TINAM BORDAGE « SADIQUE MASTER FESTIVAL 2020 »


Enregistrement : 25/02/2020

« Souhaitant protéger les plus jeunes et ainsi éviter toute difficulté, les organisateurs du Sadique Master ont choisi d’interdire l’accès du festival aux moins de dix-huit ans, sans toutefois préciser si des sacs vomitoires seront distribués aux heureux spectateurs. »

2020, une étape supplémentaire sur la route de la fin d'un monde et une nouvelle édition pour le Sadique Master Festival ! Dès les premières lignes de présentation, copiées plus haut, le ton est donné. Extrême, dérangeant, sans remords et que Dieu reconnaisse les siens.

Cette année, l'évènement qui se revendique toujours underground et déviant se tiendra les 13, 14 et 15 mars au cinéma Les 7 Parnassiens, dans le quatorzième arrondissement parisien. Outre une programmation aussi bigarrée que débordante de mutant.e.s salaces, le festival nous fera voyager de l'Italie au Brésil, en passant par les USA, la France et l'Espagne.

En parallèle de la sélection de films du Sadique Master Festival, vous pourrez y profiter d'un bar à bières, de deux expositions de Vanda Splenger, de Laura-Lee Soleman, de Maxime Taccardi et de David Brocourt, accompagnées de stands des éditions Camion Noir, d'Uncut Movie, de Oh My Gore et de VidéoHistory.

Au plaisir de vous retrouver dans les salles et les salons des 7 Parnassiens pour ce condensé de bon goût et d'esthétisme.


Propos recueillis par Laurent Courau




On approche de la date fatidique de l’ouverture de cette sixième édition du Sadique Master Festival. Qu’est-ce qui va changer cette année, à commencer par un nouveau lieu et de nouveaux espaces d’exposition ?

Le principal changement de cette sixième édition réside essentiellement autour de ce nouveau lieu, que nous espérons apprivoiser comme Les 5 Caumartins, hélas en travaux pendant la date du festival. Concrètement, même si nous aimons beaucoup Les 5 Caumartins, c'est une opportunité pour nous car ce cinéma (Les 7 Parnassiens) nous offre un meilleur espace : plus grand, mieux agencé, et avec de nouvelles fonctionnalités tels que justement un espace d'exposition complètement inédit que l'on va exploiter au maximum.

Ainsi, par exemple, différents artistes tels que Maxime Taccardi ou David Brocourt y exposeront leurs peintures et dessins, et plus globalement nous profiterons aussi de l'endroit pour mettre à exécution différentes idées d'animations et de décorations complètement dans l'esprit du festival.



Que peux-tu nous dire de la programmation de cette sixième édition, qui semble encore une fois très internationale, avec notamment quelques sud-américains à l’affiche ?

Je ne compose jamais vraiment une programmation en fonction de sa diversité géographique, mais lorsqu'elle se trouve ainsi terminée, on peut constater une étonnante mixité incluant même des pays peu représentés dans le cinéma de genre tel que par exemple les courts-métrages Ego To absolvo (Pérou) ou The Rejected (Turquie). Sur ce plan, la programmation reste, comme chaque année, complètement éclectique autant par les choix des films en eux-mêmes que leur provenance. Et on peut remarquer effectivement encore une effervescence du cinéma sud-américain qui, depuis quelques années, ne cesse d'affluer avec des films radicaux tels que le très remarqué Atroz (Mexique), diffusé lors de la seconde édition et vainqueur du prix du public.

Était-il difficile d’établir cette sélection ? Et que penses-tu du niveau de la production actuelle, en matière de cinématographie extrême, bizarre, transgressive et dérangeante ?

Oui, c'est toujours assez compliqué car notre ligne éditoriale est quand même très spécifique et restrictive. On doit être le seul festival qui refuse des films car ils ne sont « pas assez extrêmes », ha ha ! Donc, trouver le bon équilibre entre la « violence/déviance » et la qualité en se basant sur des films sortis seulement dans l'année du festival et pas déjà en circuit dans les autres festivals de cinéma de genre plus traditionnels (qui parfois aiment s'offrir quelques OFNI ou films à controverse) ça limite drastiquement le choix. La scène actuelle propose des choses très intéressantes au milieu d'un amas de tentatives foirées ou d'autres choses vraiment pas géniales, donc ça nécessite un tri intensif. Nettement plus prolifique, la production actuelle possède par conséquent ses inconvénients, et les chefs d'oeuvres peinent à s'extirper du reste et à se révéler. C'est là qu'on intervient pour créer une passerelle et mettre tout ça en lumière



Est-ce que tu trouves le cinéma du tournant des années 2010-2020 à la hauteur des grands classiques des années 1970 en matière de transgression ?

Les progrès technologiques ont permis aujourd'hui à des réalisateurs complètement indépendants et sans moyens de produire du contenu cinématographique assez facilement. Les restrictions de l'époque à ce niveau limitaient par conséquent le nombre de films résolument extrêmes car il était compliqué de faire son oeuvre avec une caméra et deux bouts de ficelles. Ainsi, il semble qu'à l'époque, hors de la pornographie déviante, les films réellement extrêmes s'avéraient assez rares mais souvent plus qualitatifs.

Aujourd'hui, on a dix ersatz de splatters allemands douteux dans le mois, on se coltine de nombreux réalisateurs qui "tentent quelque chose" mais délivrent un résultat passablement mauvais...Heureusement, on y découvre aussi des films totalement géniaux tels que des Found ou des Megan is missing ; et même des réalisateurs qui parviennent à maintenir le charme du cinéma de l'époque en livrant des oeuvres encore hautement supérieures.

Je pense évidemment à Marian Dora (aux influences très proches de Jorg Buttgereit mais avec un cinéma encore plus transcendant). On nous ressort aussi souvent le fameux « on pourrait plus jamais faire ça maintenant » – mais sur la majorité des films évoqués, c'est faux. La différence est qu'avant ils couvraient surtout une plus large audience et que désormais la plupart des gens ne savent même plus que, dans l'underground, on continue à pondre des choses du même acabit. Sauf certaines exceptions telles que Maladoscenza et son contenu pédophile très délicat, on peut aujourd'hui faire des films aussi transgressifs qu'à l'époque.



On me souffle dans l’oreille que cette édition proposera à la vente un DVD titré Infâmes courts-métrages du Sadique-Master Festival et dont le résumé serait quelque chose comme « des psychotiques, une prostituée qui fait de la collecte de sperme, un fléau sexuel, de l'auto-stop, des fantasmes érotiques d'une alien, de la chirurgie sur des morts vivants, des hommes-chiens, des rêves de mannequins, de la douleur et de la perversion ». Es-tu certain que tout va bien ?

Tout ça s'apparente à un échantillon de ce que l'on a de meilleur ! Haha. Disons que vendu ainsi, on ne ment pas sur les thématiques de notre festival, et cela permet d'allécher les plus avides de ces petites joyeusetés. Cette compilation DVD vient d'un croisement entre deux idées : celle d'essayer de combler un trou dans la trésorerie à travers du merch’ inventif et intéressant, et l'envie déjà présente depuis un moment de faire de la distribution de ce cinéma.

Et pour conclure, certes pas en beauté, peux-tu nous dire un mot sur le jury de cette édition, dont j’ai l’honneur de faire partie ?

Le jury de cette année se compose de profils assez différents les uns des autres; du réalisateur et producteur italien assez fantomatique et mystérieux (Lucio Massa) à une personnalité émergente et relativement populaire de la culture « sombre » du web – à toi-même, qui représente une part assez large et transgressive de la culture alternative, sous de multiples aspects, et qui est plus ancré dans justement ce que tu nommes les « mutations sociales ». Ainsi, on propose des personnalités riches et variées qui s'adressent d'ailleurs à différentes personnes susceptibles de suivre ce que l'on fait avec le Sadique Master.

Encore un dernier mot. Que dirais-tu pour convaincre nos dernières lectrices et nos derniers lecteurs récalcitrants de participer à cette sixième édition du Sadique Master ?

Que l'expérience sera quoi qu'il en soit inoubliable, qu'il n'existe pas une ambiance ni une programmation pareil en France, et qu'ils pourront raconter à leurs petits-enfants qu'ils ont vu sur le grand écran un Italien s'enfoncer un tournevis dans l'urètre, après avoir bu un coup avec des mecs qui portent des masques d'Émile Louis. Et puis merde quoi, on a de la bière pas cher sur place ! D'ailleurs, Gaspard Noé disait dans une interview que les cinéastes/cinéphiles les plus tarés étaient souvent les plus gentils et les plus équilibrés qu'il se méfiait clairement/avait beaucoup plus peur d'un mec qui pouvait réaliser un film comme Camping paradis. Alors vous n'avez vraiment AUCUNE raison de vous méfier de nous.




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