TINAM BORDAGE « SADIQUE-MASTER »


Enregistrement : 28/02/2017

Cinéma underground, oeuvres extrêmes et autres projections pour adultes dévoyés ! Sept questions à Tinam Bordage, fondateur du festival Sadique-master, à quelques jours de leur troisième édition, qui se tiendra du 03 au 05 mars 2017 à Paris, au cinéma Les 5 Caumartins (101, rue Saint-Lazare, 75009).

Une initiative d'autant plus osée, et méritant donc d'être soutenue, face à l'actuel raidissement moral et normatif. Et un entretien au cours duquel il est question de déscolarisation, de « gore », de déviances, de bizarreries et de marginalité, d'audiovisuel charnel et de production française.

Cliquez ici pour accéder directement à la page de l'édition 2017 du Sadique-master Festival


Propos recueillis par Laurent Courau.
Image d'illustration tirée de
Hormona, un film de Bertrand Mandico.





Photographie souvenir de l'édition 2016 du festival Sadique-Master

Qu'est-ce qui t'a motivé pour créer ce festival ? Et d'où t'est venue l'inspiration pour ce nom, aussi peu commun que vendeur ? (sourire)

Mon intarissable passion pour ce cinéma si spécialisé, mais si peu représenté en France. Depuis 2010, je me rendais déjà régulièrement dans les festivals de cinéma de genre parisiens, afin d'y découvrir des pépites, mais aussi nouer des rencontres, donc par extension de me constituer un réseau. Comme certains le savent, j'ai commencé par un festival virtuel. Mais plus je fréquentais certains événements réels, plus je songeais à donner une autre dimension à la chose, donc à faire vivre cette passion au sein d'une manifestation artistique consistant à fédérer cette poignée d'adeptes éparpillés aux quatre coins de la France, mais aussi du monde. Car on a remarqué que cette passion qui nous anime n'a ni frontière ni de langue.

Pour ce qui est de la genèse du nom, je dois avouer qu'elle n'a rien de bien glorieuse. Ce mélange de français et d'anglais, qui ne veut pas dire grand-chose provient d'une période où je visionnais beaucoup les Masters of Horror et où je lisais énormément de Sade. Tu comprends donc l'association... Je sais pertinemment que l'aspect kitsch du nom « Sadique-master » ne joue pas toujours en ma faveur, et certains me le rappellent encore. Il suffit de voir certaines subventions/bourses de réalisateurs refusés, rien qu'en voyant le nom du festival. Parfois même, certaines personnes étrangères au milieu, à qui j'envoie un email sous ce nom, croient à un canular.

Mais finalement, et avec le temps, ça a forgé l'identité du festival, en plus de le démarquer avant l'heure. Et pour rien au monde, je ne changerais cet horrible nom.



Dans une interview accordée au magazine Lui, tu fais référence à ta marginalisation et à ta déscolarisation comme des éléments moteurs de ton intérêt pour le cinéma extrême. Peux-tu nous en dire un peu plus ? Est-ce que tu torturais les chats du voisinage, en séchant les cours ?

En effet, j'ai un chemin assez particulier là-dessus... J'ai échappé au cursus scolaire et à son joug en seconde, lorsque je me suis déscolarisé pour cause d'inadaptation et de saturation totale. Ce milieu ne me convenait pas et la direction vers laquelle on voulait me diriger ne me correspondait absolument pas. Avec le temps et la dépression que me causaient ma scolarisation, je ne me consacrais que partiellement à mes passions et ne prenais donc pas le temps de les exploiter plus en profondeur.

Lorsque j'ai arrêté les cours avec la ferme intention de ne jamais y retourner, je me suis d'abord cloitré deux/trois ans chez moi sans aucune vie sociale lors d'une période que je considère comme la plus sombre de ma jeune vie. Heureusement, j'ai ensuite commencé à réfléchir pour la première fois sérieusement à mon avenir professionnel, et le concilier à ma passion m'a paru la meilleure idée.

Par contre, j'ai toujours été plus altruiste avec les chats et les animaux, en général, qu'avec mes congénères.

Parlons un peu de l'ambiance de votre programmation, dont les titres sont disponibles sur le site officiel du festival. À quoi peuvent s'attendre les courageuses et les courageux, qui oseront s'aventurer du côté du cinéma Les 5 Caumartins, à Paris du côté de la gare Saint Lazare ?

Nous leur proposons un cinéma décomplexé et purement transgressif, choisi selon des critères bien particuliers. Déjà, aucun ne ressemble aux autres ,et c'est pourquoi notre programmation se compose d'oeuvres expérimentales complètement démentes telles qu'Atmo HorroX, à une parodie caricaturale du slasher ultra gore façons Gutterballs 2. Souvent, lorsque des personnes me demandent une oeuvre représentative de l'esprit du festival, je ne peux m'empêcher de leur conseiller l'intégralité tant chacun est, à sa manière, complémentaire des autres.

Nous cherchons vraiment à offrir une expérience aux multiples sensations exacerbées à notre public. Je pense clairement qu'il est impossible de ressortir du festival en étant indifférent. Je sais que parmi les personnes qui viennent, certains recherchent de la violence visuelle et sans concessions comme dans le cas d'Atroz, diffusé l'an dernier, alors nous leur offrons cela. D'autres tendent plutôt vers la poésie étrange, vers l'expérimental radical, ou vers l'absurde... Alors on leur présente une représentation extrême de chacune de ces choses.

Qu'est-ce qui caractérise le cinéma extrême défendu par Sadique Master ? En quoi est-il différent des films d'horreur «gore» désormais disponibles sur la plupart des sites de téléchargement ?

Dans mon livre Sadique-master, un chapitre traite justement du point de rupture que tu évoques avec cette question. Il s'intitule « Transition du torture porn mainstream à l'underground extrême ». Pour le grand public, le torture porn représente l'apogée du cinéma déviant moderne. Lorsqu'on quitte cette sphère, certains films encore moralement acceptables et pas trop accessibles, s'exposent et s'obtiennent assez facilement. Les seuls qui font exception à la règle sont ceux qui suscitent un buzz : A Serbian Film, Human Centipede...

Mais là encore, on reste dans des oeuvres au budget conséquent avec une belle réalisation, une structure narrative plutôt conventionnelle et un esthétisme relativement aseptisé.

Les films que nous défendons disposent d'un budget rarement supérieur à 10 000 dollars, et les réalisateurs profitent de cette restriction financière pour exploiter, jusqu'au bout et sans concessions, les caractéristiques qui les intéressent. Jamais un film comme August Underground n'acquerra la popularité de A Serbian Film, par son manque d'attractivité pour le spectateur « normal ». Et pourtant, on reste dans un classique du cinéma underground extrême. Alors, lorsqu'on commence par exemple à toucher les oeuvres de Marian Dora ou de Marco Mallatia...

Dans votre programmation, je note la présence de Hormona, une projection qui réunit trois films « charnels » de Bertrand Mandico. Peux-tu nous en parler ? Et évoquer au passage la production française, dans son ensemble ? Est-ce qu'il existe un vivier de réalisateurs et de talents intéressés par l'extrême, dans notre pays ?

La difficulté lorsqu'on parle d'Hormona consiste justement à pouvoir placer des mots sur cette oeuvre si singulière, si stupéfiante. On ne connaît rien de tel en France, son cinéma est absolument hallucinant et parvient à créer un univers à la fois surréaliste et poétique, comme il n'en existe pas deux. Hormona et la filmographie de Bertrand Mandico, dans son ensemble, est complètement stupéfiante et ne connaît clairement pas d'égale dans le champ audiovisuel Français.

En France, difficile actuellement de se faire un nom dans ce milieu, mais certains réalisateurs s'évertuent à nous livrer des oeuvres différentes, réellement subversives, et nous nous chargeons de les mettre en avant, de leur offrir notre audience. Depuis la première édition, cela compte vraiment parmi nos principales motivations. Lors de la première édition nous avons invité Quarxx dans notre jury et lors de la seconde nous avons diffusé en avant-première son film Un Ciel bleu presque parfait qui compte désormais un nombre incalculable de sélections et de récompenses aux quatre coins du monde.

Malheureusement, la plupart des réalisateurs Francophones que nous soutenons ne bénéficient pas de cette réception. Rafael Cherkaski, qui faisait partie du jury de notre seconde édition, le démontre bien, puisque son excellent Sorgoï Prakov, My European Dream s'est retrouvé par sa propre volonté sur YouTube, en libre visionnage, pour des raisons évidentes. Encore de nombreux autres tentent d'accoucher de films du genre, mais il s'avère difficile d'être prolifique, lorsque les producteurs et éditions Françaises préfèrent sortir un nouvel étron avec Kad Merad.

Enfin, sans être exposés sur le devant de la scène, il existe tout de même de talentueux cinéastes, mais peu sortent plus d'un long-métrage et les autres sont contraints de se cantonner aux formats court ou moyen.

Pendant qu'à Gerardmer, ils convient dans leur jury Claude Lelouche et Mathilde Seigner, nous invitons François Gaillard et David Scherer afin de représenter un cinéma que nous aimons et que nous défendons, afin de soutenir des artistes qui n'ont pas oublié le sens de ce qu'ils font.

J'avais lu que tu te préparais à sortir un ouvrage théorique sur le cinéma extrême et transgressif chez Camion Noir, mais n'ai pas réussi à en trouver la référence sur leur site. S'agit-il d'un projet encore un cours d'écriture ?

En effet, cet ouvrage est terminé depuis peu. J'ai envoyé le manuscrit à Camion Noir qui se charge désormais de finaliser l'édition, mais j'ignore encore la date de sortie exacte. D'ici un mois, peut-être deux mois. Attendez-vous en tout cas à un livre conséquent, d'au moins 400 pages, qui va faire du bruit.

Partons du principe qu'une part non négligeable des lecteurs de La Spirale n'aura qu'une idée vague du cinéma que vous défendez au travers de votre site et du festival éponyme. Outre les inviter à participer au festival, aurais-tu la bonté de leur conseiller trois films en mesure de les initier au genre que tu défends ?

Pour sonder trois faces complémentaires et pertinentes de ce cinéma, je leur conseille Subconcious Cruelty, Found et Megan Is Missing. Subconcious Cruelty de Karim Hussain pour sa sublime poésie, mais aussi pour rompre avec les préjugés qui tendent à ne croire le cinéma extrême que composé de gore gratuit et sans réflexions. Found de Scott Schirmer, car il cristallise des sujets qui nous sont chers à travers un traitement des plus pertinents. Megan Is Missing de Michael Goi, pour sa psychologie vicieuse et le choc qu'il peut engendrer sur plusieurs faces, mais aussi pour son incroyable réalisme.


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Titre : TINAM BORDAGE « SADIQUE-MASTER »
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Genre : Interview
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