Asian Dope Boys prolongent leur rituel jusque sur le dancefloor • À Nairobi, des adolescents imaginent la forêt de Mau en 2099, peuplée de nouvelles technologies et de rituels d’alliance avec les éléphants • À Taipei, Tianzhuo Chen enferme une cérémonie de chasse à la baleine dans un théâtre devenu océan mental • Milan fait fondre de la glace amplifiée par des microphones • Amsterdam transforme sa plus vieille église en laboratoire d’écoute post-club • Riga branche la réalité étendue (XR) sur le dérèglement climatique • Montréal croise robotique, électronique, corps et musique immersive • Toronto fait se rencontrer diasporas sud-asiatiques, projections et expérimentation électronique • Dakar recouvre ses murs de graffiti international • En Nouvelle-Zélande, psytrance, techno, bass music et arts visuels retournent dans la forêt.
Cette semaine, les technologies les plus intéressantes ne cherchent plus tant à simuler un futur propre et désincarné qu’à réveiller des choses anciennes — ancêtres, forêt, océan, climat, mémoire, transe, voix et corps. De Taipei à Nairobi, de Riga à Amsterdam, les scènes mutantes semblent chercher moins à dépasser l’humain qu’à le replacer dans des systèmes beaucoup plus vastes que lui.
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Illustration d’en-tête © Asian Dope Boys, Ocean Cage (2026).
À Taipei, Asian Dope Boys plonge dans la gueule de la baleine
Avec la performance Ocean Cage, Tianzhuo Chen et le danseur-chorégraphe indonésien Siko Setyanto transforment la tradition baleinière d’un village indonésien en rituel trans-espèces : îlot de sable, immense voile, encens, poisson frit, vidéo documentaire et CGI, gamelan électronique de Kadapat, chant de Nova Ruth et corps successivement pêcheur, ancêtre et divinité. Le spectateur circule librement dans cet océan mental où animisme, écologie et club culture apparaissent indissociables.
Source : Taipei Performing Arts Center — Ocean Cage
Puis le rituel déborde dans le club
Ocean Cage ne s’arrête pas au théâtre. Après sept ans d’absence à Taipei, Asian Dope Boys investit Final avec Kadapat, Nova Ruth, Sand’s Trace, Jon Du et Public Property Princess. Un enchaînement exemplaire d’une mutation que nous suivons depuis longtemps. La performance contemporaine ne s’arrête plus à citer simplement la culture club. Elle se prolonge réellement sur son dancefloor.
Source : Asian Dope Boys — Ocean Cage After Party
Nairobi imagine une forêt de Mau en 2099
Kairos Futura confie le futur à ceux qui devront l’habiter. Après huit semaines de Safari Studio avec des jeunes qui vivent aux abords de la forêt, Mau: A Forest Imaginarium rassemble gravures, sculptures, objets spéculatifs, vêtements, terrariums, installations, cartographies et récits décrivant la forêt en 2099. On y découvre de nouvelles relations avec les éléphants, les technologies forestières, mais aussi des espaces de guérison et même de futurs rituels. De la science-fiction écologique fabriquée depuis le Kenya plutôt que plaquée sur lui.
Source : British Council — Mau: A Forest Imaginarium
Milan amplifie le bruit de la glace qui meurt
Le 23 octobre, Aki Sasamoto a réactivé Centrifugal March au Pirelli HangarBicocca. Armoires, lits et autres meubles modifiés deviennent les partenaires d’une chorégraphie gouvernée par les forces centrifuges et centripètes. De la glace fond lentement tandis que des microphones cachés en amplifient les minuscules craquements. Une mécanique absurde et délicate qui finit par relier matière instable, passage du temps, mémoire et rituels de conservation des corps après la mort.
Source : Pirelli HangarBicocca — Centrifugal March
Amsterdam transforme une église médiévale en chambre d’écoute post-club
Pour Amsterdam Dance Event, Minimal Collective a occupé du 22 au 24 octobre l’Oude Kerk avec Post-Space. L’idée est presque élémentaire mais très juste : faire dialoguer sound art, musique électronique et image avec l’acoustique monumentale de la plus ancienne église d’Amsterdam. Pavel Milyakov et Tapio Viitasaari y ont notamment interprété une version live de Melancholia de Yana Pavlova utilisant l’orgue de l’église : le club comme expérience spectrale et architecture mentale.
Source : Oude Kerk — Minimal Collective: Post-Space
Riga invente une imagination climatique
Le RIXC Art Science Festival vient de réunir artistes, chercheurs et technologues autour de Climate Imagination. Plutôt que représenter abstraitement le réchauffement, le festival explore des dispositifs capables d’étendre nos capacités de perception climatique : XR, données environnementales, écosystèmes, productions numériques durables et recherche artistique deviennent des moyens de sentir autrement la planète. Les expositions restent visibles jusqu’au 12 décembre.
Source : RIXC Art Science Festival — Climate Imagination
Montréal écoute la musique à 360 degrés
La 22e édition d’Akousma, Festival international des musiques numériques immersives, s’est tenue du 21 au 23 octobre. Parmi les artistes invités, Simon Laroche développe des œuvres combinant robotique, électronique, vidéo, son et performance afin d’examiner l’hybridation des systèmes biologiques, artificiels et sociaux. Ici encore, la musique électronique cesse d’être uniquement composée pour devenir un environnement technologique habitable.
Source : Akousma 22 — Festival international des musiques numériques immersives
Toronto ouvre un « Sangam » électronique sud-asiatique
Le 24 octobre, InterAccess accueille la deuxième édition de SABCO, sous le thème Sangam — le confluent. Artistes sud-asiatiques, musique électronique et diasporique, spoken word, courts métrages et projections immersives y sont volontairement mélangés dans une atmosphère de laboratoire : les organisateurs revendiquent explicitement les travaux en cours, les collisions et les formes encore instables.
Source : InterAccess / SABCO 2026
Dakar repeint ses périphéries
La deuxième édition sénégalaise de Meeting of Styles s’achève autour de Yeumbeul après dix jours de peinture, de rencontres et de concerts. Quelque 150 artistes sont annoncés et plus de 2 500 m² de murs mis à disposition : après une première édition africaine en 2025, le réseau international du graffiti semble trouver à Dakar un point d’ancrage qui ne passe ni par la galerie ni par la foire d’art.
Source : Meeting of Styles Senegal
La Nouvelle-Zélande renvoie la rave dans la forêt
Du 23 au 25 octobre, Octoblast rassemble à Te Arai trois scènes consacrées à la psytrance, la techno, la bass music et aux formes qui se glissent entre elles. Mais l’intérêt est surtout dans son économie volontairement réduite : collectif d’amis, artistes et bénévoles, arts visuels, performances, workshops, camping forestier et baignades. Une micro-utopie rave DIY qui revendique précisément de ne pas devenir un gros festival.
Source : Octoblast 2026 — Te Arai
Taupō transforme à nouveau ses murs en organisme collectif
Toujours en Nouvelle-Zélande, Graffiato se déroule du 24 au 26 octobre. Le plus ancien festival annuel de street art du pays abandonne une grande partie des contraintes curatoriales habituelles : artistes locaux, nationaux et internationaux sont invités à peindre librement les murs du centre de Taupō, venant augmenter une collection urbaine permanente qui dépasse désormais les quatre-vingts œuvres.
Source : Graffiato — Taupō Street Art Festival
Abuja termine son festival de poésie par une silent disco
L’Abuja International Poetry Festival brouille joliment les catégories entre littérature et culture nocturne. Lectures, spoken word, performance, slam et pensée décoloniale culminent le 24 octobre dans une « Silent Disco Poetry Party » intitulée Poems Apostle Should Not Hear! Son invité principal, Umar Abubakar Sidi — officier de marine, pilote d’hélicoptère, poète et romancier — revendique lui-même un territoire entre mysticisme, avant-garde et rébellion spirituelle.
Source : Abuja International Poetry Festival — Roots & Resilience
Venise referme une biennale musicale devenue machine à voyager dans le temps
La Biennale Musica s’est achevée le 24 octobre après avoir placé Hildegard von Bingen, Arvo Pärt, électronique, traditions rituelles, DJ sets de Lisbonne et Dar es Salaam et dix-huit créations mondiales sur un même plan. Sous la direction de Caterina Barbieri, A Child of Sound aura surtout proposé une histoire de la musique débarrassée de sa flèche temporelle : le sacré médiéval et le club contemporain deviennent deux technologies différentes de l’écoute.
Source : La Biennale di Venezia — Biennale Musica 2026
Londres célèbre aussi la dernière nuit d’un laboratoire sonore
IKLECTIK organise ce week-end IKLECTIKA 5, dernière grande fête avant de quitter son espace actuel de Peckham Levels. Howlround, Merkaba Macabre, Sine Buyuka, Frederic Acquaviva & Lore Lixenberg, Shortwave Collective, Hackoustic ou Stormfield composent deux jours de noise, électronique, radio expérimentale, improvisation, workshops et performances. Un véritable écosystème underground davantage qu’un simple line-up.
Source : IKLECTIKA 5 — programme du week-end
Bologne retourne ses archives sens dessus dessous
Archivio Aperto se déroule du 22 au 26 octobre sous le titre Upside Down / Sottosopra. Found footage, essais vidéo, cinéma expérimental, films de famille et archives deviennent les matériaux permettant de reconstruire des histoires possibles ; une rétrospective Stan Brakhage en 16 mm rappelle opportunément que la mutation de l’image n’a pas commencé avec l’intelligence artificielle.
Source : Archivio Aperto 2026 — Upside Down
Hong Kong transforme le vent en peinture de données
Depuis le 14 octobre, la gigantesque façade du M+ diffuse chaque nuit Winds of Hong Kong de Refik Anadol. Des données environnementales et des régimes de vents réels sont transformés en « data painting » mouvante : cas intéressant où l’écran architectural cesse d’être uniquement support publicitaire pour rendre perceptible une infrastructure atmosphérique normalement invisible.
Source : M+ — Winds of Hong Kong
Le futur de la forêt kényane passe aussi par le sound art
Mau: A Forest Imaginarium mérite une deuxième entrée parce que le projet ne s’arrête pas à l’exposition. Le 27 octobre, son premier atelier public quitte la galerie pour l’Arboretum de Nairobi : sound-based storytelling, cartographie visuelle et speculative design servent à imaginer collectivement des réponses aux transformations environnementales. La prospective quitte ici PowerPoint pour redevenir pratique artistique située.
Source : British Council — Forest Imaginarium Public Workshop
Le cinéma underground londonien refuse le règne du swipe
Le London Underground Film Festival tient sa projection d’octobre le 24 dans un espace volontairement intime de Londres. Sa profession de foi est presque plus intéressante que son format : chercher les films qui résistent à la consommation algorithmique, avec une catégorie explicitement expérimentale et l’ambition de reconstruire une expérience physique et collective autour d’images devenues omniprésentes et jetables.
