L’Étrange Festival 2026 « Azeem Rajulawalla ∙ More Punk Than Punk »

Laurent Courau
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More Punk Than Punk (2025)

Difficile d’être punk et musulman, britannique et pakistanais. Après avoir tenu la batterie dans Southern Death Cult, groupe éphémère de la première vague gothique qui donnera naissance aux rockeurs de The Cult, Aki Nawaz baptise son nouveau groupe Fun-Da-Mental en 1991. Une provocation assumée à une époque où les musulmans se trouvent souvent désignés comme intégristes et fondamentalistes, suite à la fatwa prononcée par l’ayatollah Khomeini à l’encontre de Salman Rushdie et de ses Versets sataniques en février 1989.

Dans More Punk Than Punk, le réalisateur Azeem Rajulawalla retrace le parcours d’Aki Nawaz depuis les années 1970 jusqu’aux années 2000, évoquant ses albums les plus controversés – Seize the Time ou Erotic Terrorism – avec comme point culminant : All Is War. Artiste en colère, aussi subversif que humaniste, déchiré entre ses deux cultures, le musicien ne regrette rien. « Je crois que je suis simplement resté fidèle à ma conviction. Mais ce n’était pas motivé par le chaos; c’était fondé sur une forme d’idéal de progrès. J’ai toujours voulu rassembler les gens. Et j’ai lamentablement échoué. »

MORE PUNK THAN PUNK (2025)
∙ Film documentaire
∙ Grande-Bretagne
∙ VOSTFR
∙ Couleurs

PREMIÈRE FRANÇAISE À L’ÉTRANGE FESTIVAL 2026
10 septembre à 21:45 (en présence du réalisateur)
11 septembre à 15:00 (en présence du réalisateur)

Avec : Aki Nawaz – Scénario : Azeem Rajulawalla – Photographie : Tom Bell – Montage : Thomas Sheriff – Musique : Southern Death Cult, Fun-Da-Mental – Production : Azeem Rajulawalla, Thomas Sheriff

Qu’est-ce qui vous a d’abord donné envie de raconter l’histoire d’Aki Nawaz ? Et qu’avez-vous découvert chez lui qui a remis en question votre perception initiale de l’homme et de son personnage public ?

J’écoutais Fun-Da-Mental, en me documentant sur le groupe et sur Aki Nawaz. Ce qui m’a permis de découvrir la polémique entourant All Is War (The Benefits of G-Had). À l’écoute de l’album, ses thèmes ont trouvé en moi un écho particulier. Ils reflétaient le monde qui m’entourait, un monde de plus en plus conflictuel.

En approfondissant mes recherches, j’ai discerné une structure en trois actes dans la chronologie de la vie et de la carrière d’Aki. Et c’est ainsi qu’a germé l’idée d’un film que j’ai très vite ressenti le besoin impérieux de réaliser. Avant de le rencontrer, j’imaginais Aki comme quelqu’un de très sérieux et d’assez intimidant. Cette impression venait surtout des nombreuses photographies où il apparaît le visage fermé, mais aussi de la radicalité de sa musique. Ce qui m’a le plus surpris, c’est de découvrir à quel point il pouvait être drôle et détendu.

C’est toujours le premier à déceler l’humour d’une situation, sans que cela nuise pour autant à son engagement émotionnel ni à la pertinence de ses observations, souvent incisives et profondément curieuses. En apprenant à mieux le connaître, il est devenu un ami. Ce à quoi je ne m’attendais pas.

Azeem Rajulawalla
Azeem Rajulawalla

Le film relie l’identité d’Aki en tant que musulman pakistanais à sa formation au sein du punk britannique. En êtes-vous venu à considérer ces identités comme des sources de conflit ou, au contraire, comme deux formes complémentaires de résistance ?

Je n’aurais jamais imaginé que le punk et l’islam puissent être compatibles. Mais ce qui rend Aki si fascinant, c’est précisément sa capacité à associer des concepts apparemment antinomiques. Dans la Grande-Bretagne de l’après-Versets sataniques, et plus encore après le 11-Septembre, revendiquer fièrement son identité musulmane était sans doute l’une des attitudes les plus punks que l’on puisse adopter.

Aki vous dirait que les prophètes étaient les punks de leur époque, puisqu’ils combattaient les systèmes injustes de leur temps. Le punk a toujours consisté à résister aux attentes imposées par la société. Alors que le monde lui ordonnait de se taire et de disparaître, Aki a choisi de se faire entendre plus fort que jamais et de se montrer encore plus abrasif.

Aviez-vous un lien personnel avec la scène punk — ou, plus tard, avec Fun-Da-Mental — qui vous ait incité à réaliser ce film ?

J’ai commencé à écouter Fun-Da-Mental pendant le confinement de 2020. Je n’avais alors jamais entendu parler du groupe, ni du mouvement British Asian Underground auquel il appartenait. J’ai laissé l’idée du film de côté pendant quelque temps, mais je revenais sans cesse à leur musique, captivé par leur engagement politique, leur inventivité sonore et leur puissance brute. Leur énergie m’inspirait en tant que musulman britannique d’une vingtaine d’années, et j’ai fini par choisir Aki Nawaz comme sujet principal.

Lorsque j’ai parlé à Aki pour la première fois au téléphone, il m’a expliqué que sa vie se comprenait avant tout à travers le prisme du punk, une perspective que je n’avais pas envisagée jusque-là. Après avoir approfondi nos recherches avec Tom Sheriff, mon producteur et monteur, nous avons revu notre approche afin de tenir compte de cette remarque, qui a largement contribué à façonner le film.

More Punk Than Punk (2025)

All Is War a suscité des réactions d’une hostilité exceptionnelle en Grande-Bretagne, en 2006. Avec le recul, que révélait selon vous cette polémique du climat politique et de la culture médiatique de l’après-11-Septembre ?

Nous étions très conscients de la dimension cyclique des événements racontés dans le film. Pendant les trois années qu’a duré sa réalisation, presque tout ce qu’il évoque s’est reproduit : des artistes voués aux gémonies dans la presse pour leurs prises de position politiques, un gouvernement britannique qui contribue activement à des crimes de guerre ou encore des fascistes défilant dans les rues.

La polémique autour d’All Is War est largement née d’informations erronées et d’interprétations volontairement malveillantes des paroles des chansons. Il est intéressant de comparer la rage haineuse déversée contre des musiciens au silence que ces mêmes personnes observent souvent face à de véritables crimes de guerre causant la mort de milliers de civils. De ce point de vue, peu de choses semblent avoir changé.

Le film associe des apparitions télévisées très conflictuelles, des archives de concerts et des séquences plus intimes dans lesquelles Aki revient à Bradford. Comment avez-vous utilisé ce contraste pour distinguer le provocateur public de l’individu privé ?

L’idée de tourner à Bradford est née de ma première rencontre avec Aki Nawaz. Je l’y avais rejoint et il m’avait conduit à travers la ville, me montrant les endroits où il avait vécu tout en me racontant son histoire. En l’espace d’un après-midi, nous avions l’impression de nous connaître depuis des années. Une forme d’intimité s’était créée dans l’habitacle de cette voiture, tandis que je découvrais le monde à travers son regard.

Nous avons également utilisé des images d’archives afin de renforcer la subjectivité du film. Nous ne disposions pas d’assez de temps pour contextualiser toutes les images et tous les événements évoqués, qu’il s’agisse du discours des « Fleuves de sang » d’Enoch Powell, de la guerre en Irak ou du génocide de Srebrenica. Mais de brèves fulgurances permettent au public de percevoir ce qu’Aki voyait, ce à quoi il pensait et la manière dont tout cela nourrissait sa musique.

Il était également important d’alterner les moments de fracas et les séquences plus calmes, afin de varier le rythme, de préserver l’intensité du film et de révéler les différentes facettes d’Aki.

More Punk Than Punk (2025)

Après avoir réalisé ce film, comment répondriez-vous à la question que pose son titre : que signifie réellement être « plus punk que le punk » aujourd’hui ?

Dans le cas d’Aki, il s’agissait de se réapproprier l’idée de « djihad » — un concept islamique qui signifie « lutte » ou « effort » — et de l’arracher à son association contemporaine avec la « guerre sainte » ou le terrorisme. Il l’associe au punk pour exprimer sa rage contre les machines de guerre britanniques et occidentales.

La provocation est au cœur du punk, comme elle est au cœur de ce film. Il faut parfois provoquer les gens pour les amener à écouter. Voilà ce que signifie être plus punk que le punk.

Votre film sort vingt ans après la parution d’All Is War (The Benefits of G-Had). Quel regard portez-vous sur l’évolution de la société britannique et de ses tensions communautaires au cours de ces deux décennies ? Et comment envisagez-vous l’avenir ?

Vingt ans plus tard, l’album demeure d’une grande actualité, et les problèmes auxquels sont confrontés la Grande-Bretagne et le reste du monde semblent aujourd’hui plus importants que jamais. Comme l’explique Aki dans le film, il nous appartient de rassembler les gens et d’œuvrer en faveur d’un monde meilleur et plus égalitaire. Nous n’obtiendrons peut-être pas toujours les résultats espérés, mais cela ne saurait justifier l’inaction.

More Punk Than Punk (2025)

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