L’Étrange Festival 2026 « Nico B ∙ Rozz Williams: Romeo’s Distress »

Laurent Courau
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Rozz Williams: Romeo's Distress (2026)

Poète et musicien controversé, fondateur de Christian Death, Rozz Williams est l’une des figures emblématiques du rock gothique et demeure une source d’inspiration, à la fois artistique et identitaire, pour tous ceux qui se reconnaissent dans sa musique et dans sa liberté d’être soi. Son suicide à 34 ans n’a fait qu’accroître un culte toujours vivant aujourd’hui. Voici son portrait intime et son histoire, racontés par ses proches, ses collaborateurs et ses amis.

25 ans après la mort de Rozz, Nico B., fondateur de Cult Videotheek et Cult Epics, consacre un film à celui qui fut son ami proche, du milieu des années 80 jusqu’à sa disparition en 1998. Au-delà des anecdotes, des informations et du tableau d’une époque, Nico B. fait enfin le deuil de sa disparition en lui offrant cette déclaration d’amour, une bouleversante ode à un poète maudit.

ROZZ WILLIAMS: ROMEO’S DISTRESS (2026)
∙ Film Documentaire musical
∙ États-Unis
∙ VOSTFR
∙ Noir et blanc et couleur

PREMIÈRE INTERNATIONALE À L’ÉTRANGE FESTIVAL 2026
07 septembre à 21:45
12 septembre à 21:15

Avec : Rikk Agnew, John Albert, Ron Athey, Don Bolles, Casey Cola – Scénario : Nico B – Photographie : Chris Carlone, Christian Mariotti, Eric Nicolas Smit – Montage : Anderson Matthew, Eric Nicolas Smit – Production : Nico B

Vous avez personnellement connu Rozz Williams et vous l’avez dirigé dans votre court-métrage expérimental Pig. En quoi cette proximité a-t-elle façonné le film ? Et comment avez-vous réussi à prendre suffisamment de distance pour dresser de lui un portrait critique, plutôt que de simplement entretenir sa légende ?

Cela fait maintenant plus de vingt-cinq ans. D’une certaine manière, le documentaire a commencé lorsque je travaillais avec Edward Colver sur le livre Only Theater of Pain, consacré aux premières photographies de Christian Death qu’il avait réalisées en 1981 et 1982. Pour le livre, j’interviewais certaines des personnes qui avaient été présentes dès les débuts, et c’est Jill Emery — des groupes Asexuals, Shadow Project et Hole — qui m’a dit : « Tu devrais faire un documentaire sur Rozz. »

Pour être franc, l’idée ne m’intéressait pas vraiment à l’époque, car je travaillais déjà sur un autre film. Puis, après la sortie du livre, j’ai changé d’avis et j’ai continué à interviewer des personnes qui avaient travaillé avec lui, ainsi que des membres de sa famille.

Mon documentaire est personnel, pas critique. Je ne vais pas juger mon ami. Je préfère laisser cela au public. Tout est montré, et chacun peut se faire sa propre opinion.

Rozz Williams: Romeo's Distress (2026)
Nico B & Rozz Williams

Rozz passait constamment de la musique à la poésie, de la performance au collage et au cinéma. Comment avez-vous traduit toute l’étendue de sa pratique artistique dans le langage du documentaire ?

Tout cela est présent dans le film. Le documentaire commence de manière chronologique, puis explore progressivement, à travers les images et les mots, l’obscurité vers laquelle il se dirigeait.

J’aurais aimé intégrer davantage de sa poésie et des œuvres qu’il avait créées, mais le documentaire était déjà trop long pour une exploitation en salles : il dure 103 minutes. J’avais d’ailleurs déjà supprimé environ vingt-cinq minutes d’entretiens avec d’autres intervenants afin de laisser davantage de place à la parole de Rozz.

Peut-être qu’un jour je terminerai une version longue, un director’s cut. Nous verrons.

Son œuvre est née de tensions profondément personnelles liées à la religion, à la sexualité, à la mort et à l’autodestruction. Comment avez-vous abordé ces dimensions intimes sans réduire son art à une simple biographie psychologique ?

Rozz s’intéressait à la face la plus sombre de l’existence, ainsi qu’aux tabous qu’il fallait briser et faire voler en éclats, afin d’explorer tous les aspects de la vie — et de ce qui vient après la mort.

Je ne sais pas si j’ai réduit son travail ou son art d’une quelconque manière. Pour l’essentiel, j’ai simplement essayé de le montrer tel qu’il était.

Rozz Williams: Romeo's Distress (2026)
Rozz Williams (1993)

Rozz est devenu une figure quasi mythique de la culture gothique et de l’underground. Existait-il des idées reçues ou des récits trop simplificateurs à son sujet que vous souhaitiez particulièrement remettre en question avec ce film ?

Rozz ne s’est jamais considéré comme gothique. Je me souviens lui avoir demandé un jour ce qu’il pensait de cette étiquette. Il m’avait raconté qu’au cours d’une interview, quelqu’un lui avait posé une question sur le fait d’être « goth », et qu’il avait compris qu’on lui demandait s’il était Dieu — « God ». À l’époque, il ne savait même pas vraiment ce que signifiait « goth ».

Cela dit, Rozz a effectivement déclaré un jour, dans une interview, qu’il était à la fois Dieu et Satan. Mais il faut se rappeler qu’il cherchait toujours à provoquer.

Nous nous entendions bien. Gitane m’a dit un jour que Rozz m’appréciait parce que j’étais audacieux dans la vie réelle. Dans sa vie privée, en tout cas tel que je l’ai connu, il était très différent : timide, assez fermé aux autres. Mais il pouvait aussi être extrêmement drôle lorsqu’on avait la chance de bien le connaître. Plusieurs personnes en parlent d’ailleurs dans le film. « Rozz Williams » était aussi, dans une certaine mesure, son personnage de scène.

Près de trois décennies après sa mort, que pensez-vous qu’une jeune génération puisse encore découvrir chez Rozz Williams, au-delà de la nostalgie pour Christian Death et la scène death-rock originelle de Los Angeles ?

Je pense que sa musique, ses textes et son art continuent de résonner — peut-être même tout particulièrement aujourd’hui.

Il y a aussi son rapport à la société qui l’entourait, toute la question transgenre qu’il mettait déjà en scène très tôt, ainsi que le sentiment que, finalement, le monde n’a pas tellement changé depuis l’époque de Reagan, qui était alors au pouvoir, avec ces responsables chrétiens persuadés de détenir les réponses qui nous sauveraient de nous-mêmes.

Rozz William's: Romeo's Distress (2026)

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