CHRISTOPHE SIEBERT « IMAGES DE LA FIN DU MONDE »


Enregistrement : 13/03/2021

L'effondrement global, systémique. Certains le redoutent. D’autres, toujours plus nombreux, l’appellent de leurs voeux. Et quelques rares individus l’écrivent, en relatent la course lente avec talent, sinon panache.

Comme c’est ici le cas de Christophe Siébert avec Images de la fin du monde, premier tome de ses « chroniques de Mertvecgorod ». D’après le nom de cette république imaginaire, coincée entre la Russie et l’Ukraine, qui semble concentrer tous les maux de notre monde déliquescent.

Un projet littéraire aussi rare qu'atypique et enthousiasmant, loin de certaines vieilles scies de la science-fiction française, qui mérite amplement son succès en librairie. Et dont La Spirale ne peut que s'enorgueillir de se faire à son tour l'écho.

Avec cette première rencontre où il est question de littérature, d'amoralité et de mondes imaginaires, de drogues, d’alcool et d'édition, d'autofiction et de déviances sexuelles. En route vers la République Indépendante de Mertvecgorod.


Propos recueillis par Laurent Courau.
Portraits de Christophe Siébert par Philippe Matsas.



Comment a germé dans ton esprit l’univers déliquescent de la République Indépendante de Mertvecgorod ? Qu’est-ce qui t’a porté spécifiquement vers ces zones géographiques et géopolitiques ? On sent sous ta plume comme une forme de fascination pour l’effondrement post-soviétique, entre l’omniprésence des mafias, la faillite des institutions, une pollution post-industrielle dérégulée, le body-building et les drogues de synthèse, les déviances sexuelles en roue libre, jusqu’à des personnages inspirés d’êtres humains tout à fait réels, bien que certes peu ordinaires comme le truculent Édouard Limonov. Un monde que l’on retrouve aussi dans l’esthétique visuelle qui accompagne les musiques industrielles et post-industrielle que tu affectionnes…

Je suis bien content que tu aies noté la référence à Limonov ! Mais ça n’est bien sûr pas le seul personnage réel que j’ai cannibalisé pour peupler mon univers !

Le point de départ, c’était l’envie de créer un univers de fiction assez vaste, riche et accueillant pour que, d’une part, je puisse y ranger ensemble toutes mes obsessions, toutes mes marottes, et que d’autre part je puisse l’explorer pendant dix, quinze, vingt ans sans m’en lasser.



Edouard Limonov, devant un drapeau du Parti national-bolchévique (PNB) © DR

C’est vrai que je suis fasciné, travaillé par toutes ces choses que tu cites, et tout un tas d’autres aussi ! Pourtant, la construction puis l’effondrement du socialisme soviétique n’en faisait pas partie. J’ai été conduit à m’y intéresser par la force des choses, parce que, justement, j’ai situé mon univers de fiction à cet endroit-là et à cette époque-là. Et ça m’a évidemment aussitôt passionné – en plus de coller parfaitement au reste de mes obsessions.

Si j’ai choisi de situer Mertvecgorod ici, entre la Russie et l’Ukraine, et pas ailleurs, c’est principalement pour des raisons pratiques. Je voulais bâtir une mégapole qui ne soit pas surpeuplée, qui possède une histoire qui se compte en dizaines de siècles et qui ait vu se succéder plusieurs peuplades. Et je voulais un climat relativement tempéré – ce dernier détail parce que je savais que j’allais devoir décrire énormément de choses pour rendre tangible mon décor, que j’allais devoir travailler beaucoup pour rendre tout ça fluide, et je ne voulais pas m’encombrer en plus d’une météo compliquée à gérer et à mettre en scène. Je ne connais pas les très grands froids ni les très grands chauds, je ne sais pas ce que ça fait de vivre dans des pays où existent une saison des pluies et une saison sèche. Bref, pour toutes ces raisons, le sud de la Russie s’est imposé. Ensuite, une fois posée la première pierre, si je puis dire, le reste s’est bâti tout seul, au fur et à mesure, chaque question en entraînant dix autres, chaque détail imposé par le souci de réalisme posant dix problèmes de fiction.

Avant d’écrire la première ligne de fiction située à Mertvecgorod (pour la petite histoire, il s’agissait d’un texte court qui, remanié, est devenue le chapitre « Le joueur d’échec », dans Images de la fin du monde), j’ai passé deux ans à construire ce monde, à établir le plan de la ville, à esquisser les grandes lignes de son histoire, etc. – toutes ces données qui sont venues nourrir la fiche Wikipédia présentée en annexe du bouquin et reprise sur le site, et qui occupent dans mon ordinateur des dizaines et des dizaines de fichiers.

Justement, cette phase de recherches me semble passionnante. Peux-tu nous en dire un peu plus sur la manière dont tu as procédé, réuni des documents, la façon dont tu es allé chercher cette matière et dont elle a nourri ton univers intérieur, tes fantasmes et in fine ton écriture ? Comment ces informations se sont agencées dans ton cerveau, la gestation qui a donné naissance aux Chroniques de Mertvecgorod ?

Je fonctionne par agrégation. Un noyau s’est constitué, une espèce de désir impossible à observer directement mais doté d’une très forte gravité, l’équivalent cérébral d’un trou noir. Tout ce qui passe à proximité – idées farfelues, discussions avec les copains, lectures, actualités, tout – se fait happer et broyer. Et – pour filer la métaphore idiote –, tout ce matériel traverse ensuite une espèce de trou de ver et se trouve craché dans la partie plus consciente de mon imagination.

Donc, la question de l’agencement proprement dit me dépasse et m’échappe. Tout ça se passe dans la soute. Le travail conscient s’effectue après, quand j’ai le sentiment que le plus gros de l’agrégation est terminé – il ne se termine bien sûr jamais vraiment. Et là, ça ressemble plutôt à une très longue session dans le plus gros marché aux puces du monde, ou à la résolution d’un puzzle dont ne possède pas la boîte et dont on ignore le nombre de pièces.

Pour donner une idée aux lecteurs de l’ampleur et surtout de l’aspect très fun de ce travail, j’ai créé une page « ressources » sur mon site, qui recense l’essentiel de ma documentation et propose, je pense, un labyrinthe culturel aussi instructif, débile et excitant qu’un bon mondo-movie !



Image extraite de Its Winter, jeu vidéo indépendant russe © GRüN STUDIO

Les drogues, l’alcool, les déviances sexuelles les plus outrancières… Face à leur récurrence dans ton œuvre littéraire et poétique, on ne peut s’empêcher de se poser la question. Est-ce qu’il y aurait une part d’autofiction là-dedans, quitte à paraître un poil intrusif ? (sourire) Bien que je me souvienne aussi d’avoir lu, à l’occasion de mes recherches pour cet entretien, que tu te considères plutôt comme « modéré », en la matière.

Haha ! Une part d’autofiction, je ne sais pas – enfin, sauf si par là tu veux dire que quand je décris une cuite, une gueule de bois ou les effets de certains produits, je le fais en connaissance de cause.

Mais, partant du principe que l’alcool et la drogue font partie de l’existence ordinaire et font grandement partie des existences mal barrées qui sont au cœur de ma fiction, je ne vois pas comment faire l’impasse sur leur description. Je n’ai pas l’impression, cependant, de mettre particulièrement l’accent là-dessus. Quant aux déviances sexuelles, j’aimerais nuancer : en dehors du non-consentement (qui, de fait, n’appartient pas au champ de la déviance mais à celui du crime), je ne crois pas que la déviance sexuelle existe.

Je développe : quand je décris un viol, je ne m’intéresse pas à l’aspect sexuel de l’événement, qui me semble secondaire, mais à l’aspect criminel. Le crime constitue l’expression la plus violente possible du désir de dominer l’autre. Qu’est-ce qu’il fait, alors, que ce désir prendra la forme d’un viol, d’un meurtre, d’une agression violente qui laissera la victime détruite mais vivante ou d’un attentat – qui se différencie par le caractère anonyme des victimes, du point de vue de l’auteur. C’est cette interrogation qui me guide, quand je mets en scène des crimes dans mes fictions.

Quand aux bizarreries sexuelles exprimées parfois par mes personnages, elles servent avant tout à les caractériser. Ça, c’est quelque chose que j’ai appris en écrivant des livres pornos : si la fonction apparente d’une scène de cul est de provoquer une émotion chez le lecteur, sa fonction réelle est de délivrer des informations sur les personnages.

Et bien sûr, il existe des ambiguïtés : le vieillard lubrique du chapitre « Viande humaine » ne pose pas problème parce qu’il aime se faire biffler et insulter par des types qu’il paie pour ça. Il pose problème parce que ces types finissent enterrés au fond de son jardin – et il pose d’autres problèmes, liés à la domination (on y revient toujours) économique qu’il exerce sur eux, mais encore une fois on quitte la sexualité pour un truc plus politique.

Pour en revenir à l’autofiction, je dois avoir dans le domaine des saloperies sexuelles une imagination efficace, parce que dans ma prime jeunesse (il y a près de vingt ans – déjà ? mazette), j’ai eu des ennuis avec la justice (un rappel à la loi, rien de grave) après avoir mis en ligne sur mon blog de l’époque un texte de SF contenant une scène de pédophilie. Et je suis assez fier (même si à l’époque je n’en menais pas large) que le policier de la brigade des mineurs qui m’a interrogé, pourtant pas novice en la matière, ait eu du mal à croire que les détails scabreux que je décrivais dans mon texte sortaient de ma seule imagination et pas de ma mémoire !

Comment en es-tu venu à opter pour ce format de « chroniques » de Mertvecgorod, plutôt que celui d’un récit romanesque d’un seul tenant ? Voire de plusieurs romans, puisqu’il s’agit d’une saga. Je pose la question avec d’autant plus d’intérêt et de curiosité que j’en étais venu à la conclusion que le format kaléidoscopique constituent la forme la plus appropriée pour décrire les multiples niveaux de réalité éclatés de ce début de 21ème siècle, dans le cadre de mon Manuel de survie pour un monde au bord du chaos. Genesis P-Orridge parlait d’ailleurs du « kaléidoscope comme de la seule façon de décrire la réalité des choses, en opposition au protocole linéaire et matérialiste dont nous avons hérité ».

Pour une part, il y avait cette volonté de kaléidoscope que tu évoques – et je suis bien entendu d’accord avec ton idée ainsi qu’avec celle de P-Orridge. Et pour une autre part, il y a eu l’intervention du hasard.

Dans un premier temps, à peu près la moitié des chapitres qui, plus ou moins fortement remaniés, composent le livre, ont existé de façon autonome, sous forme de nouvelles, publiées dans des revues ou des fanzines. Au départ, Images de la fin du monde ne devait pas être autre chose qu’un simple recueil de nouvelles, présentant diverses facettes de ce monde – comme une introduction, une visite guidée.

Mais en relisant le premier bout-à-bout, mon éditeur et moi nous sommes rendus compte que quelque chose manquait, que cette forme manquait d’originalité et ne fonctionnait pas vraiment, ne décollait pas. Ça manquait de richesse, de profondeur, d’ampleur. Ça manquait en fait de romanesque, tout simplement. Je me suis donc remis au boulot pour transformer ce recueil en roman : j’ai créé des liens entre les textes, de plus en plus de liens, donné plus d’importance à certains personnages, ce qui a créé de nouveaux liens, et provoqué l’existence de nouveaux chapitres, etc. Et c’est ainsi qu’a également apparu une dimension supplémentaire et qui me tenait aussi beaucoup à cœur : le hors-champ. L’impression que le livre ne fait qu’effleurer une réalité bien plus vaste, que le regard se porte que quelques individus, quelques anecdotes (et deux ou trois événements plus importants), mais qu’ils sont des millions de gens, tout autour, à faire leur vie, et que toutes ces vies sont tout aussi passionnantes.

Les prochains volumes joueront eux aussi avec ces notions-là, tout en cherchant d’autres formes, d’autres manières d’agencer les récits. Feminicid, par exemple, qui paraît en septembre, se présente comme un essai publié clandestinement à Mertvecgorod en 2028, écrit par Timur Domachev (déjà narrateur de deux chapitres dans Images…) et traduit du russe par Au Diable vauvert – d’ailleurs, mon amis Ernest Thomas, qui lui-même est en train d’écrire un roman situé dans cet univers, a accepté de me prêter son nom pour créditer le traducteur fictif du texte Domachev.



Le groupe CRASS sur scène, au début des années 1980 © DR

En te lisant, me revient le souvenir de la critique d’un album du groupe punk CRASS dans le magazine Best des années 1980, où le journaliste décontenancé s’interrogeait sur la part de dénonciation ou de fascination des Britanniques pour l’apocalypse nucléaire. Face à Images de la fin du monde, le lecteur peut être amené à se demander ce qui l’emporte chez toi, entre la dénonciation ou ton attirance pour ce monde en devenir, voire déjà existant à bien des égards ? (sourire)

Ce qui est sûr, c’est que je ne cherche pas à dénoncer quoi que ce soit. Je ne crois pas que la science-fiction, ni la littérature en général, d’ailleurs, soit là pour servir de véhicule à des moralistes. La morale c’est l’affaire du lecteur, pas de l’auteur. Moi, je raconte ce que je vois, ce que j’imagine, ce que j’extrapole, et je me garderais bien de dire quoi penser du tableau d’ensemble – d’ailleurs, même s’il est franchement noir, il y a des trucs à Mertvecgorod qui ne me déplaisent pas !

Au fond, la RIM n’est pas tant un monde imaginaire qu’une partie de notre monde réel où tous les potards ont été poussés à 11 !

Et d’ailleurs, pour rester sur cette ambiguïté entre fascination et répulsion, j’ai écrit, dans un fanzine que j’ai édité l’an dernier et qui est désormais épuisé, un court texte où j’explique que j’en ai marre du monde qui m’entoure, que tout me fait chier, alors je prends mes cliques et mes claques et je me tire à Mertvecgorod refaire ma vie – je raconte dans les moindre détails le voyage en bus depuis Paris en passant par Berlin, Kiev et je ne sais où encore, c’était très excitant à écrire et, de fait, dans ma tête, c’est exactement ce qui s’est passé. La France, l’Europe, les USA et d’une façon plus générale le monde réel me casse pas mal les couilles en ce moment, donc je me suis installé à Mertvecgorod et même si la vie n’y est pas drôle tous les jours, au moins je n’ai à subir ni Hanouna, ni Macron ni Trump. Mon éditrice s’est foutue de ma gueule à un moment en me disant que j’allais devenir aussi dingue que Tolkien, et elle a raison, haha ! J’ai construit ma Terre du Milieu – ou disons une version légèrement plus cancérigène !



Une carte de la Terre du Milieu, d'après J. R. R. Tolkien © DR

Que ce soit ici ou à l’occasion d’autres entretiens, tu fais souvent référence à Marion Mazauric, fondatrice des éditions Au Diable Vauvert et personnalité haute en couleur du monde de l’édition française, à laquelle on doit une liste impressionnante de publications, parmi lesquelles je ne résiste pas au plaisir de citer Slavoj Žižek, Dee-Dee Ramone, John King, William Gibson, Warren Ellis, Octavia Butler, John Cale ou notre regretté Ayerdhal. Est-ce que tu peux nous parler de l’importance de cette relation, que l’on sent complice, dans ton travail ?

(Et sans oublier Irvine Welsh et Vincent Ravalec et Lydia Lunch et cinquante autres, notamment le génial Christophe Carpentier, transfuge de feu P.O.L., auteur de Cela aussi sera réinventé, un des livres parus au Diable qui m’a le plus frappé l’an dernier).

J’ai cherché longtemps – pendant près de quinze ans – une maison qui m’accueille de façon définitive. En matière d’édition, je crois au mariage, j’ai envie d’une relation à long terme et je crois être bien tombé au Diable, maison viscéralement dédiée aux auteurs. Ça se ressent à tous les niveaux, depuis Marion Mazauric, la boss, jusqu’à Chloé Launay, la comptable, en passant par Raphaël Eymery, auteur que j’adore et qui s’occupe du travail d’édition de mes livres, Laëtitia Sedda qui se charge de la préparation des manuscrits, du suivi et de cinquante mille détails indispensable, et Nathalie Païno, responsable des relations avec la presse et les libraires ; sans oublier Olivier Fontvieille, graphiste historique du Diable (il a réalisé toutes les couvertures depuis la création de la maison !), qui travaille en collaboration étroite avec les auteurs. Le Diable est à ma connaissance la seule maison qui pousse l’amour de l’auteur jusqu’à inscrire dans les contrats que la couverture doit être validée par ce dernier !



Marion Mazauric, fondatrice des éditions Au diable vauvert © DR

Je sais qu’au moindre problème, qu’il soit d’ordre littéraire, financier ou personnel, Marion sera là pour m’écouter, m’encourager et m’aider dans la mesure de ses moyens. J’ai toujours été méfiant à l’idée de travailler avec des amis, mais quand les gens qui tu travailles deviennent, et en aussi peu de temps, des amis (et là je ne parle pas seulement de Marion, mais de toutes les personnes que je viens de citer, et aussi de plusieurs auteurs), ça fait chaud au cœur. C’est véritablement une famille d’élection, et la plupart des auteurs du Diable te diront la même chose.

Quand j’ai annoncé à Marion que le cycle de Mertvecgorod allait s’étirer sur sept ou huit volumes, ce qui implique de s’engager sur quinze ans, et que d’autres écrivains allaient s’emparer de l’univers pour écrire, chez d’autres éditeurs, leurs propres romans, elle a accepté sans sourciller. C’est une marque de confiance et une preuve d’amour des livres qui m’a, on s’en doute, vachement touché – sans compter la liberté et l’espace de création qu’un tel engagement me procure.

En parlant d’effondrement, il me semblerait étrange d'évacuer ce sujet. Comment réagis-tu à la fois en tant qu’être humain et en tant qu’auteur à la crise pandémique, désormais doublée d’une évidente catastrophe économique, que nous subissons depuis douze mois ?

Je serais malavisé d’exprimer un avis particulier là-dessus, parce que je fais partie de ces privilégiés pour qui ça n’a rien changé du tout. Je ne sortais déjà presque pas de chez moi avant, je travaille à mon domicile depuis toujours, et mes revenus n’ont pas encore été affectés par tout ce merdier, et ne sont pas en passe de l’être. Si ce n’était l’obligation de porter un masque, de raser les murs pour aller boire des coups chez les copains, et bien sûr la disparition des bistrots, restaurants, salles de concert, etc., je ne verrais aucune différence, à part que mes voisins sont plus souvent chez eux qu’avant.

Du coup, je comprends bien que pour les gens normaux ce soit un sacré coup dur, mais les idiots dans mon genre s’en foutent – et donc, avoir un avis, je vais m’abstenir, je vais me contenter de souhaiter bon courage à tout le monde – sincèrement et sans la moindre envie, pour une fois, de faire le malin. Je vais quand même avoir une pensée pour mes camarades éditeurs qui se tapent en ce moment 30 à 40% manuscrits en plus, conséquence directe du confinement.

C’est aussi pour cette raison, à la fois de non-légitimité et d’absence de recul, que je n’intègre pas du tout le Covid dans mon prochain livre – et j’enfonce d’ailleurs le clou du présent alternatif en indiquant qu’en 2020 le festival de Cannes a eu lieu (et a célébré le célèbre cinéaste dissident Yvan Bura, récemment emprisonné). Je n’ai rien à dire d’intéressant pour l’instant sur le Covid – et je trouverais suspect que des auteurs de fiction sachent déjà quoi penser de l’ensemble de ce truc : la maladie, sa gestion, ses conséquences. La littérature digère le monde, certes, mais davantage à la façon d’un boa qu’à la façon d’un canard. Ça va prendre des années, pour qu’un roman parle intelligemment de ce qui nous arrive en ce moment.



Flyer pour une lecture de Christophe Siébert à l'Embobineuse (Marseille).

De par tes multiples activités d’auteur, d’éditeur, de poète, de performer et que sais-je encore, tu me sembles occuper une position privilégiée d’observateur de l’agitation culturelle hexagonale. Et qui plus est a minima bicéphale, puisque dans l’édition « professionnelle », mais aussi dans la microédition et l’underground. Qu’aurais-tu à répondre aux personnes qui se plaignent de la faiblesse des initiatives culturelles dans notre beau pays, qui répètent à qui veut l’entendre que c’était mieux avant et qu’il ne se passe plus grand-chose ?

Je répondrais la même chose que d’habitude : si vous pensez qu’il ne se passe rien dans votre coin, si vous ne trouvez pas d’œuvre qui vous intéresse, allez-y, faites-le ! Moi je ne sais pas si c’était mieux avant – pour moi, en tout cas, avant, c’était bien pire – mais je suis convaincu que si on se sort les doigts du cul, ce sera mieux après.

Ça n’a jamais été aussi simple de créer des fanzines et de les faire connaître !

Il n’y a jamais eu autant de livres disponibles. Il n’y en a jamais eu autant de mauvais, mais aussi jamais eu autant de bons ! La vraie difficulté, désormais, c’est de donner à chaque livre la visibilité qu’il mérite, de lui permettre de toucher ses lecteurs. Mais c’est aussi aux lecteurs de faire preuve de curiosité, de fureter. D’une certaine façon, la profusion que nous connaissons actuellement dans tous les domaines de la création, et l’excès d’information dû à internet, nous plonge dans la même situation que dans les années 80-90, où régnait au contraire la pénurie et la difficulté à s’informer : dans un cas comme dans l’autre, il faut fouiller, interroger, causer avec les auteurs et les éditeurs, bref se bouger le cul, se (re)transformer en digger de littérature ! Et on est récompensé au centuple.





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Titre : CHRISTOPHE SIEBERT « IMAGES DE LA FIN DU MONDE »
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L'effondrement global, systémique. Certains le redoutent. D’autres, toujours plus nombreux, l’appellent de leurs voeux. Et quelques rares individus l’écrivent, en relatent la course lente avec talent, sinon panache. Comme c’est ici le cas de Christophe Siébert avec Images de la fin du monde, premier tome de ses « chroniques de Mertvecgorod ».

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