YANN SUTY I « MYTHIQ 27 »


Enregistrement : 14/10/2013

27 écrivains écrivent
27 lignes sur
27 artistes morts à
27 ans, mis en image par des artistes d'aujourd'hui.


Entre 1969 et 1971, Brian Jones, Jimi Hendrix, Janis Joplin et Jim Morrison disparaissent à 27 ans dans des circonstances tragiques, comme frappés par une malédiction. La violence de ces décès prématurés illustrent l’esprit d’une époque, un mode de vie « rock’n’roll », où succès rime avec excès, sexe, drogue et alcool.

Le nom Club 27 proviendrait d’un malentendu lors d’un échange entre la mère de Kurt Cobain, chanteur de Nirvana, et l’agence Associated Press peu après la mort de son fils, lorsqu’elle aurait déclaré : « Maintenant, il est parti et a rejoint ce club stupide. Je lui avais dit de ne pas le rejoindre ». Même si elle pense aux artistes fauchés en plein vol, le journaliste entend le chiffre 27.

Le Club 27 est né et devient un phénomène planétaire, un mythe. D’autres artistes rejoindront ce club, figés en pleine gloire dans une jeunesse éternelle, préservant la plupart d’entre eux d’un oubli probable s’ils avaient survécu.

Mythiq27 est un ouvrage hybride et hors normes qui rassemble 27 écrivains et 40 plasticiens.


Rendez-vous le jeudi 17 octobre 2013 à partir de 19:00 à la librairie Charybde, au 129 rue de Charenton dans le douzième arrondissement parisien (M° Reuilly-Diderot ou Gare de Lyon), pour un soirée autour de Mythiq 27. En présence de Yann Suty, ainsi que de nombreux artistes et auteurs ayant participé à ce projet.

Propos recueillis par Laurent Courau




INTERVIEW DE YANN SUTY

Comment vous est venue l'idée de ce livre collectif ? J'ai relevé l'anecdote de la mère de Kurt Cobain, qui aurait déclaré à propos de son fils : « Maintenant, il est parti et a rejoint ce club stupide. Je lui avais dit de ne pas le rejoindre »... Et qu'est-ce qui vous a fasciné dans ce concept, plutôt morbide, d'un club privé d'artistes disparus jeunes ?


Nous avons pensé au Club 27 au moment de la mort d’Amy Winehouse. Pour nous, ce n’est pas morbide, au contraire : les artistes partent en pleine gloire, ils vivront une jeunesse éternelle, ne connaîtront jamais la dégringolade, ne seront jamais des has been.

De quelle manière s'est opérée la sélection des sujets ? En d'autres termes, était-il difficile de trouver 27 artistes passés de vie à trépas et respectant votre cahier des charges numérologique ? Ou aviez-vous au contraire l'embarras du choix ?

Il suffit de taper « Club 27 » sur un moteur de recherche pour disposer d’un grand nombre de pages. Dont notamment une de Wikipédia qui recense tous les artistes morts à 27 ans et qui, au dernier comptage, étaient au nombre de 46. Nous avions donc l’embarras du choix. Des milliers d’internautes nous avaient mâché le travail. Dernièrement, la mort d’Amy Winehouse avait remis le Club en avant. Donc il y a plutôt fallu éliminer des membres pour arriver au nombre de 27…

Nous avons choisi ceux pour lesquels il y avait le plus d’informations disponibles (le Club 27 compte parmi ses membres beaucoup « d’artistes » surtout connus dans leur quartier et par leur famille), histoire de donner à ceux qui planchaient dessus un peu plus de biscuit qu’un simple nom. De toute façon, une ou deux anecdotes suffisaient souvent pour qu’écrivains et plasticiens réalisent leur texte ou leur œuvre.

On bien comprend votre volonté de vous cantonner au nombre de 27 écrivains, mais qu'est-ce qui a vous a poussé à déroger à la règle en intégrant une quarantaine d'artistes au projet ?

Il nous paraissait difficile de nous arrêter à 27 artistes pour donner plus de consistance au livre et surtout à l’exposition : 27 œuvres dans une exposition, ça fait très vide !

De quelle manière se sont opérées les « rencontres » entre les artistes décédés d'un côté et de l'autre, les artistes et les écrivains qui leur rendent hommage dans cet ouvrage ? Et qui a tranché dans le cas où plusieurs écrivains souhaitaient écrire sur Robert Johnson, Dave Alexander des Stooges ou D.Boon des Minutemen ?

En fait, nous avons tranché pour eux dès le début !  Nous avons décidé de proposer un membre du club à un écrivain ou à un artiste sans lui laisser le choix.  Parfois il a fallu négocier mais cette contrainte a été plutôt bien acceptée, le challenge l'emportant sur les préférences.

Nous avons été obligés d’agir de la sorte pour ne pas rendre les choses beaucoup plus complexes en termes d’organisation vu le nombre de personnes impliquées. A part les quelques figures incontournables (Jim Morrison, Amy Winehouse, etc), la plupart des membres du Club 27 demeurent de toute façon très largement méconnus. Parfois, le hasard a bien fait les choses. Par exemple, David Fauquemberg a hérité de Robert Johnson, un bluesman dès années 30 et, plus jeune, il appartenait à un groupe qui s’était spécialisé dans les reprises de… Robert Johnson.

La deuxième contrainte était de ne pas rendre hommage aux artistes mais de les faire entrer dans le processus créatif habituel de l'écrivain et du plasticien. Pour nous, c'était la garantie d'obtenir des œuvres intéressantes. Nous avons ainsi pu vérifier qu'un créateur est souvent très bon lorsqu'il a une contrainte pour travailler. La liberté totale peut faire peur. Les contraintes simples que nous avons fixées ont libéré les participants et ont facilité leur envie d’être tout simplement eux-mêmes.

Pour les écrivains, il y avait une autre contrainte : écrire 27 lignes.

N'y a-t-il pas comme une légère ironie à faire écrire 27 écrivains, pour la plupart partie intégrante d'un landernau littéraire parisien raisonnablement confortable, sur 27 artistes décédés et aux vies le plus souvent marginales, extrêmes et dissolues ? Sans que ça n'enlève quoi que ce soit de l'intérêt de ce beau projet, ce type de décalage ne manque jamais de m'interroger.

Les écrivains et les artistes ne sont pas tous parisiens, loin s’en faut ! Parmi les 27 artistes décédés, beaucoup faisaient déjà pas mal d’argent (Amy Winehouse, Jim Morrison, Jimi Hendrix, Janis Joplin, Brian Jones, Jean-Michel Basquiat).

Ecrire, peindre, dessiner est la plupart du temps une démarche obsessionnelle, mélange de passions, de fureurs, d’angoisses, de joies… et les réussites ne sont pas si nombreuses que cela, malheureusement ! Nous ne connaissons pas les modes de vies des uns et des autres mais ils sont sans doute plus raisonnables que les disparus, même si, dans le fond, ils partagent les mêmes angoisses, les mêmes doutes… ceux du créateur en fait.

Revenons aux artistes qui ont participé à ce livre, lequel fait la part belle au street art. Qu'est-ce qui a motivé cette direction artistique, d'autant plus cohérente que vos sujets et les artistes qui s'en emparent partagent une même approche urbaine et pop culturelle ?

La direction artistique s’appuie effectivement sur des artistes issus des arts urbains parce que tous les artistes (les 27 et les vivants) appartiennent à une même culture urbaine. Médias, société, environnement urbain, influences musicales et picturales… sont proches et les repères, le contexte ou les références sont souvent les mêmes.

Chez les artistes du street art, il y a aussi dans les gènes, le sens du défi et de la différence à tout prix (par rapport aux autres artistes). Le défi à l’ordre établi et le sens de la provocation sont constitutifs du mouvement même, parfois on peut même dire qu’ils font partie intégrante des œuvres.

Nous avons également sélectionné des artistes d’art actuel afin de donner à voir aux lecteurs et aux visiteurs de l’exposition d’autres modes de détournement du thème. En filigrane, il y a le glissement des artistes des arts urbains vers les arts actuels, et la sélection des artistes présente de façon très fluide le passage de l’un à l’autre.

De ce que j'ai pu en lire sur Internet, une exposition avait précédé la sortie à l'Abbaye du Ronceray au mois de juin 2012. Nous mettons cet entretien en ligne à l'occasion de la soirée consacrée à Mythiq 27 le jeudi 17 octobre à la librairie Charybde. Avez-vous d'autres projets d'événements ou d'exposition en préparation, pour nos lecteurs qui rateraient ce rendez-vous pourtant chaudement recommandé ?

À Angers, il s’agissait d’un coup d’essai avec d’autres œuvres et de nombreux portraits des membres du Club 27. C’est à ce moment là que nous conçu un « nouveau Mythiq 27 » plus ambitieux et plus exigeant. Un Mythiq 27 qui s’éloigne des portraits et est consacré aux visions, aux détournements, aux humeurs, aux colères… Les artistes ont tous accepté de faire entrer les membres du Club 27 dans leur démarche, ce qui a permis de faire décoller le thème en abordant des nouveaux points de vues jusqu’ici rarement, voir jamais vus.

La première exposition aura lieu à l’Espace Cardin à Paris du 3 au 8 décembre.

Nous avons des contacts avec des partenaires à Bruxelles pour 2014. En France, il faut hélas attendre que les élections municipales soient terminées pour que certaines choses se concrétisent…


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