il y a que si peu de fortes personnalités, de gens uniques dans cette communauté. Mais je suppose que l'on retrouve ce phénomène dans tous les domaines, avec un pourcentage réduit de leaders et de créateurs de tendances...

Tu ne crois pas que certaines personnes sont allées trop loin, en allant jusqu'à des modifications très radicales, juste dans le but d'exister au sein de cette communauté ?

Un des effets secondaires d'IAM était que nous avions l'illusion d'être soutenus par une communauté. Les gens pouvaient passer du temps sur IAM et avoir l'impression que le monde entier s'était rangé de leur côté, que ce qu'ils faisaient était « normal » et « acceptable ». Je pense que ça a poussé certaines personnes à aller plus loin que ce qu'elles pouvaient assumer, avec pour résultat qu'elles se sont trouvées dans des situations difficiles qu'elles ne pouvaient pas gérer.

Je déteste cette idée mais je crois que BME a des responsabilités dans deux suicides. BME a participé à convaincre certaines personnes que c'était une bonne idée de se modifier au-delà de ce qu'elles étaient prêtes à assumer dans le « monde réel ». Il était difficile pour certains d'être considérés comme des héros sur BME, tout en se faisant descendre par les humains de chairs et d'os avec lesquels ils interagissaient au quotidien. Evidemment, ça relève avant tout de la responsabilité de la personne concernée au premier chef, et la faute en revient à un monde cruel et intolérant, mais ça me hante vraiment.

Que penses-tu des praticiens qui réalisent des modifications radicales, sans prendre en considération les conséquences que ça peut avoir sur la vie de leurs patients ? Tu ne crois pas qu'ils font ça par simple intérêt égoïste, afin de se faire connaître et d'obtenir un statut dans la communauté ?

Je ne doute pas qu'il y ait une part de vérité là-dedans. Que certains praticiens ont dépassé les limites pour se faire remarquer et c'est dommage. A l'époque où j'ai découvert les modifications corporelles, je vivais dans une ferme à la campagne et je n'avais accès à aucun studio ou média qui traitait des modifications corporelles. Il n'y avait que des gens qui te sifflaient dans la rue, j'ai grandi dans le néant. Mon intérêt pour ces pratiques n'était donc qu'instinctif et intuitif. J'aurais préféré que ce soit la même chose pour tout le monde, mais c'est quelque chose que nous avons perdu. Dans le meilleur des cas, les modifications corporelles sont une expression de votre vraie personnalité. Par contre, si c'est l'expression de ce que vous pensez que les autres attendent de vous, vous acceptez de vous laisser oppresser à un niveau très profond.

Est-ce que de privilégier les modifications les plus extrêmes, au détriment de formes plus artistiques, ne constituait pas un choix dangereux ?

Parler de « formes plus artistiques » constitue déjà une forme de jugement subjectif. J'ai mis en avant les modifications que je préférais. Et je ne pense pas qu'il soit juste de dire que j'ai donné la priorité aux formes les plus extrêmes contre l'artistique. J'ai donné la priorité à ce que j'aimais. Bien sûr, ma propre personnalité et celle du site étaient profondément liées. Je peux donc comprendre que ça ait ressemblé à ce que tu énonçais dans ta question.

On t'a souvent reproché ta gestion dictatoriale du site. Et il y a eu quelques conflits significatifs, comme lorsque Steve Haworth s'est vu banni d'IAM, tandis que d'autres faisaient tout ce qu'ils pouvaient pour te plaire et en retour obtenir une position favorable sur le site et notamment sur Modblog. Que réponds-tu à tes détracteurs ?

Je regrette vraiment ce qu'il s'est passé avec Steve. Ce n'était pas bien et la cassure dans nos relations constitue un de mes plus grands regrets. Steve est un pratiquant responsable, largement plus que la plupart, sans oublier de souligner le pionnier important qu'il a été. La chasse aux sorcières dont il fut la victime était injustifiée. Je me sens vraiment mal de la manière dont on l'a traité.
Pour ce qui est de m'être comporté comme un dictateur, BME est né de ma volonté mais aussi des efforts de toute une communauté. Et cette approche dictatoriale était la bonne approche pour maintenir ma vision personnelle. Le problème étant ensuite que lorsque j'ai rencontré des problèmes dans ma vie, ils ont aussi rejailli sur le site.

La scène a beaucoup évolué entre l'an 2000 et aujourd'hui. Un certain nombre d'initiatives et de phénomènes sont passés de l'underground dans le grand public. Comment perçois-tu cette évolution ? Et quel rôle ont joué BME, IAM, Modblog et la BME Encyclopedia ?

C'est incroyable de voir à quel point ces choses ont touché le grand-public. Vraiment incroyable ! BME a joué un rôle central dans cette transformation sociétale en servant de balise à laquelle se sont ralliés suffisamment de gens pour donner sa masse critique à ce mouvement. Nous avons ouvert la voie et encouragé la croissance de cette communauté en lui apportant sa légitimité. Je crois que sans BME (et quelques sites similaires), le monde des modifications corporelles aurait été très différent, et certainement plus restreint.

Tu as certainement rencontré plein de personnages intéressants et intrigants durant cette période. Lesquelles te viennent à l'esprit ?

En effet, j'ai rencontré plein de gens fascinants. Mais ce qui m'a le plus intéressé, ça reste les modifications génitales masculines, car ce sont généralement les plus « pures ». Les plus instinctives et les plus libres des influences extérieures. J'ai déjà posté de nombreuses interviews à ce sujet sur Bodmodsex.com et je compte leur consacrer un livre à la fin de l'année.

Que penses-tu de l'évolution des modifications corporelles ? Et quelles sont selon toi les grandes tendances à venir ?

De mon point de vue, les modifications corporelles traversent aujourd'hui une phase de stagnation. Pas vraiment de changement, rien de nouveau qui apparaisse à l'horizon. Je suspecte que cette stagnation, associée à leur pénétration dans le grand-public, signe leur arrêt de mort, à l'exception notable du tatouage. Le piercing ne représente déjà plus qu'une fraction de ce qu'il représentait dix ans en arrière. Et une grande partie de ce qui faisait la spécificité culturelle des modifications corporelles a été perdu de manière irrémédiable. De bien des manières, notre succès aura été notre perte.

Pour un moment, une rumeur a couru selon laquelle on t'aurait offert 1.9 million de dollars pour BME et que tu aurais refusé pour des questions d'intégrité. Vrai ou faux ?

Oui, j'ai fini par vendre le site pour une importante somme d'argent. Mais ça n'avait rien à voir avec une histoire d'intégrité... je n'avais simplement pas le choix. Le procès m'avait coûté tellement d'argent que je n'avais plus que deux options : vendre le site ou me déclarer en faillite personnelle. Que je sois le propriétaire du site n'a pas tellement compté. Et c'était pourtant le coeur du problème, on m'accusait de n'être qu'une figure et non le propriétaire du site. Une chose que j'ai découvert lors de cette affaire, c'est que le bien et le mal n'ont plus d'importance lorsque la personne en face est plus riche que toi et est prête à claquer son fric en avocats.

Est-ce que le site BME gagnait de l'argent ? Et si c'est le cas, dans quelles proportions ? Que représentaient les donations ?

BME était une entreprise plus que profitable. Ceci dit, à cause de ma naïveté et pour avoir laissé d'autres personnes s'occuper des finances, j'ai longtemps cru que nous étions à peine à l'équilibre. Alors que c'était la poule aux oeufs d'or. Finalement, BME m'intéressait plus d'un point de vue créatif que commercial.

BME a changé d'adresse à plusieurs reprises, entre le Canada, les USA et le Mexique. Pour quelle raison ?

Les bureaux de BME ont bougé en même temps que moi, logique puisque j'ai toujours travaillé de chez moi. C'est aussi simple que ça. Quant aux mouvements du serveur entre le Canada et les USA, c'était simplement pour fuir les lois sur l'obscénité et l'interdiction aux mineurs. L'hébergement de site est moins cher aux USA qu'au Canada, mais les lois y sont plus contraignantes. Et au tout début du site, le serveur changeait en fonction des personnes qui nous hébergeaient gratuitement (avant que BME devienne une entreprise commerciale et puisse payer ses factures).

Il y a eu récemment une sorte de putsch sur BME, au terme duquel tu t'es trouvé éjecté du site. Que s'est-il passé ? Je sais que tu n'as plus accès au site et j'ai noté que ceux qui ont pris ta place sont en train de réécrire l'histoire de BME en minimisant ton rôle...

Il y a eu deux causes à cette « éjection » : la colère et la cupidité. Cette colère a causé la réécriture de l'histoire et explique les doses de vitriol que le site diffuse aujourd'hui à mon propos.

La poursuite en justice fut aussi assez surréaliste, jusqu'à retourner BME contre moi. Avec des déclarations soutenant qu'une « personne qui ferait la promotion des thèmes couverts par BME serait trop folle pour conduire une entreprise aussi profitable que BME », ceci afin de soutenir l'idée que je n'étais qu'une mascotte pour ce site. De nombreuses entrées de mon journal et des photographies de mes propres modifications ont été utilisées pour assombrir mon image aux yeux d'un système judiciaire conservateur. C'est d'autant plus ironique que je me souviens d'un de mes premiers articles, publié en 1995, au sujet d'un mari dont la femme s'était servi de leur intérêt mutuel pour les modifications afin de le faire passer pour un tortionnaire et lui rafler tout ce qu'il possédait au moment de leur divorce.

Que fais-tu en ce moment ? Qu'en est-il des projets dans lesquels plein de gens se sont impliqués, comme le film documentaire que tu as avais commencé ?

Malheureusement, je suis limité par contrat dans ce que je peux faire. J'aimerais pouvoir jouer un rôle plus actif dans les monde des modifications corporelles. Mais je travaille sur plusieurs projets de livres (certains sont présents sur le site Bodmodsex.com et mon blog Zentastic.com), je développe certains projets artistiques et quelque autres trucs. La seule bonne chose qui soit née de la vente du site, c'est qu'elle m'a donné du temps pour me détendre et explorer les options qui se présentait à moi... et bien sûr de prendre du plaisir en étant père. Lorsque le procès a démarré, on nous a averti à peu de choses près que l'un de nous deux repartirait avec le business et que l'autre aurait la garde de notre fille. Et ma priorité a toujours été que ma fille continue à vivre avec moi.

Que peux-tu nous dire de ta propre évolution dans les années où tu dirigeais BME ? Est-ce que tu as gardé les mêmes amis ?

Cette « éjection » m'a prouvé qui étaient mes vrais amis. Ca m'a beaucoup appris. J'ai vu des gens que je considérais comme de vieux amis répandre de vilains mensonges sur mon compte. Mais c'était aussi bien de voir qui étaient mes vrais amis, et c'est la facette sur laquelle j'ai voulu me concentrer. Je suis encore très proche de vieux amis, de ceux qui étaient déjà là au début de BME. Comme moi, nombre d'entre eux ont été poussés hors de BME.

S'il vous était possible de redémarrer à zéro, que changeriez-vous ?

Ce que je regrette le plus, c'est de ne pas avoir traité ma tumeur à la jambe (tout en sachant que je ne connaissais pas son existence). Je suis devenu un gros consommateur de marijuana pour lutter contre les douleurs constantes qu'elle provoquait, ce qui a eu pas mal d'effets secondaires destructeurs.

Ca m'a aussi rendu trop confiant. Je me suis trop reposé sur les autres, en choisissant les mauvaises personnes. En leur faisant confiance et en demandant leur aide sur les aspects financiers du site, j'ai laissé des gens s'emparer de BME, alors que ce n'était qu'un business pour eux. Sorti de ce que j'ai perdu, ça représente une grande perte pour la communauté et ça mènera probablement à la mort du site. Ou du moins à ce qu'on le voit évoluer vers quelque chose de très différent de la vision que j'en avais. Il m'est très difficile de voir BME se tromper de voie, en étant condamné au silence. Par voie de justice, je n'ai plus le droit de parler de modifications corporelles sur mes blogs ou de lancer un projet concurrent. Ensuite, et c'est d'une certaine manière encore pire que la perte du site, je me suis laissé influencer par la négativité et le copinage de ceux qui m'entouraient. Tout ça pour ne pas avoir su m'assumer émotionnellement. C'était plus important pour moi de sentir que ceux qui m'entouraient me soutenaient que de m'inquiéter de savoir si je faisais les bons choix. Ce qui m'a amené à participer à cette vendetta contre Steve Haworth, à participer à la vendetta contre toi lorsque nous avons publié une critique profondément injuste de ton livre. Je me sens terriblement mal de ces deux traîtrises, entre autres choses. J'ai participé à de trop nombreuses attaques contre des membres de notre communauté et je le regrette, profondément.

J'ai honte de beaucoup de choses qui se sont passées durant les cinq ou six années où je fumais beaucoup d'herbe. Mais perdre le contrôle de ce qui m'importait et me laisser corrompre par la fureur et la cupidité de ces gens est ce que je regrette le plus. Si je pouvais tout recommencer, c'est ce que je changerais. Ceci dit, et ça reste le plus important, j'ai vraiment la chance d'avoir une belle vie. Bien sûr, il y a des choses que je ferais différemment et des choses que je regrette, mais je ne regrette pas ce que je suis devenu et je considère avoir eu beaucoup de chance dans ma vie.

Tu as certainement entendu parler du cas de Mathew Noland qui a été arrêté au Canada pour avoir opéré une réduction labiale sur une adulte consentante. Un pierceur a été arrêté au Japon pour cause de pratiques illégales. Toro, un autre pierceur, est poursuivi en France pour avoir réalisé une suspension avec un mineur pour une émission de télévision avec pourtant le consentement de sa mère. Et j'ai moi-même été en procès (heureusement gagné) pour une scarification réalisée sur un mineur qui s'était présenté avec une personne se faisant passer pour sa mère. Que penses-tu de cette tendance répressive à l'échelle internationale ? Pour ma part, j'ai toujours considéré que la réappropriation de nos corps participe d'une démarche politique. Es-tu d'accord ?

Je suis complètement d'accord. Si nous ne possédons pas nos corps, si on peut nous poursuivre pour avoir manipulé nos propres corps ou deux d'individus consentants, alors nous sommes des esclaves. Il n'y a pas de droit plus fondamental que celui de posséder son propre corps.


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A propos de cet article


Titre : SHANNON LARRATT
Auteur(s) :
Genre : Interview
Copyrights : Lukas Zpira, Traduction de Laurent Courau
Date de mise en ligne :

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Certains sites peuvent se prévaloir d'une influence qui dépasse les limites de l'Internet, de par leur impact sur le monde réel et bien au-delà des frontières géographiques. Dans cette catégorie enviée, le Body Modification Ezine fait figure d'OVNI. Lancé en 1994, BME est devenu en quelques années le haut lieu virtuel des modifications corporelles, attirant chaque mois plusieurs centaines de milliers de freaks et de curieux en provenance des cinq continents. Informaticien de formation, Shannon Larratt est l'instigateur de cette expérience médiatique hors normes qu'il a dirigé jusqu'à l'hiver 2007, avant d'en concéder la propriété à son ex-femme en mai 2008.

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