La mythanalyse étudie les mythes et les symboles, tels qu’ils se diffusent – encore et toujours – dans nos sociétés contemporaines. C’est ici ce que nous propose d’explorer Christian Gatard, auteur de Nos 20 prochaines années et de Mythologies du Futur, au travers d’une nouvelle série d’essais prospectifs publiée sous forme de feuilleton sur Mutation Magazine.
En quoi le futur devient-il un récit mythique, pseudo-prophétique et sans doute fabulatoire, puisque comme pour le chat de Schrödinger, on ne connaitra l’avenir que lorsqu’on ouvrira la boite ? Pour autant, Gatard refuse de se priver de ces exercices de pensée, tant le futur reste un spectacle ineffable. Voici le cinquième fragment de cette série : Débunker Faust : la mythanalyse intégrale au risque d’un pacte post-faustien.
Autres épisodes :
01. « Débunker l’avenir : une archéologie du futur »
02. « Débunker l’avenir : du psychopompe au psychagogue »
03. « Débunker l’avenir : mise à feu de la cathédrale »
04. « Débunker l’avenir : l’éternelle jeunesse du culte du Cargo »
Illustrations « Faust, à travers les âges » © Mondocourau
En guise d’introduction
Faust a vendu son âme au diable, l’affaire est entendue. Qu’il y aille, si Méphistophélès a encore de la place dans Pandémonium, la capitale de son royaume ! Et, de fait, selon certains témoignages, il y est allé, Faust. Enfin, pas tous. Pas tous les Faust du mythe.
C’est ce que raconte la mythanalyse intégrale.
La mythanalyse intégrale ?
C’est une forme d’archéologie critique et prospective des récits. L’usage que j’en fais est largement inspirée par mes rencontres avec Hervé Fischer, artiste philosophe franco-canadien, compagnon de route depuis des années, lui-même reconnaissant à Gilbert Durand d’avoir passé un moment sur cette planète. Elle convoque, en amont, des archétypes sparadraps. Ils sont immuables, impossible de s’en débarrasser : la figure du Roi et du pouvoir, celle du guerrier, celle du héros, du sage, de la mère, du sacrifice… et bien sûr celle du diable qui occupe Faust. Ces mythes peuvent être perçus comme stéréotypés. Des poncifs donc, mais efficaces. Parce qu’un poncif c’est aussi une mémoire, usée certes, fanée peut-être, mais recyclable, sûrement.
La mythanalyse intégrale surfe ensuite, en aval, sur les récits anciens qui explorent des sens nouveaux pour un monde en mutation. Je les imagine en mythes papillon qui se métamorphosent à tout va. C’est de l’air frais pour une ère nouvelle. La liste est longue. Ça part de la télépathie et de la transmission de pensée des chamanes qui se métamorphosent en interfaces cerveau-machines ; idem de la foudre de Zeus qui défile aujourd’hui en technologie militaire avancée, du tapis d’Aladin aux drones-taxis… de la cape d’invisibilité d’Hadès au camouflage optique… ou de la mutation de Thot, l’archétype égyptien de la pensée savante, en Sherlock Holmes ; ou de l’hybris de Prométhée et sa transgression technologique (oui… le feu) en Elon Musk ; de Tirésias, le devin hermaphrodite, la voix du tragique chez les Tragiques… en Yuval Noah Harari.
Interroger à nouveaux frais comment les mythes opèrent est un challenge. On peut les soupçonner de produire parfois des effets de domination et de sidération, d’être des dispositifs de pouvoir, à la manière d’un appareil idéologique. Les dieux qui nous surveillent sont-ils des commissaires politiques ? C’est sûrement un peu vrai mais je suspecte qu’il y a dans cette suspicion une forme de délectation morose contemporaine mais surtout une impasse de la pensée voire de la pratique de l’existence.
Je propose d’évacuer cette posture. Je préfère donner une mission à la mythanalyse intégrale: attribuer aux mythes la capacité de libérer les principes psychodynamiques fondamentaux qui agissent au sein de tout individu comme au sein des collectifs humains : les forces centripètes et les forces centrifuges. L’enracinement et l’expansion.
Le Faust de la dynamique centripète.
La Tragical History of Doctor Faustus de Christopher Marlowe (fin du 16ème) incarne un théâtre élisabéthain fasciné par les sciences occultes. Son Faust est un savant brillant, tragiquement orgueilleux. Il troque son âme contre un savoir illimité et des pouvoirs magiques, menant à une damnation brutale et inévitable. C’est le canevas faustien qu’on retient le plus souvent. Ce n’est pas le seul mais commençons par lui.
Le destin de ce Faust-là relève de l’imaginaire d’une force centripète. La force de ce qui demeure dans le monde, ce qui ne s’exhausse pas hors de l’expérience mais s’éprouve dans le tissu même de l’existence. Cette force centripète est un retour vers le centre. C’est une expérience qui ramène sans cesse les êtres, les choses, les pensées vers un foyer, une unité ou une origine. Elle incarne un imaginaire du rassemblement, de la condensation, de la densité intérieure. On peut la voir comme la puissance qui fait tenir ensemble les mondes, qui unifie l’expérience sans qu’il y ait besoin de se projeter ailleurs. Dans une telle vision, la profondeur importe plus que la hauteur : aller « au cœur » de soi, du collectif, du cosmos. Cela pourrait être rapproché de certaines cosmologies ou philosophies de l’immanence radicale (Spinoza, Deleuze) où le divin ou le sens n’est pas hors du monde, mais dans ses mouvements d’unification. C’est la démarche des alchimistes. Le Faust version Marlowe cherche la pierre philosophale dans les abysses. Au cœur du monde, donc. J’ai du mal à la lui jeter, cette pierre. Dans cette version de la légende, il n’a pas sauvé son âme. Je note que Marlowe lui-même ne s’en est pas mieux tiré. Poignardé à mort à Deptford en 1593, il a joué avec les limites. Très moderne. Il aurait fréquenté John Dee, l’Aleister Crowley de l’époque. Trame sulfureuse à souhait. Les sorciers finissent mal, en général.
La métaphore est puissante ( sans doute un peu facile, tant pis ) de la condition humaine contemporaine : nous sommes pris dans des forces d’accélération et de concentration – technologiques, sociales, climatiques – qui semblent nous aspirer vers un point de bascule.
Ce mouvement suscite à la fois fascination (l’élan vers la découverte, la révélation) et inquiétude (l’idée d’un engloutissement, d’un effondrement). Il ne manque pas de prophètes pour se régaler de la seconde option. Un sémioticien scrupuleux se délectera de ce mouvement du vortex vers le fond du trou. D’autant plus que la figure du trou noir sidérale et sidérante n’est pas là pour nous rassurer : le trou noir est peut-être une figure cosmique mais il reste un trou et c’est tout noir. L’expression évoque à la fois le gouffre, la disparition, le vide absolu et une frontière infranchissable — des notions qui fascinent autant les scientifiques que les philosophes et les artistes.
De la délectation morose de Spengler à celle de Houellebecq
Dans son Déclin de l’Occident de 1917, Spengler postule que la civilisation occidentale moderne entretient des affinités profondes avec la figure légendaire du Faust de Marlowe : une théorie du déclin dotée d’un caractère quasi fataliste et supra-individuel. Michel Houellebecq avec Soumission n’en est pas loin. Leur ironie amère accompagne une futurologie à habillage scientifique. Ce déclinisme érudit est à la mode. Ce Faust incarne le désir de conquérir la nature. Son énergie tournée vers l’exploration scientifique, la domination technique. Et selon Spengler cette quête mène inévitablement à l’épuisement, à l’autodépassement qui se transforme en autodestruction (le « déclin » donc). Délectation morose ?
Inévitablement ?
Les analyses de Spengler restent plutôt pertinentes. Les grandes découvertes maritimes se réincarnent aujourd’hui en explorations spatiales muskiennes, toujours guidées par le besoin de franchir l’horizon et de pénétrer l’inconnu. La recherche illimitée de maîtrise technique et scientifique sur la nature est plus que jamais dans les agendas. Les inventions du début du 20ème se prolongent dans l’intelligence artificielle. L’individualisme créateur continue de valorisant le génie personnel, l’innovation et la figure de l’artiste ou du savant solitaire qui n’hésite pas à transgresser les règles. La foi dans le progrès continu, en rupture avec les visions cycliques d’autres civilisations, porte l’esprit contemporain. Enfin, l’hybris, la tentation de dépasser toute mesure et toute limite, même au risque de se perdre, est un moteur essentiel de cette quête insatiable, à l’image du Faust légendaire.
Seulement, voilà, au bout du compte c’est toujours la catastrophe. Les collapsologues de toutes les époques se réjouissent de l’apocalypse qu’ils envisagent.
Ces conséquences tragiques, se manifestant par un châtiment, une perte ou une transformation irréversible de la condition humaine sont-elles inéluctables ? La soif de savoir, de dépasser les limites a-t-elle pour conséquence incontournable la punition (divine ou naturelle) ?
Il semblerait bien que des générations de récits, de légendes et autres convocations mystiques, intellectuelles, idéologiques ont fini en catastrophe après avoir pris le devant de la scène. Le tragique fascine. C’est un peu décourageant.
De fait, les mythes centripètes ont encore du succès.
Regardons-y de plus près.
Prométhée (décidément incontournable archétype sparadrap) a volé le feu sacré aux dieux pour le donner aux hommes. Cet acte fondateur de progrès technique a été perçu là-haut comme une transgression lui valant un châtiment éternel. L’innovateur paie le prix de son geste. Icare, par son désir d’élévation, s’est approché trop près du soleil malgré les avertissements de son père ingénieur de père, Dédale. Chute mortelle. Au temps pour l’orgueil et l’excès. Orphée a franchi les limites entre les vivants et les morts pour tenter de ramener Eurydice des enfers, mais a transgressé un interdit (le fait de regarder en arrière). Perte irrémédiable malgré un talent exceptionnel (la musique quand même !) Adam et Ève ont été poussés par le désir (pourtant plutôt légitime) de connaître le bien et le mal en mangeant le fruit défendu. Exil et perte de l’innocence dans la foulée. En échange de la conscience. Peut-être ont-ils gagné à l’échange, après tout. Mais c’est contesté. La Tour de Babel ? Atteindre le ciel ? Confusion des langues ! Heureusement on a aujourd’hui des appli qui y remédie. Gilgamesh , le roi héroïque mésopotamien en quête d’immortalité après la mort de son ami Enkidu ? Acceptation tragique de sa mortalité … mais aussi acquisition de la sagesse. Un bon point pour lui. Les mages taoïstes des légendes chinoises risquaient leur vie ou leur âme dans l’absorption d’élixirs à base de sulfure de mercure et d’arsenic. L’immortalité était à ce prix. Nombre d’empereurs et de maîtres taoïstes ne sont pas revenus du voyage. Danger ! Quetzalcoatl, divinité mésoaméricaine, transgresse l’ordre cosmique pour apporter connaissance et civilisation aux hommes, au prix de son propre déclin.
Faust et la force centrifuge
Avec Goethe, Faust (début 19ème) est un intellectuel désespéré, insatisfait de toute connaissance humaine. Contrairement à celui de Marlowe, le Faust de Goethe est sauvé par l’intercession divine et l’amour pur, incarnant la tension créatrice de l’homme moderne et transformant le pacte en un moteur de dépassement, non en une condamnation automatique.
Le destin de ce Faust-là relève d’un imaginaire centrifuge. Métaphore que je convoque pour dire ce qui dépasse, ce qui sort des limites du monde vécu pour viser un « au-delà ». C’est une force en expansion vers l’extérieur. C’est un mouvement qui déracine, qui disperse, qui éjecte hors du centre pour atteindre d’autres plans, d’autres mondes, d’autres altérités. Une dynamique d’élan, une tension vers l’« autre part ». Il s’agit donc de sortir de soi au motif que le sens ne se trouve pas dans la substance du monde mais dans l’au-delà du monde. Des mystiques ou des métaphysiques se sont orientées vers le dépassement avec un succès indubitable (le platonisme, le christianisme… suivez mon regard). Goethe a choisi clairement son camp quand il est passé de vie à trépas : Mehr licht !! De la lumière ! aurait-il proféré alors. Ce fut son épiphanie. Avait-il vu la lumière ? Les survivants à la near death experience en témoignent. Cette lumière voulait-elle dire : j’ai tout compris. Fût-ce son eureka ?
S’il en était revenu (après tout il n’avait que 82 ans ce jour-là, il aurait pu poursuivre sa carrière encore un moment), s’il en était revenu, donc, je me demande s’il n’aurait été tenté d’aller jusqu’au bout de l’expérience.
À l’embranchement entre les forces centrifuges et les forces centripètes, entre le plus ou moins obscure ou le plus ou moins lumineux (selon le coté où l’on se place selon Obi-Wan Kenobi), on va des choix d’itinéraires. On a vu où mènent les forces centripètes. Le lecteur aura peut-être ressenti que leurs cheminements n’étaient pas toujours de tout repos.
Le cheminement des forces centrifuges nous amène sur la piste des grands bifurqueurs de l’histoire. L’effondrement est un archétype sparadrap, un invariant anthropologique. Face aux prédateurs les bifurqueurs papillon ont toujours cherché à passer d’un imaginaire de conquête à un imaginaire de cohabitation. Question de survie. Cela implique de revaloriser les limites, de réinvestir des valeurs comme la sobriété et le soin. Cette transition est vue comme étant davantage culturelle que purement technique, nécessitant une réorientation profonde des désirs collectifs, des récits fondateurs et des symboles. Le choix de la limite, de la mesure, de l’équilibre voire du renoncement volontaire ne date pas d’aujourd’hui et il a ses fans.
Les mythes centrifuges
En voici quelques-uns : Gandhi, François d’Assise, Marc Aurèle, Bouddha, Diogène, Cincinnatus, les communautés autochtones, Bruno Latour, Hans Jonas, Ursula Le Guin, Cyril Dion …
Ils ne rejettent pas la connaissance en soi, mais refusent le prix démesuré à payer pour l’obtenir, valorisant plutôt la sobriété, l’harmonie avec l’ordre cosmique ou naturel, et l’acceptation de la condition humaine. Ils partagent une conviction commune : le choix de la limite en acceptant ou valorisant un horizon fini ; le refus de la transgression coûteuse afin de ne pas franchir un seuil qui compromettrait l’équilibre personnel, social ou cosmique ; une orientation vers l’harmonie, cherchant la stabilité plutôt que la puissance ; et une éthique de la suffisance, privilégiant le « assez » plutôt que le « toujours plus ».
Ne vous méprenez pas. Aucune forme de sainteté chrétienne dans leur démarche même François d’Assise peut faire illusion. Ils renoncent à la croissance économique rapide ou l’innovation débridée. À long terme, cela ne signifie pas renier l’héritage occidental, mais le métaboliser : reconnaître que la quête d’illimité, si elle a permis des avancées spectaculaires, doit désormais être encadrée par des principes éthiques, écologiques et relationnels.
Le bifurqueur papillon est un marcheur lent dans le jardin du monde. Il ne cherche plus à franchir tous les seuils et à arracher aux dieux le secret des étoiles. Il n’ignore pas la connaissance, mais refuse d’en payer le prix dévorant ; il sait que trop savoir, trop vouloir, c’est risquer de briser l’harmonie fragile qui nous relie à la terre et au cosmos.
Son pouvoir n’est jamais une conquête mais une charge passagère, un service offert et aussitôt remis. Son récit n’est pas celui de l’épopée, mais celui de l’initiation, où l’effort se confond avec la transformation intérieure. Sa grandeur est discrète, faite de sobriété et de mesure, guidée par la sagesse antique de la sophrosynè (qui permet la maitrise de soi, la sagesse, la modération).
Pourtant, il court un danger : celui de s’endormir dans l’équilibre, de ne plus savoir affronter le tumulte des menaces. Mais sa vérité demeure : il choisit la limite et fait du « assez » une promesse d’harmonie, préférant résonner avec le monde plutôt que le dominer.
Sa botte secrète, la fonction ultime, c’est de sauver le monde en déployant une éthique universelle… L’imaginaire centripète sauve l’intégrité du sujet tandis que l’imaginaire sauve la continuité du monde. Leur articulation devient cruciale dans l’Anthropocène, où la survie de l’un dépend de l’autre.
Mais tout cela n’est-il pas d’une naïveté confondante quand on voit l’état du monde réel… ce réel qui cogne ?
À la recherche du Pacte post-Faustien
Le rapport à la nature est pour le Faust de Marlowe celui de la domination, de l’extraction et de la transformation à grande échelle, alors que le Faust de Goethe privilégie la coexistence, la préservation et le respect des cycles naturels.
Damnation du premier dont le moteur est la production ? Épiphanie du second qui s’éprend de protection ?
Entre ces deux postures radicales, qui n’inspirent que ceux qui croient encore au bien et au mal y-a-t-il une autre option?
Le vortex et la spirale
Le mouvement du vortex évoque la peur d’être englouti par l’inconnu ou le chaos; mais il évoque aussi l’expérience initiatique et psychique de la transformation par la descente. L’histoire est connue : pour renaître, il faut d’abord plonger, accepter la perte de repères et traverser l’abîme.
Le vortex vers le fond du trou suggère l’accélération et l’aspiration vers un point critique – écologique, social, psychique, technologique – où tout peut disparaître. Il suggère une plongée vers l’invisible, comme dans l’exploration de l’inconscient ou des profondeurs intérieures. Mais au fond du trou il y a un passage. Le trou est une porte. Un trou noir cache un passage vers un autre espace-temps. Ça c’est moderne ! C’est post faustien !
Dans la mythologie grecque, Charybde symbolise le danger de l’engloutissement. L’aspiration des eaux dans ce gouffre marin représente une force inéluctable qui rappelle la fragilité humaine face aux puissances de la nature. Mais traverser ce danger, ou y survivre, fait partie du chemin héroïque. Et les Grecs ont inventé les psychopompes pour faire le voyage retour : le vortex (figure de la descente centripète) est aussi une spirale (figure de l’ascension centrifuge).
La spirale du vortex est un escalier inversé, qui guide vers les profondeurs pour y chercher un savoir caché qui remonte vers la lumière : la chenille Marlowe se transforme en papillon Goethe.
Le pacte post-faustien est une nouvelle figure du basculement de l’imaginaire. Le dispositif qui prétendait opposer l’ordre centrifuge et l’ordre centripète a muté. Ni immanence ni transcendance mais symbiose. En somme, un mycélium anthropologique qui serait à la fois une image poétique du lien humain et une hypothèse (un peu) théorique sur l’écologie des cultures.
C’est un réseau vivant de sens, de récits et d’interactions. Il rend possible la continuité et la transformation de l’espèce humaine au sein de la trame du vivant en intégrant tensions et controverses. Cet humus permet de repenser la civilisation à partir du vivant, de la lenteur et du mélange.
L’humus est à la fois le résidu et la matrice, le lieu où la décomposition devient genèse. Il représente une sagesse souterraine qui échappe aux logiques de performance et de domination, rappelant que la vie se régénère par ce qu’elle abandonne, que la mort, loin d’être une fin, nourrit l’avenir.
L’humain qui vient ne serait-il pas un être de l’humus, inscrit dans un continuum d’échanges entre les règnes du vivant. Le compost, figure moderne de l’humus, prolonge cette symbolique : il fait dialoguer les restes et le futur, le passé et la germination. Que du bonheur pour la mythanalyse intégrale !
