PADDY STEER « TALES OF THE INTERGALACTIC EMPEROR OF SOUNDS »


Enregistrement : 05/03/2018

Homme-orchestre aux costumes tout aussi improbables que sa musique, Paddy Steer constitue à lui seul un condensé d'excentricité britannique.

Actuellement en tournée, il sillonne l'Europe de l'Ouest. Et se produira le 14 mars à Amiens, le 15 mars à Lyon, le 16 mars à Felletin et enfin le 17 mars à Paris, dans le cadre du festival Sonic Protest.

Toujours à l'affût, LaSpirale.org a profité d'une distorsion du continuum espace-temps pour intercepter l'étrange créature et la passer à la question.


Propos recueillis par Laurent Courau.
Traduction par Ira Benfatto.




Quelle est à votre sens la spécificité de Manchester ? Comment expliquez-vous que cette ville génère autant de grands musiciens et d'artistes excentriques ?

C'est difficile à dire.
J'en ai aucune idée... vraiment.
Peut-être la crasse ? Les bons currys pas chers ?

J'adore cette ville, mais je ne suis pas vraiment client des groupes à succès qu'elle génère. En général, un groupe de mecs avec des guitares, comme le veut la norme. On a besoin de plus de femmes dans la musique. Le groupe de Manchester « ILL » est vraiment excellent. Il faut dire que j'aime les excentriques...

Un jour, j'ai ramené Mark E. Smith (N.D.L.R. : chanteur du groupe The Fall) chez lui à bord de ma vieille Polo VW, mais ce qui m'excite se trouve plus du côté de Liverpool, de Leeds et de Bristol, particulièrement dans le milieu associatif.

Quelle est l'origine de vos incroyables costumes de scène ? Était-ce pour vous créer un personnage sur scène ?

J'aime travailler de mes mains, en mode Do It Yourself. J'utilise des machines à coudre depuis que je suis gamin. Reprendre mes jeans afin que mes jambes maigrelettes ressemblent à de vraies cannes de moineau, etc. J'adore aller à Abrakan, le magasin de tissus et la mercerie du coin, c'est juste génial.

Manifestement, quelqu'un produit tous ces tissus, toutes ces pampilles et ces ornements brillants pour une raison. Je ne sais pas si je les utilise comme il le faudrait. Le grand col que je porte ces derniers temps a été créé à partir de bouts de carton, il y a quelques années. Un jour où je jouais à Liverpool pour Stealing Sheep .

Mais mes influences les plus évidentes sont l'empereur Ming de Mongo dans Flash Gordon, Adrian Street, le catcheur des années 70, Sun Ra. Peut-être quelques trucs de grands chefs religieux, ces mecs utilisent de superbes chapeaux pour recouvrir leurs crânes dégarnis. Généralement un tube non raidi, façonné selon une forme étrange. Certains évoquent Moondog, mais je crois que c'est juste à cause de la barbe.

Je ne crois pas que je tente de devenir un personnage sur scène, c'est juste moi avec un costume débile. J'en ai eu marre de réfléchir à quelle chemise à carreaux porter. Et je pense que les gens aiment avoir à voir et rire des choses.

J'adore cette citation de votre interview pour le site Quietus. «  Je peux créer la confusion chez les gens, les faire fuir en hurlant, couvrir leurs oreilles,être payé pour ça, ce qui me semble plutôt pas mal. ». Comment réagit le public lors de vos concerts ? Je suppose que vous avez rencontré toutes sortes de réactions au fil des années. Votre musique est tellement magnifiquement indéfinissable.

J'ai un peu exagéré en parlant de personnes qui « fuient en hurlant », mais je peux avoir des soucis avec certains retours du public. J'ai joué à Rennes il y a deux jours et un type a surfé sur la foule, droit en direction de mon casque étincelant, mes cymbales se sont trouvées recouvertes de bière ou rhum (ça aurait pu être de la pisse).

C'était le public le plus dingue que je n'ai jamais eu. Parfois je joue pour un public assis, des gens qui battent la mesure et hochent la tête, avec juste autant de satisfaction. Mais la plupart du temps, je lève à peine les yeux de mon barda pour checker le public, je réfléchis à l'emplacement de mes baguettes et mes maracas sur le sol, à quel bouton triturer après, quel son saturer, augmenter ou baisser.



Quel niveau de savoir-faire est requis pour la construction de votre installation ? En êtes-vous arrivé à vous transformer en une sorte de savant fou, de génie fou de l’électronique, pour créer l’équipement que vous utilisez ? (sourire)

Je me vois plus comme un bricoleur qu'un artisan avec son savoir-faire. Je me fiche que mes boutons soient parfaitement alignés, mais j'adore le processus d'élaboration et de planification. Quels trucs ont besoin d'un gros bouton, lesquels mettre en couleur pour que je les retrouve, etc.

Je regrette vraiment Ray Wilson et sa société Music from Outer Space, qui avait conçu la plupart des circuits de synthétiseurs que j'utilise. Il est mort il y près de deux ans. Je ne l'ai jamais rencontré, vu qu'il vivait aux États-Unis, mais il était toujours là si j'avais une question ou un problème. Un mec super intelligent et sympa.

Qu'est ce que vous gardez de votre passage adolescent dans le punk ? Conservez-vous une sorte d'héritage, peut-être pas dans votre musique en elle-même, mais plus dans la façon dont vous gérez les choses, en toute indépendance ?

Oui, l'esprit Do it yourself.

Par contre j'étais vraiment trop jeune pour être punk. Je ne l'ai connu qu'après la bataille, une fois que c'était devenu commercial. Mais ce truc m'a vraiment donné le goût de la musique et les années qui ont suivi j'ai exploré la chose en écoutant Joe Harriot et John Mayer. Mais aussi en essayant de jouer de la basse ! Tu dois en passer par là (ou pas).

Je suis content avec l'auto-production, même si ça se mue en travail de bureau parfois. Mais l'aspect financier est très simple : moi, mon label, pas de vraie distribution.

Avez-vous perçu comme un changement dans la scène musicale ces dernières années ? Le public devenant un peu plus ouvert ?

Oui, mais ça change sans arrêt, pas que ces dernières années. A la fin des années 1980, la musique électronique l'a emporté sur la musicalité. Aujourd'hui, il y a un haut niveau de technique musicale, à nouveau. Je ne suis pas sûr de la dimension émotionnelle de ces productions, ça ne fait pas tout bien sûr.

La musique devrait être plurielle.

J'ai lu que vous écoutiez toute sorte de musique, Sun Ra (bien sûr), Mingus, du jazz à des musiques de publicités japonaises, en passant par le rock thaïlandais. Qu'est-ce qui passe sur vos platines ou votre lecteur mp3, dernièrement ?

. Four Stones de Dean McPhee
. Im Sinne der Zeit de Klaus Johann Grobe
. Dubi In Space Part 1: The Emerald Gauntlet de Dubi Dolczek 

Exceptée la musique, qu'est-ce qui vous inspire parmi les autres formes d'art ?

Les animations de Yuri Norstein. L'imprimerie en général. Juste en tant qu'observateur, j'ai rejoint différents groupes de sérigraphie sur Facebook pour connaître ce qu'il se fait en ce moment.

Est-ce-que vous pensez que les suzerains extra-terrestres nous sauveront avant la fin du monde ?

Oui, j'attends un suzerain extra-terrestre particulier, appelé « Magic Pepper Pants ». Il est génial, d'après eux. « Aspect Napper Gimp » ne sert à rien. « Aspect Napper Gimp'» est le meilleur, malgré tout.



Commentaires

Vous devez vous connecter ou devenir membre de La Spirale pour laisser un commentaire sur cet article.

A propos de cet article


Titre : PADDY STEER « TALES OF THE INTERGALACTIC EMPEROR OF SOUNDS »
Auteur(s) :
Genre : Reportage
Copyrights : LaSpirale.org - Un eZine pour les Mutants Digitaux !
Date de mise en ligne :

Présentation

Homme-orchestre aux costumes tout aussi improbables que sa musique, Paddy Steer incarne à lui seul un condensé d'excentricité britannique.

Liens extérieurs

PaddySteer.com
PaddySteer.Bandcamp.com

Thèmes

Alternatives
Arts numériques
Musiques
Pop culture
Underground

Mots-clés associés

Paddy Steer
Sonic Protest
Musique
Underground
Expérimental

Contact


Connexion


Inscription
Lettre d'informations


Flux RSS

pub

Image aléatoire

pub
T-shirt "Samouraï Robot"
by LaSpirale.org
pub

Contenu aléatoire

Peinture Texte Video Photo Texte Photo Texte Photo Texte