DAVID SPHAÈR'OS « POSSESSION »


Enregistrement : 24/05/2020

Seconde « apparition » de David Sphaèr'os sur La Spirale à l'occasion de la sortie de son nouvel album solo, le bien nommé Possession, chez Pan European Recording. Invitation à embarquer pour un voyage halluciné au travers de cette bande-son d'un film encore imaginaire, accompagnée de sept vidéos aussi musicales qu'expérimentales.

Prétexte à un échange « chargé » qui invoque et convoque Lucifer, 13th Floor Elevators et le Pink Floyd de Syd Barrett, les films du réalisateur Kenneth Anger, Salvador Dalí et Antonin Artaud, Pierre Clémenti, la panspermie, l'Arche de Noé, les substances hallucinogènes, le voyage dans l'espace et l'initiation rituelle des tribus amérindiennes.

Retrouvez également notre précédent entretien avec David Sphaèr'os, réalisé par Alla Chernetska, centré autour de ses sculptures et de son groupe Aqua Nebula Oscillator.


Propos recueillis par Laurent Courau.
Portraits de David Sphaèr'os par François Michel
.





Qu’est-ce qui a motivé ton passage d’une formation rock plus « classique » à la tête d’Aqua Nebula Oscillator à celle de ce projet solo, auquel tu viens de consacrer trois années de ta existence terrestre ?

En fait, c'est l'inverse j'ai toujours créé des paysages sonores. À la base, j’ai fondé Aqua Nebula Oscillator pour être un projet avant-gardiste rétro-futuriste, inspiré du cirque, de l'espace, des freak-shows et du théâtre de l'aliénation humaine.

Je n'ai pour ma part jamais appris à jouer de la musique et n'ai jamais eu de formation rock. J’ai appris a jouer des instruments sous substances hallucinogènes et dans des paradis artificiels. La plupart du temps sur une corde, en communication avec le bois de l'instrument et la vibration du cosmos. Sans composition aucune, si ce n'est celle d’un langage, de quelque chose de vivant, ayant une âme ou dans le but de faire parler les esprits qui prennent possession et canalisent mon être, mon âme, mon corps terrestre pour s'exprimer.

Mais à force de rencontrer des musiciens qui avaient des formations jazz ou de rock, la direction a en partie déviée. Il y a l'influence du « space horror rock ». J’ai adoré pendant un temps, car j’étais vraiment fan de rock psychédélique comme les 13th Floor Elevators, Soft Machine, Pink Floyd et des centaines d'autres groupes de cette période, mais j'en ai fait le tour et me suis tellement plongé dans cet univers que je n'arrive plus a en écouter ou en jouer. Comme si l'esprit m'avait traversé, envoûté, puis quitté, ce qui est assez plaisant car j'ai beaucoup d'autres choses a expérimenter.

Donc le projet de Sphaèros est en fait du Aqua Nebula Oscillator, tel que je le voyais au départ.



À l’occasion d’un échange récent, tu m’as confié t’intéresser de plus en plus à l’audiovisuel. De fait, Possession se trouve accompagné d’une série de vidéos musicales, rituelles, érotiques et kaléidoscopiques, et les sept morceaux qui le composent pourraient constituer la bande-son d’un film qui reste à réaliser. Comment en es-tu venu à ce nouveau médium ?

À la base, je viens d'une famille de photographe. J’ai commencé par la photographie, puis la sculpture. J’ai toujours été plutôt visuel, branché sur la matière que le son. Mais je voyais la musique comme de la couleur, comme des ondes visuelles colorées. Je m'exprime au travers de la musique comme si je faisais un tableau. Donc maintenant, je fais de l’audio-visuel et rien n'a changé, en fait.

Je trouve qu'on retient plus les images. Et surtout, cela permet de recréer et de changer la réalité pour moi et pour beaucoup d'autres. C’est de la vraie magie, j'adore ce « médium ». Ça tombe sous le sens que je me mette au septième, car j'ai créé de la matière pendant trente ans : sculptures, créatures, masques, costumes, musiques, poèmes, textes, idées, etc. C’est pour moi le  moyen de tout rassembler et de créer enfin mon univers fantasmé, mais bien réel, complet.

À l'origine, qu'est-ce qui t'a attiré vers le psychédélisme, les esthétiques des années 1960 et 1970, plutôt que vers d'autres courants contre-culturels ? Est-ce qu'il y a eu un moment, un déclencheur particulier ?

À la base, je suis né dans une famille très ouverte spirituellement où on parlait d'esprits, d'apparitions, de divinations par les cartes, etc. J’ai toujours été solitaire et je suis toujours parti dans mon monde fantastique intérieur avec quelques expériences dites « paranormales » (vue d'esprit errants, etc.) depuis mon enfance. Je me suis de plus en plus intéressé a l’état de transe, aux visions, aux esprits qui viennent nous visiter, à la découverte de mondes parallèles grâce aux plantes magiques qui nous ouvrent certaines portes de l'au-delà. Qui sont en fait en nous, nous sommes DIEU.

Pour ce qui est de la vision colorée des 60s et des 70s et leur musique, un ami m'a donné mon premier trip de LSD  à Ibiza, en écoutant les Beatles, le Pink Floyd, 13th Floor Elevators. Après, j'ai vu le film Belle de Jour de Luis Buñuel dans lequel il y avait Pierre Clémenti, que j'ai adoré (et rencontré). J'ai lu Voyage aux pays de Tarahumaras d’Antonin Artaud, puis Baudelaire. Je me suis noyé dans Howard Phillips Lovecraft et Salvador Dalí, puis de fil en aiguille, j'ai découvert toute cette esthétique psychédélique en me penchant de plus en plus sur les plantes, les champignons magiques (psilocybine, amanite tue-mouches) ou le peyolt, la DMT, etc.

Donc je l'ai donc découvert beaucoup plus de l’intérieur, en ayant moi-même des visions incroyables, des sensations, des couleurs, des changement de dimensions, d’époque, en passant de l'autre côté du miroir, genre Alice aux pays des Merveilles. Je suis vraiment allé loin dans les expériences psychédéliques, pour arriver des fois a la limite de l’hérésie. Du coup, c’est  l'expérience elle-même qui m'a amené a m'intéresser a l'art psychédélique, mais j'aime beaucoup de choses différentes dans l'art et la contre-culture. Du microcosme au Moyen Âge, de Louis II de Bavière jusqu'aux années 1970, en aimant et en m'inspirant de toutes les époques.

Au niveau de la musique, pendant que les gens découvraient la techno et l'electro, je vivais en autarcie quasi totale pendant trois ans avec trois amis, près du Père Lachaise. Nous passions notre temps a expérimenter la musique en faisant des heures d’expériences sonores sous l'influence de plantes magiques ou du LSD, à jouer sur de vieux instruments des années 1950 et 1960, amplificateurs à lampes, chambres d’écho trouvées aux puces, etc. En quête de transe et du son ultime, distordu, marécageux, organique, brutal, à la façon du Pink Floyd d’Interstellar Overdrive et de Lucifer Sam.



Outre Kenneth Anger, dont on perçoit l’influence dans tes réalisations, de manière aussi logique qu’évidente, quels sont les réalisateurs qui ont imprimé ton imaginaire ?

Il y a pleins de réalisateurs que j'adore : Pierre Clémenti (Visa de censure n° X), Ira Cohen(Thunderbolt Pagoda), Roman Polanski, Luis Buñuel, Alejandro Jodorowsky, Tod Browning, Mario Bava, Dario Argento ou encore les films d'épouvante des années 1930.

Mais ce que j'aime particulièrement chez Kenneth Anger, c'est que ses films me font avant tout penser a une peinture. Il a une approche ressentie, vibratoire, magique, incantatoire qui envoie des flashs d'images qui s'imprègnent dans l'esprit, comme Salvador Dalí ou Hieronymus Bosch. C’est une réalité fantastique, colorée et parallèle. C’est quelque chose qui me parle et que je ressens.

« Lucifero » et « Ange de lumière », l’album s’ouvre et se conclue sur deux hommages directs à l’ange déchu, banni du paradis pour sa désobéissance à Dieu. Ésotérisme et rébellion, un binôme dans lequel tu te reconnais ?

Ma vision de Lucifer n'a rien a voir avec celle de la Bible ou du paradis. Ma vision est plutôt païenne, c'est l'étoile du matin, la lumière pure, la connaissance ultime, la connaissance secrète qui ne peut pas être révélé à tout le monde, l'illumination divine secrète qui brille dans l'ombre qu'il faut chercher pour trouver.

Ésotérisme et rébellion, OUI !

De même, il me semble difficile de croire que le nombre de morceaux qui constituent Possession soit le fruit du seul hasard. Que signifie ce choix du septénaire, hautement symbolique dans la plupart des civilisations et des traditions ?

Pour tout te dire, j'ai tendance a être mystique et paranoïaque. Je vois des signes partout et les interprète en permanence, donc le chiffre 7 m’a parlé, après. J’ai créé l'album et me suis demandé pourquoi le chiffre « 7 » ? Car mon chiffre a toujours été le 3. Du coup, je me suis intéressé au 7 et je me suis aperçu qu'il avait parlé de lui -même.

L’indépendance, la recherche, le cycle lunaire, l’introspection, l'accomplissement du temps et de la réflexion, après un cycle accompli. Et une certaine sagesse. C'est exactement là ou j’en suis, maintenant. Donc maintenant, je vois des 7 partout !

Ésotérisme, illumination, substances hallucinogènes et paradis artificiels... On joue ici avec les « interdits ». [sourire] Au-delà de la dimension sociale et moraliste de ces tabous qui ne nous intéresse pas, ne penses-tu pas que ces voyages ne conviennent simplement pas à tout le monde ? Qu'ils doivent rester marginaux, par essence ? Ou penses-tu, au contraire, qu'il est urgent de démocratiser les psychotropes et la spiritualité, pour le bien de l'humanité et par extension de notre planète ?

Il y a cette croyance ancestrale d’un noyau choisi, d’élus, de guerriers spirituels venus de l'espace et désignés pour percevoir les mondes parallèles, en gardant la lumière, la connaissance(voir Lucifer) pour garder ce monde sain. Et  qu'ils  existeraient depuis la nuit des temps.

Mais oui, personnellement, je rêverais d’une harmonie façon tribu native, comme chez les Amérindiens, les Huitcholes, les Tarahumaras (par exemple), où les chefs seraient avant tout des guerriers spirituels, initiés aux plantes qui régiraient le monde en harmonie avec le cosmos et la nature, comme avant.

J’ai tendance à  penser que tout le monde devrait être initié, une fois dans sa vie, à  ce genre de voyage qui ouvre beaucoup de portes mentales, fait évoluer l'esprit et apporte un grand respect pour TOUS les éléments qui sont bien vivants, conscients et interagissent entre eux de l'infiniment grand a l'infiniment petit. Nous ne faisons qu'un : eau, terre, feu, pierre, cristaux, arbres, plantes, insectes, animaux, humains, astres, cosmos, microcosme, etc.).



Je viens de lire sur Psychedelic Baby Magazine que tu envisages de transposer Possession sur scène, plus sous la forme d’un rituel multidimensionnel que d’un concert traditionnel ? Peux-tu nous en dire un peu plus ?

À la base, quand j'ai créé Aqua Nebula Oscillator, je voulais créer ce fameux théâtre spatial, un rituel halluciné sur scène, mais la plupart du temps, à part être moi-même, halluciné et partir dans mes mondes parallèles, c’était très introspectif.

Donc, je voudrais maintenant réaliser tout ce que j'ai vu et ressenti lors de performance, de films ou au travers de plusieurs courts-métrages. Il y a un temps pour l'initiation aux mondes et aux paradis parallèles, puis un temps pour se recentrer, les retranscrire, les faire découvrir et comprendre. C’est là où je suis maintenant, un peu comme un bibliothécaire rationnel de l'irrationnel.

Tu dis t’être enfermé, replié dans ton univers souterrain parisien pour travailler sur Possession. Est-ce que le nomadisme ne te manque pas ?

Je n'aime pas particulièrement la vie en société. Je suis très solitaire, le nomadisme me manque, mais la création est plus forte. Et c'est aussi une façon de s’échapper de la réalité dite humaine, voire souvent carcérale, de s'évader. Le fait de déambuler sur la planète  me manque, mais on peut aussi retomber dans les même schémas sociétaux en étant au bout du monde.

La création me permet d’être un nomade de l'esprit, de partir  loin en restant corporellement au même endroit. J’aime le voyage intérieur et je n'ai jamais ressenti ce que les gens appellent le vide artistique. Je suis une vraie machine a créer, mes idées ne s’arrêtent jamais. Ça me donne une grande satisfaction et sensation de transe et  de liberté, c'est très addictif.

Mes plus forts souvenirs de voyage corporels sont souvent sur des moments très courts et intenses. Je pense faire partie de ces gens qui ont besoin de créer pour ne pas tomber dans la folie ou la dépression. L’art me sauve du coup, je lui dois quelque chose. Un peu à la manière de Robert Johnson qui a vendu son âme au diable. Moi, je l'ai vendue à l'art. La seule chose qui m’intéresse dans mon existence, c'est de créer.

Question traditionnelle sur La Spirale, qui prend néanmoins une saveur particulière dans l’atmosphère ambiante. Comment vois-tu l’avenir, d’un point de vue à la fois personnel et global ? Et comment perçois-tu l'époque que nous traversons ? As-tu la sensation de vivre en plein Kali Yuga, en attendant que Vishnou revienne pour ramener l'ordre et le bonheur sur Terre ? Est-ce que tu te reconnais dans ce genre de vision eschatologique ?

J’ai deux visions de l'humain et de l'avenir.

L'humain venue du cosmos (je ne crois pas a la théorie de Darwin), génial, qui fait des miracles, mais est dépassé par sa propre science et s’auto-détruit pour tout recommencer à partir de zéro, en recréant et en s'auto-détruisant à nouveau, depuis la nuit des temps.

L'autre est celle d’un humain comme un alien colonisateur, qui atterrit sur une planète et l'utilise, pour qu'une fois ses ressources épuisées, une poignée d'initiés reparte vers d'autres planètes pour les coloniser à nouveau. Que l'Apocalypse et l'Arche de Noé voguant vers d'autres horizons, sont des faits réels.

Mais ma certitude est que la nature reprend toujours ses droits. Je crois à l’Éternité, au voyage astral infini, que le corps terrestre n’est juste qu’une étape de la mutation de l'esprit. Donc nous sommes sauvés, dans n'importe quelle situation.



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Seconde « apparition » de David Sphaèr'os sur La Spirale à l'occasion de la sortie de son nouvel album solo, le bien nommé Possession, chez Pan European Recording. Invitation à embarquer pour un voyage halluciné au travers de cette bande-son d'un film encore imaginaire, accompagnée de sept vidéos aussi musicales qu'expérimentales.

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