IDA SOFAR « MIND »


Enregistrement : 26/05/2019

Après des années d’expérimentations, Ida Sofar s'est enfin révélée l'année dernière avec la sortie de son premier album Mind, distribué par Atypeek Music. Un disque aux sonorités sombres, post-blues, électroniques et incantatoires, qui évoque tour à tour PJ Harvey, les expérimentations de Nico, jusqu'aux passages les plus « free » du Funhouse des Stooges.

Ida Sofar se produira le samedi 8 juin 2019 sur la scène de La Gare Expérimentale, dans le cadre de La Mutante « Garden Party ».





Après de nombreuses expérimentations et avoir fait partie d'un groupe éphémère, les Brides, tu as décidé de te lancer seule. Jusqu'à la parution de ton premier album, Mind en avril 2018. Quel fut le déclic qui t'a donné envie de composer et de jouer seule ?

Au départ, je l’ai fait par nécessité.

C’était urgent de m’exprimer, de mettre en musique mes textes, de cristalliser ce que je ressentais dans mon âme, ce que j’avais dans les tripes.

J’ai appris à composer, pour pouvoir le faire à toute heure du jour et de la nuit, quand les idées, l’inspiration venaient.

Et puis j’ai pris goût à cette liberté de création, ça convient à mon tempérament indépendant, à mes envies d’expérimentations dans la musique, dans toute forme d’art, de pouvoir choisir de le faire de manière soutenue, ou de faire des pauses pour être observatrice, spectatrice de concerts, de films, de la rue, des autres, du monde.

Tu vas jouer le samedi 8 juin à notre Mutante « Garden Party », à Paris. À cette occasion, nous t'avons invité à projeter ton travail photographique et visuel durant le concert. Christophe Feray du label Atypeek Music m'a dit qu'il voyait un réel effet miroir entre ta musique et tes images. Comment vois-tu l'interaction entre ces deux facettes de ta personnalité artistique ? Aurais-tu à terme la volonté de réunir avec le temps ces deux médias dans le cadre d'un projet artistique global ?

Il y a une vraie interaction entre ma musique et la photographie, c’est vrai.

La photographie représente à la fois un travail de documentation pour mon écriture et pour la composition, mais aussi un conducteur entre moi et les auditeurs-trices.

Je reviens tout juste d’un road trip photographie à Ibiza. La destination semblait tellement farfelue quand j’ai vu une amie en revenir, que l’idée est en fait devenue excitante en l’espace de 24 heures.

J’avais besoin de sortir de ma zone de confort, et de me perdre un peu.

Ce besoin a été motivé par le début d’écriture d’un second opus, et j’ai ramené avec moi des sons, des images qui ont stimulé et exacerbé mes émotions et mon écriture.

J’aimerai pouvoir fusionner musique et images, dans un petit film lié au futur album ou EP, j’aime l’idée d’un projet artistique multi-sensoriel.

Tout ce que je peux dévoiler pour le moment, c’est qu’il n’est ni question de clubbers, ni de Djing questionnable. (rires)

Parallèlement à la composition de mon futur album/EP, j’aimerai exposer mon travail photographique si l’occasion se présente.

Enfin, sur le long terme, je pense également à réaliser un documentaire.

Tu es née à Alger et tu distilles cet héritage dans ta musique. La scène musicale underground algérienne s'avère très riche (j'invite nos lecteurs à écouter les podcasts de Radio Tashwish sur Soundcloud pour exemple, réunissant hip-hop, électronique, noise, expérimentale, psyché, post-punk, etc.). Et ses artistes se trouvent, pour beaucoup, disséminés à travers le monde. En France, mais aussi en Allemagne, en Norvège, en Turquie ou comme le célèbre label Nashazphone, au Caire. Quelle est l'importance de cet héritage, à tes yeux et à tes oreilles ? Et est-ce que tu entretiens des liens avec cette scène internationale ?

La musique algérienne et arabe en général représente un socle pour moi, ça a été le premier genre musical que j’ai entendu à la maison, dans la voiture de mon père. Farid El Atrache, Warda, Ahmed Malek, Fergani.

Puis j’ai enchaîné plus tard sur Rachid Taha. Mon premier concert rock, c’était lui, c’était ça que je voulais faire plus grande, je voulais devenir Rachid Taha.

Je suis bien évidement toujours cette scène, ces artistes, avec admiration, et avec beaucoup d’enthousiasme, de bienveillance. Qu’ils soient algériens, égyptiens, palestiniens, libanais, il y a une telle beauté, une pureté et une audace dans leur travail.

Quand j’entends les albums de Jerusalem in my Heart ou de Nadah El Shazly, par exemple, je me dis que c’est le futur de la musique, il y a les racines, la transe du chant arabe, l’émotion de la sonorité des instruments traditionnels, et toute l’inventivité et la transgression que permettent les outils modernes.

Assister aux concerts d’artistes algériennes, comme Souad Massi, ou arabes en général, c’est prendre un shoot de passion, d’intransigeance, d’impertinence, et de classe.

Puisque nous évoquons l'Algérie, il semble difficile de faire l'impasse sur les récents événements et le grand soulèvement populaire, en cours. Comment perçois-tu ce tournant, a priori historique, avec une jeunesse éprise de démocratie et de « justice sociale » ?

Quand j’ai vu les premières manifestations se dérouler, j’ai ressenti une fierté immense, et beaucoup d’émotion. On avait presque oublié qu’Alger ça a toujours été la Mecque des révolutionnaires, mais quand dans le passé, ce sont des figures historiques internationales qui ont symbolisé cet idéal (Nelson Mandela, les Black Panthers, Yasser Arafat, Che Guevara), cette fois-ci, c’est le peuple seul qui l’incarne. « Un seul héros, le peuple ».

Les femmes sont partout, en tête de cortèges, et ça me rends très fière.

C’est tellement tentant de vouloir se joindre à ce soulèvement, mais il faut respecter l’initiative, les exigences et la détermination des Algériennes et des Algériens, qui sont au front depuis des années, depuis des décennies, car les personnes âgées manifestent aussi !

Ta musique est jouée à la radio en Angleterre et aussi loin qu'à Brooklyn ou Fargo dans le Dakota du Nord. Sur Dangerous Minds.net, nos excellents compères américains, Graham Duff de Totallyradio à Brighton classe ton album parmi les meilleurs sorties de l'année 2018 et compare ton son à du Nick Cave ou PJ Harvey de la première heure. En France, on te connait encore relativement peu. Étant tous confrontés à ce même problème, que pouvons-nous faire ensemble pour secouer les puces de ce vieux pays sclérosé ? (sourire)

Ah, si seulement j’avais réponse à cette problématique ! (rires)

Je crois qu’en France il faut savoir faire ses preuves ailleurs, épater d’autres pays, pour revenir à domicile et montrer « à papa-maman » qu’on ne faisait pas seulement ça comme un hobby.

Si je veux être un peu plus franche, je pense aussi que la scène française est trustée par des artistes issus du népotisme, par des groupes de mecs non inclusifs, et enfin par une pop très formatée, avec un sample, un autotune, et un videoclip à un million d’euros.

C’est toujours une question d’apparences, et pourquoi pas écouter ça pour le fun parfois, mais si tu aimes vraiment la musique, si tu vas aux concerts, tu te souviens forcément de ce groupe, de cette artiste qui est venue jouer avec un jean et un tee-shirt noir dégueulasse, et qui a laissé la moitié de la salle à genoux, et l’autre moitié amoureuse.

En somme, si tu veux une bonne pizza, tu ne vas pas chez un traiteur à Versailles, tu vas chez le marseillais enfariné dont le camion sent le feu de bois depuis l’autre bout de la ville !

Christophe d'Atypeek Music, toujours lui, nous a laissé entendre qu'un nouvel album serait en cours d'écriture. Que peux-tu nous dire de atmosphères, de ses ambiances et de la direction que tu prends par rapport à Mind ?

Dans l’idéal, ce serait la bande son d’une plante tropicale qui pousse dans la moiteur d’une serre, pendant que la promesse d’un ouragan fait claquer les cordes contre les vitres.

Question désormais rituelle sur La Spirale. Comment vois-tu l'avenir, à la fois d'un point de vue personnel et global ?

Un monde fait de dystopie.

Y répondre en étant téméraire, impulsive, aventureuse.

Vaincre ou périr.

Et Aimer.




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Titre : IDA SOFAR « MIND »
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Genre : Videoclip
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Après des années d’expérimentations, Ida Sofar s'est enfin révélée l'année dernière avec la sortie de son premier album Mind, aux sonorités sombres, post-blues, électroniques et incantatoires.

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