Manchester lâche des femmes-animales dans une nuit saturée de cris et de club music • À Taipei, un pianiste donne naissance à une civilisation numérique avant d’en abandonner le contrôle à deux espèces d’IA • Rome réunit plus de 300 mutants audiovisuels • Mendoza transforme son musée d’art moderne en laboratoire art-science-code • Erevan écoute rayonnements cosmiques, champs magnétiques et matière géologique • Jakarta oppose ses collectifs à l’expulsion urbaine • À Bologne, un ascenseur techno plonge jusqu’en enfer • Le cinéma panafricain recommence à circuler sous forme de caravane • Et l’un des futurs possibles de la performance se joue quelque part entre corps, rituel, simulation et perte de contrôle.
Cette semaine, notre tour d’horizon international de l’innovation culturelle et de la création mutante confirme que les nouvelles formes artistiques échappent aux écrans. Elles redeviennent sonores, nocturnes, corporelles, politiques ou rituelles. Elles convoquent l’IA pour produire des organismes hybrides, plutôt que des images. Elles réinvestissent l’espace public et transforment le club, le musée ou la ville en dispositifs à traverser physiquement.
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Illustration d’en-tête © Umi Ishihara, Nocturnal Melody (2026).
Taipei : l’artiste crée un monde, puis l’abandonne à ses IA
Du 22 au 24 octobre, le jeune artiste taïwanais Che-Yu Wu présente la version longue de The Last Input — Before the End. Piano, contrôleurs et 53 haut-parleurs pour alimenter en temps réel un écosystème peuplé de plantes, animaux et de deux espèces artificielles rivales. La City construit tandis que le Virus mute et détruit. Wu effectue son « dernier input », avant de quitter symboliquement son rôle de créateur pour laisser le système poursuivre seul son évolution.
Source : Che-Yu Wu — The Last Input
Manchester : les femmes deviennent animaux après minuit
Dans Nocturnal Melody, l’artiste japonaise Umi Ishihara suit Eri et Catalina, deux danseuses tokyoites dont les vies nocturnes brouillent travail, désir, performance et intimité. Cris d’animaux dissonants, fragments distordus de club music, vision nocturne et séquences oniriques transforment l’exposition en territoire où les conventions sociales semblent perdre leur emprise une fois la nuit tombée.
Source : esea contemporary — Umi Ishihara: Nocturnal Melody
Rome convoque 300 mutants de l’image
Du 22 au 25 octobre, le nouveau MAM — Media Art Museum accueille la 27e édition du Live Performers Meeting. Quatre jours de performances audiovisuelles, de VJing, d’ateliers et d’expérimentations pour réunir plus de 300 participants originaires de 40 pays. Parmi eux, la Mexicaine Fanny Pérez Gutiérrez (FANNSYSTEM) présentera Liminalia, environnement immersif où corps, perception et états de conscience élargis s’incarnent en images et en mouvements.
Source : LPM 2026 Rome — Live Performers Meeting
Mendoza ouvre un laboratoire latino-américain des futurs
Le FLAT — Festival Latinoamericano de Arte y Tecnología — vient d’ouvrir au MMAMM de Mendoza et s’étendra jusqu’au 4 décembre. Intelligences artificielles, réalité augmentée, field recording, cinéma liminal, musique interactive et performance y cohabitent. À partir du 22 octobre, son programme Órbita Performer s’intéressera spécifiquement aux collisions entre corps, dramaturgie, espace et technologies contemporaines.
Source : FLAT 2026 — Festival Latinoamericano de Arte y Tecnología
Erevan branche l’art sur les forces invisibles
Ouvert le 15 octobre au Cafesjian Center for the Arts, CYFEST 17 réunit plus de trente-cinq artistes autour de Natura Naturans. Soleil, champs magnétiques, matière géologique, formes biologiques, rayonnement cosmique et signaux électromagnétiques deviennent des matériaux artistiques. La technologie ne fabrique plus un monde virtuel. Elle donne accès à ces couches du monde physique que nos sens ne peuvent normalement percevoir.
Source : CYFEST 17 — Natura Naturans
Jakarta résiste aux expulsions par l’esprit du collectif
La Jakarta Biennale 2026 abandonne en partie la logique traditionnelle d’une grande exposition centralisée. Sous le titre KEBAL (qui signifie « résilient » en indonésien), elle expose le sentiment d’être progressivement expulsé de sa propre ville par le prix du foncier et de la vie, puis essaime jusqu’au 24 novembre dans des espaces collectifs indépendants de Jakarta et de sa périphérie. L’organisation elle-même est confiée à Majelis Jakarta, une constellation de collectifs qui s’inspire des communautés agraires traditionnelles.
Source : Jakarta Biennale 2026 — KEBAL
Bologne : un ascenseur techno descend vers l’enfer
Présenté ce week-end au ZED Festival, Silent Disco — If you are going to hell go slowly de Fabio Thieme place le spectateur dans un ascenseur lancé vers l’enfer en plein techno party. Mais l’idée la plus intéressante est encore ailleurs. Tous les participants portent un casque de réalité virtuelle, produisant ainsi une forme de « solitude collective synchronisée », à mi-chemin entre le cinéma, la rave et une séance de spiritisme numérique.
Source : ZED Festival — Silent Disco
À Taïwan, l’eau produit des mandalas algorithmiques
Cymatics of Life, autre projet de l’artiste Che-Yu Wu, transforme les réponses données par ses visiteurs en fréquences appliquées à une simulation physique de surface liquide. Sur douze mètres de projection, chaque participant voit apparaître son propre Water Ripple Mandala : une sorte de divination cybernétique fondée sur la physique des vibrations.
Source : Che-Yu Wu — Cymatics of Life
Lagos transforme la ville en écosystème de design panafricain
Design Week Lagos commence aujourd’hui et se poursuit jusqu’au 25 octobre. Bien que moins radicale esthétiquement que certains projets de cette sélection, elle reste intéressante comme symptôme. Le design du continent se structure désormais au travers de cette plateforme panafricaine qui mêle architecture, innovation, industrie et culture, avec l’ambition explicite de faire de Lagos non plus une périphérie mais un carrefour de création et de production.
Source : Design Week Lagos 2026
Le cinéma panafricain reprend la route
Le Zeitz MOCAA vient d’annoncer son projet Turning Towards the Sun, qui réunit Mati Diop, Jim Chuchu, Wanuri Kahiu, Zeresenay Berhane Mehari, Robin Coste Lewis et The Otolith Group autour de l’image en mouvement et des pratiques collectives d’apprentissage. Avant l’exposition de décembre, un Pan-African Film Caravan remet en circulation l’idée du cinéma comme outil d’autonomie visuelle, en référence aux caravanes culturelles historiques du continent.
Source : Zeitz MOCAA — Turning Towards the Sun
Tokyo prépare la prochaine mutation de MUTEK
MUTEK vient de communiquer le programme de sa prochaine édition, qui se tiendra du 20 au 23 novembre, dans le nouveau Museum of Narratives de Takanawa. Plus de vingt artistes, des performances audiovisuelles, électronique et un nouvel « ETERNAL Art Space » consacré aux arts numériques. Dans son communiqué, le festival annonce vouloir travailler explicitement sur la convergence image-son-espace plutôt que sur le traditionnel face-à-face scène/public.
Source : MUTEK.JP 2026 — Edition 11
Rome ouvre un musée permanent pour les arts mutants
Le MAM vient d’ouvrir ses portes le 9 octobre 2026 dans un espace de 1 000 m², dont une salle immersive de 300 m² équipée de 27 projecteurs. Net art, intelligences artificielles, installations interactives et performances y cohabitent au sein de cette nouvelle infrastructure permanente.
Source : MAM — Media Art Museum Rome
