RON ENGLISH « INTERVIEW »


Enregistrement : Archives de La Spirale (1996-2008)

Vedettes d'Hollywood, personnages de bandes dessinées ou rockstars des années 70... Comme tout sale gosse qui se respecte, Ron English ne joue pas, il casse. Agité et subversif, cet artiste américain porte avec une jubilation féroce ses deux casquettes de pirate médiatique spécialisé dans l'abordage de panneaux publicitaires et de peintre lowbrow inspiré par la culture pop et l'univers des cartoons. Ses toiles reflètent à la fois la bonne humeur délirante de la figuration libre et la hargne moqueuse des premiers groupes punks.

Également en ligne sur La Spirale, une galerie d'oeuvres de Ron English


Propos recueillis par Laurent Courau.


Comment s'est passée votre enfance au Texas ? Qu'est-ce qui vous a poussé vers une carrière artistique ?

J'ai grandi à Decatur, dans l'Illinois. Un de mes premiers boulots fut de dessiner pour un magazine underground local. J'ai ensuite déménagé au Texas après m'être fait licencier de mon premier boulot d'étudiant sur les chemins de fer. C'est là que j'ai décidé de déménager au Texas et de m'inscrire à l'université.

Parlez-nous de la scène artistique alternative texane des années 80? Je me souviens de groupes punks assez farfelus comme les Butthole Surfers ou les Big Boys.

Ah, les Butthole Surfers... Je suis allé à mon premier concert des Butthole Surfers en compagnie d'une bande de nanas avec lesquelles je vivais à l'époque. Elles m'ont baratiné pour me convaincre de me maquiller et de porter une robe. J'y suis finalement allé comme ça en planquant une bouteille de vin sous ma robe. Mais personne n'a trop fait attention à moi.

Qu'est-ce qui vous a amené à vous focaliser sur des icônes pop telles que les Simpson, Batman et Robin ou les membres de Kiss ?

Pour moi, le vocabulaire pop est un langage évident. C'est de l'anglais visuel.

Je crois me souvenir que vous avez peint votre propre version de Guernica de Picasso au début de la première Guerre du Golfe. Pouvez-vous nous en parler et nous expliquer d'où vous est venue l'idée d'y intégrer des personnages de Walt Disney ?

La première version fut réalisée pour un détournement de panneau d'affichage sur lequel était inscrit THE NEW WORLD ORDER (Ndlr : Le Nouvel Ordre Mondial). Il n'a pas fallu plus d'une dizaine d'heures pour que la société responsable de ce panneau ne le remplace par un nouveau poster proclamant SUPPORT OUR TROOPS (Ndlr : Soutenons Nos Troupes). Mais il aura suffi de cette journée de présence pour que les médias internationaux s'en emparent. La version disneyifiée est apparue plus tard.

Quelles sont vos relations avec les autres artistes pop contemporains ? Je pense à des gens comme Todd Schorr et Robert Williams... Avez-vous le sentiment de faire partie d'une scène ou d'une mouvance artistique, comme le Lowbrow par exemple ?

En effet, on nous classe souvent dans l'école Lowbrow. Nous sommes vraiment les nouveaux surréalistes, avec une touche pop. Et c'est plutôt chouette de faire partie de ce club. Mais je fais également partie de la mouvance des pirates médiatiques, des "culture jammers". C'est une autre scène que le Lowbrow dont font partie des gens comme le Billboard Liberation Front, Shepard Fairey ou le Reverend Billy.

Comment définiriez-vous le rôle de l'artiste dans le monde occidental contemporain ?

La poésie passe devant une quelconque politique. C'est le rôle de l'artiste d'invoquer le "zeitgeist" qui habite sa génération.

Pouvez-vous nous expliquer votre concept de "popagande" ?

C'est quasiment l'opposé de la propagande. Les dogmes y sont sévèrement tenus en laisse.

Pensez-vous que votre art est subversif ? On vous sent assez remonté contre l'Amérique corporatiste et le commercialisme que vous considérez comme la nouvelle religion du monde occidental ?

En effet, j'espère vraiment que mon art est subversif. Je suis contre les corporations qui imposent des comportements grégaires, mais je n'ai rien contre les corporations qui agissent de manière responsables.

Comment vous êtes-vous lancé dans le détournement de panneaux publicitaires ?

Comment aurais-je pu résister face à la prolifération galopante des panneaux d'affichage ? Comment dire, si nous devons supporter la présence de ces panneaux, ne devrions-nous pas y avoir accès ?

Racontez-nous l'histoire de votre détournement de la campagne "Think Different" d'Apple?

Apple se servait des célébrités, vivantes ou mortes, pour promouvoir leurs produits. Mais j'ai réalisé que certaines personnalités étaient délibérément laissées de côté. Où étaient donc passés Charles Manson, Adolf Hitler, Bill Gates ou Kurt Cobain ? J'ai donc décidé de prendre en main la réparation de cette injustice.

Ne pensez-vous pas que Charles Manson aura apprécié l'initiative ?

Qui se soucie de ce que pense Charles Manson ?

Quel type de réactions obtenez-vous face à ces détournements ? J'ai lu dans le magazine Juxtapoz que ça ne se passe pas toujours bien. Il y était notamment question d'un poster, intitulé Redneck Nietzsche qui disait "Let's Get Drunk and Kill God" (Ndlr : Bourrons-nous la gueule et allons tuer Dieu) et d'altercations avec des habitants du voisinage?

Un groupe d'écologistes chrétiens s'est récemment demandé quel genre de voiture conduirait Jésus s'il était encore parmi nous aujourd'hui. Une campagne publicitaire a repris ce questionnement. J'ai donc réalisé un détournement de panneau d'affichage qui proclamait JESUS DROVE A SUV, MOHAMMAD PUMPED HIS GAS (Ndlr: Jésus conduisait une Suv, Mohamed lui fournissait le pétrole). Les musulmans se sont sacrément énervés et ont retiré le Mohamed du panneau d'affichage. En ce qui me concerne, j'avais juste conçu ce détournement pour pointer du doigt l'arrogance de la culture Suv. Mais, c'est cool. Le panneau d'affichage s'est finalement transformé en forum public.

Croyez-vous vraiment qu'il est possible de réveiller le public et de rendre les gens plus critiques à l'égard des médias de masse ?

Est-ce que RJ Reynolds se sert encore d'un personnage de dessin animé pour vendre des cigarettes aux enfants ? La liberté d'expression renforce la démocratie. Souvenez-vous ! Ce qui n'est pas gratuit n'est pas libre.


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Titre : RON ENGLISH « INTERVIEW »
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Genre : Interview
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Ron English - Une interview tirée des archives de La Spirale.

A propos de La Spirale : Née au début des années 90 de la découverte de la vague techno-industrielle et du mouvement cyberpunk, une mouvance qui associait déjà les technologies de pointe aux contre-cultures les plus déjantées, cette lettre d'information tirée à 3000 exemplaires, était distribuée gratuitement à travers un réseau de lieux alternatifs francophones. Sa transposition sur le Web s'est faite en 1995 et le site n'a depuis lors cessé de se développer pour réunir plusieurs centaines de pages d'articles, d'interviews et d'expositions consacrées à tout ce qui sévit du côté obscur de la culture populaire contemporaine: guérilla médiatique, art numérique, piratage informatique, cinéma indépendant, littérature fantastique et de science-fiction, photographie fétichiste, musiques électroniques, modifications corporelles et autres conspirations extra-terrestres.

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