MAÏC BATMANE « UNSTRAIGHT RUDE GIRL »


Enregistrement : 25/10/2021

Maïc Batmane est graphiste le jour, sérigraphe-affichiste et super-héroe la nuit. En parallèle d'une formation classico-classique à l'école Estienne puis aux Arts-Décoratifs de Paris de 2002 à 2008, elle découvre les fanzines, la culture queer, l'auto-production et se pacse avec une photocopieuse.

Des chimères-collages, de sorcières, des figures mythologiques, des adultes pas sages et des enfants sauvages peuplent son univers coloré de joie et de rage. À découvrir du jeudi 28 octobre au samedi 20 novembre 2021, à l'occasion de la tenue du Ruby Horror Picture Show au Cabinet des Curieux.



À la lecture de votre biographie, je ne peux que m’interroger. (sourire) Quel genre d’« accidents de parcours » ont pu faire dévier une sage étudiante de formation classique à l’école Estienne, puis aux Arts-décoratifs, vers un monde de fanzines, de culture queer, de féminisme radical et d’auto-production ?

La formule n'est pas de moi, et c'est plus un parcours global qu'un accident. Une enfant sage oui, vraiment il paraît, mais aussi un malaise très tôt face aux attentes hétérocathobourgeoises de mon milieu, et des souvenirs pas spécialement joyeux de l'enfance et de l'adolescence.

Une ambiance familiale marquée par la souffrance et la folie de ma mère, qui entraînent aussi des formes de maltraitances, et aboutissent à son suicide pendant mes études aux Arts Déco. J'étais alors clairement plus encline à me tourner vers des formes de colère politique ou radicale qu'à recevoir avec sérénité ce qu'on apprend dans une telle école. C'est comme ça.



Algae © Maïc Batmane

Outre le féminisme radical déjà mentionné et donc très présent dans vos images, on perçoit une foule de références à la magie et à la sorcellerie, à la science-fiction, au tatouage et à l’esthétique punk, aux monstres et aux chimères, à l’incontournable Peaches et bien d’autres choses encore, dont des filles poilues. Et justement, qu’est-ce qui vous fait vibrer en positif ? Qu’est-ce qui vous motive à vous atteler à votre planche à dessin, chaque matin (ou soir) ?

L'envie de dessiner des imaginaires qui sortent de l'hétéronorme, mais qui sortent aussi du réel. Dessiner des créatures, farouches et joyeuses, sombres et solaires. Je puise dans plein de réservoirs d'images et de références différentes, je n'ai pas tant le goût de creuser patiemment un seul chemin et d'en explorer méthodiquement tous les recoins, que de sauter en bordel et sans hiérarchie d'un registre à l'autre - Ellen Ripley, Medusa, Baphomet et d'obscures Saintes catholiques dansent ensemble sur les Bérurier Noir. Des créatures de cauchemar, joyeuses et révolutionnaires.

Dessiner m'apaise et m'évade, c'est très bateau dit comme ça mais c'est très vrai. Et je ne suis pas une personne toujours très optimiste disons ; alors je la dessine, cette joie un peu ironique et fière, pour me l'apporter à moi-même, peut être ?



La Vierge à l'Enfant © Maïc Batmane

De la (possible) candidature d’Éric Zemmour à la présidence de la République jusqu’à l’influence croissante de la ligne conservatrice et radicale du milliardaire Vincent Bolloré dans les médias de masse français, que vous inspire l’ambiance du moment dans notre « beau pays » ? Et quelles sont les raisons de rester optimiste face à cette déferlante réactionnaire ?

Aïe, comme je le redis : l'optimisme n'est pas mon fort. Je suis horrifiée et attérée. Un peu sidérée. Mais il faut éviter de céder à une résignation ou à l'effarement défaitiste, j'imagine qu'il faut rester attentif.ves aux mouvements sociaux, aux signes de résistance, aux moments de lutte.

Et se solidariser sans relâche et publiquement, des gens et des groupes sociaux qui se prennent toute la haine entretenue par Zemmour, comme par le gouvernement actuel. Les Arabes et/ou musulman.es, bien sûr, qui vivent en ce moment une vague d'islamophobie violente et décomplexée. Toutes les personnes racisées. Tous les mouvements progressistes aussi, anti-racistes, féministes, LGBT.



Follow Me © Maïc Batmane

Mïca Meltœ (profil mixcloud) est votre alter-ego musical, qui fait transpirer les foules interlopes aux sons du kuduro, comme de la trap, du post-punk et de la witchhouse. De fait, on sent bien le lien entre ces sons et vos dessins. Comment est-ce que ces deux pratiques interagissent et s’influencent ?

Je crois qu'un peu comme pour ce que je dessine, je mixe des trucs en bordel. Je ne sais pas si c'est une tendance de dilettante ? Mais je mélange plein de choses parce que je ne peux pas m'arrêter sérieusement et définitivement sur un créneau. Je suis une gothique emo sataniste kitsch qui a besoin d'écouter aussi de l'électro kuduro. Je ne suis pas du tout une spécialiste mais j'aime beaucoup aussi dans le neoperreo (un style musical récent, issu du reggaeton, populaire notamment au Chili et au Mexique, et que j'inclue souvent dans mes sets), ce mélange assez hétéroclite, presque contre intuitif, de rythmes, des trucs très chauds dansants avec des sonorités ebm ou industrielles, un mélange vraiment chelou, ouvert, enthousiasmant, qui se prend pas au sérieux et qui me plaît beaucoup.



Les Sources © Maïc Batmane

L’exposition The Ruby Horror Picture Show se revendique fantastique, bizarre et sensuelle, insolente, féministe, dégenrée, macabre, étrange, stylée et merveilleusement incorrecte. Est-ce que vous vous reconnaissez dans ces adjectifs ? Et que peut-on encore leur adjoindre pour obtenir un panorama complet qui vous corresponde ? (sourire)

Je ne sais pas si ces qualificatifs définissent mon travail, ça peut être ces mots ou d'autres - queer, joyeux, ironique, blasphématoire, explicite, potache, poétique, beaucoup trop coloré ?! - j'ai surtout beaucoup apprécié la démarche et les choix de Thierry qui cure l'exposition. Je suis très fière d'exposer parmi les artistes qui sont aussi présentes, il y a du contraste et une cohérence, je crois, dans cette sélection et avec le lieu même, j'ai hâte de découvrir toutes nos œuvres ensemble dans cet espace.



Méduse © Maïc Batmane



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Titre : MAÏC BATMANE « UNSTRAIGHT RUDE GIRL »
Auteur(s) :
Genre : Interview
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Maïc Batmane est graphiste le jour, sérigraphe-affichiste et super-héroe la nuit. En parallèle d'une formation classico-classique à l'école Estienne puis aux Arts-Décoratifs de Paris de 2002 à 2008, elle découvre les fanzines, la culture queer, l'auto-production et se pacse avec une photocopieuse.

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