KING'S QUEER « ALL YOU NEED IS LOVE & RÉVOLTES ! »


Enregistrement : 12/03/2019

« Amour et révoltes ! » Les King’s Queer sont partout, des profondeurs de l’internet au chapiteau du cirque Électrique, des méandres du Doubs autour de Besançon, leur quartier général, aux squats de France et de Navarre, de la cour de la galerie Corinne Bonnet, dans le quatorzième arrondissement parisien, à l’archipel nippon, qui les accueillera bientôt pour une résidence. Rien, ni personne, n'arrête la danse folle de cette cellule d’agitation multimédia permanente.

Après quelques années de chassés-croisés et quelques rendez-vous manqués, le moment est enfin venu de les accueillir sur l'eZine des Mutants Digitaux et de nous nous imprégner de leur belle énergie, aussi joyeuse et généreuse, que communicative.


Propos recueillis par Laurent Courau.
Photographies par Esteban Obi Kang.



Racontez-nous le genèse de King’s Queer ? Comment vous êtes-vous rencontrés ? Et d’où est venue cette envie de monter un groupe, qui ne serait pas qu’un groupe, mais plutôt une cellule d’agitation multimédia permanente ?

King's Queer est composé de deux personnes, Laet et Grib, mais comme on explique sans cesse, oui, dans King's Queer il y a deux personnes sur scène, mais des centaines qui nous suivent et font partie intégrante du duo. Sans le public nous n'existerions pas. Notre public n'est pas passif mais totalement actif lors de nos concerts. Sans lui pas d'histoire ! Et puis n'oublions pas que King's Queer, c'est avant tout de l'amour entre deux personnes. Partenaires à la ville comme à la scène. King's Queer vient de fêter ses 10 ans au mois de novembre dernier. C'est un sale gosse en crise pré-adolescente, ha ha ha…

Ah, le début de l'histoire ! C'est un peu comme un conte de noël. Ça a démarré dans une cheminée, oui, oui, on ne déconne pas. Bon, il n'y avait pas le barbu en rouge, mais un autre gars, Frédéric Weigel. Grib et Fred étaient en train de nettoyer une vieille cheminée, dans un lieu supposé devenir un sorte de café resto d'art performatique à Besançon. Fred, artiste d'art contemporain, propose à Grib de faire du son sur l'une de ses performances, lors d'un festival. Grib a dit « ok », mais à condition de pouvoir jouer aussi avec King's Queer. La date était 15 jours après. Grib est rentré à la maison et a expliqué le topo à Laet, qui est tombée des nues, car King's Queer n'existait absolument pas, il n'y avait même pas un morceau de composé.

Quinze jours pour relever le défi ! Ce fut une sacrée course. Le jour J, au milieu d' une multitude de performeurs aguerris, dans une ancienne caserne désaffectée en pleine Forêt-Noire, au mois de novembre, ce fut la première de King's Queer ! Un show très chaotique avec pas mal d'improvisation pour un « one shot ». Mais à peine sortis de scène, nous étions bookés pour trois autres dates ! Depuis ce jour, on court après King's Queer. Le plus drôle, c'est que cette nuit là, un des organisateurs Francois Besnard, nous a dit texto : «  il y a vraiment du Kas Product dans ce que vous faites ! ».

Laet ne connaissait pas ce groupe. Du coup, il nous a fait écouter une vieille K7 toute scotchée, sur un pauvre poste déglingué, dans un atelier un peu sombre, chauffé avec un poêle qui refoulait. Situation assez surréaliste… Et quelques années après, nous partagions la scène à Trévoux avec ce groupe mythique. Et nous sommes toujours restés en contact avec Mona Soyoc (chanteuse de Kas Product). Voilà la genèse. Et d'ailleurs au mois de mai prochain on est invités un mois en résidence artistique dans un centre d' art contemporain au Japon. Le co-directeur du centre est Fred ! Le gag ! Dix ans après, on se retrouve.

On adore cette terminologie que tu as trouvé pour nous : « une cellule d' agitation multimedia permanente ». Ça résume totalement King's Queer. D'ailleurs, on va te piquer cette définition, ha ha ! Depuis nos débuts, on s'est affranchi du carcan « groupe de musique ». On est cela, mais pas que ! On est touche-à-tout, épris de liberté de créer, d'urgence de dire, d'agir et cela passe par toutes sortes de médiums. Du concert performatik à la pièce sonore, des émissions de radio au commissariat d' expo, du set de Dj's à la collaboration avec d' autres musiciens. C'est un état d' esprit et une esthétique qu'on trimballe sur chacune de nos aventures. On adore relever des défis, créer de bonnes histoires, bref se sentir vivants avec une mise en danger permanente.

C'est sûr qu'on a pas choisi la facilité, car quand tu n'es pas dans une petite case prédéfinie, tu perds les gens dans ton labyrinthe artistique, mais qu'importe ! Et comme dirait, Kiki Picasso, un pote à nous : «  tous les supports de propagande sont bons à prendre », ha, ha ! On entend déjà les grincements de dents de certains et de certaines sur le terme « propagande ». Mais une chose est sûre, on n'a aucun plan de carrière, rien n'est calculé. On marche à l' instinct, à l' intuition. Parfois, on se casse la gueule, mais ce n'est pas grave ! L'important, ce n'est pas la chute, mais l'atterrissage. Un seul leitmotiv, être sincères et généreux.

Il y a une phrase qui nous a marqués. L'année dernière, on a tourné avec Alice Botté et il nous a dit « vous êtes les seuls artistes que je connaisse qui sont les mêmes sur scène et dans la vie ». Ça nous a beaucoup touchés, car pour nous c'est primordiale d'être en accord entre ce que l'on dit et ce que l'on est. No travestissement !

Que signifie le nom King’s Queer ? Le « queer du roi », soit le « fou bizarre du roi » ? (sourire)

On n'a pas vraiment réfléchi à notre nom. Un jour, on est allé s'inscrire pour réserver des heures dans un studio de répétition. On nous a demandé notre nom et la première chose qui nous est passée par la tête fut « King's Queer ». Étrange, mais c'est comme ça. Il faut dire que Laet est gouine et Grib est transboy. À cette époque, on faisait partie intégrante de la culture queer.

Puis le queer a évolué en France, il y a eu plusieurs branches qui se sont créées et on ne se reconnaît pas dans toutes, surtout celles qui excluent, plutôt que d'inclure. Après, c'est vrai que c'était pas toujours évident d'être programmés uniquement pour ce que l'on représentait politiquement, au détriment de notre musique, mais nous serons toujours là en soutien s'il le faut. Aujourd'hui, on joue dans toutes sortes de milieux. C'est primordial pour nous, le mélange des genres, des gens.

Nous sommes claustrophobes, toute forme d'enfermement, quel qu'il soit, nous fait fuir ! Nous ne suivons aucun dogme, aucune ligne de parti, si ce n'est notre propre ligne de vie. Aujourd'hui, on a plus tendance à traduire le terme « queer » par bizarre. La notion de « fou du roi » nous plaît énormément, car les « fous » sont les personnes les plus lucides dans nos sociétés. Être fou, c'est se permettre une liberté totale de paroles, en étant le miroir de son époque.

Parmi vos sources d’inspiration, on note un focus tout particulier sur les musiques alternatives des années 1980. Qu’est-ce qui vous intéresse tout particulièrement dans la vibration de cette époque ?

C'est marrant que tu nous dises ça, notre dernier album est sorti sur Aredje, en co-production avec Subzone, qui est la petite sœur du label Archives de la Zone Mondiale : la bande de Bérurier Noir, entre autres. Il est vrai qu'on attire pas mal de monde de cette époque : Marsu, Terrasson, Maneval, Bazooka, etc. C'est un peu notre cercle proche, artistiquement. On puise notre inspiration dans la beat generation, ou pour le côté 1970's dans le Velvet Underground, Patti Smith et la poetry. Mais aussi dans des collectifs tels que les Bazookas (Olivia Clavel, Kiki Picasso Loulou Picasso, Lulu Larsen) qui sont avant tout des peintres des années 1980.

Il est clair qu'on est intrinsèquement dotés d'une énergie punk. C'est comme ça, ça ne s'explique pas. Et puis au niveau du son, c'était pas formaté, masterisé, lisse. Les artistes avaient des trucs à dire et n'avaient peur de rien. Au contraire, ils exploraient des chemins totalement barrés. Une tonne de groupes de cette époque sont encore totalement avant-gardistes, aujourd'hui, et leurs sons claquent comme un futur qui n'a pas encore été imaginé ! C'est le « No Future » qui dessine le futur ! Quand on a conscience que tout est éphémère, que rien n'est permanent, automatiquement, la créativité n'est plus bridée. Pas le temps de tricher, juste d'agir et surtout de faire. Faire avec sincérité et, du coup, s'inscrire dans une légende collective, un mouvement permanent. L'alternative est un courant continu ! Et comme on est montés sur pile, ça nous va bien.

Et justement, comment percevez-vous l’époque actuelle, en comparaison des années 1980 ? Quel est votre ressenti sur cette fin des années 2010 ?

La fin des années 2010 nous emmerde profondément ! L'ère du healthy et de la dictature du bonheur, du do it yourself par les tutoriels de Castorama, la subversion conformiste et les manuels de pensées pour les nuls nous ennuient à mourir. Aseptisation de tout ! Personne ne risque sa tête dans de nouvelles idées. Même les plus allumés, l'époque les éteint en les assimilant, en les intégrant de façon fulgurante et totalement superficielle. Beaucoup trop de manuels, de diktats, d'interdits, que nul n'ose enfreindre, de peur de tomber dans la vindicte d'un tribunal populaire, virtuel !

On se crée trop de barrières, à force de les abolir. Bref, la fin d'une civilisation qui tente de se réinventer, sans aucune imagination, avant de s'écraser. Et vivement la chute finale, qu'on passe à autre chose. Grandeur et décadence de l'humain, qui se jette du haut de son ego. Et en même temps, c'est fascinant, tout ce brouhaha pour pas grand-chose. De temps en temps, si tu dresses bien l'oreille, il y a quelques trucs qui en sortent. il Mais faut vraiment être aux aguets.

Les années 1980 étaient des années de rassemblement, en quelque sorte. Les années 2010, ce sont les années des silent parties ! Tout est dit !

Disques, émissions de radio, concerts, set des DJ’s, collaborations en tous genres… Vous n’arrêtez jamais. D’où tirez-vous cette énergie, en apparence inépuisable ?

C'est notre marque de fabrique !! Ha ha... Juste la rage de vivre, d'être éternellement habités par quelque chose d'inexplicable. Parfois, on a juste envie de s'écrouler et puis vlan ! Il y a un truc qui fait repartir la machine. Une multitude de projets en tête, en prévision, ça aide aussi.

Et puis avant tout on s'éclate dans ce que l'on fait ! On ne vit que de King's Queer, alors bien faut qu'on bosse ! On est totalement indépendants. Pas de tourneur, ni de bookeur, ni de manager, juste nous et notre sueur ! Faut dire, aussi, que Grib est un hyper actif insomniaque et que Laet a une énergie optimiste à toute épreuve. C'est peut-être cela le mystère...

En parlant de disque, je crois avoir lu quelque part qu’un nouvel album serait en préparation ? Pouvez-vous nous en toucher quelques mots, nous parler de son ambiance et de vos envies musicales ?

Oui, on essaie de monter un nouveau set. Mais comme on passe notre vie sur scène, soit pour des concerts, soit pour des sets de Dj's et autres, ce n'est pas évident de prendre du temps pour ça. Vivement la résidence au Japon, qui va nous permettre de nous poser pour composer ! On aimerait vraiment explorer de nouveaux chemins musicaux, sûrement un truc plus subtil, moins frontal, plus intime. On a eu pas mal de cassures, des pertes de gens proches. On a besoin de parler de ces fêlures, de nos interrogations, de nos remises en questions, des cabossages de la vie.

Les années passent et tu grandis, tes certitudes d'hier deviennent tes plus grandes incertitudes. Transformer les fragilités en une force pour mieux continuer dans la désobéissance de nos propres existences. Oui, enregistrer, mais pour cela, il nous faut des moyens financiers et comme on est à flux tendu, ben, ben… avis aux mécènes, ha ha !

On nous répète à longueur d’articles de presse, d’émissions de télévision ou de radio, que le monde va mal, que les gens sont méchants et que les tensions vont grandissantes entre les communautés et les différentes classes sociales. Vous qui sillonnez la France en long et en large, qui fréquentez des artistes connus et des inconnus, des intellectuels et des déclassés, comment voyez-vous la situation ?

Il faut toujours se demander à qui profite le crime, ça a toujours fonctionné de diviser pour mieux régner, hé hé.

Parfois, à force de trop voir, on est atteint de cécité. La France devient le royaume des borgnes de toute sorte et ça fait froid dans le dos. Avec, en même temps, d'énormes élans de solidarité. Il y a de tout et du n'importe quoi. Des trucs super, comme des horreurs. De belles personnes, comme des ordures.

Mais soyons réalistes, au niveau global, le monde ne va pas si mal, nous restons des éternels optimistes. Nous pensons vraiment que c'est par le dialogue, l'échange et le mélange incessant que les peurs et les clivages peuvent tomber ! Mais il y a quand même une très mauvaise odeur de peste brune qui se dégage ! Plus que jamais, ne pas baisser les bras et continuer à distiller nos amours et nos révoltes !



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Titre : KING'S QUEER « ALL YOU NEED IS LOVE & RÉVOLTES ! »
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« Amour et révoltes ! » Les King’s Queer sont partout, des profondeurs de l’internet au chapiteau du cirque Électrique, des méandres du Doubs autour de Besançon, leur quartier général, aux squats de France et de Navarre, de la cour de la galerie Corinne Bonnet, dans le quatorzième arrondissement parisien, à l’archipel nippon, qui les accueillera bientôt pour une résidence. Rien, ni personne, n'arrête la danse folle de cette cellule d’agitation multimédia permanente.

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