Semaine 42 « Futures cultures : une revue de presse internationale de la création mutante »

Laurent Courau
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Semaine 42 « Futures cultures : une revue de presse mondiale de la création mutante »

Les fantômes passent de la photographie spirite aux datasets • À Almaty, chamanisme, cosmologies turciques, féminismes et pratiques oraculaires contaminent l’art contemporain • À Yogyakarta, la marionnette devient créature, corps et réseau international • Londres transforme la Turbine Hall en gigantesque instrument de musique • À Bâle, Aïsha Devi, Demdike Stare et Somatic Rituals interrogent les infrastructures du soin • Manchester écoute les radiations du Kazakhstan avec des géophones • Bangkok convoque anges et démons dans ses temples • À Séoul, une île entière disparaît sous les lasers • À Rome, des derviches numériques font éclater l’architecture • À Turin se prépare un programme de DJ sets posthumains, calligraphies rituelles et installations portables.

Un tour d’horizon international de l’innovation culturelle et de la création mutante, concocté par Laurent Courau et l’équipe de La Spirale.

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Illustration d’en-tête © Emi Kusano, Ego in the Shell: Ghost Interrogation (2025)

Les fantômes entrent dans l’algorithme à Winterthur

Avec Shadow Creatures — From Spirit Photography to the Ghosts of the Algorithm, le Fotomuseum Winterthur trace une ligne étonnamment naturelle entre photographie spirite du XIXe siècle, des fantômes générés par l’intelligence artificielle, les créatures des jeux vidéo et des spectres enfouis dans les datasets. Trevor Paglen, Shannon Taggart, Cihad Caner ou Sheung Yiu participent à cette archéologie de l’invisible technologique.

Source : Fotomuseum Winterthur — Shadow Creatures


« Himoya » : sorcières, lignées maternelles et cosmologies d’Asie centrale

Voilà sans doute l’une des découvertes les plus « Spirale » de la semaine. À partir du 15 octobre, le Tselinny Center d’Almaty réunit plus de vingt artistes autour des savoirs oraculaires, traditions chamaniques, pratiques soufies et zoroastriennes, cosmologies turciques, mémoires matrilinéaires et parentés queer. Himoya: Matrilineal Energies, Oracular Kin envisage explicitement l’art comme force protectrice et divinatoire face au désastre écologique et politique.

Source : Tselinny — Himoya: Matrilineal Energies, Oracular Kin


À Yogyakarta, la marionnette redevient créature

Pour sa dixième édition, Pesta Boneka rassemble à Yogyakarta près de deux cents artistes venus de vingt-quatre pays autour de Papermoon Puppet Theatre. Parmi les propositions les plus intrigantes, Breathhood fait naître d’un cœur sans corps une créature dont le souffle prend la forme d’une cornemuse vivante : théâtre d’objet, organisme imaginaire, danse hypnotique et rituel de naissance.

Source : Pesta Boneka #10 — Yogyakarta


Tarek Atoui transforme la Turbine Hall en organisme sonore

À partir du 13 octobre, Tarek Atoui prend possession de la Turbine Hall de la Tate Modern. Instruments expérimentaux, vibrations tactiles, environnement architectural et participation du public doivent transformer l’immense nef industrielle en espace à écouter autant avec les oreilles qu’avec le corps.

Source : Tate — Hyundai Commission: Tarek Atoui


Bâle : le club mutant comme infrastructure de soin

Du 14 au 18 octobre, Mesh réunit art et technologie autour des « Infrastructures of Care ». Aïsha Devi, Noémi Büchi, Demdike Stare, Somatic Rituals, Myriam Bleau et Nien Tzu Weng voisinent avec installations, mixed reality et réflexion sur les « Memory Machines », les villes sauvages et les espaces publics non publics. Le programme du soir conserve heureusement une solide composante club expérimentale.

Source : Mesh Festival 2026 — Bâle


Manchester écoute les radiations du Kazakhstan

Le tout nouveau Auris, premier festival mancunien entièrement consacré au sound art, s’achève ce dimanche. Parmi ses propositions : T1/2 (Half-Life) de Kamila Narysheva et Vicky Clarke, construit à partir d’enregistrements réalisés au site d’essais nucléaires soviétiques de Semipalatinsk avec hydrophones, géophones et microphones de contact ; la durée des sons y suit symboliquement la demi-vie des radionucléides encore présents dans le sol.

Source : Auris Sound Art Festival — programme


Francisco López plonge le public dans le noir absolu

Toujours à Auris, Francisco López propose Absolute Sonic Creatures, environnement multicanal joué dans l’obscurité avec bandeaux fournis au public. Plus de paysage sonore identifiable : le son devient architecture abstraite et force physique dans laquelle l’auditeur perd ses repères visuels.

Source : Auris — Francisco López et programme 2026


Bangkok choisit « Angels & Mara »

La Bangkok Art Biennale vient d’annoncer sa liste définitive de 72 artistes. À partir du 29 octobre, Angels & Mara investira temples, musées et espaces publics en prenant comme moteur les dualités entre spiritualité et matérialisme, espoir et désespoir, lumière et obscurité intérieure — avec notamment Sun Yuan & Peng Yu, AES+F, Sin Wai Kin, Yasumasa Morimura, Emi Kusano et Soe Yu Nwe.

Source : Bangkok Art Biennale 2026


Une île de Séoul sous douze installations laser

Ce dimanche 11 octobre marque la dernière nuit de Seoul Light Hangang Bitseom Festival. Nodeul Island, posée sur le fleuve Han, est transformée en territoire lumineux par douze œuvres laser et six collaborations universitaires sous le titre Rhapsody of Light. À l’échelle urbaine, la lumière cesse ici d’habiller l’architecture : elle fabrique momentanément un autre paysage.

Source : Seoul — programme culturel d’octobre 2026


À Bangkok, une sculpture cinétique devient scène musicale

Octave Maze Live vient d’achever une série de performances où musiciens, DJs, sound artists et performeurs étaient invités à composer spécifiquement avec Octave Maze, installation cinétique dont l’architecture mobile devient partenaire du spectacle. Une piste intéressante pour cette zone de plus en plus fertile entre sculpture, scénographie et club.

Source : Bangkok Art City — Octave Maze Live 2026


Tokyo transforme Odaiba en cirque contemporain

ARTE TOKYO vient de démarrer avec un dispositif de cirque contemporain installé à ciel ouvert sur le front de mer d’Odaiba : roue-silo, agrès aériens, musique live et acrobaties sur une structure de six mètres. La ville et la baie deviennent la scénographie d’un cirque débarrassé du chapiteau.

Source : Setouchi Circus Factory — ARTE TOKYO CIRCUS


« Syntax Error » : Bologne célèbre l’accident numérique

ROBOT17 vient de se terminer sur un manifeste réjouissant : considérer l’erreur non comme échec mais comme langage et source d’imprévisibilité. Autechre, Actress, Blawan, Mykki Blanco, Space Afrika, DJ Stingray ou Marina Herlop ont traversé plusieurs lieux de Bologne pour cette collision entre musique électronique, arts numériques et culture club.

Source : ROBOT17 — Syntax Error


Rome : derviche numérique et architecture en morceaux

Le Live Performers Meeting annonce pour le 22–25 octobre une série de performances AV particulièrement prometteuses au Media Art Museum. LIMINALIA combine tournoiement corporel, son et images génératives immersives ; mutantebreccia fait quant à elle éclater murs et architectures en nuages de points avant de les recomposer en nouveaux espaces.

Source : LPM Rome 2026 — programme


Andrea Mauti exhume les fossiles du futur à Rome

Né en 1999, Andrea Mauti compose une « fantarchéologie » à partir de rebuts industriels, polystyrène, cire et matières organiques. Son exposition à la Galleria ADA transforme les déchets de la surproduction hypercapitaliste en vestiges possibles d’un monde posthumain — comme si un archéologue du futur fouillait déjà notre présent.

Source : Andrea Mauti — Fantarchaeological Matter


Singapour : le présent refuse de rester immobile

Le Singapore Art Museum vient d’ouvrir The Present is Unstable, exposition dont l’accrochage se transforme pendant neuf mois : les œuvres entrent, sortent et recomposent continuellement leurs relations. Le corps mobile du visiteur devient lui-même une composante du dispositif, opposant une collection instable à l’autorité supposément fixe du musée.

Source : Singapore Art Museum — The Present is Unstable


Turin prépare des DJ sets posthumains

Le programme Evolving Soundscapes #4, qui débutera le 31 octobre au MAO, promet une combinaison assez rare de perspectives asiatiques et diasporiques, sound art, performance, DJ sets posthumains, installations portables, calligraphie rituelle et expérimentations vocales radicales. La suite annoncée pour 2027 comprend notamment Meuko! Meuko!, NONTECH, Yao Jui-Chung, Flora Yin Wong et Otay:onii.

Source : Evolving Soundscapes 2026–2027


Eindhoven remet l’IA, le soleil et le soin dans le même système

Le Van Abbemuseum ouvrira le 17 octobre Museum as Sundial, où l’une des technologies les plus anciennes — le cadran solaire — sert à penser notre orientation dans un monde bouleversé par les mutations sociales, écologiques et technologiques. Le projet dialogue avec System Thinkers, qui associe notamment Kate Crawford et Vladan Joler autour des infrastructures planétaires de l’IA, Ayumi Paul autour du chant collectif et ADEZIV autour du repos et de la neuro-inclusion.

Source : Van Abbemuseum — Museum as Sundial


Gabrielle Goliath construit une chambre funéraire de lumière et de voix

Après Venise, Elegy doit rejoindre Ibraaz à Londres en octobre. Huit monolithes vidéo, voix chorales, lumière rouge et absence ritualisée composent un espace de deuil collectif consacré notamment à la poétesse palestinienne Heba Abunada, à deux femmes Nama anonymisées par l’archive coloniale et à Ipeleng Christine Moholane. Le dispositif tient autant de l’installation vidéo que du sanctuaire contemporain.

Lien : Gabrielle Goliath — Elegy, three suites


Bonus radar : Nairobi prépare un carnaval graeberien

À surveiller pour la fin du mois : le 31 octobre, Kibera doit accueillir Carnival4David, inspiré par David Graeber. Masques, échange de vêtements, spiruline comestible, instruments imprimés en 3D, performances et expérimentations autour des monnaies sociales doivent se mélanger dans une parade impliquant les 37 studios du Kibera Art District.

Source : Carnival4David — Kibera, Nairobi

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