L’Étrange Festival 2026 « Casper Kelly∙ Buddy »

Laurent Courau
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Buddy (2026)

Entre Vidéodrome et L’Île aux enfants, avec une licorne fluorescente psychopathe et tueuse d’enfants. Inimaginable ! Dans son émission télé bariolée, où tout n’est que chansons, danses et bonne humeur, la gentille licorne Buddy apprend aux enfants à être heureux. L’un d’entre eux refuse de participer. Buddy est contrariée. Buddy a très envie de tuer…

Le mémorable Too Many Cooks (2014) avait déjà donné un aperçu de l’insolence jubilatoire de Casper Kelly (par ailleurs co-scénariste du foutrement déjanté Mandy, en 2018) en détournant les programmes jeunesse des années 1970-1980. Buddy pousse l’exercice jusqu’au cauchemar cathodique multiverse, où les personnages tentent de s’échapper de leur propre fiction. Derrière cette mascotte débonnaire métamorphosée en psychopathe de slasher, dépassant le simple jeu de massacre, Kelly dynamite la dictature de la bienveillance des émissions pour enfants et leur pouvoir de formater de petits clones assis dans les mêmes canapés, devant les mêmes écrans. 

BUDDY (2026)
∙ Horreur
∙ États-Unis
∙ VOSTFR
∙ Couleurs

PREMIÈRE FRANÇAISE À L’ÉTRANGE FESTIVAL 2026
05 septembre à 19:00
08 septembre à 19:30

Avec : Delaney Quinn, Caleb Williams, Bennie Taylor, Cristin Milioti, Topher Grace – Scénario : Casper Kelly, Jamie King – Photographie : Zach Kuperstein – Montage : Josh Ethier – Musique : Michael Yezerski, Shawn Coleman – Production : Tyler Davidson, J. D. Lifshitz, Raphael Margules, Tracy Rosenblum, Drew Sykes

Buddy s’ouvre sur la chaleur artificielle et les « rituels » rassurants de la télévision pour enfants des années 1990. Qu’est-ce qui, dans cet univers particulier, vous semblait si naturellement compatible avec l’horreur ?

Les surprises m’attirent. Le décor d’une émission pour enfants — qu’il s’agisse du parc de Barney, de la maison de Blue’s Clues ou des collines ondoyantes des Teletubbies — semble garantir une sécurité absolue, puisque les véritables frayeurs y sont littéralement interdites par les producteurs, les chaînes, etc. Pourtant, dans la vie réelle, l’horreur peut surgir n’importe où. Vous pouvez être en train de fêter l’anniversaire de votre enfant par une belle journée d’été lorsqu’un arbre s’abat soudainement sur la maison. Le rapprochement me semblait donc assez naturel.

Et puis ce sont parfois les choses qui paraissent les plus sûres et les plus parfaites qui dissimulent les plus grands dangers — il suffit de penser à Jimmy Savile, Bill Cosby ou encore aux révélations concernant la manière dont certains jeunes acteurs ont été traités dans les émissions de Nickelodeon. Nous traversons actuellement une sorte de prise de conscience collective autour de toutes ces atrocités qui se déroulaient sous nos yeux. Il me semblait donc pertinent d’explorer cela.

Buddy (2026)
Casper Kelly

Buddy est à la fois une figure autoritaire grotesque et un personnage qui éprouve un besoin désespéré d’être aimé. Comment avez-vous trouvé le juste équilibre entre son caractère effrayant, ridicule et étrangement vulnérable ?

Dans beaucoup de films d’horreur, le méchant demeure mystérieux et nous n’apprenons jamais vraiment à le connaître. Dans Buddy, il fait littéralement partie de l’émission et représente, faute d’un meilleur terme, une sorte de figure paternelle. Il allait donc de soi que nous allions beaucoup mieux le connaître.

J’ai énormément pensé à Shining. Jack Torrance est lui aussi un personnage à la fois effrayant, ridicule et étrangement vulnérable. C’est peut-être pour cette raison que nous parlons encore de lui toutes ces années plus tard.

Les enfants sont prisonniers non seulement d’une émission de télévision, mais aussi de ses règles, de ses répétitions et de ses leçons morales. Voyiez-vous cet univers comme une métaphore de notre dépendance aux figures d’autorité et aux représentations préfabriquées de la réalité ?

Oui ! Merci d’avoir perçu cela. C’est véritablement le point de départ qui m’a donné envie d’écrire ce film.

Nous vivons tous à l’intérieur d’une forme de réalité construite, avec ses propres figures d’autorité — qu’il s’agisse de la famille, de l’entreprise, du pays, de la religion, etc. Et grandir consiste notamment à apprendre à regarder au-delà de cette réalité : à passer la tête par-dessus le mur du parc pour découvrir les choses sauvages qui existent de l’autre côté.

Buddy (2026)
Buddy (2026) © Roadside Attractions, LLC

Le film oscille entre comédie, horreur, aventure enfantine et véritable noirceur émotionnelle. Comment avez-vous évité que des tonalités aussi différentes ne finissent par s’annuler les unes les autres ?

C’était évidemment un pari risqué, mais je ne peux pas m’empêcher d’associer des saveurs qui sont difficiles à marier. Je crois que cela rejoint mon plaisir de surprendre le public — et de me surprendre moi-même pendant que je réalise le film.

On ne peut même pas s’appuyer sur les conventions d’un genre particulier pour deviner ce qui peut ou non se produire dans ce film. Toutes les possibilités restent ouvertes !

Je crois aussi que chacun des personnages reste fidèle à ses propres émotions. Je ne place jamais une blague simplement pour faire une blague : elle doit naître naturellement d’une situation. C’est probablement ce qui permet à tous ces registres différents de cohabiter au sein d’une même histoire.

Vos travaux précédents commencent souvent par reproduire un format télévisuel familier avant de le déconstruire progressivement. Qu’est-ce que le format du long métrage vous a permis d’explorer avec Buddy qui aurait été impossible dans un court métrage comme Too Many Cooks ?

Ne serait-ce que parce que je disposais de 90 minutes au lieu de 11 minutes, Buddy m’a permis d’explorer beaucoup plus profondément les personnages et leurs émotions et, je l’espère, de toucher davantage le public.

Buddy (2026)
Buddy (2026) © Roadside Attractions, LLC

Dans le climat actuel de défiance généralisée et de panique cognitive, Buddy apparaît plus subversif que jamais. Craignez-vous que le film puisse provoquer une réaction hostile de la part de gardiens autoproclamés de la morale ?

Une part importante de la création artistique consiste à faire ce qui vous effraie et ce que vous ne comprenez pas complètement. Il est naturel pour moi d’explorer certains des points de tension de la société actuelle, puisque j’y vis moi-même et que j’essaie également de les comprendre.

Dans mon premier film, Adult Swim Yule Log, je me suis intéressé à l’esclavage aux États-Unis et je suis même allé jusqu’à traiter un esclavagiste avec une certaine empathie. Je viens du Sud des États-Unis et il m’est évidemment facile, aujourd’hui, de condamner l’esclavage. Mais si j’avais grandi à cette époque ? Aurais-je eu le courage de m’y opposer, ou me serais-je simplement conformé à la société, en menant tranquillement ma vie comme tout le monde ?

C’est une question dérangeante et, sur un sujet aussi sensible, le simple fait de la poser était assez effrayant. Je crains probablement la critique autant que n’importe qui, mais poser ce genre de questions fait partie du travail, je suppose. Ce sont en tout cas les questions les plus intéressantes à poser et, je l’espère, les plus intéressantes à explorer avec un public.

Qu’est-ce qui vous pousse à tout détruire ainsi sur votre passage — jusqu’à l’innocence de l’enfance et aux merveilleuses émissions pour enfants de la fin du XXe siècle ? (sourire)

Je ne dirais pas que je détruis tout sur mon passage. On pourrait même considérer que ce film possède une fin heureuse, même si elle s’accompagne d’une perte. Après tout, grandir, n’est-ce pas précisément cela ?

Buddy (2026)

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