C-DRIK FERMONT « ALTERNATE AFRICAN REALITY »


Enregistrement :

Seconde apparition de C-drik Fermont sur La Spirale, celui-là même qui nous confiait précédemment « éprouv[er] un malin plaisir à [se] balader en jupe ou en robe avec une crête, des tatouages, des piercings dans des pays conservateurs et/ou machiste », alors qu'il arpente les quatre coins du monde à la recherche des musiques les plus alternatives, curieuses et contemporaines.

Une quête entamée au début des années 1990, époque d'avant l'Internet durant laquelle les échanges postaux lui permettent de découvrir de premières perles de musique expérimentale, électroacoustique, industrielle, metal ou noise, en provenance d’Amérique du sud et du Japon. En 2004, il revient déjà d’un voyage dans le Sud-Est asiatique avec plus de 70 cassettes et CDs dans ses bagages, avant de sortir en 2007 sa première compilation Beyond Ignorance and Border, que nous avions abordé lors de notre précédente entretien. De son propre aveu, un disque qui a ouvert bien des portes et brisé bien des certitudes. « Combien m’avaient dit qu’il ne se passait rien dans ces pays ? ».

Récemment, C-drik s'est plus particulièrement concentré sur l'exploration d'un autre territoire, l’Afrique, et vient de sortir en février 2020 une nouvelle compilation monstre, dont le contenu s’avère aussi long et prodigue que le titre, Alternate African Reality. Electric, Electroacoustic and Experimental Music from Africa and the Diaspora, avec pas moins de 32 artistes issus de 24 pays du continent. Compilation qui « à [sa] connaissance est la première à exposer la diversité musicale de ce que ce continent offre en matière de musiques électronique, expérimentale, noise et improvisées ».

Loin de ce que l’on attend de la « musique africaine » que le créneau commercial de la world music a trop souvent réduite aux musiques traditionnelles, aux percussions et aux chants polyphoniques. Alternate African Reality nous entraîne dans une toute autre réalité, celle d’une Afrique alternative. Au fil de la compilation, on se trouve ainsi emporté par la transe futuriste et mystique de Hibotep, hypnotisé par l’ambient sombre de la Tunisienne Mash, happé par les basses et percutions brutes de la kényane [MONRHEA], ou encore noyé dans les cauchemars sonores de Chantelle Gray, qui se scarifie jambes et bras pour que sa douleur devienne la nôtre.

Certains morceaux déconstruisent et reconstruisent les sons des campagnes, chants d’oiseaux, chants humains rendus méconnaissables, dissonances robotiques rythmées par de insectes géants, mélopées distordues pour la danse ou le voyage astral. Mais l’univers sonore de la compilation ne se cantonne pas aux seuls bruits de la brousse. Profondément urbaine, la cacophonie des villes africaines et l’intensité de leurs activités humaines s’y transmuent en musique.

Des cloches sonnent le glas pour le requiem de l’Égyptienne Shadwa Ali. Jako Maron fait muter le folklore réunionnais en expérimentale. Précurseur de la noise et de la musique industrielle au Maghreb, l’Algérien Rédha M dérange de par ses lugubres dystopies. Au Togo, le pionnier du rap panafricain Yao Bobby nous emporte dans son flow mêlé de uwe et de français, posé sur les boucles dub et industrielles du Suisse Simon Grab.

Et Beko The Storyteller, la poétesse d’eSwatini, de célébrer la femme noire sur une boucle hip-hop dénudée, ralentie jusqu'à l’extrême.


Propos recueillis par Ira Benfatto.
Portrait de C-Drik Fermont par Florian Voggeneder.



Alternate African Reality. Electronic, electroacoustic and experimental music from Africa and the diaspora fait suite à une série de compilations débutée en 2007 avec Beyond Ignorance and Borders, que nous évoquions lors dans ta précédente interview sur La Spirale. Cette même année, tu avais sorti une première compilation centrée sur l’Afrique 30.2. Et tu dis maintenant que Alternate African Reality en constitue une « amélioration drastique ». Qu’entends-tu par là ?

En 2012, ayant déjà couvert pas mal de portions de l’Asie, via des compilations, et juste un peu l’Afrique du Nord et du Sud, mon désir était de tenter de montrer une facette de l’Afrique, différente de celle habituellement proposée (musiques traditionnelles, hip hop, reggae ou fusion de genres populaires), mais, d’une part ayant peu voyagé sur ce continent à l’époque, et d’autre part, les communications ou forums sur internet étant nettement moins présents sur place il y a presque une décennie, j’ai fait face à des difficultés pour découvrir ou même entrer en contact avec des artistes locaux. Au final, cette compilation « africaine » ne reprenait que neuf pays sur plus des cinquante existants, dont quatre pays d’Afrique du Nord et l’Afrique du Sud, peut-être une prouesse à l’époque, mais pas suffisante pour moi, j’étais persuadé que le continent avait plus à présenter, et puis aussi, il n’y avait pas une seule femme sur ce disque, non pas faute d’en avoir contacté, je savais qu’il y avait pas mal de compositrices au Caire à l’époque, ou en Afrique du Sud, par exemple.


Et huit ans plus tard, sort enfin un double CD qui pourrait être un second volume, qui inclut des artistes de 24 pays d’Afrique, dont une petite partie de membres de la diaspora. On passe d’une représentation féminine nulle, à 14 artistes, et également une bien plus large diversité musicale, pas seulement de la musique directement influencée par l’electronica ou l’électroacoustique, mais des genres typiquement locaux également comme le « singeli » des tanzaniens Mario Swagga and DJ Silila, le hip hop industriel politique du duo togolais-suisse Yao Bobby & Simon Grab et le dark hop féministe du projet swazilandais Beko the Storyteller.



[MONRHEA], Kenya (2019) © C-Drik Fermont

Sur un continent où les plateformes telles que Bandcamp restent peu utilisées, où la musique circule beaucoup de téléphone portable à téléphone portable, où les festivals dédiés à cette musique sont rares, comment as-tu procédé pour découvrir et sélectionner ces artistes ? Quel voyage physique as-tu effectué ? Les as-tu tous rencontrés, par exemple ?

Il y a quelques artistes que je connaissais depuis longtemps, de l’époque pré-réseaux sociaux, comme Rédha M avec qui je suis en contact depuis environ quinze ans et qui m’avait invité à jouer au festival « Pulsations Sonores » à Alger. Il m’a aussi beaucoup aidé au niveau de la recherche sur la musique alternative du Maghreb et du Mashreq (punk, metal, goth, industrielle, electronica, expérimentale). Il y a aussi des artistes que je connais de l’époque où j’ai publié la compilation 30.2, en 2012 : Victor Gama ou Ujjaya.


D’autres encore, que je connais grâce à des artistes avec lesquels je suis en contact ou parce nous nous sommes rencontré en Europe ou bien avons collaboré, c’est le cas d’Elsa M’bala et de Jacqueline George, par exemple, avec qui j’ai joué dans Salims Salon, un projet de Hannes Seidl, qui inclut également Seth Ayath.


Comme d’habitude, j’ai beaucoup lu, surtout sur le net : articles, magazines, blogs, forums, réseaux sociaux.


Il y a tout de même une majorité d’artistes qui se retrouvent sur le net de nos jours, mais cela n’est pas toujours centralisé ou bien, elles et ils font partie de réseaux auxquels nous ne sommes pas nécessairement familiers, mais bien sûr, j’ai pas mal voyagé sur une fraction du continent et c’est en partie pour cela que j’ai réussi à en rencontrer et découvrir autant, cela ouvre des portes. Il y a aussi des personnes qui ont entendu parler de mes projets et m’ont approché, c’est très flatteur.


Le plus gros voyage que j’ai réalisé en Afrique date de 2018. Deux mois, du nord au sud, en passant par l’est pour jouer dans et explorer un tant soit peu neuf pays. Enfin, surtout quelques grandes villes, plutôt que les pays. Et je dois particulièrement remercier East African Records et Nyege Nyege Tapes, tous deux basés en Ouganda pour m’avoir fait découvrir tant d’artiste. Spécifiquement en 2019, durant le festival Nyege Nyege, où j’ai rencontré une quantité invraisemblable d’artistes de pays et d’horizons très variés, gqom sud africain, singeli tanzanien, hip hop ougandais, métal ou grindcore kényan, hardcore techno indonésien, bass music d’Afrique de l’Est et de Chine, xylophone du Busoga, reggae, acid techno, noise, ambiant, et j’en passe !


Le festival fut une source de références et contacts incroyable.


J’essaie toujours de rencontrer le maximum d’artistes possibles, je n’ai pas encore réussi à rencontrer tout le petit monde de la compilation, mais presque, en fait. Cette relation est importante pour moi et lorsque c’est possible, j’essaie d’organiser des concerts qui incluent des artistes qui ont publié de la musique sur Syrphe ou que je connais tout simplement ou de faire jouer certain-es artistes dans des festivals.



Nyege Nyege Festival 2019 © Bwette Photography, Tweny Moments, Giyo

Le film documentaire de Renaud Barrett Système K (comme Kinshasa) se trouvait récemment à l’affiche en France. Il dépeint une scène artistique urbaine débridée et imaginative, qui comme le suggère le titre, se nourrit de recyclage. Il nous éloigne de l’idée reçue que, dans les pays en voie de développement, l’art contemporain ne serait que l’affaire des classes sociales les plus aisées. Est-ce quelque chose que tu as toi-même observé ? Et que peux-tu nous dire des artistes présents sur Alternate African Reality ?

Oui, bien sûr, j’ai observé cela, pas du même œil que Renaud Barrett, faute de véritablement pouvoir me poser à un endroit, mais c’est quelque chose que l’on ne peut pas rater. J’ai surtout eu un aperçu de cette scène dans les cercles musicaux en Ouganda, où un tas d’artistes de tous les milieux et de différentes régions et pays, des réfugié-es du Soudan du Sud ou du Congo par exemple ont accès à l’art moderne, à la littérature contemporaine, à l’art sonore ou à la musique électronique, et pour certain-es yjouent un rôle actif.

Cette récup’, on la retrouve aussi chez les dadaïstes ou d’autres mouvements plus contemporains comme l’upcycling - je pense aussi bien au Orquesta de Instrumentos Reciclados de Cateura au Paraguay, qu’à Einstürzende Neubauten, au projet Warm Leatherette (comme on l’aura deviné, inspiré du morceau de The Normal) du quatuor nippo-sud-africain, constitué de Yuri Suzuki, Nathan Gates, Bogosi Sekhukuni et Neo Mahlasela, ou bien encore en musique traditionnelle congolaise, le groupe Fulu Muziki qui fabrique des instruments à base d’objets récupérés, ou encore aux artistes qui font du circuit bending. Chez certains hackers, elle fait partie intégrante du monde actuel et démontre bien que l’Afrique n’est pas à la traîne. Nous sommes toutes et tous dans le même vaisseau spatial.

Cependant, il ne faut pas se leurrer, il est évident que les classes moyennes et supérieures ont souvent plus facilement accès à l’art contemporain ou à la musique expérimentale. Il en va de même partout dans le monde, de fait, la scène africaine, surtout expérimentale, peut paraître un peu élitiste - si je ne m’abuse. En musique purement électronique, pas nécessairement.



Instruments du groupe congolais Fulu Muziki, Nyege Nyege Festival 2019 © C-Drik Fermont

Mais trop de gens imaginent encore l’Afrique, et d’autres portions du monde non-occidental, comme des entités loin de toute technologie et cela inclut cette fantaisie du bricolage, du do-it-yourself, certes présente, mais qui ne devrait pas exclure le fait que de nombreuses portions de l’Afrique sont modernes, qu’il existe des académie d’art, des centres culturels contemporains, des musicien-nes qui travaillent avec des ordinateurs, d’autres qui réalisent des films de science-fiction ou que sais-je, comme partout ailleurs, souvent avec des moyens moindres mais n’est-ce pas aussi le cas en Europe, au final ? Que ce soit dans le cinéma indépendant ou la musique indépendante.

Pour ce qui est des artistes présent-es sur la compilation, j’ai tenté de présenter un large panel, on y trouve dès lors des compositions faites avec des applications pour smartphone (Ibukun Sunday), des instruments inventés (Victor Gama), du live coding (AFALF), des field recordings manipulés (Aurélie Nyirabikali Lierman, Shadwa Ali, Emeka Ogboh, etc.), des compositions pour synthétiseurs modulaires (Aragorn23, Chantelle Gray), de l’improvisation libre et teintée de noise (Ski Crime), différents genres de musiques rythmiques composées sur ordinateur (Mario Swagga and DJ Silila, Rey Sapienz, Catu Diosis, etc.), de la musique électroacoustique (Cobi van Tonder, KMRU), etc.



Jako Maron (La Réunion), Nyege Nyege Festival 2019 © C-Drik Fermont

La compilation est accompagnée d’un court essai en PDF. Tu commences celui-ci avec une analyse au vitriol de la « fausse » compilation de 1997 Extreme Music From Africa du producteur William Bennett (Whitehouse, Cut Hands). Pourquoi cette introduction ? Peux-tu revenir, pour nos lecteurs, sur la raison pour laquelle tu vois en elle le parfait « produit néocolonial » ?

J’ai voulu écrire cette introduction, car il m’arrive encore de recevoir des mails de personnes, entre autre en Afrique, qui me parle de cette compilation en pensant que c’est une œuvre extraordinaire et un beau témoignage de l’Afrique, sauf qu’évidemment tout y est faux. Cette compilation est donc devenue pour certaines personnes un point de référence, il est temps d’effacer ce faux témoignage de la mémoire collective.


Ma frustration par rapport à Extreme Music From Africa, c’est que ce projet semble dire que personne en Afrique n’est capable de produire du noise ou de la musique expérimentale. Faisons-le à leur place et nombres de ces faux artistes ou des titres des morceaux ne sont que de la provocation niaise, voire insultante, qui tourne parfois autour du mythe du sauvage, le mauvais sauvage dans ce cas-ci (par exemple, le titre Long Pig, une référence au cannibalisme des Îles Marquises dans le Pacifique, ou le soit-disant projet « Vicious Girl » et le titre Tutampiga qui en Swahili signifie « We will beat him »). C’est un projet qui apparaît à la fois très condescendant et insultant. On connaît les provocations de Bennett, mais celle-ci est assez misérable, je trouve. Enfin, c’est mon point de vue, qui sait, je suis peut-être à côté de la plaque...


Cependant, il y a quelque chose d’intéressant dans la démarche de celui-ci. Il n’a pas créé de noms d’artistes ou des titres au hasard, il y a une recherche là-derrière et sachant que cela fut publié au milieu des années 1990, sans l’Internet que nous connaissons aujourd’hui, son travail de recherche, malgré une erreur, pourrait être un tant soit peu salué (références au vaudou, et également à la nouvelle Dunia Uwanja wa Fujo de l’écrivain tanzanien Euphrase Kezilahabi, entre autres).

Pour rester sur le domaine des clichés véhiculés sur la musique africaine, tu disais dans ton interview à La Spirale en 2012, que « d’une part il y a les médias qui tentent d’imposer tout ce qui sort en Occident ou bien les musiques traditionnelles, ou du « monde » (en général une soupe innommable) pour des raisons que je ne perçois pas toujours, d’autre part il y a le public qui se complait dans une ignorance crasse et ne cherche pas à aller voir ailleurs. » Par ton travail de recherche et d’archivage, tu tentes depuis plus de trente ans de lutter contre cet état de fait. As-tu la sensation que les choses ont évoluées en huit ans ?

Définitivement oui, je suis assez positif quant à cette évolution.


Les retours sont très bons, je ne parle pas seulement des ventes qui se sont faites plus rapidement que je ne le pensais, en partie grâce à Bandcamp, je dois dire. Des morceaux se sont vite trouvés programmés sur des radios en ligne et sur les ondes, DJ Emily Dust a sélectionné le morceau de l’ougandaise Catu Diosis pour un mix qui se retrouvera bientôt sur les vols longue durée de British Airways (enfin, vu la crise actuelle, on verra). Francisco López a sélectionné le morceau de la compositrice électroacoustique marocaine Sukitoa o Namau pour l’exposition « Audiosphere: Social Experimental Audio, Pré et Post-Internet » qui sera présentée au Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía à Madrid cette année, Ziúr a sélectioné le titre Black Coffe du duo swazilandais Beko and the Storyteller, pour un mix sur la BBC.


Plusieurs artistes sont invité-es à participer à un festival dont je suis partiellement programmateur en Suède et il y en aura d’autres. J’ai assisté à pas mal de concerts et festivals qui ont invité, parmi tant d’autres, des artistes d’origine africaine qui compose de la musique électroacoustique ou du gqom, de la techno, du metal : « CTM » et « Heroines of Sound Festival 2019 », à Berlin, « Digging the Global South », à Cologne et puis bien sûr « Nyege Nyege » à Jinja.



Nyege Nyege Festival 2019 © Bwette Photography, Tweny Moments, Giyo

Cela démontre un intérêt croissant vis-à-vis des scène africaines actuelles, d’une part, et une prise de conscience de l’importance de diffuser autre chose que ce que le public habituel attend. Maintenant, il faut éviter le piège de l’exoticisme… Inviter des artistes simplement parce qu’elles ou ils viennent d’Afrique, sans autres raisons que mercantiles ou pour se donner bonne conscience, est un geste clairement minable.

Conférencier, tu parcours inlassablement le monde pour bousculer les idées reçues et partager le fruit de tes recherches sur la musique électroacoustique et expérimentale en Asie, comme en Afrique. L’une de ces idées était que ces musiques ne sont apparues dans ces parties du monde que récemment, or tu en as retrouvé les traces aussi loin qu’en 1944 en Egypte, dés le début des années 1950 au Japon, en Turquie dés 1959, en Indonésie dés 1963. Grâce à toi, j’ai aussi appris l’existence du festival Shiraz qui mettait ces musiques à l’honneur en Iran entre 1967 et 1977, sous l’égide de Farah Diba. Suite à la parution en 2016  de ton livre, co-écrit avec  Dimitri della Faille, Not Your World Music : Noise in South East Asia (qui a remporté la plus haute distinction dans la catégorie des musiques digitales aux Prix Ars Electronica de 2017), tu t’es tourné vers l’Afrique pour y pousser tes recherches. Quelles sont les plus anciennes traces de ce type de musique que tu aies pu y trouver ?

Halim El-Dabh et son expérimentation de 1944 est la plus ancienne trace jusqu’à présent à ma connaissance. Ensuite, il y a eu d’autres projets, notamment le néerlandais Henk Badings qui a composé en 1957. Hasterion, en Afrique du Sud, mais ce pays a une histoire particulière. Il y a eu dès les années 1970 des compositrices et compositeurs tels June Schneider, Ulrich Süße, Kevin Volans actif dans le pays également. Il y a peut-être eu d’autres expérimentateurs ou expérimentatrices sur le continent à l’époque, mais je n’en ai pas encore trouvé.


Cependant, durant les années 1970 et 1980, une vague de musique souvent plus populaire a émergé dans d’autres pays, pas du tout expérimentale mais pour le moins novatrice : electro-funk, disco, afro-pop électronique, parfois juste un morceau, mais souvent des albums complets : Francis Bebey (Cameroun), les Zaïrois Rey Lema, Bikaye (avec Hector Zazou et CY1 particulièrement), Denis Mpunga (avec Paul K.), William Onyeabor (Nigeria), Mamane Sani (Niger), African Vibration (Kenya), Ahmed Rachid Baba (Algérie), Gyedu Blay Ambolley (Ghana), etc.



Mario Swagga and DJ Silila (Tanzanie)

Quelle suite vas-tu donner à la sortie de cette compilation ? Est-ce que tu prévois des concerts ou événements liés au disque ? Un second livre, peut-être ?

Il y a plusieurs projets en cours. J’ai récemment donné une présentation à Johannesburg en février, grâce à Chantelle Gray, j’aurais dû continuer à donner des atelier, des concerts et des présentations dans d’autres pays et villes du sud de l’Afrique tels le eSwatini et le Mozambique, mais la situation actuelle ne me l’a pas permis, exceptée une émission radio au Cap.

Les futurs projets ne tournent pas seulement autour de cette compilation, mais en partie ; il est cependant difficile de donner des détails maintenant, certains des projets pourraient se passer en juin, juillet, octobre et novembre en Allemagne, en Suède et au Luxembourg mais hélas, au vu de la gestion de la crise actuelle, certains festivals et autres concerts seront vraisemblablement reportés en 2021.


L’année 2020 vient de démarrer dans le chaos pandémique. Néanmoins, quelles seront tes prochaines aventures et voyages ? Quels nouveaux territoires aimerais-tu explorer ?

J’ai pas mal de projets prévus cette année en Europe, surtout en Allemagne. Concerts solos, duos (avec Marie Takahashi) et plus, et en fin d’été, il pourrait y avoir une petite tournée en Transcaucasie et en Asie Centrale, cela fait un moment que je désire y passer et ayant été invité à jouer dans un festival au Kirghizstan, j’en profiterais pour jouer dans quelques pays aux alentours, mais une fois de plus, à cause de l’incertitude dans laquelle le monde se trouve actuellement plongé, je ne sais pas si cela se fera ; je planifiais d’autres projets en Asie de l’Est et du Sud-Est, surtout ainsi qu’en Afrique de l’Est et dans des pays du Sud, en toute fin d’année et début 2021, mais tout est pour le moment en suspens, voire compromis.


C’est la première fois que je me retrouve dans une telle situation, imprévisible. C’est d’une part frustrant, mais d’autre part, cela me permet de me concentrer sur des projets parfois à la traîne, beaucoup d’enregistrements et de plonger dans des recherches sans stress. Mes voyages se font via le net et puis je fais aussi des voyages introspectifs du coup, cette pandémie me fait beaucoup réfléchir, j’observe tout cela avec de la curiosité et pas vraiment d’angoisse, même si au fond, on est bien dans la merde, mais comme nous y sommes presque tous et toutes à différents niveaux, je pense que c’est un phénomène intéressant à observer, sans me leurrer, ma position est pour l’instant un peu privilégiée, et le retour à la normale (ou l’anormal, nous ne savons pas encore) risque d’être pénible, quand il ne l’est pas déjà pour des millions de personnes, hélas.

J’essaie de comprendre l’impact socio-culturel, psychologique et politique que cette pandémie aura dans ce petit cercle de musiques électroniques et expérimentale. Je vois en ce moment beaucoup de soutien et d’entraide, mais aussi bien sûr de grandes difficultés financières, voire psychologiques, pour un grand nombre d’artistes. Tout cela aura un impact sur des scènes parfois bien fragiles. Quel impact ? Je ne sais pas, j’essaie d’apercevoir, mais sans recul, ce n’est pas évident.



AKM, Pulsation Sonore Festival, Alger, 2011 © C-Drik Fermont


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Titre : C-DRIK FERMONT « ALTERNATE AFRICAN REALITY »
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Genre : Interview
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