Un sauna gay taïwanais renaît sous forme fantômatique en réalité virtuelle • Reverie transforme l’horreur psychologique en trip psychédélique procédural • À Sitges, le cinéma fantastique accouche de monstres • Les microdramas verticaux commencent à inquiéter Hollywood • Steam Next Fest croule sous les démos et le « vibe-coded slop » • Bergen se demande déjà ce qui vient après la réalité virtuelle • En Corée du Sud, les écrans respirent et les mondes XR répondent • Konstloop place le cinéma expérimental dans la boucle machine • Le GIFF fait muter le film en installation, performance et jeu • Matricule Bis traite le jeu vidéo comme un langage plastique • Londres choisit l’animation absurde et franchement zinzin • Montréal célèbre vingt-cinq ans de cinéma inclassable • À La Plata, l’horreur se projette sous un planétarium.
Cinéma fantastique, jeux hallucinés, fictions verticales, animations déviantes et réalités immersives, des écrans de téléphone aux casques XR, des festivals de genre aux laboratoires vidéoludiques, un tour d’horizon international des nouveaux écrans mutants.
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Image d’en-tête Ghost in the Cell (2026), un film de Joko Anwar.
Sitges 2026 : la maternité donne naissance à des monstres
La 59e édition du festival catalan vient de refermer ses portes sur une remarquable concentration de corps altérés, d’enfants maléfiques et de maternités cauchemardesques. Sanguine de Marion Le Coroller y décroche notamment le prix du meilleur film, tandis que Nightborn, Mutter, Ghost in the Cell ou The Mouths confirment que le fantastique contemporain reste l’un des meilleurs laboratoires pour sonder les angoisses physiques et sociales du moment.
Source : The Guardian — Sitges Fantastic Film Festival 2026
Le vertical drama sort du téléphone pour contaminer l’industrie
Le MIPCOM de Cannes vient de consacrer une partie de son programme aux microdramas : feuilletons ultra-compressés, souvent conçus en épisodes de 60 à 120 secondes et consommés verticalement. Né à grande échelle en Chine, le format pèserait désormais plusieurs milliards de dollars et commence à devenir suffisamment massif pour que producteurs et diffuseurs occidentaux cherchent ouvertement à s’en emparer. Plus qu’un nouveau format, c’est une grammaire de fiction conditionnée par le scroll qui est en train de se construire.
Source : Reuters — Microdramas are set to upstage Hollywood’s A-list
Steam Next Fest : 8 000 futurs jeux et l’invasion du « vibe-coded slop »
Le dernier Steam Next Fest aurait franchi la barre vertigineuse des 8 000 démos. Derrière cette explosion se joue aussi une bataille esthétique : multiplication des expérimentations indépendantes d’un côté, prolifération de clones ou de productions générées à la chaîne de l’autre. Dans ce déluge surnagent quelques bizarreries comme The Doll Shop ou Last Round at the End of the World. La mutation n’est plus seulement celle des jeux : elle concerne désormais leur écosystème de production lui-même.
Source : PC Gamer — Steam Week in Review
Reverie : psychédélisme procédural et monde mental en décomposition
Autre rejeton de cette scène indépendante, Reverie vient d’ouvrir son premier playtest public. Le jeu se définit comme une horreur psychologique psychédélique située dans un monde procédural dont la réalité se désagrège, peuplé de créatures grotesques et traversé par un système émotionnel évolutif. Quelque part entre jeu d’horreur, trip numérique et machine à fabriquer des hallucinations.
Source : Reverie — site officiel
Bergen se demande déjà ce qui vient « après la réalité virtuelle »
Présentée du 15 au 21 octobre dans le cadre du Bergen International Film Festival, l’exposition After Virtual Reality part d’un constat intéressant : la VR n’est déjà plus un média isolé. Réalité augmentée, mondes virtuels, espaces physiques, narration computationnelle et processus génératifs fusionnent progressivement en un continuum d’expériences. Le casque devient un élément parmi d’autres d’un cinéma désormais sorti de son cadre.
Source : Center for Digital Narrative — After Virtual Reality
Traversing the Mist : un sauna gay reconstitué comme fantôme en VR
À Birmingham, le Fierce Festival a présenté Traversing the Mist du Taïwanais Tung-Yen Chou : une œuvre immersive qui recrée dans la réalité virtuelle l’espace trouble et intime d’un sauna gay. Plutôt que la fascination technologique habituelle, le dispositif utilise le virtuel pour travailler la solitude, le désir, la disparition des lieux physiques et les souvenirs corporels qui continuent à les hanter.
Source : The Guardian — Fierce Festival 2026
Corée du Sud : des écrans qui respirent et des mondes XR qui répondent
À Gwangju, l’Asia Culture Center ouvre le 23 octobre son ACT Festival 2026 sous le titre I, Human. Écrans actionnés par le souffle, robots conversationnels, environnements XR, façades médiatiques et performances audiovisuelles nocturnes y servent une interrogation moins naïve que le traditionnel discours sur l’innovation : maintenant que machines et humains fabriquent ensemble notre environnement, quelles règles voulons-nous réellement imposer à cette coexistence ?
Source : Asia Culture Center — ACT Festival 2026: I, Human
Konstloop : le cinéma expérimental entre dans la boucle machine
Du 23 au 26 octobre, la première édition du Konstloop Film Festival se tient entièrement en ligne autour d’un programme consacré au cinéma expérimental, aux courts métrages utilisant l’IA et aux nouvelles formes hybrides de l’image en mouvement. Le nom lui-même résume assez bien le programme : konst, l’art mais aussi l’étrange en suédois, associé à la boucle, au feedback et à la mutation. Un petit festival qui préfère les accidents visuels, les récits instables et les nouvelles grammaires aux démonstrations technologiques bien propres.
Source : Konstloop Film Festival 2026
GIFF 2026 : quand le cinéma commence à muter en autre chose
Le Geneva International Film Festival dévoile pour son édition du 30 octobre au 8 novembre une vingtaine d’œuvres immersives qui brouillent joyeusement les catégories : VR, installations interactives, performances, narration en temps réel et jeu vidéo. Parmi elles, Katábasis, Lesbian Simulator, The Pigeon Ring, SILA — Héroïnes arctiques ou encore Feedback VR, un musical antifuturista. Le plus intéressant est peut-être ailleurs : dans un festival où le film devient progressivement un point de départ vers des espaces, des corps et des interfaces.
Source : GIFF 2026 — programme immersif
Matricule Bis : le jeu vidéo sort enfin de l’industrie du jeu vidéo
À Orléans, Matricule Bis revient pour une troisième édition entièrement consacrée aux dimensions artistiques, alternatives et expérimentales du médium. Expositions, performances, installations, ateliers et jeux y envisagent le vidéoludique moins comme un produit que comme un langage plastique et narratif : un territoire quelque part entre art numérique, espace interactif et fiction jouable. Exactement le genre de scène périphérique où peuvent apparaître les formes qui contamineront ensuite le mainstream.
Source : Matricule Bis 3D — Festival du jeu vidéo et des arts numériques 2026
Londres : l’animation indépendante choisit l’absurde et le franchement zinzin
Le London International Animation Festival assume parfaitement son programme From Absurd to Zany : films étranges, humour mort, détours surréalistes et objets volontairement impossibles à classer. Sur quelque 2 300 propositions, le festival a sélectionné 75 films provenant de 29 pays et brassant dessin, peinture sur verre, collage, sculpture, marionnettes, abstraction et CGI. Exactement le territoire où l’animation échappe à l’industrie pour redevenir un art mutant.
Source : London International Animation Festival — From Absurd to Zany
Montréal : SPASM célèbre vingt-cinq ans de cinéma inclassable
À partir du 21 octobre, SPASM fête sa 25e édition avec son mélange maison d’horreur, science-fiction, fantastique, trash, sexe, comédie et objets impossibles à ranger. Particularité essentielle : les films ne sont pas montrés comme de sages courts métrages dans une salle conventionnelle, mais dans une ambiance de cabaret et de happening collectif. Une conception du cinéma de genre comme culture vivante plutôt que comme simple catégorie de plateforme.
Source : Festival SPASM 2026
La Plata : projeter l’horreur sous un planétarium
Du 30 octobre au 1er novembre, Gritos en el Planetario installera son festival international de cinéma d’horreur sous le dôme du planétarium de l’université de La Plata. Le programme associe cinéma de genre latino-américain et international à un dispositif qui transforme physiquement la projection en expérience enveloppante. Le vieux rituel collectif du film d’horreur rencontre ici, littéralement, un écran devenu ciel.
Source : Gritos en el Planetario 2026
